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Modigliani

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Cette nouvelle monographie consacrée à Amedeo Modigliani est une réalisation originale et innovante, alliant textes, informations pointues, ainsi qu'une iconographie très abondante et judicieusement placée. Elle s’adresse à tous les publics.
Pendant très longtemps, la vie et l’œuvre de Modigliani furent occultés par la légende, née peu après sa mort. Il fallut attendre la fin des années 90 et la révélation d’archives longtemps inconnues pour pouvoir dégager la vraie personnalité de l'artiste. Cette monographie se base sur les catalogues raisonnés de l’œuvre de l’artiste, et sur une bibliographie importante. Nous nous sommes vite rendus compte que la matière accumulée nécessitait de réaliser deux tomes. Ce deuxième tome couvre la période 1916-1920 et après.

C'est la première fois à notre connaissance que les oeuvres de l'artiste sont examinées en lien avec son quotidien, ses amis, les femmes de sa vie. Sa biographie prend un relief nouveau : Zborowski, Survage, Cendrars, Guillaume, Ortiz de Zarate, Foujita, Soutine, et Jeanne Hébuterne, Lunia Czechowska, Paulette Jourdain, Thora Dardel, Simone Thiroux nous accompagnent. L'auteur dévoile au passage quelques secrets enfouis pendant plus de 80 ans ainsi que des anecdotes relatives au marché. Une oeuvre qui nous parle à la fois de la grande et des petites histoires, de coeur et d'amitié, de la Révolution russe aux Panama Papers.
Dans ce tome II :
• Entre juillet et décembre 1916 (Simone Thiroux, la rue Joseph-Bara, le portrait des époux Lipchitz, les modèles et les nus)
• Jeanne et 1917 (Début 1917, Jeanne, amis et modèles, collectionneurs et marchands, les nus de 1917, l'exposition chez Berthe Weill, le début de l'année 1918 à Paris)
• Entre Nice et Cagnes (entre Cagnes et Nice, les enfants, Montparnasse-sur-mer, les commandes et les modèles, Cagnes et les paysages, à Nice avant le retour à Paris)
• Les derniers mois 1919-1920 (retour à Paris, nus, les derniers tableaux, la fin, les enterrements d'Amedeo et de Jeanne)
• Après la mort (les collectionneurs et l'engouement post-mortem, la difficile question de l'authentification, Livourne – 1984, Et maintenant ?)

Cette édition numérique nous a permis d’enrichir la monographie de plus de 180 photos de tableaux insérées dans l’ouvrage. En replaçant les tableaux, sculptures et dessins au cœur de la vie du peintre, VisiMuZ permet au lecteur de mieux comprendre son évolution artistique, et rend la lecture plus attrayante et pédagogique. VisiMuZ vous fait partager la vie dans l'œuvre et les œuvres dans la vie de l’artiste.Le lecteur voit apparaître les différents tableaux au fur et à mesure de sa lecture, peut les consulter en plein écran, et les agrandir plus encore pour regarder un détail.
Cette édition est donc à la fois un livre de la catégorie « Beaux-Arts » et une monographie de référence pour l’artiste.

Pour un livre d’art, voici au moins 5 bonnes raisons de préférer un livre numérique au papier :

. disponibilité permanente où que vous soyez, avec un encombrement minimal,
. adaptation de la taille des caractères à la vue de chacun,
. agrandissement des photos pour mise en valeur des détails,
. création d’une photothèque personnelle avec les photos de l’ebook,
. constitution d’une bibliothèque « Beaux-Arts » pour un budget très raisonnable.


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Avant-propos

La collection VisiLife a pour objet l'édition ou la réédition d'ouvrages didactiques en Histoire de l'art.
Les auteurs sont des écrivains au style fluide et agréable. Les auteurs des biographies connaissaient le plus souvent personnellement les artistes dont ils ont évoqué la vie et l’œuvre.
Ces monographies ou ces ouvrages de référence avaient un défaut : ils étaient parfois frustrants à lire quand on n'avait pas en mémoire les tableaux évoqués par l'auteur. Avec le numérique, cet obstacle est levé et les ouvrages de la collection VisiLife incluent systématiquement les œuvres en regard des textes pour une meilleure compréhension du travail de l'artiste et surtout un plus grand plaisir de lecture. Vous pouvez agrandir chaque photo en pleine page par un simple-tap. Le détail de la navigation est indiqué ci-après. Vous pouvez évidemment annoter votre livre numérique. La visite virtuelle ne remplace pas la visite réelle. Aussi nous vous indiquons la localisation des œuvres que vous avez pu admirer au cours de votre lecture. Grâce au numérique, vous pouvez enfin profiter pleinement des illustrations en les agrandissant.

