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Musées nationaux d'Afrique : rôles et enjeux

De
216 pages
Présenté comme un instrument de cohésion nationale, le musée national de Yaoundé ne doit plus se contenter de laisser voir les objets sans aucune démarche pour les montrer, les présenter et aller vers les publics. Dépendant des financements publics, ce musée doit prouver "sa raison d'être" de façon encore plus explicite que par le passé. La diversification des ressources est un élément nécessaire au fonctionnement du musée.
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Hugues Heumen TchanaMu SéeS Nat Io Naux d’ a fr Ique :
rôle S et e Njeux
Un musée national n’est pas un musée dans une nation. C’est un musée
qui s’adresse à tous. Présenté comme un instrument de cohésion
nationale, le musée national de Yaoundé ne doit plus se considérer de lui- Mu SéeS Nat Io Naux d’ a r Iue :
même, il ne doit plus se contenter de laisser voir les objets sans aucune
démarche pour les montrer, les présenter, et aller vers les publics. De
rle S et e Neunos jours, les musées n’exposent plus seulement, ils s’exposent aussi.
Dépendant des fnancements publics, ce musée doit prouver « sa raison
d’être » de façon encore plus explicite que par le passé.
le Musée national de YaoundéIl n’existe plus guère de musées qui reposent exclusivement sur les
pouvoirs publics pour leur fonctionnement : peu ou prou, tous ont
intégré progressivement l’idée que la diversifcation des ressources est
un élément nécessaire au fonctionnement du musée. La conquête de
nouveaux publics exige la conjugaison de plusieurs types d’actions qui
doivent s’inscrire dans la durée : l’éducation artistique et culturelle en
premier lieu, qui permet de toucher tous les enfants scolarisés quelle
que soit leur origine sociale ; des dispositifs de médiation adaptés,
notamment dans le cadre du partenariat avec les autres institutions
muséales du Cameroun, les acteurs sociaux et associatifs ; les horaires
d’ouverture, qui doivent tenir compte de la disponibilité des diférents
types d’usagers ; ainsi qu’une politique de communication adaptée.
La fdélisation du public existant ou en devenir est mise en place à
travers le développement d’ofres et de services spécifques, adaptés à
l’ensemble des catégories de publics et aux supports de communication
et information in situ, opérations de relations publiques et des
partenariats locaux et internationaux.
Hugues Heumen Tchana est doctorant en muséologie,
enseignant/chercheur au département des beaux-arts et
sciences du patrimoine de l’Institut supérieur du Sahel de
l’université de Maroua, et diplômé en gestion du patrimoine
culturel à l’université Senghor d’Alexandrie (Égypte),
opérateur direct de la francophonie. Ancien stagiaire en médiation
culturelle au Musée de Bretagne (Champs Libres) de Rennes, en France, il
est également membre de la College Art Association (CAA) de New-York
(USA), et lauréat de la CAA 2014 International Travel Grant.
Photographie de couverture de l’auteur :
le Musée national de Yaoundé. Préface de Bienvenu Denis Nizésété
21,50 €
ISBN : 978-2-343-03779-0
H-CAMEROUN_HEUMEN_MUSEES-NATIONAUX-AFRIQUE.indd 1 10/07/14 16:25qxjôf
H. Heumen Tchana
Mu SéeS Nat Io Naux d’ a fr Ique : rôle S et e Njeux






Musées nationaux d’Afrique :
rôles et enjeux


Hugues Heumen Tchana



Musées nationaux d’Afrique :
rôles et enjeux



Le Musée national de Yaoundé







Préface de Bienvenu Denis Nizésété



















Du même auteur
Des nombreux articles sur les problématiques des musées :
• « Archives et Musées au Cameroun : cas des musées des
Grassfields », in Future and past historiography- gaps and silences in
the archival record, and what we can say today about the future
archival record, by Institute of Social and Cultural Anthropology,
University of Oxford, Seminar on 10th April 2013 at Yaoundé,
Cameroon
• « Musées Communautaires et Mécénat Communautaire au
Cameroun », in Actes du colloque 2013, Communautés de
Consommateurs et Stratégies de Marques, Éditions Ifrikiya, janvier
2014, pp 89-120
• « Contribution de la muséologie pour la recherche et l’écriture de
l’histoire du Cameroun : Cas des musées des Grassfields Cameroun »,
er er1 Congrès de la Société d’Histoire du Cameroun, 27 février- 1 mars
2014, Maroua, Cameroun
nd• « Art and national identity » 102 Annual Conference College Art
Association (CAA) Chicago, February 12th-15th, 2014











© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03779-0
EAN : 9782343037790




À ma feue fille Heumen Maibere Justine Priscilla qui aurait pu
lire ce livre et à sa mère Nainebah Myriam Louvau, un exemple à
suivre et à dépasser. Qu’elle trouve dans ce travail un stimulant
pour ses travaux futurs.
Remerciements
Ce livre est le fruit de ma formation en gestion du patrimoine
culturel à l’Université Senghor d’Alexandrie, opérateur direct de la
Francophonie, de mes nombreux stages dans les musées d’Afrique,
au musée de Bretagne à Rennes en France et de mes enseignements
en muséologie au département des Beaux-arts et Sciences du
patrimoine, de l’Institut supérieur du Sahel à l’Université de
Maroua. Ce livre a profité du vécu expérientiel de toutes ces
institutions qui m’ont donné le plaisir d’enseigner cette matière.
Qu’elles trouvent ici l’expression de ma très profonde
reconnaissance.
De nombreuses autres personnes ont contribué à divers titres à
la mise au point de cet ouvrage. Je pense en particulier à toute
l’équipe du musée des Civilisations de Dschang, Sylvain Djaché,
Taboué Nouayé Flaubert, Kamga Fotso Anita, Rachel Mariembe,
Alisson Mekamwe, Honoré Tchatchouang, Dubois Gningaye, à
Koupgang Albertin, responsable de la Case patrimoniale de
Bandjoun, à Oumarou Scharé, à Ottou Onana Irène, Valère Oyono,
au personnel du musée de Bretagne en particulier, M. Jean
Paul-leMaguet, Françoise Beresttrot, Laurence Prudhomme, à Jean Luc
Maillard. Merci à tous… et à ceux que j’aurais oublié de citer.
Merci aussi à tous les directeurs et conservateurs des
institutions muséales qui m’ont accueilli et qui ont accepté de
consacrer de leur temps à me présenter leurs institutions et à
répondre à mes questions.
J’exprime mes sincères remerciements à l’endroit de Michel
Colardelle qui a bien voulu, malgré ses multiples occupations,
accepter de suivre une partie de ce travail.
Merci à Nainebah Myriam Louvau qui, par sa présence et son
soutien moral, a contribué à la rédaction de certains passages de cet
ouvrage.
J’exprime ma reconnaissance à tous ces Professeurs dont les
enseignements et les orientations méthodologiques ont nourri et préparé à long terme la réalisation de cet ouvrage : Abwa Daniel,
Saïbou Issa, Minkoa Adolphe, Eloundou Eugène, Ossah Mvondo,
Jean Louis Pivin, Abdoulaye Camara, Myriame Morel-Deledalle,
Michel Colardelle, Jean Yves Marin, Vincent Negri, Nicole
Gesché-koning, Françoise Benhamou, Etienne Feau.
Je témoigne ma reconnaissance aux amis et collègues avec qui
j’ai passé des heures à discuter de la question des musées au
Cameroun, en Afrique, à refaire le monde et peut-être pas en vain.
Les propos échangés au cours de nos rencontres ont enrichi à des
degrés divers ce texte. Je pense à Djoulde Darman, Wassouni
François, Bouba Hamman, Hamadou, Mahamat Abba, Komgueum
Achille, Mevogbi joel, Zeh cyril, Tatuebu Duflot, Essie Essie, Meli
Alain, Djomdi, Aboubakar, Hambaté Valery, Sambo Armel,
Abdou bouba Armand, Mountampbeme Patrick, Serge Nguetcho,
Desiré Tsozué, Esson Assoua Annie, Patience Ombick, Rufine
Djeucthou, Moukam Isidore, Mendana Ndzengue, Bobolo
Christian Demefack Bertrand, Essama Mireille, Blandine Agbaka,
Soufianou Zabeirou, Maki Garba, Marwa Helmy, Robinson
Ngametche, Younkeu Michelle, Kadji Apollinaire, Saliou Yinda…
J’exprime ma profonde gratitude au Dr Nizésété Bienvenu
Denis, auteur de la préface, qui a accepté de lire cet ouvrage et d’y
apporter certaines critiques constructives.

