Canal + et les majors américaines

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Cet ouvrage examine les relations établies entre Canal + et les professionnels du cinéma français face aux majors américaines. La formation d'un cinéma aux contenus standardisés et diffusés mondialement (c'est à dire l'émergence d'un cinéma-monde) implique-t-elle aujourd'hui une américanisation des biens cinématographiques ?
Publié le : samedi 1 novembre 2008
Lecture(s) : 81
EAN13 : 9782296208193
Nombre de pages : 199
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Canal+ et les majors américaines
Une vision désenchantée du cinéma-monde

Josepha Laroche Alexandre Bohas

Canal+ et les majors américaines Une vision désenchantée du cinérna-rnonde
2èmeédition revue et augmentée

Précédé d'un entretien

avec

André Rousselet

L'Harmattan

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-06541-3 EAN : 9782296065413

Désordre, violences, chaos... ainsi est-on tenté de qualifier ce qui se joue aujourd'hui sur la scène mondiale. Ce Chaos international laisse l'observateur souvent démuni, sinon désemparé, devant ce qui semble se dérober à l'entendement. La collection Chaos international offre à ses lecteurs des grilles de lecture qui permettent de dépasser une simple approche événementielle et descriptive des relations internationales. Dans un style clair et accessible, ses ouvrages analysent les nouveaux enjeux transnationaux et restituent le processus de mondialisation dans sa complexité. Avec Chaos international, les éditions L'Harmattan s'engagent à publier sur les grands enjeux internationaux, des grilles de lecture claires et accessibles aux non-spécialistes, sans pour autant céder sur l'essentiel, à savoir la qualité épistémologique des ouvrages.

Turmoil, violence, chaos-these are the words we are inclined to use when characterizing the current state of world affairs. Faced with today's International Chaos, we often react with bewilderment - indeed with hopelessness - before a perplexing reality seemingly impossible to grasp. In response, the International Chaos Series offers readers an indispensable framework of analysis that goes beyond the simple descriptive approach to international events. Clearly written and accessible to the non-specialist, this series critically investigates the opportunities and risks of the new transnational order and reappraises the complex process of globalization. With the focal point of International Chaos on today's most pressing international dangers, the publishers at L'Harmattan promise a series that is both accessible to general readers and grounded in the most recent and empirical research.

Collection Chaos international con tact@chaos-international.org Dirigée par Josepha Laroche Comité de lecture Guillaume Devin, Thomas Lindemann, François Manga-Akoa, Frédéric Ramel

Déjà parus

Auriane Guilbaud, Le paludisme. La lutte mondiale contre un parasite résistant, 2008. Cyril Blet, Une voix mondiale pour un Etat. France 24, 2008. Annelise Garzuel, La Politique de l'Allemagne à l'ONU: une diplomatie modeste, 2008. Guillaume Devin (Éd), Faire la paix, 2ème 2008. éd., Léa Durupt, Notation et environnement, 2005.

Remerciements

Les auteurs remercient chaleureusement le très regretté Professeur Charles-Albert :Michalet (t) pour ses commentaires critiques si stimulants. Qu'il trouve ici l'expression de toute notre gratitude.

Sommaire
Entretien avec André Rousselet Introduction.. .. ...... ....................... Partie I L'américanisation 13 27 35 37 37 44 57 57 68 87 89 89 97 119 119 137 153 157
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 1 71 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 185

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..........

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des biens cinématographiques

Chapitre I La banalisation des produits cinématographiques 1. L'entrée dans l'ère de l'abondance audiovisuelle 2. Le cinéma, une marchandise comme une autre? Chapitre II La suprématie des industries hollywoodiennes 1. La diffusion mondiale des produits cinématographiques 2. La marginalisation des cinémas nationaux Partie II La vulnérabilité des systèmes audiovisuels nationaux

Chapitre I Le difficile maintien d'un modèle entrepreneurial 1. Une pression concurrentielle accrue 2. La concentration des f1t1nes à l'échelle mondiale Chapitre II Vers la fin de l'exception culturelle? 1. La diversité culturelle menacée par les f1t1nes transnationales ..... ..... ..................... . 2. L'homogénéisation globale du champ audiovisuel Conclusion Annexes
Bibliographie. G 10 s s aire.

Index Index Index Table

des noms de personnes citées des noms d'auteurs ... ... analytique des matières ...

