Musicien amateur ou professionnel ?

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Depuis les années quatre-vingt, l'espace social des pratiquants de la musique s'est considérablement développé. L'organisation bipolaire "professionnel versus amateur" qui le régit se trouve ébranlée par une diversité croissante. La reformulation de l'ordre social des musiciens devient donc urgente. C'est pourquoi nous proposons une modélisation de l'espace social des pratiquants de la musique.
Publié le : dimanche 1 mai 2011
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EAN13 : 9782296461246
Nombre de pages : 244
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MUSICIEN AMATEUR OU PROFESSIONNEL ? La construction identitaire musicienne
Collection Logiques Sociales Série : Études Culturelles Dirigée par Bruno Péquignot
Le champ des pratiques culturelles est devenu un enjeu essentiel de la vie sociale. Depuis de nombreuses années se sont développées des recherches importantes sur les agents sociaux et les institutions, comme sur les politiques qui définissent ce champ. Le monde anglosaxon utilise pour les désigner lexpressioncultural studies. Cette série publie des recherches et des études réalisées par des praticiens comme par des chercheurs dans lesprit général de la collection.
Dernières parutions
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Raphaële Vançon
MUSICIEN AMATEUR OU PROFESSIONNEL ? La construction identitaire musicienne
Du même auteur
Enseigner la musique : un défi,ZurfluH Éditions, 2009.
©LHarmattan, 2011 57, rue de lEcolePolytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 9782296547827 EAN : 9782296547827
INTRODUCTION
En 1973, la situation socio-économique française se dégrade. Le tra-vail commence à perdre de sa légitimité et le chômage touche de plus en plus toutes les catégories de la population. Les agents de socialisation sont re-considérés : le loisir concurrence la valeur travail ; on se détourne de la fa-mille ou de l’école pour rechercher de nouveaux espaces de sociabilité. À partir des années 80, les pouvoirs publics, voyant en l’action culturelle le moyen de réduire la « fracture sociale », apportent une dimen-sion sociale à leur politique culturelle. Les crédits publics affectés au domai-ne musical connaissent une augmentation sans précédent. Concomitamment, les collectivités territoriales montent en puissance, jouant un rôle de premier ordre dans l’intégration des musiques populaires à l’économie de la subven-tion. Au fur et à mesure que les métropoles régionales investissent le champ culturel, une nouvelle force de travail artistique et technique se développe massivement. Celle-ci, fortement mobilisée pour l’organisation des festivals, la valorisation du développement local et l’animation socioculturelle des quartiers, contribue à la création d’un maillage territorial. L’accès à la cultu-re et la valorisation des pratiques culturelles deviennent un enjeu important de la politique de la ville. Vecteur d’identité sociale et individuelle, lieu de rencontre et de reconnaissance des diversités et des métissages, terrain d’intégration, les pratiques musicales favorisent fortement la création ou la restauration de lien social. Elles constituent par ailleurs l’un des modes privi-légiés d’appropriation des patrimoines musicaux. L’art, parce qu’il ouvre une fenêtre sur l’autre, sur la différence, sur l’unique et sur l’espoir d’un avenir commun, recouvre un besoin pour chaque individu. Toutes les esthé-tiques sont reconnues de manière égalitaire, sans hiérarchisation. Les organi-sations amateur sont encouragées et soutenues dans leurs démarches ; les structures de formation reconnues par l’État se multiplient. L’encadrement et l’accompagnement des pratiques amateur intègrent les missions de l’enseignement artistique spécialisé. Par ailleurs, au même moment, on assiste à l’évolution de la facture instrumentale de qualité et bon marché, ainsi qu’aux progrès de la technolo-gie pour l’amplification sonore. 1 C’est dans ce contexte que l’espace social des pratiquants de la mu-sique s’est fortement étendu et diversifié depuis presque trente ans : diversi-fication tantintra-individuelle qu’inter-individuelle des pratiques, des enga-gements, des profils. La notion dediversitésemble désormais caractériser leur espace social.
1 Nous désignons par « pratique » les comportements conduisant àproduireet non plus seu-lement àconsommer. Les « pratiquants de la musique » ne concernent donc pas les « consommateurs », mais les « acteurs » musicaux, les « producteurs » de matière musicale. 7
Or, depuis la création du ministère de la Culture, cet espace a été structuré de manière duale et hiérarchisée, « culturel »versus « socioculturel », « professionnels »versusau profit des pre-« amateurs », miers. Le champ des « professions du spectacle » s’encadre de textes législa-2 tifs définissant les statuts des professionnels, assurant l’existence de conventions collectives et précisant les conditions d’emploi. Les pouvoirs publics souhaiteraient remettre à jour le seul décret de 1953 qui gère la pra-tique des «groupements d’amateurs».
La diversité que recèle la réalité du terrain et que nous venons de dé-crire, relève davantage de la complexité que d’une distinction binaire. Les frontières délimitant les groupes sociaux sont en effet floues, brouillées. Une reconnaissance sociale et des revendications identitaires se font jour parmi les musiciens occupant cette zone. La crise des « intermittents du spectacle » explose en été 2003. Le cadre « amateur/professionnel » n’est plus adapté pour décrire l’espace social. «Les oppositions binaires toutes faites, qui tiennent trop souvent lieu de raisonnement et qui pensent en fin de compte à 3 sa place,[sont désormais à]dépasser .» Une réorganisation de cet espace social, qui rende compte de la complexité de la réalité vécue par ces acteurs, s’impose. Surgissent aussitôt moult questions :qui sont ces amateurs ? Qui sont ces professionnels ? Quelle dynamique identitaire chacun d’eux met-il en œuvre réellement, à travers sa pratique musicale ? Sur quels fondements la notion de profes-sionnalisation repose-t-elle ?
Suite à la situation sociale de 2003, les pouvoirs publics et les orga-nisations professionnelles et syndicales reconsidèrent l’espace social des musiciens. Comment ? Nous en proposons une analyse critique, à partir des représentations, des logiques et des paradigmes impliqués par cette reformu-lation. Nous essayerons de dégager les hypothèses sur lesquelles elle repose, de comprendre les relations que les musiciens entretiennent entre eux, les régulations internes qui se jouent. Notre étude révélera un renforcement de la tension « professionnel » / « amateur », et ainsi l’inadaptabilité de cette res-tructuration à la réalité sociale, complexe. Une autre modélisation, éprouvée par les acteurs eux-mêmes, est à édifier. C’est ce que nous tenterons de réaliser à partir d’une enquête condui-te sur un territoire et une durée déterminés. Engageant une démarche com-préhensive et interactionniste, nous rechercherons les mécanismes et les processus en jeu dans l’appropriation d’une pratique musicienne, dans les
2 Le statut, position occupée par un individu dans un cadre social donné, est essentiellement normatif. Un individu peut occuper, successivement ou simultanément, différents statuts. 3 LAHIRE (Bernard),La culture des individus. Dissonances culturelles et distinction de soi, éditions La Découverte, Paris, 2004, Introduction. 8
formes de socialisation, ce qui fait réellementsenschez chacun des interro-gés.
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