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Pour une critique d'art engagée

De
176 pages
Qui est le critique d'art ? Quelle est son intention ? Quelle est sa méthode ? Quel type de discours produit-il ? Quelle est l'utilité de la critique ? Qu'advient-il de l'oeuvre ? Qu'attend le public du critique d'art ? Dominique Berthet s'interroge sur la relation particulière qu'entretient le critique d'art avec l'oeuvre.
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dOmINIQUE BertHet
Pour une critique d’art engagée
Série Arts vivants OUVERTUREPHILOSOPHIQUE
Ouverture philosophique Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau, Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot Une collection d'ouvrages qui se propose d'accueillir des travaux originaux sans exclusive d'écoles ou de thématiques. Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des réflexions qu'elles soient le fait de philosophes « professionnels » ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux qu'habite la passion de penser, qu'ils soient professeurs de philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques. Illustration de couverture : Christian Jaccard,Pics de croissance BRN 031, 2001, diptyque, brûlis et encre sur toile, 194 x 195 cm. © Christian Jaccard.© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01267-4EAN : 9782343012674
Pour une critique d’art engagée
Du même auteur Le P.C.F., la culture et l'art, Paris, La Table Ronde, 1990. Proudhon et l’art. Pour Courbet, Paris, L’Harmattan, coll. « L’art en bref », 2001. Les Bois sacrés d’Hélénon(avec Patrick Chamoiseau), Paris, Musée Dapper, 2002. Les corps énigmatiques d’Ernest Breleur, Paris, L’Harmattan, coll. « Les arts d’ailleurs », 2006. Les défis de la critique d’art, Paris, Kimé, coll. « Esthétiques », 2006 (épuisé). Hélénon, Lieux de peinture(préface Edouard Glissant), Paris, HC Editions, 2006. André Breton, l’éloge de la rencontre.Antilles, Amérique, Océanie, Paris, HC Editions, 2008. Ernest Breleur, Paris, HC Editions, 2008. Pratiques artistiques contemporaines en Martinique. Esthétique de la rencontre 1, Paris, L’harmattan, coll. « Local & Global », 2012.
Dominique BERTHETPour une critique d’art engagée
Avant-Propos L’œuvre d’art est une production hors du commun, fasci-nante et énigmatique. Umberto Eco la présente comme « un message fondamentalementambigu, une pluralité de signifiés qui 1 coexistent en un seul signifiant » . L’œuvre d’art en tant qu’aboutissement, même inachevé, interpelle la sensibilité et l’intelligence du regardeur. Elle s’offre à l’aventure du regard, de l’émotion, de l’analyse ; une aventure renouvelée à chaque rencontre. La relation que l’on entretient avec elle mérite réflexion. Outre l’artiste qui lui donne forme, l’œuvre est destinée à être confrontée à l’appréciation du public parmi lequel se trouve le collectionneur, le marchand, le galeriste, le commissaire, le critique, l’historien, le philosophe, etc. Ces différents regards portés sur elle sont-ils semblables ? Lorsqu’André Breton juge une œuvre à partir de ce qu’il appelle « l’épreuve du réveil », c’est-à-dire en fonction de l’émotion qu’elle procure lorsque le dormeur se réveille et regarde l’œuvre placée en face de son lit, sa relation est différente de celle de l’esthéticien ou du critique. L’une n’est pas moins estimable que l’autre, mais l’attente et le but visé ne sont pas les mêmes. Cet ouvrage questionne la relation particulière qu’entretient celui qui projette de parler d’une œuvre avec l’œuvre elle-même.