Quelques conseils pratiques d'utilisation

Votre livre est un e-book.

1) Malgré tout le soin apporté à sa réalisation, les programmes de lecture actuels connaissent quelques défauts de jeunesse, qui peuvent altérer l'affichage de plusieurs caractères. Ainsi, sur certains lecteurs (de plus en plus rares), les espaces insécables peuvent dans quelques polices ne pas être gérées. Dans ce cas, il apparaît un petit carré au lieu d'une espace. Le choix d'une autre police de caractères permet de contourner le problème. De même, l'agrandissement du corps des lettres peut poser quelques soucis d'ajustement pour les images. Ici, il suffit de changer la taille des caractères pour améliorer l'affichage.
Mais votre livre numérique est aussi un livre enrichi, pour vous donner plus de plaisir en regardant les photos des œuvres.

2) Affichage des œuvres en pleine page. Par simple-tap dans le corps du texte sur la photo de l’œuvre, on affiche celle-ci en pleine page. Un double-tap permet alors l'affichage en plein écran. Un autre double-tap retourne à l'affichage pleine page. On peut revenir à la page du texte en cliquant sur la zone en bas à gauche « Revenir à la p. xxx » ou sur la croix en haut à gauche, selon les lecteurs.
Nous avons publié un article sur le site VisiMuZ qui donne quelques conseils pour vous aider à tirer de votre lecture un maximum de plaisir : http://www.visimuz.com/ebooks_beauxarts/.

3) Biographie des artistes. Lorsque vous lisez votre livre en étant connecté à Internet, vous pouvez, par simple-tap sur le nom des artistes, lorsqu'il est indiqué dans le cartel des œuvres, accéder aux notices biographiques qui leur sont consacrées au sein de l'encyclopédie libre Wikipédia. Attention : pour ne pas alourdir la lecture, ces liens ne sont pas signalés.

4) À la fin du livre, vous pouvez afficher un diaporama de toutes les œuvres présentes dans l'ouvrage. Le cartel est rappelé en bas de chaque page.

5) Les dates de certaines vies d'artistes ou de création des œuvres peuvent être imprécises.
Nous avons choisi d'indiquer les incertitudes de la manière suivante :
  • be : between ou entre
  • ca : circa ou vers
  • an : ante ou avant
  • po : post ou après

Nous sommes très attentifs à vos impressions, remarques et critiques concernant le fond et la forme des ouvrages publiés par VisiMuZ. N'hésitez pas à nous envoyer vos commentaires à l'adresse suivante :
guides@visimuz.com

Introduction

Cette nouvelle monographie consacrée à Amedeo Modigliani est une réalisation originale et innovante, alliant textes, informations pointues, et une iconographie très abondante et judicieusement placée.

Lorsqu'on lit les très nombreuses monographies antérieures consacrées à Amedeo Modigliani, on ne peut manquer d'être frappé par la disjonction entre la partie biographie et les pages consacrées à l'œuvre du peintre. On a souvent l'impression d'être devant deux ouvrages différents sans liens entre eux. Les analyses, souvent brillantes, de l'œuvre sont très fréquemment déconnectées de la vie quotidienne du peintre. Pour reprendre une formule consacrée, on lit « la vie et l'œuvre », le « et » signifiant une juxtaposition, sur deux plans parallèles. Dans la suite, nous avons eu l'envie de vous faire partager la vie dans l'œuvre et les œuvres dans la vie.

En replaçant les tableaux dans la vie du peintre, VisiMuZ permet au lecteur de mieux comprendre son évolution artistique, et rend la lecture plus attrayante et pédagogique.