8 Préface
Afin que les Camerounais, toujours plus nombreux, visitent les
musées de leur pays en général et le musée national de Yaoundé en
particulier. Ainsi se résumerait dans une formule lapidaire,
Conquête et fidélisation des publics au musée national de Yaoundé
au Cameroun, opuscule de M. Heumen Tchana Hugues, diplômé
en gestion du patrimoine de la prestigieuse université Senghor
d’Alexandrie et enseignant-chercheur au département des
Beauxarts et des Sciences du patrimoine à l’Institut supérieur du Sahel de
l’Université de Maroua (Cameroun).
Dans cette étude à forte connotation muséologique, structurée
autour de quatre chapitres qui déroulent les stratégies de conquête
et de fidélisation des publics au musée national de Yaoundé au
Cameroun, les stéréotypes sur le musée et ses missions
s’estompent. Heureusement ! Le musée cesse à tort de se présenter
comme ce lieu clos, cet espace insolite réservé aux amateurs des
collections d’objets d’art, aux touristes européens, aux chercheurs
ou encore aux fétichistes des loisirs ésotériques. Sous la plume de
Heumen en effet, le musée devient ce lieu de rencontre des peuples
à travers leurs productions culturelles, ce temple des savoirs, cette
case patrimoniale où tout le monde peut apprendre en se délectant.
Mais le défi majeur consiste à y faire venir un public nombreux et
hétérogène. Comment donc briser les réticences qui empêchent les
Camerounais de visiter les musées ? L’auteur estime que le
principal obstacle à lever est celui de la confidentialité sur les
objectifs du musée. Il faut communiquer publiquement sur les
apports multisectoriels d’un musée, dont le musée national de
Yaoundé en matière de développement individuel et collectif.
L’histoire du musée national de Yaoundé commence en 1972
avec sa création. Il est alors placé sous la dépendance du ministère
de l'Information de la Culture, direction des Affaires culturelles,
service de la Conservation de la culture. Le décret présidentiel
n°98/003 du 08 janvier 1998 portant organisation du ministère de
la Culture, et domiciliant le musée national de Yaoundé dans l’ancien palais présidentiel, cadre prestigieux et chargé d’histoire,
s’il en est, témoigne en lui-même de l’importance attachée par le
chef de l’État à la sauvegarde et à la valorisation du patrimoine
culturel national. L’importance que revêt ce musée justifie toute
l’attention que la nation lui porte. Il est en effet le lieu de la
célébration des diverses sensibilités culturelles du pays,
l’expression de l’histoire et de la géographie du Cameroun. Ses
collections ont vocation à expliquer les savoirs et les savoir-faire
du peuple camerounais, la conquête progressive de leur espace
vital et la construction de leurs divers horizons culturels. De ce fait,
elles doivent si possible être connues de tous les Camerounais afin
de leur permettre d’apprécier les richesses naturelles et culturelles
de leur pays, de comprendre les fondements de sa diversité
culturelle et d’en tirer toutes les leçons pour vivre
harmonieusement cette diversité dans l’unité.
Pour pouvoir tirer avantage de ces leçons sur le patrimoine, il
faudra se rendre au préalable au musée. Parmi les recettes pour
conquérir le nouveau public et fidéliser l’ancien, Heumen Tchana
Hugues propose un aménagement des horaires de visite, l’étude
des tarifs d’entrée les moins prohibitifs possible, une gestion
professionnelle de l’accueil depuis l’entrée jusqu’à la sortie du
visiteur, l’implication du secteur privé dans la gestion du musée, la
création d’un Club des amis du musée, la systématisation de la
médiation culturelle, cette interface entre le musée et le public. Il
s’agit en quelque sorte d’une refondation de la politique muséale
au Cameroun ; ce qui n’est guère impossible.
Mais le succès d’une telle réforme convoque d’autres ressorts
qui vont au-delà du seul renforcement des capacités des ressources
humaines. Il faut des moyens financiers pour créer un cadre
agréable et adapté aux nouveaux défis et enjeux assignés aux
musées partout dans le monde. Dans un environnement social et
économique où beaucoup de Camerounais, préoccupés par la
difficile gestion de la vie quotidienne dans un contexte de
