Cézanne, le peintre solitaire

De
Publié par

Ce livre est à la fois une biographie (la vie) et une étude de l’œuvre de Paul Cézanne (1839-1906).

Retrouvez les périodes romantiques, impressionnistes, constructives et synthétiques du plus décriéé et du plus admiré des peintres ! Retrouvez les différentes toiles de l’Estaque, de la Sainte-Victoire, des Joueurs de cartes, les portraits d’Hortense, la vie autour de Paris (Auvers-sur-Oise, Fontainebleau, Melun, etc.) et à Aix-en-Provence avec plus de 220 tableaux disséminés dans le monde entier !

Georges Rivière (1855-1943), l’auteur, était un écrivain et un critique d’art influent pendant près de 70 ans. Il a connu personnellement Renoir et Cézanne lors de la décennie impressionniste (1874-1886). Ami de Cézanne dès 1877, il deviendra encore plus proche de sa famille quand sa fille René épousera Paul junior en 1913, quelques années après la mort de l’artiste. Les familles Rivière, Renoir et Cézanne étaient très liées et la biographie que Georges Rivière nous a laissée de l’artiste ne pouvait puiser à de meilleures sources que celles auprès desquelles il s’est documenté.

L’édition originelle de ce livre était parue en 1933. L'édition enrichie de VisiMuZ rajoute au texte de très nombreux commentaires sur les éléments de la vie de l’artiste découverts depuis, de nombreuses anecdotes relatives à ses œuvres, et plus de 220 photos de tableaux, dessins ou estampes, agrandissables en plein écran par simple-tap.

Pour chacun, les dimensions, la localisation (musée, collection) sont précisées. Cette édition est donc à la fois un livre de la catégorie « beaux-arts » et une biographie de référence. Le lecteur voit apparaître les différents tableaux au fur et à mesure de sa lecture, peut les consulter en plein écran, et les agrandir plus encore pour regarder un détail.


En replaçant les tableaux dans le contexte global de l’œuvre de l’artiste, en faisant comprendre au lecteur l’évolution artistique du peintre, VisiMuZ rend sa biographie plus attrayante et pédagogique.


Pour un livre d’art, voici au moins 5 bonnes raisons de préférer un livre numérique au papier :

  • disponibilité permanente où que vous soyez, avec un encombrement minimal,
  • adaptation de la taille des caractères à la vue de chacun,
  • agrandissement des photos pour mise en valeur des détails, et tableaux mis en valeur, encadrés par la tablette.
  • création d’une photothèque personnelle avec les photos de l’ebook,
  • constitution d’une bibliothèque « beaux-arts » pour un budget très raisonnable.


