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Cahiers Simondon

De
146 pages
Ce numéro 4 des Cahiers Simondon est ambitieux sur le plan proprement exégétique : il s'agit de proposer des articles de fond apportant un éclairage nouveau sur l'oeuvre de Simondon, dont la redécouverte est encore récente.
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Cahiers Simondon
Numéro 4
 
Collection Esthétiques  Série « Philosophie »  Coordonnée par Jean-Hugues Barthélémy  La série « Philosophie » de la collection Esthétiques se propose de publier des travaux philosophiques relatifs aux différentes « phases » (Simondon) de la culture : art, technique, religion, science, éthique, etc. Elle ambitionne par là de participer au renouveau de lEncyclopédisme, à une époque où se fait en effet sentir le besoin dune nouvelle synthèse qui redonne du sens et permette de surmonter la crise déjà diagnostiquée en son temps par Husserl. La série « Philosophie » nentend pourtant pas sinscrire dans une optique phénoménologique, mais uvrer bien plutôt à une prise de conscience qui soit source dun « humanisme difficile » : un humanisme qui sache reconnaître, notamment, lappartenance de lhomme au vivant, et celle de la technique à la culture.   Dernières parutions  PENSER LA CONNAISSANCE ET LA TECHNIQUE APRES SIMONDON, Jean-Hugues Barthélémy, Esthétiques, 2005.  CAHIERS SIMONDON  NUMERO 1, sous la direction de Jean-Hugues Barthélémy, Esthétiques, 2009.  CAHIERS SIMONDON  NUMERO 2, sous la direction de Jean-Hugues Barthélémy, Esthétiques, 2010.  CAHIERS SIMONDON  NUMERO 3, sous la direction de Jean-Hugues Barthélémy, Esthétiques, 2011.
 
 
 
Sous la direction de Jean-Hugues Barthélémy        Cahiers Simondon
Numéro 4
       Ouvrage publié avec le concours de la Maison des Sciences de lHomme de Paris-Nord                                                          
 
 
 
             
                            © LHarmattan, 2012 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-96718-2 EAN : 9782296967182  
Présentation     Les articles réunis ici sont tous animés par lambition de revisiter une pensée à laquelle les Cahiers Simondon  se consacrent depuis maintenant quatre années, mais dont seuls quelques travaux un peu systématiques ou méticuleux  ou les deux à la fois  avaient su, depuis que lon travaille sur cette pensée, dégager à la fois toutes les ambiguïtés et toute la force : il était temps que vienne un numéro des Cahiers  entièrement consacré au travail exégétique le plus exigeant, qui est aussi, chez ceux des simondoniens qui le pratiquent, un travail polémique vis-à-vis dune uvre plus intuitive que conceptuellement et théorétique-ment achevée  lEncyclopédisme génétique, sil est bien en tant que tel un système, nexiste cependant pas encore comme une organicité  pleinement cohérente. Telle est dailleurs la vertu de Simondon : inspirer, de façon posthume, des philosophes en devenir qui veulent construire leur propre  pensée, mais qui ne peuvent le faire quen cherchant à toujours mieux le comprendre . Cest pourquoi javais pu écrire dès 2005 que Simondon exige du lecteur un effort extrême de compréhension du sens précis de son propos, qui est certes comme porté au-delà de lui-même mais aussi  fondé sur quelques grandes thèses incontournables quil est toujours tentant doublier pour interpréter « librement » tel ou tel passage « qui nous arrange » - sous prétexte que les grandes thèses en question ne se liraient pas toujours dans les « variations sur thème » que contient le texte simondonien.  Ainsi en va-t-il : - de la grande thèse selon laquelle l « information » est « la formule de lindividuation » ; - de celle affirmant, contre  lhylémorphisme mais avec la même  ambition duniversalité, que cette information est  une prise de forme  comme telle irréductible à linformation comprise comme  transmission -mais  sans forme ni matière définies séparément et pré-existantes ; - de celle faisant du « préindividuel » un apeiron  (indéterminé), cest-à-dire un état de lêtre à la fois  « omniprésent » et  non- 
 