Nous nous sommes vite rendus compte que la matière accumulée allait aboutir à un livre trop important en terme de taille. Aussi nous avons décidé de séparer la publication en deux ouvrages. Ce second tome couvre la vie de l’artiste depuis la rupture avec Béatrice Hastings en 1916 à sa mort et aux années qui suivent et vont faire sa gloire. Le premier tome couvre la période de sa naissance à la fin de sa liaison avec Béatrice en 1916. Cet ouvrage est à la fois un livre de la catégorie « Beaux-Arts » et une monographie qui, avec l’équivalent de 450 pages de texte et 348 de planches, se veut une référence pour l’artiste.

Le référencement de l'œuvre de Modigliani est assez complexe. Plusieurs catalogues raisonnés ont été établis. Le premier a été celui d’Arthur Pfannstiel en 1929 (revu en 1956). Il référence 362 tableaux, dont plusieurs sont des faux.

Le catalogue d’Ambrogio Ceroni, initialement publié en 1958, a été revu et complété en 1970. Il contient 337 peintures et 25 sculptures. Il est considéré par tous les acteurs comme une référence. Nous indiquerons dans la suite systématiquement pour les tableaux qui y sont présents, le numéro dans le catalogue Ceroni. Ceroni qui a peu voyagé a ignoré toutefois des tableaux qui sont partis aux États-Unis très tôt, dès le début des années 1920.

Joseph Lantheman a publié un catalogue (420 œuvres) en 1970, qui manque singulièrement de rigueur (pas de dimensions des tableaux, pas de localisation, etc.). Nous ne l’avons pas utilisé dans la suite.

Christian Parisot est le dépositaire légal des archives Modigliani. Elles lui ont été transmises par Jeanne Modigliani, la fille du peintre, à sa mort en 1984. Il a établi son catalogue raisonné. Les tomes I, II, III ont été publiés en 1990, 1992, 2006. Un volume intitulé d'abord Témoignages, publié en 1996, a été renommé Tome IV, Témoignages. Le Tome V [Sculptures, peintures, dessins] a été publié en 2012. M. Parisot a été aussi condamné en 2008 pour contrefaçon de dessins de Jeanne Hébuterne, puis relaxé en appel, avant d'avoir de nouveau des démêlés avec la justice en 2010[*].

Osvaldo Patani a établi un autre catalogue en 1991. Il comprend 351 peintures, dont 327 issues de Ceroni, il en a donc rejeté dix et ajouté d’abord 22 nouvelles, puis deux de plus un peu plus tard.

Enfin, l’expert le plus actif depuis 15 ans est Marc Restellini. Mais son catalogue raisonné, annoncé depuis 2001, n’est pas paru à ce jour. L’institut Wildenstein, qui était partenaire du projet de M. Restellini, a annoncé qu’il avait cessé toute participation au projet à partir du 1er janvier 2015. Aux dernières nouvelles (2016), M. Restellini devrait reprendre l’intégralité du catalogue Ceroni et ajouter un certain nombre d’œuvres (environ 60) dont Ceroni n’avait pas eu connaissance. On connaît par des expositions, dont M. Restellini était le commissaire général, ou par des ventes aux enchères avec certificat fourni par M. Restellini, l’essentiel des tableaux ajoutés au corpus Ceroni. Ces tableaux seront repérés dans la suite entre accolades avec un préfixe R et deux lettres (par exemple {RAB} pour le Portrait d'Annie Bjarne).

Dès la fin des années 1920, un certain nombre de faux Modigliani sont apparus sur le marché au fur et à mesure que s’envolaient les prix. Dans le catalogue de Pfannstiel de 1929, le docteur Paul Alexandre, premier mécène de Modigliani dénoncait déjà des « faux grotesques[**] ». Nous avons repris dans la suite les tableaux issus du catalogue Ceroni ainsi que quelques-uns sur lesquels un consensus a été trouvé parmi les différents experts.

Notre édition présente les œuvres avec leur localisation de 2016, lorsqu’elle est connue. Elle est indiquée systématiquement dans les cartels, et synthétisée par pays et par ville à la fin de l'ouvrage.

Les reproductions des tableaux sont agrandissables par simple-tap. Ceux-ci peuvent être vus ensuite en plein écran via un double-tap.


François Blondel (janvier 2017).


