Sociologie d'un groupe de fest-noz

De
Publié par

Le groupe de fest-noz Sonerien Du est une figure bien connue de la musique bretonne. Depuis 43 ans, il anime les fêtes bretonnes et exporte, lors de tournées, la musique bretonne en Europe. Il doit son extraordinaire longévité au renouvellement continuel de ses musiciens et à l'originalité de sa musique, au carrefour d'influences diverses. Cet ouvrage conte l'épopée du groupe qui a su s'imposer dans le paysage sonore contemporain.
Publié le : dimanche 1 mai 2016
Lecture(s) : 15
EAN13 : 9782140008542
Nombre de pages : 352
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Gilles Simon
Sociologie d’un groupedefest-noz Sonerien Du
L O G I Q U E S S O C I A L E S
série Études culturelles
Sociologie d’un groupe defest-noz
Sonerien Du
Collection Logiques Sociales Série : Études Culturelles Dirigée par Bruno Péquignot Le champ des pratiques culturelles est devenu un enjeu essentiel de la vie sociale. Depuis de nombreuses années se sont développées des recherches importantes sur les agents sociaux et les institutions, comme sur les politiques qui définissent ce champ. Le monde anglo-saxon utilise pour les désigner l’expressioncultural studies. Cette série publie des recherches et des études réalisées par des praticiens comme par des chercheurs dans l’esprit général de la collection. Kheira BELHADJ-ZIANE,Le rap underground, un mythe actuel de la culture populaire,2014. Louis BASCO (dir.),Construire son identité culturelle, 2014. e Jean-Louis FAVRE,Unehistoire populaire du 13 arrondissement de Paris. « Mieux vivre ensemble », 2013. Marisol FACUSE,Le monde de la compagnie Jolie Môme. Pour une sociologie du théâtre militant, 2013. Ji Eun Min,La réception de la comédie musicale de langue française en Corée. Echanges culturels dans une économie mondialisée, 2013. Nadine BOUDOU,Les imaginaires cinématographiques de la menace. Émergence du héros postmoderne, 2013. Laetitia SIBAUD,Les musiciens de variété à l’épreuve de l’intermittence. Des précarités maitrisées ?, 2013. Christian APPRILL, Aurélien DJAKOUANE et Maud NICOLAS-DANIEL,L’enseignement des danses non réglementées en France. Le cas des danses du monde et des danses traditionnelles, 2013.Christiana CONSTANTOPOULOU,Barbaries contemporaines, 2012. Barbara LEBRUN (éd.),Chanson et performance. Mise en scène du corps dans la chanson française et francophone, 2012.Isabelle PAPIEAU,Du culte du héros à la peoplemania, 2012. Frédéric GIMELLO-MESPLOMB,L’invention d’un genre : le cinéma fantastique français, 2012. Frédéric GIMELLO-MESPLOMB,Les cinéastes français à l’épreuve du genre fantastique, 2012.
Gilles Simon Sociologie d’un groupe defest-noz
Sonerien Du *
Du même auteur
Plogoff. Une lutte exemplaire ?, Brest, Emgleo Breiz, 2015.
Plogoff. L’apprentissage de la mobilisation Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2010.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07545-7 EAN : 9782343075457
sociale,
À Julie
Préface
par Ronan Gorgiard
Le battement d’ailesdu papillon…
Il y a toujours eu plus ou moins confusion, en Bretagne comme ailleurs, entre « tradition » et « musée ». Une envie de confiner les vieilles choses dans le formol, devénérer l’ancien,se prosterner de devant l’immuable. Reste, comme l’a démontré Darwin (même s’il est aujourd’hui contesté par les obscurantistesultrareligieux), que l’espèceet donc aussi la culture sont en perpétuelle évolution. Car il a bien fallu qu’un jour, un homme, en frappant deux cailloux l’un contre l’autre, invente le rythme, que quelqu’un imagine produire un son, en soufflant dans un morceau de bois creusé et percé de 1 quelques trous. Bref,qu’une succession d’artistes Gé,o Trouvetout invente le biniou, la bombarde, le tambour ou la harpe. Tous ces instruments qualifiés aujourd’hui de traditionnels, et qui ont pourtant, à une certaine époque, et à tour de rôle, été qualifiésd’inventions du diable, de nouveautés mettant en péril les fondements de la musique pratiquée jusqu'alors, etc. Tout cela pour dire que, dans les années 1970, des musiciens comme les Sonerien Du (les « Sonneurs Noirs ») ou les Diaouled ar Menez (les « Diables de la Montagne »), ont eu à se confronter aux critiques de pseudopuristes. Ceux qui ne se sont pas encore rendu compte, qu’une culture qui ne bouge pas, n’expérimente pas, n’évoluepas avec son temps, est à terme, une culture morte ! De façon plus légère, existe toujours aussi ce vieux débat d’aficionados, de savoir, à trois jours près, lequel de ces deux groupes a devancé l’autre surla scène en utilisant pour la première fois des instruments électrifiés pour jouer de la musique bretonne à danser dans les festoùnoz. Mais ceci est un débat un peu vain. Il est toujours étonnant de voir à quel point ceux qui défendent la culture populaire peuvent parfois être élitistes.J’ai le souvenir,
1 Inventeur prolifique, Géo Trouvetout est un personnage des studios Disney créé en 1952.