paupérisation avancée, considèrent la culture comme un problème
de seconde zone, le Gouvernement doit davantage s’impliquer pour
donner au musée toute sa place dans les espaces culturels urbains
et ruraux du pays.
10 De ce fait, le budget alloué à la culture ne doit pas être ce petit
pourcentage du budget de l’État, parce qu’on pense à tort que la
culture est un facteur secondaire de la vie nationale. Bien au
contraire. Le culturel est partout dans le monde à l’ordre du jour
parce qu’il est capable de fournir des propositions d’avenir, et des
projections pour ce futur. Mais si les responsables politiques et les
technocrates dédaignent le culturel et refusent cette vision alors,
l’humanité ira vers des affrontements de plus en plus violents entre
les groupes ethniques à l'intérieur des pays et entre les continents.
Le culturel se présente ainsi comme l’une des solutions de ce point
de vue pour confronter sereinement un certain nombre de points de
vue et éclairer les débats nationaux et internationaux. C’est dans
cette perspective qu’on pourrait aussi comprendre cette observation
du professeur américain Samuel Huntington qui, en 1993,
affirmait, pour expliquer dans quel monde nous entrons après la
disparition de l’Union soviétique et la fin de la guerre froide, ceci :
« mon hypothèse est que, dans le monde nouveau, les conflits
n’auront pas essentiellement pour origine l’idéologie ou
l’économie. Les grandes causes de division de l’humanité et les
principales sources de conflit seront culturelles ». Tant de conflits
qui déchirent encore le monde sont effectivement d’origine
culturelle.
Les Camerounais doivent ainsi se rendre au musée national qui
est un espace culturel total. Ils vont y apprendre à mieux se
connaître et renforcer toujours davantage le processus de
l’intégration nationale en cours. L’ouvrage de Heumen Tchana
Hugues qui présente l’état des lieux des institutions muséales au
Cameroun et précisément celui du musée national de Yaoundé,
analyse le développement des publics des musées, révèle les
préoccupations des publics du musée national et propose des
recommandations pour le renouveau muséal au Cameroun en vue
de l’optimisation de la fréquentation de ce haut lieu de la culture,
s’illustre de fait comme une contribution scientifique digne
d’intérêt en vue de l’aménagement de l’espace culturel
camerounais.
Dr Bienvenu Denis Nizésété
Département d’Histoire
Université de Ngaoundéré (Cameroun)
11 Liste des acronymes et abréviations utilisés
AAM : American Association of Museums
AFRICOM : African International Council of Museums
AIMF : Association internationale des maires francophones
AMEBB : Association des amis du musée de Bretagne
2AMC : Association des amis du musée des civilisations
BASP : Beaux-arts et sciences du patrimoine
CAMNY : Club des amis du musée national de Yaoundé (à créer)
CEDEAO : Communauté économique des États de l’Afrique de
l’Ouest
CEMAC : Communauté des États de l’Afrique centrale
CILSS - Comité permanent Inter-Etats de lutte contre la
sécheresse
COE : Centre d’orientation éducative
CRTV : Cameroon Radio and Television
EPA : École du patrimoine africain
FSP : Fonds de solidarité prioritaire
ICOM : International Council of Museums
ICOMOS : International Council on Monuments and Sites
IRSH : Institut de recherches en sciences humaines
ISS : Institut supérieur du sahel
MCCA : Museums and Community Collaborations Abroad
MDC : Musée des civilisations (Dschang)
MINBASE : Ministère de l’éducation de base
MINAC : Ministère des arts et de la culture MINESEC : Ministère des enseignements secondaires
MINSUP : Ministère de l’enseignement supérieur
MINTOURL : Ministère du tourisme et des loisirs
MCUR : Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise
OCIM : Office de coopération et d’informations muséales
PSC : Programme scientifique et culturel
RDC : Route des chefferies
SMQ : Services des musées de Québec
SOCADAP : Société civile des arts plastiques
UEMOA : Union économique et monétaire ouest-africaine
UMa : Université de Maroua
UNESCO : United Nations, Educational, Scientific and Cultural
Organization
VANI : Votre avis nous intéresse
WAMP : West African Museums Program

