Minos

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Sept étudiants se retrouvent pour une semaine sur l'île de Crète. Ils dialoguent sur la poésie, la création, la solitude ; s'interrogent à propos de Dieu, des mythes de Thésée ou d'Icare, d'une phrase terrible de Hermann Hesse ; et partent ensemble sur les traces d'El Greco, d'Odyssées Elytis et de l'improbable labyrinthe de Minos. À travers ce récit quasi initiatique où les personnages ne sont certains ni de leur devenir ni de leur réalité, se dessine la trame d'une poétique de la composition musicale, et de la vie.
Publié le : mercredi 15 juin 2016
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EAN13 : 9782140011863
Nombre de pages : 122
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Anthony Girard
Minos Les dédales de l’expérience créatrice
mus ques en question(S)
récit – essai
Minos Les dédales de l’expérience créatrice
Musiques en question(s)
collection dirigée par Philippe Malhaire La collectionMusiques en question(s)pour vocation de a mettre en lumière des compositeurs, musicologues et interprètes souhaitant enrichir la réflexion sur la musique savante par des propositions originales ou innovantes.
La collection souhaite notamment participer activement au débat sur l’évolution de l’art musical en invitant les auteurs à manifester leur engagement critique par une approche argumentée et pertinente.
Les ouvrages de la collection adoptent des configurations très diverses : esthétique, histoire, théorie, analyse, corres-pondance, biographie, mémoires, essai, roman, etc.
Anthony Girard
Minos Les dédales de l’expérience créatrice
récit – essai
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Pariswww. harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09253-9 EAN : 9782343092539
à Geneviève à Jean-Paul,in memoriamà Éric à Jean-François à Valéry
I Dimanche matin«Ô ma vie, que je voudrais être celui qui répond à ton plus juste désir.» Rainer Maria Rilke — Pour le Minotaure ! lâcha Christ, je suis là pour le Minotaure. Probablement le verrons-nous ? — J’ai prévu cela pour le sixième jour, précisa Ange avec un sourire. Nous visiterons le palais de Dédale, et peut-être rencontrerons nous... — Le monstre assoiffé de sang ! Drôle avait pris son air de tragédienne. Elle éclata de rire. — Un monstre certes, mais un monstre sacré pourrait-on dire, continua Enfant sur un ton de persiflage ; puis un peu docte soudain, mais sans se départir de sa bonhomie : Tout de même... l’engeance d’une reine, fille du Soleil, et d’un Taureau divin, une créature à la fois bête, homme et dieu. Et un géant, qui plus est ! Fatigués par le voyage, les sept compagnons parlaient sans trop savoir pourquoi. Pour rire d’abord. À dix-sept ans, on aime s’amuser ! C’est pourtant l’âge où l’on doute le plus, où l’on n’est pas sûr d’être quelqu’un, ni même d’exister ! On ne sait pas très bien ce que cela veut dire, être soi, être réel. Devenir, on y pense sans cesse, mais être, là, tout de suite, cela n’a rien de si aisé. On sait que la vie nous attend, en principe, mais la vie c’est pour plus tard... En attendant, que fait-on ? Ange, Drôle, et tous les autres, avaient choisi de partir en vacances. Le moyen idéal pour cesser de penser ? Et les voilà
qui discutent déjà de tant de choses, cherchant un sens à leur présence ici, ensemble, sur cette île. Christ prenait rarement la parole sur un prétexte anodin. Et s’il avait brandi l’inévitable mythe du Minotaure, ce n’était sans doute pas pour un effet de manche. Imperturbable, ignorant résolument l’humeur joviale de ses camarades, il ne cherchait pas à imposer une conversation de circonstance mais semblait prêt à en dire plus, comme s’il s’agissait d’un enjeu d’une certaine importance. Cependant Grave n’était pas de ceux qui se contentent d’un second rôle. Voyant que Christ attirait les regards sans efforts et monopolisait l’attention, il s’avisa de monter soudainement sur l’estrade afin de rappeler lui-même la trame de l’histoire : — Le roi Minos, fils d’Europe et de Zeus, épouse Pasiphae la fille d’Hélios, le Soleil, affirma Grave avec conviction. Ils donnent naissance à six enfants d’une grande beauté, et Minos, au comble de la joie, s’en remet à Poséidon pour couronner sa gloire par un prodige. Le roi devra pour cela immoler un taureau jailli des eaux. Mais Minos, fasciné par la splendeur de l’animal, imagine un subterfuge et sacrifie une bête ordinaire. Colère de Poséidon, qui rend Pasiphae amoureuse par sortilège du taureau sacré : ils s’accouplent, et donnent ainsi naissance au Minotaure. Fort de son érudition, Grave parlait d’une voix caressante, comme à de jeunes enfants. Peut-être âgé de quelques mois de plus, il jouait les aînés. C’était sa manière d’être, une innocente domination. Il se donnait ainsi une importance, minime mais palpable. Chacun pouvait l’accepter avec indulgence, pour peu qu’il cède à son charme. — Minos enferme le monstre dans un palais en forme de labyrinthe. Nul ne peut en découvrir le centre, là où se tient prisonnier le Minotaure. Il est impossible de s’enfuir, les méandres des corridors innombrables démultipliant jusqu’au vertige les fausses issues. Sept garçons, sept jeunes filles sont sacrifiés chaque année pour satisfaire l’appétit du monstre – Tiens, nous sommes sept ! –, tous issus de la ville d’Athènes sous tutelle. Le roi Égée envoie son fils pour vaincre la bête et 8
libérer les enfants de Grèce de cette malédiction ; Thésée devra se joindre aux adolescents promis au sacrifice. En Crête, il rencontre Ariane, la fille de Minos et de Pasiphae, et tombe amoureux. Ariane propose son aide à Thésée, en échange d’une promesse. Elle lui fournit en cachette une pelote de laine et une double hache, un instrument aux pouvoirs surnaturels. Thésée parvient au centre du labyrinthe tout en déroulant la pelote de laine, le fil d’Ariane qui lui permettra de retrouver son chemin. Il tue le Minotaure et revient sur ses pas sans oublier d’effacer toute trace de son passage. Sortant du labyrinthe, Thésée est acclamé et danse dans la lumière ! Pour tenir son auditoire en haleine, Grave donnait à son récit une nuance de brio et de suspense, à la manière d’un synopsis théâtral. Et danse dans la lumière ! Heureux de cette ultime trouvaille qu’il appuya d’une voix de baryton lyrique, Grave marqua une courte pause et poursuivit : — Contre toute attente, Thésée abandonne Ariane. En arrivant au port d’Athènes, il oublie de hisser le drapeau de la victoire, et son père, le croyant mort, se précipite dans la mer... Égée ! — Et Ariane, après avoir trahi son demi-frère le Minotaure en offrant à Thésée la seule arme capable de le vaincre, est elle-même abandonnée par celui qui lui avait déclaré son amour ! s’exclama Fragile, indignée. Mais c’est un mythe tragique ! — Et Thésée, aveuglé par sa gloire, se retrouve responsable de la mort de son père... En fait de victoire sur le Minotaure, le mythe de Thésée est le récit d’un échec, non ? murmura Christ. — Il a pourtant a brisé le maléfice... — Il est parvenu au centre du labyrinthe... — Il a tué l’animal monstrueux... Belle, Fragile, Enfant s’étaient rapprochés et voulaient prendre part à cette intrigante conversation. Grave, coupé dans 9
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