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Mélodies

De
161 pages
L'écriture et la musique se rejoignent ici dans une parfaite harmonie. Avec Mélodies, l'auteur et professeur Umberto D'Aloise signe son quatrième livre.
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Umberto D’AloiseMélodies
Nouvelles
Cette musique, au-delà de son harmonie parfaite,
possédait une intensité extraordinaire, comme si toute
la profondeur de l’âme humaine s’y résumait. J’écoutais
encore un peu avant de frapper. Cette beauté se suffsait Mélodiesà elle-même. Pour un peu, je m’en serais tenu là.
N’était-ce mon professeur qui m’avait poussé dans cette
aventure, j’aurais peut-être tourné les talons et laissé Nouvelles
derrière moi cette porte qui, pourtant, aurait pu être la
porte du paradis. Un trait de guitare plus puissant que les
autres me sortit de mes pensées. Prenant mon courage
à deux mains, je frappai à la porte de Ricardo Torres.
Umberto D’ALOISE est professeur et écrivain à Annecy. Il enseigne
aussi la guitare classique. Avec Mélodies, il signe son quatrième livre.
Couverture : Tableau Mélodie,
Dominique Paquet, 2014.
ISBN : 978-2-343-03743-1
16,50 €
Umberto D’Aloise
Mélodies111111©L’Harmattan,2014
57, ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:9782343037431
EAN:978234303743111
11111111111,1111,1111,11111111111111111,1,11111111111111MélodiesÉcritures
Collectionfondée par Maguy Albet
Jean MarcdeCacqueray, La vie assassinée,2014.
Muselier(Julien), Les lunaisons naïves,2014.
Delvaux(Thierry), L’orphelin de Coimbra,2014.
Brai(Catherine), Une enfance à Saigon,2014.
Bosc(Michel), MarieLouise. L’Or et la Ressource,2014.
Hériche(MarieClaire), La Villa,2014.
Musso(Frédéric), Le petit Bouddha de bronze,2014.
Guillard(Noël), Entre les lignes,2014.
Paulet(Marion), La petite fileuse de soie,2014.
Louarn(Myriam), La tendresse des éléphants,2014.
Redon(Michel), L’heure exacte,2014.
Plaisance(Daniel), Un papillon à l’âme,2014.
Baldes(Myriam), Où tu vas, Eva ?,2014.
Paul(Maela), L’homme à la peau de soie,2014.
Couture(Josiane), Courtes éternités,2014.
*
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Ces quinze derniers titresde la collection sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent. La liste complètedes
parutions, avec une courteprésentation du contenu des ouvrages,
peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
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Mélodies
nouvelles
L’Harmattan
1111111111111111111111111Dumêmeauteur
Nouvelles
Visages,ÉditionsLaMainMultiple(épuisé),Annecy,
1998.
Poésies
Le Temps Raccourci,ÉditionsLaMainMultiple(épuisé),
Annecy,2007.
Nouvelles
Esquisses,ÉditionsL’Harmattan,Paris,2011.
111111111111111111111111111111111AMariaAurore
111Commeilestpréférableque
nouscomprenionsquenous
sommessolitude.
Rainer MariaRilke
11111,11111111Pagliaccio
1I
Couloirs silencieux, lumière jaunâtre, odeurs d’éther, de
chloreetdedésinfectant.Dansleschambres,mursblancs,
lits blancs, draps blancs, placards blancs, infirmières en
blouseblanche…Dublancjusqu’àlanausée…L’envieme
prenait,chaquefoisquej’entraisdanscethôpital,demettre
meslunettesdesoleil.Parpeurduridicule,jelaissaismes
binocles dans ma poche. Pourtant, j’aurais préféré ne rien
voir. La chambre de maman se trouvait au rez de
chaussée. Une fois parcouru le long couloir anguleux, il
suffisait, pour y accéder, de taper un code. A force, je
l’avais mémorisé. 365 A. J’enfonçai les touches et entrai
dansl’unitédevieAlzheimer.