14 Introduction
Vois-tu […] le succès d’un musée ne se mesure pas au nombre de
visiteurs qu’il reçoit, mais au nombre de visiteurs auxquels il a
enseigné quelque chose. Il ne se mesure pas au nombre d’objets
qu’il montre, mais au nombre d’objets qui ont pu être perçus par
les visiteurs dans leur environnement humain. Il ne se mesure pas
à son étendue, mais à la quantité d’espace que le public aura pu
raisonnablement parcourir pour en tirer un véritable profit. C’est
cela le musée. Sinon, ce n’est qu’une espèce « d’abattoir
culturel ».
Georges Henri Rivière
Cité par Anne Gruner Schlumberger in "La Muséologie
selon Georges Henri Rivière", Editions Dunod | 1989.

Le dernier quart de siècle a vu une efflorescence inédite de
constructions et de rénovations de musées en même temps qu’un
engouement extraordinaire du public pour les grandes expositions
et ces « nouveaux musées » dont l’ouverture prend l’allure
d’évènement culturel d’exception fortement médiatisé.
Chacun sait, on croit savoir, ce qu’est un musée, en particulier
dans les domaines de l’art et de l’archéologie. Cependant, le musée
est un objet complexe, multiforme et multifonctionnel. Il ne suffit
pas d’ouvrir au public les portes d’une collection privée ou
publique pour la transformer en musée. Les attentes de la société et
l’exigence des visiteurs sont de plus en plus élevées à l’égard des
musées et ce désir justifié doit être rencontré. Il appartient aux
institutions muséales, à leurs responsables et à leurs concepteurs
d’élaborer des outils plus performants qui répondent aux besoins
de la société du troisième millénaire. Dans cette perspective, la
nécessité est d’autant plus grande d’une réflexion approfondie et
d’une étude systématique du phénomène musée.
Le musée national de Yaoundé pôle central de tous les musées
du Cameroun, placé en régie directe du ministère des Arts et de la
Culture, a été créé pour mettre le patrimoine culturel du Cameroun
à la disposition de tous. Ce musée se présente comme un instrument de cohésion nationale. C’est la synthèse de la diversité
dans une seule institution. Très souvent, lorsqu’on parle du
Cameroun, on le présente comme étant l’Afrique en miniature. Par
sa façade ouest qui s’étire du fond du golfe de Guinée jusqu’au lac
Tchad à travers les savanes soudanaises du septentrion, il fait partie
de l’Afrique occidentale. Mais, il est déjà en Afrique équatoriale
dans sa partie orientale qui est frontalière avec la République
centrafricaine, et sa partie méridionale, frontalière avec la Guinée
équatoriale, du Gabon et de la République de Congo. À cette
position transitoire correspond une diversité physique, des
contrastes climatiques avec plus de 280 langues autochtones qui
côtoient le français et l’anglais, langues officielles du Cameroun.
De par sa situation géographique, son milieu physique, ses
populations, ses langues et son histoire, il a reçu dès les origines
une vocation pour un pluriculturalisme dynamique. Les
Camerounais doivent être conscients de la force de leur histoire. Le
musée national de Yaoundé peut participer à l’émergence d’une
confiance nouvelle que les Camerounais doivent retrouver. Les
colonisateurs avaient enfermé les musées dans l’Afrique
traditionnelle et « authentique ». Du coup, les Africains ont pensé
que leur avenir était derrière eux. Et pourtant, le grand public ne
s’approprie pas véritablement ce patrimoine culturel que l’on
retrouve au musée national de Yaoundé. Il n’y a pas de perception
conceptuelle sans image qui l’accompagne. Il faut savoir quelle
image on veut du musée national de Yaoundé.
Au moment où un âge nouveau s’ouvre dans l’histoire des
musées, que l’on pourrait qualifier de « temps du public » selon les
termes de Dominique Poulot, se soulèvent dans tous les musées des
réflexions sur la question des publics. Après avoir connu leur âge
d’or au XIXe siècle, et une longue traversée du désert au XXe
siècle, les musées se trouvent soudainement portés sur le devant la
scène culturelle conjointement par le dynamisme surprenant de
leur rénovation et par la place importante qu’y a acquise le public.
« Nous sommes passés d’une époque où on parlait du « musée
comme enjeu », à l’époque présente où nous sommes appelés à
parler des enjeux du musée » (Bordeaux, 2008, 188). Dans le
premier cas, le terme d’ » enjeu » désignait une fonction
symbolique liée à la fabrication du patrimoine ; dans le second cas,
16 il est lié aux préoccupations et attentes situées en dehors du champ
délimité par les missions de conservation, d’étude scientifique et
de diffusion. Un peu partout, on ausculte la fréquentation et on y
attache les enjeux de politiques culturelles, aussi bien en termes de
démocratisation, de développement local que de médiation. Cette
institution de service public a pour but de démocratiser l’accès à la
culture, de rendre accessible la culture pour tous. Cette notion
complexe a fait l’objet de plusieurs définitions. Elle peut apparaître
comme un « mot-valise » d’où la nécessité d’apporter des
clarifications.
Elle représente d’abord un projet politique. La démocratisation
culturelle est le fait des politiques et s’inscrit dans les politiques
1culturelles depuis la fin de la IVe République en France . Ce projet
de démocratisation de la culture, pour être compris dans son
ensemble, se présente dans deux sens. Dans un premier temps, la
démocratisation peut se concevoir par le nombre, c'est-à-dire, « la
croissance en volume de la population aux guichets d’entrée de
l’institution » (Fleury, 2006, 80). Ce premier sens paraît quasi
irréel aujourd’hui au musée national de Yaoundé, ce d’autant qu’il
n’y existe aucun guichet, l’entrée étant gratuite et elle n’étudie pas
la composition sociale des flux et se cantonne aux chiffres de
fréquentation.
Cette première assertion, bien qu’acceptée, n’est pas exclusive
des objectifs de la démocratisation de la culture. Un second sens,
complémentaire, présente la « démocratisation d’une pratique,
comme diminution des écarts de pratique entre différentes
catégories des publics » (Donnat & Tolila 2003, 370), ou encore de
le rendre accessible, non plus au plus grand nombre d’individus,