187 189 191 197

Entretien

avec André Rousselet

- Il

tnai 2005 -

Lors de la création de Canal+, vous avez dû faire face à des oppositions. De plus, vous avez éprouvé de grandes difficultés à trouver des actionnaires pour le tour de table car l'aventure de cette chaîne semblait risquée. Comment avez-vous surmonté cette situation? Quel rôle le Président de la République, François Mitterrand, a-t-il joué dans cette entreprise?
André Rousselet: François Mitterrand dès son arrivée au pouvoir a souhaité libéraliser les ondes. La radio a fait l'objet de ses premières décisions. Restait la télévision. Un réseau partiellement grignoté par la Citizens' Band (CB) et les militaires subsistait: celui de l'ex-première chaîne de l'ORTF en noir et blanc. Le Président a alors chargé Georges Fillioud, Ministre de la Communication, d'en étudier l'affectation pour un quatrième canal et ce, sans augmentation de la redevance. Cette décision prise, la nature de Canal + a donné lieu à de nombreux débats. Beaucoup souhaitaient lancer une chaîne d'éducation populaire à thèmes socioculturels. J'étais alors Directeur de Cabinet du Chef de l'État et craignais que ce concept ne soit peu attractif pour le grand public. Après avoir été nommé à la tête du Groupe Havas, un certain nombre de mes collaborateurs m'ont fait part d'un projet de chaîne cryptée dont ils avaient déjà examiné le fonctionnement en Californie. Ce concept m'est apparu digne d'être approfondi sous tous ses aspects. Quant à l'agence Havas, elle détenait toutes les compétences requises pour le porter sur les fonds baptismaux. Informé de cette initiative, François Mitterrand n'a pas joué un rôle essentiel par la suite. Homme d'État, il traçait les grandes lignes, laissant aux autres le soin de fixer les modalités. En fait, la difficulté a été pour moi d'emporter l'arbitrage de Georges Fillioud face aux deux projets: chaîne de distraction ou didactique. Après maintes réunions, le choix s'est arrêté sur la chaîne cryptée dont j'avais précisé entre temps les contours.

Plusieurs mois ont été nécessaires pour que le 4 novembre 1984, la première image soit diffusée à partir du siège de la chaîne, rue Olivier de Serres dans le 15ème arrondissement de Paris. Au passage, et puisque des malveillances se sont exprimées sur ma désignation, que l'on sache bien que le Président de la République s'était borné à me nommer à la tête du groupe publicitaire. Il n'y a pas eu de cadeaux inspirés par l'amitié, mais plutôt par la logique du bien public. En l'occurrence, celle d'un État détenteur à 100% d'une entreprise apte à mener à bien une telle ambition. Cette mise au point ne mettra certainement pas un terme aux médisances: telle est la loi du genre! À ses débuts, Canal+ a connu toutes les difficultés d'une firme à ce point originale. Nous n'avons pas été exempts de problèmes, notamment de trésorerie. Boudés par les catégories sociales aisées que nous visions, nous avons découvert, à notre grande surprise, que nos abonnés appartenaient en réalité aux classes modestes, contremaîtres ou cols blancs. Simultanément, malgré cette erreur de cible, les quelques
accidents plus ou moins bien gérés

-

comme

l'inadaptation

de

certaines marques de téléviseurs à la prise péritel- n'ont pas empêché une courbe de croissance assez satisfaisante. Mais dans les derniers jours de 1984, coup de tonnerre: le chef de l'État annonce la venue de nouveaux opérateurs sur la scène télévisuelle: la 5 et la 6. Ceci montre aux détracteurs habituels la réalité des prévenances de François Mitterrand envers ma personne. À partir de ce moment, nos abonnements se sont effondrés, leur nombre approchant en une semaine celui que nous récoltions auparavant en un jour. Au cours des premiers mois de 1985, Canal+ est entré en crise, frôlant même le dépôt de bilan. Dès lors, nos actionnaires ont cessé de croire à cette aventure. Certains se sont retirés, les critiques allaient bon train, chaque Conseil entraînant la démission de quelques uns de mes collaborateurs les plus fragiles. . .