Publié le : jeudi 24 septembre 2015
Lecture(s) : 10
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791090996182
Nombre de pages : non-communiqué
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat
Avant-propos
La collection VisiLiFe a pour objet l'édition ou la réédition de biographies de référence de peintres célèbres. Ces biographies sont celles qui sont systématiquement évoquées par les biographies postérieures qui puisent abondamment à leur source. Les auteurs sont des écrivains au style très agréable, ils connaissent personnellement les artistes dont ils évoquent la vie et l’œuvre. Ces biographies avaient un défaut : elles étaient parfois frustrantes à lire quand on n'avait pas en mémoire les tableaux évoqués par l'auteur. Avec le numérique, cet obstacle est levé et les ouvrages de la collection VisiLiFe incluent systématiquement les œuvres en regard des textes pour une meilleure compréhension du travail de l'artiste et surtout un plus grand plaisir de lecture. Vous pouvez agrandir chaque photo en pleine page par unsimple-tap. Le détail de la navigation est indiqué ci-après. Vous pouvez évidemment annoter votre livre numérique. La visite virtuelle ne remplace pas la visite réelle. Aussi nous vous indiquons en fin d’ouvrage la localisation des œuvres que vous avez pu admirer au cours de votre lecture. Grâce au numérique, vous pouvez enfin profiter pleinement des illustrations en les agrandissant.
Votre livre est un e-book.
Quelques conseils pratiques d'utilisation
1) Malgré tout le soin apporté à sa réalisation, les programmes de lecture actuels connaissent quelques défauts de jeunesse, qui peuvent altérer l'affichage de plusieurs caractères. Ainsi, sur certains lecteurs, les espaces insécables peuvent dans quelques polices ne pas être gérées. Dans ce cas, il apparaît un petit carré au lieu d'une espace. Le choix d'une autre police de caractères permet de contourner le problème. De même, l'agrandissement du corps des lettres peut poser quelques soucis d'ajustement pour les images. Ici, il suffit de changer la taille des caractères pour améliorer l'affichage. Enfin, les césures sont traitées selon des règles anglo-saxonnes et ne respectent pas encore les règles francophones. Mais votre livre numérique est aussi un livre enrichi, pour vous donner plus de plaisir en regardant les photos des œuvres.
2) Affichage des œuvres en pleine page. Parsimple-tapdans le corps du texte sur la photo de l’œuvre, on affiche celle-ci en pleine page. Undouble-tapalors l'affichage en plein permet écran. Un autredouble-tap retourne à l'affichage pleine page. On peut revenir à la page du texte en cliquant sur la zone en bas à gauche « Revenir à la p. xxx » ou sur la croix en haut à gauche, selon les lecteurs.
3) Biographie des artistes. Lorsque vous lisez votre livre en étant connecté à Internet, vous pouvez, parsimple-tapsur le nom des artistes, lorsqu'il est indiqué dans le cartel des œuvres, accéder aux notices biographiques qui leur sont consacrées au sein de l'encyclopédie libre Wikipédia. Attention : pour ne pas alourdir la lecture, ces liens ne sont pas signalés.
4) À la fin du livre, vous pouvez afficher un diaporama de toutes les œuvres présentes dans l'ouvrage. Le cartel est rappelé en bas de chaque page.
5) Les dates de certaines vies d'artistes ou de création des œuvres peuvent être imprécises. Nous avons choisi d'indiquer les incertitudes de la manière suivante :
be : betweenou entre ca : circaou vers an : anteou avant
po : postou après
Nous sommes très attentifs à vos impressions, remarques et critiques concernant le fond et la forme des ouvrages publiés par VisiMuZ. N'hésitez pas à nous envoyer vos commentaires à l'adresse suivante : guides@visimuz.com
Introduction de l'éditeur
Georges Rivière (1855-1943) était un écrivain et un critique d’art influent et perspicace qui a exercé pendant près de 70 ans. Il a connu personnellement Renoir et Cézanne lors de la décennie impressionniste (1874-1886). Ami de Cézanne dès 1877, il deviendra encore plus proche de sa famille quand sa fille René épousera Paul junior en 1913, quelques années après la mort de l’artiste. Les familles Rivière, Renoir et Cézanne étaient très liées et la biographie que Georges Rivière nous a laissée de l’artiste ne pouvait puiser à de meilleures sources que celles auprès desquelles il s’est documenté.
L’édition originelle de ce livre était parue en 1933 à la librairie H. Floury. Le titre complet en était :Cézanne, le peintre solitaire. L’édition de VisiMuZ reprend le texte intégral et le complète.
Tableaux ou dessins sont commentés lorsque des informations complémentaires peuvent enrichir la lecture (en italique et avec un fond légèrement rosé pour indiquer que cette note n’est pas issue du texte originel). L'abréviation V. (VisiMuZ) précise qu'il s'agit d'un ajout de l'éditeur. L'auteur avait parfois laissé dans l'ombre certains détails de la vie de l'artiste. En effet, Aline et Jean-Pierre, les petits-enfants de Georges Rivière, étaient aussi ceux de Paul Cézanne, et l’esprit de famille lui interdisait certains commentaires. Nous avons ajouté des extraits des monographies consacrées à leur ami Cézanne par Émile Bernard, Gustave Coquiot ou Ambroise Vollard. Notre édition, réalisée plus de 80 ans après, ainsi complétée et enrichie, permet de remettre en lumière le contexte de la réalisation de certaines œuvres. Nous avons aussi pris la liberté d’ajouter quelques notes (numérotées à partir de 100) e lorsque les connaissances du XXI siècle peuvent venir en complément ou en contradiction avec celles d’il y a 80 ans. L’édition de 1933 était complétée de 60 reproductions hors texte. Nous avons pour notre part choisi de rendre la lecture plus aisée en rapprochant les illustrations des œuvres du texte à l’endroit où l’auteur les évoque, selon le principe appliqué dans tous les livres édités par VisiMuZ. L’auteur a écrit son texte en suivant chronologiquement la vie de l’artiste. Il n’avait pas trouvé nécessaire de le segmenter par chapitres. Ceux-ci ont donc été ajoutés par VisiMuZ, en suivant les époques généralement admises par les historiens de l’art, afin de faciliter la navigation et la recherche thématique.