[*]. Pour se faire une idée plus détaillée de la confusion de la situation à ce jour, voir par exemple l'article du journal The Independent, du 23 janvier 2013, ou l'article de Marc Spiegler dans ARTnews, paru en 2004 – Modigliani. Lawsuits and charges of slander multiply as two scholars compete to be recognized as the ultimate authority, – ou l'article d'Adrian Darmon du 3 février 2014 : Modigliani, victime d'une guerre meurtrière entre experts.
[**]. cité par Noël Alexandre, Modigliani inconnu, Fonds Mercator, Albin Michel, Paris, 1993, p. 67.

En couverture : Nu allongé (détail), Metropolitan Museum of Art, New York.

Première édition : janvier 2017
Dépôt légal : janvier 2017
N° éditeur : 9791090996335

VI. Entre juillet et décembre 1916

6.1 Simone Thiroux

La disparition pour Modigliani d'une vie de couple avec Béatrice a signifié assez naturellement la reprise d'une vie encore plus dissolue. À cette époque, il finit souvent la soirée au commissariat, pour tapage nocturne, ivresse sur la voie publique, etc.

Charles Douglas a raconté[1] comment, alors qu'il déclamait et chantait dans la rue, après le couvre-feu imposé du fait de la guerre, il fut arrêté par deux « hirondelles », ces policiers à vélo, surnommés ainsi à cause des deux pans de leur pèlerine qui flottaient au vent. Or Modi avait perdu ses papiers d'identité, une nuit d'ivresse à la suite de laquelle il s'était retrouvé au petit matin dans une poubelle. À leur demande usuelle « Vos papiers s'il vous plaît », il sortit alors de sa poche une liasse d'esquisses et les agita sous leur nez. Il fut évidemment emmené au poste de police, et fouillé. Modi avait heureusement sur lui, une lettre de son frère aîné Emanuele, le député italien, propre à convaincre la maréchaussée qu'il n'était pas, par ces temps de guerre, un dangereux espion. Il en fut certainement quitte pour apporter au commissaire de police Descaves un tableau en remerciement de sa mansuétude. Eugène Descaves (?-1934), comme Léon Zamaron rencontré au chapitre IV, a collectionné ainsi à bon compte, dès 1913, les peintures de ce qu'on appellera plus tard l'école de Paris. Outre Modigliani, il posséda des tableaux de Soutine, Utrillo, Picasso, Matisse, Derain, Vlaminck, Marquet. Il était aussi le frère de Lucien Descaves, académicien Goncourt (de sa fondation en 1900 jusqu'à sa mort en 1949). Emanuele Modigliani écrivit une autre lettre à la Préfecture de police adressée « aux autorités compétentes » leur demandant de s'adresser directement à lui, si son frère était de nouveau arrêté sans papiers sur la voie publique.

Dedo passait une partie de ses nuits avec Simone Thiroux. Simone (1892-1921), dite « La Canadienne », orpheline et nantie de l'héritage de ses parents, était arrivée à Paris pour faire ses études de médecine. Découvrant la liberté, elle passait jours et nuits à Montparnasse, dépensait à tort et à travers. Ainsi, nous dit Charles Douglas (op. cit. p. 247), « quand ses sous-vêtements étaient sales, elle les jetait tout simplement à la poubelle et en achetait d'autres. »

La fin de cette romance a jeté une ombre sur l'élégance de Modigliani. Quand Simone fut enceinte de lui, elle vint le trouver. C'était au début de son amour pour Jeanne Hébuterne. Il refusa d'assumer cette paternité, arguant que l'enfant pouvait bien être de quelqu'un d'autre, et la renvoya. Simone accoucha d'un fils, Serge-Gérard, le 15 septembre 1917. Elle mourut en 1921 de la tuberculose, qu'elle avait contractée, semble-t-il, bien avant de connaître Modigliani. Gérard, orphelin, a été élevé dans une famille d'accueil. Il fut ensuite ordonné prêtre et devint curé de Milly-la-Forêt. Le père Gérard Thiroux-Villette, qui n'eut jamais aucune relation avec la famille Modigliani, est mort en 2004.

À la fin de l'année 1919, trois semaines avant la mort d'Amedeo, Simone lui a écrit une lettre poignante. On ne sait si Amedeo lui a répondu.