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Au moment de la création de Canal+, que répondiez-vous à ceux qui évoquaient une «attribution sans débat, ni appel à candidature» ou à ceux qui critiquaient 1'« obtention gratuite d'un bien public» ?
A. R. Vous avez raison de revenir à nouveau sur cet aspect que relaient périodiquement des mises en cause bienveillantes dont ne sortent indemnes, ni l'ancien Président de la République, ni moi-même. Or, de quoi s'agissait-il? De la légitimité d'une entreprise publique - Havas - à gérer un bien public ~es fréquences), grâce à un réseau hertzien donnant lieu à la rémunération de son opérateur TDF (Télédiffusion de France), également propriété de l'État. Qu'importent les hommes. Le seul critère qu'il convenait de retenir, était la valeur des différents acteurs. À cet égard, exerçant déjà tous les métiers de la palette communication, Havas apparaissait comme le seul opérateur susceptible de mener à bien un tel projet. Aujourd'hui, la réussite de Canal+ a effacé le souvenir de ces réticences. Cependant, pour les flllancements complémentaires, la plupart des portes sont restées fermées. Un député de l'opposition ne demandait-il pas à la même époque la constitution d'une commission d'enquête pour établir les responsabilités des dirigeants d'une entreprise nationale (Havas) dans le lancement d'un projet aussi insensé que celui de Canal+. Au passage, et à titre anecdotique, c'est le Président de son parti - Jacques Chirac - qui a empêché de donner suite à son initiative. Enfin, pour démontrer l'inanité des rumeurs toujours prêtes à se manifester, lorsque j'ai démissionné en 1994, je n'ai rien réclamé et rien reçu en termes de golden parachute et indemnités, un exemple peu suivi depuis, là et ailleurs.

Dès le début, Canal+ a entretenu des rapports étroits avec la filière cinématographique. Bien que tumultueux, ceuxci ont bénéficié aux deux parties. Comment les 17

obligations ont-elles été nouées de part et d'autre? Sur quelles dynamiques ces relations ont-elles reposé par la suite?
A. R. Par définition, pour que vive une chaîne de télévision payante, il paraît évident d'offrir davantage que ce que proposent les chaînes généralistes gratuites, voisines. En l'espèce, deux produits d'appel ont fait l'objet, de ma part, d'exigences légitimes: le sport et le cinéma. Pour le cinéma, je me suis battu bec et ongles pour diffuser des films neuf mois après leur eXploitation en salle. À l'époque, les chaînes généralistes devaient respecter un délai de deux ans, si elles étaient coproductrices des films et trois ans dans le cas contraire. Faut-il rappeler l'affrontement avec les responsables du B.L.I.C. (Bureau de Liaison des Industries Cinématographiques) ? À l'issue de ces tumultueuses tractations, Canal+ a fini par obtenir une diffusion, douze mois après la sortie en salles, contre une affectation de 25 % de son chiffre d'affaires au bénéfice du cinéma. Ce pourcentage a été réduit par la suite à 20%. Ainsi s'est terminée une négociation de plus de trois mois qui, sur le moment, m'est apparue plus longue encore.

Est-il vrai que les professionnels perçu tout de suite le mécénat Canal+ ? Pourquoi selon vous?

du cinéma que pouvait

n'ont pas constituer

A. R. Obsédés par le risque de diminution de fréquentation des salles, les professionnels du cinéma avaient mal évalué la perspective de recettes supplémentaires que représentait la création de Canal+. Aussi, avions-nous pris l'engagement de ne pas diffuser de films les jours d'affluence en salle, comme le samedi. Depuis, les opposants d'hier sont devenus les plus farouches supporters de notre chaîne cryptée.

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Considérez-vous que les obligations de Canal+ en matière cinématographique se révèlent aujourd'hui un handicap?
A. R. Certes, Canal+ a éprouvé quelques difficultés durant la période 1996-2000. Mais, ses obligations n'ont pas troublé durablement son succès qui pourrait même être couronné, à l'avenir, par un regroupement des bouquets satellites. L'entreprise bien dirigée a désormais retrouvé une situation florissante. Sans elle, le cinéma français souffrirait. Toutefois, comme les autres chaînes thématiques sont moins assujetties que Canal+, une répartition plus équitable des charges pesant sur toutes les parties prenantes de la filière cinématographique serait souhaitable au plus tôt.

Que signifiait pour vous être « pionnier» dans le secteur audiovisuel et plus largement culturel? Construire un ensemble d'avantages concurrentiels (bouquet satellite, numérique, etc.) ou tout autre chose? A. R. Etre pionnier, c'est découvrir un nouveau support en matière de communication pour permettre la diffusion de programmes culturels et en assurer l'exploitation. Pour Canal+, la mission est-elle accomplie?
A. R. Difficile de répondre à une pareille interrogation. L'idéal pour un responsable de chaîne est de réussir à concilier culture et divertissement, sans pour autant menacer l'audience. Alchimie périlleuse car la marge reste étroite, le téléspectateur demeurant le juge suprême.

Vous êtes brutalement parti de la direction de Canal+ à cause d'un pacte conclu entre les actionnaires principaux de la chaîne cryptée. Pouvez-vous nous expliquer quelles sont les raisons qui vous ont poussé à ce départ si soudain ? 19

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