1  Umberto Eco,L’œuvre ouverte, Paris, le Seuil, coll. « essais points », 1965, p. 9.
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Un certain nombre de questions sont ici abordées parmi lesquelles : qui est le critique ? Quelle est la nature de sa relation avec l’œuvre ? Quelle est l’utilité de la critique ? Quel est le projet du critique ? Quelle est sa méthode ? Quel discours développe-t-il ? Qu’advient-il de l’œuvre ? e Depuis le XVIII siècle, la critique d’art s’est fréquemment interrogée sur elle-même, sur son rôle, sur ses modalités. Elle s’est transformée grâce à l’inventivité de certains auteurs, grâce aussi à la réflexion de théoriciens sur les outils analytiques et sur les méthodes d’analyse. Toutefois, sa conception et son utilité donnent lieu à des opinions parfois divergentes. Goethe par exemple faisait la différence entre une critique littéraire « facile » qui juge de la réussite ou de l’échec d’une œuvre en fonction de sa proximité avec « un étalon idéal » et une autre, plus difficile, qui cherche à comprendre ce qu’a voulu faire l’auteur, si cet objectif est pertinent et dans quelle mesure il est atteint. Différents camps en réalité s’opposent. Il y a ceux qui, comme La Bruyère, considèrent la critique simplement comme un métier, ceux qui, comme Balzac, la placent du côté de la science, ceux qui, comme Sainte-Beuve, la considèrent au contraire comme un art. D’autres encore, comme Oscar Wilde, estiment qu’elle est nécessaire, tandis que d’autres, à la suite de 1 Romain Rolland, la jugent nuisible . Cet ouvrage qui n’a pas pour projet de couvrir tous les aspects de la critique d’hier et d’aujourd’hui, tente d’évoquer au travers de quelques auteurs significatifs une certaine idée de la critique et de traiter ce qui, dans la critique contemporaine, fait l’objet de débats. Pour ce qui est des auteurs traités, le choix – comme tout choix – est sans doute discutable, mais il sert un propos. On pourra naturellement regretter l’absence de tel ou tel, mais il ne s’agissait pas de rechercher le consensus ni l’exhaustivité. 1  Un panel de ces opinions diverses est rassemblé dansDe Diderot à Roland Barthes. Éloge de la critique, textes choisis par Jacqueline Razgonnikoff, Paris, Artlys, 2011.
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Qui est le critique ? La question est plus complexe qu’il n’y paraît. Jacques Sato par exemple, évoquait à son sujet les figures 1 de l’interprète, de l’expert et de l’acolyte . La fréquentation personnelle des artistes fait du critique un témoin, un accompa-gnateur, un interlocuteur privilégié, un détecteur de nouveautés, un médiateur, certains se veulent porte-parole, pédagogue de la démarche et de l’œuvre. Jean-Jacques Gleizal, fait toutefois remarquer qu’il convient de prendre quelques précautions dans l’emploi du terme critique d’art. Il refuse, quant à lui, « de qualifier de critiques ces chroniqueurs de journaux spécialisés 2 qui doivent ménager tel artiste ou telle galerie » , ajoutant que le critique doit « être fidèle à une déontologie qui reste à définir ». Le critique, dans sa relation privilégiée avec les productions de son temps est donc censé prendre position, soutenir ou, le cas échéant, critiquer. Qu’en est-il du discours critique ? En quoi consiste le fait d’écrire sur une œuvre ? Comment l’analyser ? Que dire et comment dire ? L’idée qui traverse ce livre est que le discours critique prend place lui aussi dans un processus créateur. La création artistique et le discours critique se rencontrent sur le chemin de la création. Appartenant à deux domaines distincts, leur relation n’en est pas moins étonnamment féconde. D’autres questions se posent encore. Y a-t-il une spécificité de la critique ? Qu’est-ce qui la distingue par exemple de l’histoire de l’art ? Hélène Lassalle raconte au sujet du Second congrès international des critiques d’art qui marqua la création de l’AICA (Association Internationale des Critiques d’Art), en juin 1949, que les interventions de « grands ténors de l’époque », celles de Lionello Venturi, André Chastel et Marc Sandoz, portèrent sur la spécificité de la critique et ses différences avec 1  Jacques Sato, « L’interprète, l’expert et l’acolyte »,Critique et enseigne-ment artistique : des discours aux pratiques, sous la direction de Pascal Bonafoux et Daniel Danétis, Paris, L’Harmattan, 1997. 2 Jean-Jacques Gleizal,L’art et le politique, Paris, PUF, 1994, p. 153.
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