temporel si le temps nest lui-même quune dimension du processus dindividuation ; - de celle faisant de l « individualisation » (concept issu de la pensée simondonienne du vivant ) des objets techniques la « condition » du « progrès technique », et lenjeu dun double dialogue récurrent avec la cybernétique   qui pense trop le vivant à partir de la machine sous prétexte que celle-ci se fait « automate » -et avec Marx  laliénation « psycho-physiologique » du travailleur devenu simple auxiliaire de sa machine étant paradoxalement, mais non contradictoirement, la conséquence du non-accès de cette machine à la dignité d « individu technique ».  Ce sont là quelques-unes seulement des grandes thèses de Simondon, qui se construisent dans son texte comme autant de paradoxes sil est vrai que, comme jai désormais coutume de le rappeler, la pensée transductive  de Simondon nous apprend à distinguer systématiquement  les para -doxes des pures contradictions avec lesquelles joue une pensée dialectique   et avec lesquelles la doxa , précisément, les confond. Les articles qui viennent satta-cheront notamment à lexplicitation des thèses ci-dessus énoncées, et je remercie Baptiste Morizot, Ludovic Duhem, Sarah Margairaz et Julien Rabachou pour sêtre livrés à un tel travail, qui est celui dune nouvelle génération de spécialistes de luvre de Simondon. Je les présenterai ici tour à tour :  1. Baptiste Morizot incarne remarquablement la nouvelle génération des « simondoniens » : la thèse de doctorat dont est issu le texte quil présente ici fut une recherche à la fois profondément originale et extrêmement minutieuse sur le plan exégétique. Elle offre un bel exemple de ce que javais moi-même revendiqué, dans les deux volets de Penser lindividuation , sous le nom d « exégèse polémique » : chez Morizot aussi, il sagit à la fois de « décortiquer » le texte de Simondon et den prolonger les intuitions , quitte à critiquer parfois Simondon lorsquil nassume pas jusquau bout sa propre priorité dune subversion des alternatives classiques telle que je lavais dégagée dans Penser lindividuation  et telle que Morizot en reprend le principe pour explorer à nouveaux frais  - et selon une problématique qui lui est propre et qui est celle du hasard dans lindividuation - la question,  6
 
également décisive pour ma propre problématique post-simondonienne, de l information . Il va de soi que la thèse de Morizot représente ainsi un apport majeur aux études simondoniennes, et cest pourquoi sa publication est attendue  le texte ici présenté par Morizot nen donnant, à ma demande, que ce qui men paraissait être le « cur ».  2. Ludovic Duhem, qui sest fait connaître en France et au Canada pour ses travaux sur la « techno-esthétique », et dont la thèse devrait paraître en 2013, nous livre ici une étude approfondie et érudite sur les rapports de Simondon aux présocratiques : jusquici seul larticle de Jean-François Marquet avait, en 1994, exploré ces rapports, qui pourtant sont tout sauf anecdotiques . Ludovic Duhem redimensionne à la fois ces rapports et leur étude, celle-ci conditionnant ceux-là grâce à une prise en compte de deux textes encore inconnus de Marquet : le texte « Histoire de la notion dindividu », placé en supplément à Lindividuation à la lumière des notions de forme et dinformation , et la première partie du Cours sur la Perception . Le résultat est remarquable.  3. Sarah Margairaz et Julien Rabachou, dans une grande enquête prudente et minutieuse, reviennent pour leur part sur ce que javais nommé en 2005 l « opposition principielle » de Simondon à lhylémorphisme issu dAristote, mais pour inquiéter quelque peu ce rapport dopposition à partir dune interrogation sur le « pré-individuel » et son « actualisation » chez Simondon, sil est vrai que dune part Aristote nest jamais absolument unilatéral dans sa pensée  cest le moins que lon puisse dire  et que dautre part Simondon nélucide pas jusquau bout les conditions de sa proposition alternative à lhylémorphisme. Sans doute aurait-on envie de discuter les dernières pages de leur étude, mais on doit louer la pertinence indiscutable de leur questionnement transversal et la qualité exégétique de la grande majorité de leurs analyses.  4. Pour ma part, je livre ici une relecture « architectonique » de Du mode dexistence des objets techniques  qui vise prioritairement à en révéler toute la portée via  un quadruple dialogue avec Marx, Heidegger, Bergson et la cybernétique, mais aussi et par là même à  7
 
répondre à deux critiques récurrentes qui ont été adressées à cet ouvrage original et parfois même dérangeant : les critiques dénonçant dune part le « déterminisme technique », dautre part lobscurité de la théorie des « phases de la culture ». « MEOT », je lespère, en ressortira comme ce joyau de géniale folie - ce livre littéralement inspiré - quil est mes yeux.  
 