31 décembre

207 Boulevard Raspail

Mon très cher ami

Ma pensée la plus tendre va vers vous à l'occasion de cette nouvelle année que je désirerais être l'année de la réconciliation morale pour nous. Je mets de côté toute sentimentalité et réclame une seule chose que vous ne me refuserez pas car vous êtes intelligent et pas un lâche : c'est une réconciliation qui me permettra de temps en temps de vous voir. Je jure sur la tête de mon fils qui pour moi est tout qu'aucune idée mauvaise ne passe en mon esprit. Non mais je vous ai trop aimé et souffre tellement que je réclame cette chose comme une dernière supplication.

Je serai très forte. Vous savez ma situation actuelle : matériellement je ne manque de rien gagnant largement ma vie.

Ma santé est très mauvaise la tuberculose pulmonaire fait tristement son œuvre… Des hauts – des bas.

Mais je n'en peux plus. Je voudrais simplement avoir un peu moins de haine de votre part. Je vous en supplie ayez pour moi un regard bon. Consolez-moi un peu je suis trop malheureuse et demande une petite parcelle d'affection qui me ferait tant de bien.

Je jure encore qu'aucune arrière-pensée ne me travaille.

J'ai pour vous toute la tendresse que je dois avoir pour vous.

Simone Thiroux

207 Brd Raspail

Charles Douglas a apporté un éclairage un peu moins négatif pour Amedeo, en publiant les confidences que lui avait faites Luigi Tobia, le fils de Rosalie, dans les années 30. Alors que Dedo filait encore le parfait amour avec Béatrice, et que le couple venait de quitter le restaurant, un groupe de jeunes filles délurées parlait de ce bel homme qu'elle voulaient toutes emmener dans leur lit. Mais la chose semblait impossible, tant il était entiché de sa « Bice ». Simone, une grande et jolie blonde, avait alors fait le pari avec ses amis qu'elle l' « aurait ». Elle l'a eu, peut-être un peu trop. Modi eut vent de cette discussion, c'était avant qu'elle sache qu'elle était enceinte. Il se sépara de Simone, et à leur rencontre suivante, quand Simone entra chez Rosalie, Modi lança pour toute l'assemblée : « Tiens, v'là la fille impudique. »

De son côté, Roger Wild (1894-1987) avait donné une description plus sévère de Simone : « Une pauvre fille qui avait voué à Modigliani une admiration béate et qui le ramenait chez lui lorsqu'il était saoul pour le mettre au lit. Ce n'était pas une beauté avec son teint violacé et ses chairs molles, mais c'était une bonne fille. »

 Renée la blonde 
[1] Renée la blonde, 1916, huile sur toile, 61 x 38 cm, Museu de Arte, São Paulo, C137

Par rapport à la date de réalisation du tableau, Renée appartenait-elle au groupe de jeunes filles délurées, amies de Simone Thiroux ?

6.2 La rue Joseph-Bara

En cette année 1916, Modigliani a commencé à exposer plus sérieusement. Sa notoriété a augmenté en France mais aussi à l'étranger. Dès début de l'année, c'était Max Jacob qui parlait de lui (à défaut de ses tableaux) dans la revue artistique 291 de février 1916, publiée par le new-yorkais Marius de Zayas (le nom de la revue venait de son adresse 291, Fifth Avenue). Picabia avait écrit pour la revue un article en anglais, alors que Max Jacob avait écrit un texte satirique contenant des calembours intraduisibles en anglais, ce qui lui valut d'être publié en français :

« On a même remarqué dans les coulisses les costumes de Modigliani-veste à côtes gris perle sur un tricot de femme vert pâle ; cravate de satin blanc, chapeau rond, chemise à carreaux bleus et blancs, souliers de cuir brut à lacets cette toilette fera fureur. Modigliani donnera la mode (igliani). Le couturier m’apprit aussi qu’on vendait à l’usage des embusqués des casques tout neufs troués gentiment de balles et des costumes parfaits avec convenables taches de sang. »

Pour la fin de l'année, plusieurs expositions étaient prévues. D'abord, celle qui ouvrit le 22 novembre 1916, organisée par Walter Halvorsen à Oslo, que nous avons évoquée dans le tome 1.