étudiant à Rennes dans ce début des années 70 qui ont vu naître ce fameux « revival» breton, d’entendre les tenants de cette pensée unique conservatrice, saluer dans un premier temps, « ce formidable jeune bardeharpiste réinterprétant un répertoire traditionnel de gwerzioù et de mélodies bretonnes oubliées, mais qui hélas, ne joue que devant des parterres intimistes, tout cela parce que télés et radios à la solde du pouvoir français font tout pour ne pas en parler…». Et puis entendre, deux ans après, ces « militants » de la cause bretonne, à l’esprit si éclairé, vitupérer contre ce même Alan Stivell, puisque vous avez compris que c’est de lui qu’il s’agit, au prétexte qu’il «se prostituait avec le showbiz parisien, en jouant à l’Olympia». Et accessoirement en vendant deux millionsd’albums, faisant ainsi découvrir la musique bretonne à tous les continents, et donc bien audelà de nos minuscules frontières, en la rendant e « audible » à un public populaire du 20 siècle, branché folk, rock et pop. C’est donc un truc formidable qu’ont effectué ces jeunes Finistériens de 1972, qu’ils soient de Bigoudénie ou du Kreiz Breizh(« Centre Bretagne »); que d’avoir compris en quelques semaines, le message stivellien, en osant monter sur scène jouer des gavottes avec guitares et basse électriques, en y ajoutant parfois une batterie, puisqu’ils ont ainsi généré un extraordinaire engouement dans la jeunesse, pour la musique, la culture et la langue bretonnes. Le génie des grincheux est bien là : de râler parce que les médias ne parlent pas assez de notre culture, etd’hurler ensuite encore plus fort, si ce ne sont pas eux qui maîtrisent le message. Bien sûr que la formidable production qui a suivi, a engendré des contresens, du mauvais goût, des trahisons. Mais où est le dogme en matière d’authenticité musicale? Qui le détient? Le fait d’être nièce et fille de Sœurs Goadec n’a pas empêché Louise Ebrel de monter sur scène avec les punkoïdes Ramoneurs de Menhirs ! Même si le phénomène du festnoz a subi un tassement, tant en matière de fréquentation que de fréquence, jamais la production musicale bretonne, ou s’inspirant de la tradition, n’a été aussi riche. Il suffit de se brancher 24 heures sur Radio Kerne pour en avoir la preuve. Eh bien,il n’est pas scandaleux, de dire qu’aux côtés des Stivell, de Tri Yann et de tous les autres qu’on ne citera pas vu leur nombre, les Sonerien Du ont largement pris leur part, dans le succès du phénomène, ce que Gilles Simon montre bien dans l’ouvrage que vous tenez maintenant dans vos mains. Le fait que le groupe ne

disparaisse pas d’une vague «à une autre a permis de neceltique » jamais rompre le lien intergénérationnel musical ; d’autant que les « Du », à travers de multiples changements de personnels et d’évolutions techniques et musicales, ont su rhabiller chaque fois le répertoire en costume contemporain. Si « vulgariser», c’est redonner au peuple sa musique dans des habits neufs, où est le scandale ? Bien entendu, l’impact de tout cela n’est pas quantifiable. Y auraitil aujourd’hui des centaines d’entreprises regroupées au seinde Produit en Bretagne ? Quatrevingt mille Bretons oseraientils chanter le Bro goz ma zadou au Stade de France, sous la direction de l’une des plus « bankable » chanteuses du showbiz, elle aussi bretonne ? Y auraitil une filière langue bretonne à l’école, quand on sait que durant une bonne dizaine d’années, la somme d’1 franc de l’époque était ponctionnée sur chaque entrée de festnoz pour être reversée à Diwan ? Pour se sauver, certains peuples estimentn’avoir pour seul message que la violence. La Bretagne et le peuple breton ont choisi l’expression culturelle comme moyen de lutte. Une culture largement ouverte sur les autres, en particulier vers celles qui sont dites minoritaires. Les Sonerien Du première version avaient choisi pour patronyme le nom de deux sonneurs de la région de Pontl’Abbéqui avaient été victimes d’une injustice, ce quileur avait coûté la vie. Une façon, bien sûr, de saffirmer Bigoudens. Mais ce choixfaisant également d’eux, sans doute involontairement, le symbole d’un certain nombre d’injustices, le thème de l’injustice étant particulièrement fort dans la culture bretonne. Pour preuve,j’ai eu l’occasiondernièrement de croiser un vieux copain sonneur, l’un de ces acteurs anonymes du revival des années 70, qui s’insurgeait à l’idée que l’onpuisse citer Sonerien Du et Diaouled ar Menez comme les précurseurs de tout cela. Il me confiait : «C’est du vent tout ça: c’est mon groupe,Namnediz, dans les années 1960, qui a été le premier à introduire une basse électrique dans la musique bretonne ». Petit clin d’œildel’histoire: ils étaient…Nantais!
Ronan Gorgiard Journaliste àOuestFrance, spécialiste de la musique bretonne

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.