 
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Jean-Hugues Barthélémy
Le hasard contraint comme modalité de lindividuation  
par Baptiste Morizot, agrégé de philosophie, docteur en philosophie de lENS Lyon
       Introduction  Le but de cette enquête est de faire saillir, dans le système métastable que constitue le corpus de Simondon, une ligne théorique virtuelle : celle qui rend pensables les opérations dindividuation occasionnées par des rencontres de hasard 1 . Lanalyse de lindividuation simondonienne en termes de hasard nest pas arbitraire : elle consiste à individuer une virtualité théorique qui est présente sous forme damorces et de métastabilité dans les textes de Simondon. Cette thématique du hasard n'utilise que rarement ce terme chez Simondon, mais elle mobilise tout lisotope de cette notion, et recouvre des enjeux théoriques que lon attribue traditionnellement à la notion de hasard : absence de finalité, absence de nécessité, imprévisibilité, incertitude, rencontre, localité des opérations, historicité, critique de la préformation, multiplicité des possibles. Cette thématisation du hasard comme problème lors de lindividuation devient nécessaire lorsque, depuis lintérieur de la réflexion simon-donienne, on déplace légèrement laccent, porté chez Simondon sur la problème de la genèse de l individualité  de lindividu, pour faire porter linterrogation sur la genèse de la singularité  de lindividu. Chez Simondon ce qui est en question, c'est la genèse de l'individualité comme unité organisée processuelle  ; dans notre                                                  1  Ces thèses sont défendues de manière approfondie dans la thèse de doctorat que jai soutenue le 10 décembre 2011 à LEcole Normale Supérieure de Lyon, sous la direction de Pierre-François Moreau, intitulée Hasard et individuation. Penser la rencontre comme invention à la lumière de luvre de Gilbert Simondon .
 
 
perspective, laccent est mis sur lindividuation comme processus de genèse dunité organisée singulière . Simondon ne pose que très rarement le problème de la singularité des individus, il pose bien plutôt le problème des modalités génériques de l'ontogenèse. Notre recherche implique donc un certain infléchissement de la perspective simondonienne, car Simondon propose une théorie de lindividuation dont la vocation première est de comprendre la matrice processuelle  commune de lindividuation, et non les formes singulières  que sont susceptibles de prendre les individuations différentes. Il est important à cet égard de souligner une particularité textuelle de la théorie simondonienne de lindividu-ation : le texte de Lindividuation à la lumière des notions de forme et dinformation utilise extrêmement peu dexemples singuliers dindividuations, qui seraient notifiés par des déterminants démonstratifs à visée déictique : cette brique, ce cristal. Il ne sagit pas pour autant pour Simondon dexpliquer la genèse de la brique, et du cristal, qualifiés par larticle défini, ce qui reviendrait à proposer, dans une perspective platonicienne, une Idée de lindividuation. Il sagit plutôt dexpliquer lindividuation d une brique et d un cristal, d un enfant 1 , qualifiés par un article indéfini, qui oriente lanalyse vers une saisie de la matrice que constitue chaque régime dindividuation. On remarquera que lorsque lanalyse se déplace vers le processus dindividuation psycho-social, on peut observer le même paradoxe à légard de ces indices textuels de singularité que constituent les noms propres : Simondon propose une théorie de lindividuation sans individus singuliers 2 . Les individus singuliers sont laissés de côté au profit                                                  1  Voir sur ce point lanalyse de la structuration des rythmes de repas chez lenfant, dans « Forme, information, potentiels », in Lindividuation à la lumière des notions de forme et dinformation , Grenoble, Millon, 2005 (désormais nommé ILFI), pp. 545-546. 2  Quant à lusage méthodologique des cas singuliers dans la réflexion philosophique, le cas de Simondon est ambigu à bien des égards. On remarquera que, dans sa thèse principale, il n y a pas, à de rares exceptions près, de références faites à des individus singuliers, réels ou fictifs : l analyse est toujours générique en un sens bien précis. Le genre en question n est pas l espèce, ni la classe d individus, mais le régime d individuation, ou la processualité de   10