Ensuite, celle de Lyre et Palette, une association créée par le peintre suisse Émile Lejeune, qui occupe un local au 6, rue Huyghens, au fond d'une cour mais tout prêt du carrefour Vavin. Manuel Ortiz de Zarate et Blaise Cendrars ont fait partie des fondateurs de l'association. La lyre faisait allusion aux concerts (privés) qui s'y tenaient, la palette aux expositions. Érik Satie, Maurice Ravel, Darius Milhaud venaient y jouer. Moïse Kisling y a entraîné son ami Modi. L'endroit devint furieusement « tendance » comme on dira plus tard. Le vernissage de la première exposition a lieu le 19 novembre avec des œuvres de Moïse Kisling, Ortiz de Zarate, Modigliani, Picasso, et Matisse, ainsi qu'une série de sculptures africaines apportées par Paul Guillaume. Modigliani y expose Madame Pompadour, un portrait de Béatrice [C57, illustré dans le tome 1], treize autres peintures (dont Antonia [C59]) et de nombreux dessins. Érik Satie y joue son Instant musical. Soutine réalisera plus tard en 1922 un portrait d'Émile Lejeune (musée de l'Orangerie).

Reconnu par ses pairs, Modigliani n'en continue pas moins de tirer le diable par la queue. Paul Guillaume ne s'avère pas le marchand idéal. Certes, il achète des œuvres, mais seulement quand il a un client en vue, ce qui n'assure pas la pitance quotidienne du peintre. On a vu (dans le tome I, chapitre V.4) qu'il envoyait une peinture à New York pour 50 francs. Or, dans le même temps, il cherchait une tactique pour reprendre les peintres qui étaient avant la guerre sous contrat avec Daniel Henry Kahnweiler (Picasso, Braque, Gris, Léger, Derain, Vlaminck). La galerie de Kahnweiler était fermée depuis l'été 1914, Kahnweiler était en exil à Berne, en chômage technique forcé, étant citoyen allemand. Ses peintres ne pouvaient plus rien vendre et Kahnweiler va leur rendre leur liberté. Chez qui vont-ils aller ? Paul Guillaume se positionne sur les rangs et demande conseil, comme d'habitude, à Guillaume Apollinaire, alors sur le front. Une carte-lettre militaire lui donne la réponse[2] : « Je crains que les peintres de Kahnweiler ne soient pris, surtout Picasso, mais essayez tout de même. Pour Picasso faudrait lui assurer, je crois, une cinquantaine de mille francs par an, les autres moins, mais voyez Braque, lieutenant blessé en convalescence à l'hôtel Meurice. » En fin de compte, c'est Léonce Rosenberg qui va d'abord leur acheter des tableaux, puis prendre sous contrat exclusif Braque et Gris en mai 1917, ainsi que Léger après son retour à Paris en août 1917. Rosenberg assurait à Léger vingt à vingt-cinq mille francs par an et la libre disposition des toiles de grand format. Jacques Lipchitz avait déjà signé un contrat avec Léonce Rosenberg à la fin de 1916. Paul Guillaume réussit de son côté à devenir le marchand d'André Derain. Il ouvre dans le même temps une nouvelle galerie au 16, avenue de Villiers. Paul Rosenberg, le frère de Léonce, acquiert un droit de « première vue » sur les tableaux de Picasso.

 Portrait de Monsieur Lepoutre 
[2] Portrait de Monsieur Lepoutre, 1916, huile sur toile, 91,7 x 59,7 cm, collection particulière C156
Le modèle, Constant Lepoutre, était à la fois encadreur et marchand. Il a d'abord été installé rue Laffitte, puis en 1918, il déménagera au 23, rue La Boétie (la galerie de Paul Rosenberg se trouvait au n°21). Il découvrit la peinture de Modigliani lors de l'exposition Lyre et Palette. Admirateur de l'artiste, il lui prodigua une aide importante. Émile Lejeune, dans un article de La Tribune de Genève du 8-9 février 1964[3], a cité Modigliani qui assurait, en évoquant M. Lepoutre : « Il me fournit le matériel, le modèle aussi, me donne vingt francs chaque fois, et sur la table, toujours un quart de rhum. Lepoutre est un gentleman ! » Ce portrait a été réalisé par le peintre pour remercier M. Lepoutre de lui avoir prêté 60 francs. Le portrait ayant déplu à sa famille, le modèle l'a cédé à Léopold Zborowski, qui le vendit à Roger Dutilleul, qui plus tard l'échangea contre un autre tableau à Jonas Netter. Nous évoquons plus loin ces deux grands collectionneurs.
Léopold Zborowski
Léopold Zborowski