Evidemment,sions’attendàtrouverunemanifestation
devieordinairedansunendroitcommecelui là,onrisque
d’être déçu. Mieux vaut se faire à l’idée que tout ce qu’on
verran’aplusrienderationnel.Nilesparoles,nilesgestes,
ni les regards. Rien. On tape le code, on entre, on ferme
bien la porte derrière soi, au cas où un résident voudrait
filer en douce, et on s’assoit autour de la grande table du
salon. Un univers aseptisé, silencieux, seulement troublé
par la voix des infirmières aux heures des repas, s’impose
alors à tout autre. Parfois, quand même, ici ou là, une
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Jusqu’àenpleurer.Imaginezlascène.Ilyaceuxquirestent
assis et ceux qui déambulent, ceux qui rient et ceux qui
pleurent, ceux qui se souviennent encore un peu et ceux
qui ne reconnaissent plus personne. L’unité de vie
Alzheimer, où ma mère allait passer le reste de ses jours,
étaitcommelesautres,dumoinslesupposais je.Elleétait
en tout cas l’image la plus poignante de ce qu’un être hu
main peut présenter dans sa souffrance, de plus désespé
rant,depluspathétique. 11
Les premiers jours ont été les plus durs. Des heures à
caresser la main de ma mère, à lui parler, à me promener
avec elle dans la grande salle de l’unité. En retour, rien.
Justeceregardvide quimedonnaitenviedepleurer.Par
fois, quand même, je sentais ses doigts m’agripper le poi
gnet, comme si quelque chose s’était réveillé en elle. Je re
trouvaialorsunpeudemamère.Unedouceurquej’avais
oubliée et qui me plongeait soudain, à mon corps défen
dant, dans les arcanes de mon enfance. Maman avait peu
devisites.LaplusassidueétaitsasœurYolanda.Ellearri
vait le jeudi à quatorze heures avec des gâteaux à la figue
ouàl’orange.Yolandaétaitbienlaseulequemamèrepou
vait supporter un après midi entier. Peut être à cause des
gâteaux. Pour les autres, pour moi, pour mon père, rester
avec elle plus de deux heures tenait de la gageure. Ainsi
passaient les jours entre les murs blancs de l’unité de vie
Alzheimer, chaque journée ressemblant à la précédente,
jusqu’aujouroùleclownPagliaccioestarrivé.
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111,11,1111111111111111111111111111,11,111111,11111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111,11111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111II
Je n’ai jamais su le vrai nom de Pagliaccio. Le clown est
arrivéunmatinavectoutsonattirail.Nezrouge,biensûr,
chaussonsénormesenformedecanard,pantalonbouffant
à losanges rouges et noirs et minuscule chapeau pointu
vissé sur la tête. Mais c’est d’abord son visage qui a attiré
ma mère. Avec ses longs faux cils autour des yeux, le
clown arborait un sourire démesuré que le maquillage
rouge vif figeait sur son visage. Plus d’une fois, maman a
voulu toucher ces lèvres, ensuivre le contourdu bout des
doigts ou tenter d’arracher les longs faux cils. Le clown,
chaquefois,répondaitparunlargesourire.Ilsavaityfaire,
Pagliaccio.11
Ma mère pleurait quand il a poussé la porte de l’Unité
lapremièrefois.Ilajusteannoncé«Pagliaccio!»enécartant
tout grand les bras. Comment vous dire… C’était comme
silesatomesdecesdeuxêtresavaientfusionnéd’uncoup.
Enlevoyant,mamans’étaitlevée,stoppantnetsesgémis
sements. Doucement, elle s’était approchée de lui. Sa robe
maculéedetachessombresprésentaitsurledevantunesé
riedeboutonsqu’ellearrachaitrégulièrementenlesfaisant
tournersureux mêmes.Onapercevaitainsi,entrelespans
entrouverts,sesjambesmaigresparseméesdevarices.Elle
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1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111,1