1 Le ministère français des Affaires culturelles, quand il fut créé en 1959 avec
pour ministre André Malraux, s’est vu confier comme principale mission de
« rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité et
d’abord de la France », ce qui plaçait d’emblée la question du public au cœur de
la politique culturelle. Pendant de longues années, le projet de démocratisation a
servi de légitimation à l’action des pouvoirs publics en matière culturelle : élus en
charge de la politique culturelle, responsables d’établissements, artistes, etc., tous
faisaient référence, certes avec plus ou moins de lyrisme ou de conviction, à
l’exigence de démocratisation pour justifier leurs choix ou préciser le sens de leur
action.
17 mais à tous les individus. Il est question ici d’assurer la plus vaste
audience à son patrimoine. Cette logique ne correspond plus à celle
de l’offre culturelle, c'est-à-dire les expositions proposées par le
musée national de Yaoundé, mais à la mise en place d’actions
spécifiques pour certaines catégories de publics qui ne trouvent pas
des facilités à bénéficier de l’offre culturelle du musée national du
fait de certains obstacles mis en relief par la sociologie de la
culture et des pratiques culturelles. Ces obstacles sont avant tout
symboliques, relevant de la socialisation culturelle.
L’individu fait siennes, de manière durable et inconsciente, des
valeurs, des connaissances, dans ses rapports avec le monde. Ces
acquisitions sont les habitus. Les habitus, dispositions acquises du
fait des expériences et de la socialisation primaire et secondaire,
conditionnent les pratiques quotidiennes de l’être humain,
notamment culturelles. Selon le degré de socialisation culturelle,
les individus se rendront ou non dans les lieux culturels. Il existe
aussi des obstacles non matériels à la fréquentation des musées. La
distance géographique entre l’individu et le musée constitue une
réelle barrière à sa volonté de visite. La question des tarifs est
déterminante, mais insuffisante pour comprendre l’absence de
certains publics au sein des établissements culturels notamment au
musée national de Yaoundé où l’entrée est pourtant libre et gratuite
pour tout le monde.
La société ne conçoit plus la délectation de la même manière.
Le musée ne doit plus rester dans une dialectique d’autorité
morale, intellectuelle. Il y a lieu de se remettre en question sur les
méthodes d’ordre culturel. Une chose est sûre, il n’existe pas de
véritable politique pour attirer le public au sein du musée national
de Yaoundé. On se contente de « laisser voir » les objets sans
aucune démarche pour les montrer, les contextualiser et les
valoriser. Tout se passe en effet comme si, malgré leur mise en
scène, les objets présentés s’imposaient seulement par leur beauté.
De nos jours, les musées n’exposent plus seulement, ils
s’exposent aussi. Il faudrait mener des enquêtes qualitatives auprès
des visiteurs du musée : ce qui à notre connaissance, n’a pas encore
été fait. Ce problème interpelle en réalité l’ensemble des acteurs de
la vie culturelle au Cameroun et, qu’on le veuille ou pas, participe
18 du débat sur les finalités et les moyens des politiques culturelles.
La “question du public”, en effet, se situe depuis toujours au
fondement des politiques culturelles puisque le soutien apporté par
les pouvoirs publics à la création et à la sauvegarde du patrimoine
ne trouve sa véritable légitimité que dans l’action qu’ils mènent en
parallèle pour faciliter l’accès à l’un et à l’autre.
La conquête et la fidélisation des publics au musée national de
Yaoundé traitées ici se caractérisent par des mesures mises en
place pour augmenter le nombre de visiteurs, réduire les disparités