Dans le même immeuble que Kisling, habitait depuis juillet 1916, un autre polonais. Léopold Zborowski (1889-1932) était arrivé à Paris entre 1912 et 1914 pour des études de littérature à la Sorbonne. Il écrivait alors des poèmes. Mais, avec la guerre, la bourse qu'il recevait du gouvernement polonais s'est interrompue (son village natal était dans la partie autrichienne de la Pologne) et il s'est établi d'abord comme marchand de livres puis de tableaux. Il a d'abord résidé chez un ami d'enfance, Casimir Czechowski, puis à l'hôtel Sunny, boulevard de Port-Royal. À Paris, il a rencontré une jolie jeune femme, polonaise elle aussi. Hanka Sievzpowska (ou Czeposka selon les sources, 1885-1978) était un petit peu plus âgée que lui. Ils n'ont jamais été mariés (William Fifield a vu en 1978 la carte d'identité de Léopold chez Paulette Jourdain, il y était précisé qu'il était célibataire[4]) mais, pour tout le monde, elle sera, à Paris, Hanka (ou encore Anna) Zborowska. Le jeune couple s'installa au 3, rue Joseph-Bara et devint alors voisin de Kisling.

Zborowski découvrit, semble-t-il, le travail de Modigliani lors de l'exposition Lyre et Palette en novembre. D'après Lipchitz[5], c'est Kisling qui va alors mettre les deux hommes en relation. Selon Charles Douglas, ce serait grâce à Halvorsen, le marchand norvégien. Fernande Barrey, qui deviendra en mars 1917 la première femme de Foujita, a indiqué que c'est elle qui a parlé la première de Modigliani à Zborowski. Enfin, Francis Carco a déclaré que Modigliani a d'abord rencontré Hanka Zborowska, et fait son portrait, avant que Zborowski ne remonte de la Côte d'Azur, où il était allé rétablir sa santé.

Quelle qu'en soit la cause première, le résultat est les deux hommes sympathisent, et Zbo (c'est ainsi que tous le surnomment), encouragé par Kisling, ainsi que par Fernande Barrey, propose un contrat à Modigliani. Il lui propose de venir travailler chez lui (son appartement est grand), il prend tous les tableaux de Modigliani. Il lui verse une pension de quinze francs par jour travaillé, le paiement de son matériel (toiles, couleurs) et, d'après Francis Carco[6], le paiement de l'hôtel où vivait alors Amedeo. Zborowski lui réserve aussi un cinquième sur les ventes de tableaux. À partir de là, c'est Zborowski qui vendra à Paul Guillaume.

Léopold est très enthousiaste à propos de son artiste et déclare vers la fin de l'année 1916 à Hanka qu'il a trouvé un peintre qui « vaut deux fois Picasso ».

Modigliani va d'abord peindre Zborowski, sa femme, quelques-unes de leurs connaissances. Au-delà des rapports marchands, c'est le début d'une amitié profonde entre Léopold, Hanka et Dedo, qui ne s’interrompra qu'avec la mort.

 Portrait de Leopold Zborowski 
[3] Portrait de Leopold Zborowski, 1916, huile sur toile, 63 x 41 cm, musée d'Israël, Jérusalem C157
 Portrait de Leopold Zborowski 
[4] Portrait de Leopold Zborowski, 1916, huile sur toile, 116,2 x 73 cm, Museum of Fine Arts, Houston (TX) C158
 Hanka Zborowska, assise 
[5] Hanka Zborowska, assise, 1916, huile sur toile, 76,2 x 45,1 cm, The Hillman Family Collection, New York C159
 Portrait d'Hanka Zborowska 
[6] Portrait d'Hanka Zborowska, 1917, huile sur toile, 55 x 38 cm, Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea, Rome C160
Portrait d'Hanka Zborowska
[7] Portrait d'Hanka Zborowska, 1917, huile sur toile, 130,2 x 81,3 cm, Museum of Modern Art, New York C177
 Madame Z. 
 Portrait de madame Hanka Zborowska 
[8] Madame Z., 1917-18, huile sur toile, 54 x 37,5 cm, prêt long terme, Birmingham Museums Trust C178
[9] Portrait de madame Hanka Zborowska, 1917, huile sur toile, 55 x 39 cm, collection particulière C179
 

