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Musique traditionnelle et civilisation orale chez les Manding

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114 pages
En parlant de musique traditionnelle manding, nous avons privilégié celle qui s'est exprimée au Mali, en République de Guinée, en Gambie, Guinée-Bissau et au Sénégal. Loin d'appartenir au passé, cette musique traditionnelle demeure vivante et s'adapte au contexte actuel, marqué par le recul des valeurs communautaires et le renforcement de l'individualisme dans le cadre d'un monde globalisé.
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Sadibou DABO
Musique traditionnelle et civilisation orale chez les Manding
MUSIQUE TRADITIONNELLE ET CIVILISATION ORALE CHEZ LESMANDING
SADIBOUDABOMUSIQUE TRADITIONNELLE ET CIVILISATION ORALE CHEZ LESMANDING
©L’Harmattan, 2014 57, rue del’ÉcolePolytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 9782296998728 EAN : 9782296998728
INTRODUCTION
Les Manding constituent un groupe diversifié de peuples dont les plus connus, les Bambara et les Malinké, parlent des langues apparentées. Leur origine se trouve au Mandé, une province de l’empire historique du Mali située sur le HautNiger, entre Siguiri et Kangaba.
Les Manding se sont dispersés, à des époques différentes, dans toute l’Afrique de l’Ouest et on les trouve à présent au Sénégal, en Gambie, en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Mali, en GuinéeBissau, en Sierra Leone, au Libéria et au Burkina Faso.
En parlant de musique traditionnelle manding, nous avons privilégié celle qui nous est la plus connue et s’est exprimée au Mali, en République de Guinée, en Gambie, en GuinéeBissau et au Sénégal.
Cette musique traditionnelle, loin d’appartenir au passé, demeure vivante et s’adapte au contexte actuel marqué par le recul des valeurs communautaires et le renforcement de l’individualisme dans le cadre d’un monde globalisé.
La musique traditionnelle, comme beaucoup d’aspects de la vie sociale, n’est pas isolée desautres sphères comme la religion, l’histoire, les arts, les techniques et métiers, de même que les rites. Elle est liée de façon intrinsèque à toutes les pulsations de la société, à ses activités de tous les jours, à ses croyances et à ses sentiments. De même, la musique traditionnelle est inséparable du chant et de la danse et toute réflexion sur eux doit être globale.
En même temps qu’elle reflète la vie quotidienne, la musique traditionnelle constitue souvent un auxiliaire de la parole. En tout cas le griot pouvait difficilement se passer
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SADIBOUDABO de l’accompagnement musical, s’il chantait ou déclamait la parole. L’apprentissage musical constituait un complément indispensable à la formation du jeune griot traditionaliste. Si l’art musical était réservé au départ à une caste de griots, il n’en est plus de même à l’heure actuelle. Le jeu musical des instruments comme la kora et le balafonn’est plus l’apanage de la caste des musiciens traditionalistes. Il est désormais accessible à tout le monde, comme l’art du sowrubal’a toujours été. Car lesowrubaest l’expression d’un besoin de distraction après le travail des champs, mais aussi d’accomplissement desrites. Il importe de préciser que dans cette étude, notre approche a été plutôt historique et sociologique. Il demeure évident que les Manding de l’Ouest, singulièrement ceux du Kaabu viennent de l’est. Leur civilisation constitue un prolongement, dans les pays guinéogambiens, de la civilisation mandé qui rayonna sur presque tout le Soudan ème occidental à l’apogée du Mali au XVIsiècle. Cependant cette civilisation kaabunke (du Kaabu) conserve une certaine originalité dans certains de ses aspects. Celleci se perçoit à travers le matrilignage en vigueur dans la dévolution du pouvoir au sein de l’aristocratie régnante du Kaabu, alors que dans le monde mandéen général, c’est le système patrilinéaire qui estadopté par les institutions. (Mané Mamadou :Contribution a l’histoire du Kaabu, page 3) Cette originalité se distingue également dans la langue manding du Kaabu, portant des phonèmes (unités de sons) propres aux langues guinéogambiennes et qui est différente ainsi de la langue parlée dans le tilibo(pays de l’Est ou Mandé). Toutefois l’originalité dela civilisation kaabunke, si elle nous agrée dans le domaine du matrilignage et de la langue,
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Musique traditionnelle et civilisation orale chez les Manding ne semble pas opérer dans le domaine spécifique de la musique manding et de ses instruments. La continuité de l’utilisation de la kora, d’autres instruments comme le balafon et lejembe, ainsi que celle de l’art oratoire du griot duMandé au Kaabu constitue, à notre sens, une réalité indéniable que nous allons nous attacher à démontrer dans ce travail. Le style et les procédés prosodiques et rythmiques dans le jeu de ces instruments de musique ne changent fondamentalement pas du Mandé au Kaabu ou aux pays casa gambiens, bien que des différences puissent se discerner liées à l’inspiration personnelle, à l’environnement géographique et humain, ou à l’influence des différentes écoles. Du point de vue des rapports entre la musique traditionnelle et la religion,il n’y a pas eu de rupture entre le Mandé et le Kaabu ; de même la continuité historique de la musique traditionnelle manding du Mandé aux pays guinéogambiens demeure également et l’on s’attachera à le démontrer. Même si les tamtam utilisés dans le Mandé et ceux utilisés dans le Kaabu et les pays casa gambiens, y compris chez les Manding de Mbour, sont d’un genre diffèrent; l’art oratoire du griot ou du joueur de tamtam et les techniques rythmiques demeurent les mêmes, comme on va s’efforcer de le démontrer. Notre réflexion porte, il est vrai, sur la musique traditionnelle manding. Cependant, nous allons particulière ment mettre l’accent sur lesowrubaet le folklore manding tels qu’ils se sont exprimés dans la communauté manding de Mbour, où ils ont acquis leurs lettres de noblesse. Car, les formes d’expression de la musique manding en Casamance et dans le Mandé intérieur ont été bien abordées
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