entre différentes catégories de populations en termes d’intensité de
fréquentation du musée et fidéliser le public actuel. Elle s’appuie
beaucoup sur les différents aspects de la médiation et la
communication.
Il y a deux façons d’aborder cela, la manière commerciale qui
est de faire pour le plus grand nombre, et la façon, qui à mon sens
devrait être celle du musée national de Yaoundé, faire pour tous. Il
y a bien une différence entre les deux. En effet, faire pour le grand
nombre, c’est trouver des solutions qui sont majoritairement
satisfaisantes, donc en excluant une partie des gens qui fréquentent
ou qui ne fréquenteront jamais ce musée pour ces raisons. Et faire
pour tous, c’est bien évidemment répondre à la demande de la
majorité et ensuite aller vers des actions, jusqu’à des micro-actions,
pour aller sensibiliser les publics qui ont besoin de cet
accompagnement. Ceci doit être porté par les pouvoirs publics
pour des questions budgétaires et de ressources humaines. Il y a
lieu de favoriser toutes formes d’accueil en lien avec des
médiations spécifiques et des programmations adaptées. Le contact
humain en lien avec l’offre permet d’attirer les visiteurs. Il est
question d’installer le musée national de Yaoundé dans le paysage
culturel de Yaoundé et ceci en complémentarité des autres, pas en
concurrence.
C’est pour le public et plus largement les citoyens
d’aujourd’hui et de demain que travaille le musée. Le musée
national de Yaoundé doit devenir un pôle de référence, nourrir des
rencontres, des débats et des expressions artistiques plurielles. Il
faut aussi élargir son rôle en développant l’action culturelle et
19 éducative par une mise en réseau avec les différents acteurs
culturels.
« Le musée ne doit plus se considérer par lui-même : étant une
représentation du monde, il doit considérer le monde non
seulement comme son sujet d’étude et de patrimonialisation, mais
comme son objet d’action culturelle et éducative » (Colardelle et
al, 2002, 19).
Le musée doit s’ouvrir en s’appropriant les expériences réussies
ailleurs, tout en tenant compte des spécificités du Cameroun en vue
de toucher d’autres publics. La conquête et la fidélisation des
publics passent d'abord par des conditions matérielles : horaires,
tarifs, accueil, réseau de relais (dans les entreprises par exemple).
Elles passent aussi par la médiation ; interface entre le musée et le
public, notamment celui issu de la "communauté locale" qui doit
être la première cible.
Notre réflexion se propose de mettre le public au centre de la
politique muséale du musée national de Yaoundé. Comment
intéresser le public à ce musée ? Comment concevoir une offre
adaptée ? Comment fidéliser le public actuel ? Comment
professionnaliser l’accueil des visiteurs ? Comment atteindre le
non -public ?
Il faut poser les questions du futur, tout en regardant les
modèles culturels, anciens et contemporains, dans notre société et
celles des autres. Parmi les questions posées : comment poser des
actes transformateurs ? Le musée doit-il être défini par un lieu
physique ? Quels moyens mettre au service du patrimoine et quels
outils créer pour le faire vivre auprès du peuple et des jeunes
générations ?...
Il ne se fait plus aucun doute, « les missions sociales du musée,
et en particulier sa vocation didactique, impliquent que les
responsables ne peuvent se contenter des visiteurs qui fréquentent
spontanément le musée ; il faut accroître, fidéliser et diversifier le
public » (Gob & Drouguet 2006, 99).
Comment mieux connaître le public, accroître sa satisfaction,
lui offrir des ressources nouvelles, l’inciter à revenir ? Pour ce
faire, nous allons repenser l’organisation actuelle du musée,
20