La légende a fait de Zborowski l'ami fidèle, désintéressé, pardonnant tous les esclandres de Modigliani. Ainsi Francis Carco a écrit[7] avec une certaine emphase : « Quel amour avait Zborowski pour son peintre ! Quelle grande et compréhensive admiration ! Il se privait de tout pour lui, de tabac, de nourriture, de charbon. Et, petit à petit, à force de multiplier les démarches, d'endurer les pires privations, il arrivait à fournir à Modigliani des toiles, des couleurs, un affreux atelier, et quelques rares centaines de francs par mois qui permettaient au peintre de vivre chichement. »

— ~ —

L'histoire a remis en lumière un personnage beaucoup plus discret, dont le rôle n'a cependant pas été négligeable dans cette période. En 1915, un certain Jonas Netter, né en 1868 en Alsace (devenue allemande), doit faire renouveler ses papiers. Il est fils d'industriel, et représentant installé à Paris. Souvenons-nous que le responsable des étrangers à la préfecture de police est le commissaire Léon Zamaron (voir Modigliani, tome 1, chapitre IV). Un tableau de Maurice Utrillo orne alors son bureau. Jonas Netter est très attiré par cette toile, la conversation s'engage avec passion, et Zamaron emmène alors Jonas Netter chez le courtier de Maurice, un certain Zborowski. Quand Zborowski l'année suivante signe avec Modigliani, il avise Netter qui s'enthousiasme pour les œuvres d'Amedeo et va souvent financer la mensualité du peintre. Netter était dans la coulisse un associé discret de Zborowski. Une exposition en 2012 à Paris, organisée par Marc Restellini, a rendu justice à Jonas Netter et jeté une lumière un peu différente sur Zborowski. Marc Restellini, dont le grand-père Isaac Antcher a été aussi sous contrat avec Léopold Zborowski, en a dressé un portrait moins flatteur : « malhonnête, hâbleur, flambeur »[8]. Nous reparlerons un peu plus loin de Jonas Netter.

Évoquons pour finir le portrait dressé par le journal Becs et ongles du 9 avril 1932, à l'occasion du décès de Léopold Zborowski :

Riche ou pauvre, Zborowski fut toujours semblable à lui-même. Petit, mince, élégant, séduisant, caressant, il avait une voix douce comme l'étaient ses yeux. Cela ne l'empêchait pas d'être en affaires d'une intelligence très vive, d'une hardiesse parfois aventureuse et d'une charité quelquefois allant jusqu'à la cruauté. Mais quelle amabilité il avait et quelle fantaisie il savait mettre dans son commerce ! Il était volontiers généreux aimant à jouer au grand seigneur. Il aimait la peinture pour le plaisir, il encourageait de toutes les façons les peintres qui l'entouraient.

6.3 Le portrait des époux Lipchitz

 

Jacques Lipchitz a commandé en 1916 son portrait à Modigliani. Bien plus tard, alors qu'il avait émigré à New York, il écrivit et fit paraître une monographie de Modigliani. Le texte parut en anglais en 1954. Il raconte qu'il venait de signer son contrat avec Léonce Rosenberg et qu'il venait de se marier avec Berthe Kitrosser (il a dû se marier religieusement devant le rabbin, puisque le mariage civil en France n'a été officialisé que le 30 mai 1925). Il demanda alors à Amedeo de réaliser son portrait. « Mon prix est de dix francs par séance de pose, avec un peu d'alcool », répondit Modigliani. La suite est racontée par Lipchitz[9] .

« Il vint le jour suivant et fit de nombreux dessins préliminaires, un après l'autre, avec une vitesse stupéfiante et une grande précision. […] Finalement, nous avons décidé d'une pose inspirée de notre photo de mariage. Le jour suivant, à une heure, Modigliani arriva avec une vieille toile et son matériel de peinture, et nous commençâmes à poser. Même maintenant, je le vois encore très précisément, assis en face de sa toile, qu'il avait posée sur une chaise, travaillant calmement, s'interrompant seulement de temps à autre pour ingurgiter une gorgée d'alcool de la bouteille posée à côté de lui. De temps en temps, il jetait un regard critique à son travail et observait les modèles. À la fin de la journée, il dit, “Bien, je crois...