Les études les plus complètes sur Cézanne ont été réalisées par Lionello Venturi (1885-1961) et John Rewald (1912-1994) à partir des années 1930. John Rewald a consacré sa vie à étudier celle de l’artiste et ses publications nous ont été très utiles pour préciser tel ou tel point de la biographie de Cézanne. Le catalogue raisonné établi par Lionello Venturi en 1936 fait toujours référence, même si quelques tableaux sont manquants et que les datations ont pu depuis être modifiées. Il faut dire que l’artiste n’a pas facilité la tâche de ses historiographes. La plupart du temps, il ne signait ni datait ses tableaux. Les premières études sérieuses ont été réalisées par Georges Rivière lui-même, mais il s’était essentiellement appuyé, pour les dates de réalisation, sur ses souvenirs personnels, ceux d’Ambroise Vollard et ceux de Paul Cézanne fils. Ces datations ont été reprises ensuite par Venturi, par Rewald et par Sandra Orienti, en ajoutant des analyses stylistiques Nous avons respecté dans l’ensemble de cet ouvrage les dates admises à ce jour par les historiens et les musées. Elles ne concordent donc pas toujours avec ce qu’en dit Georges Rivière. Nous avons indiqué pour chaque tableau sa numérotation dans les catalogues raisonnés de Lionello Venturi (préfixe « V ») et de Sandra Orienti (préfixe « O »).
Notre édition présente les œuvres avec leur localisation de 2015, mais nous avons respecté les indications de collection ou de musée précisées par l'auteur. La localisation actuelle des tableaux est, lorsqu’elle est connue, indiquée systématiquement dans les cartels. Elle est souvent différente de celle indiquée par l’auteur, soit parce que les tableaux sont entrés dans
des musées, soit parce que les musées ont eux-mêmes changé. Par exemple, si l’auteur indique le musée du Luxembourg, on doit lire musée d'Orsay. Les cartels des tableaux présentent un fond différent selon la notoriété des tableaux représentés. Gris pour les tableaux les moins connus, bleu lorsque leur notoriété est plus importante, rose lorsqu’il s’agit d’œuvres devenues des icônes universelles de la peinture.
Les icônes des tableaux sont agrandissables parsimple-tap. Ceux-ci peuvent être vus ensuite en plein écran via undouble-tap.
En couverture :La Baie de Marseille, vue de l’Estaque(détail), Metropolitan Museum of Art, New York. Photo : VisiMuZ.
Première édition : septembre 2015 Dépôt légal : septembre 2015 N° éditeur : 9791090996182
Introduction de l'autEur
Le15 avril 1874, une exposition de peinture n'ayant aucune attache officielle ouvrit ses portes au public, à Paris, boulevard des Capucines, dans les salons que le photographe Nadar venait de quitter. Ces locaux existent encore et leur aspect extérieur a peu changé depuis cinquante-huit ans. L'escalier conduisant aux pièces du premier étage est resté tel qu'il était alors, mais il aboutit à des salles de restaurant. Tel est demeuré aussi l'entresol entièrement vitré sur la façade du boulevard et de la rue Daunou.
L'exposition à laquelle on conviait le public était due à l'initiative d'Edgar Degas et de quelques-uns de ses amis. Ils avaient formé une association sous la raison sociale « Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs », dont le capital avait été fourni en majeure partie par Henri Rouart et Degas, et, pour le reste, par la cotisation des exposants, qui étaient au nombre de trente. Ils ne formaient pas une réunion homogène. Degas avait été assez persuasif pour amener à exposer ensemble les futurs impressionnistes et des artistes de tendances assez différentes, tels que Boudin, Giuseppe de Nittis, Gustave Collin, Lépine et le graveur Bracquemont. Ceux-ci, cependant, avaient quelque sympathie pour les premiers.
C'était la première fois qu'une société d'artistes, ne se recommandant ni de la protection de l'État ni du patronage d'une grande institution mondaine (comme l'exposition du « Cercle des Mirlitons », s'adressait au public. Pour la première fois aussi, Paul Cézanne exposait quelques-unes de ses œuvres. Jusqu'alors, ses amis seuls avaient pu voir de sa peinture. Il était inconnu, tandis que ses compagnons avaient exposé depuis plusieurs années au Salon, ou placé de leurs œuvres chez des marchands de tableaux, notamment à la galerie Durand-Ruel.
[1]Autoportrait à la casquette,ca1872, huile sur toile, 53 x 39,7 cm, musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg V289 O236
Paul Cézanne avait alors trente-cinq ans. C'était un grand et beau garçon portant une longue chevelure châtain foncé et une barbe de même couleur, bouclée naturellement. Son nez légèrement aquilin et ses grands yeux noirs achevaient de lui donner une certaine ressemblance avec les personnages des bas-reliefs assyriens du Louvre. Il n'a pas gardé longtemps cet aspect-là. Quelques années après, le front était dégarni, la barbe et les cheveux étaient taillés plus courts et déjà parsemés de fils gris, mais les yeux avaient gardé leur éclat. Dans les dernières années, sa physionomie avait encore changé. Il ne portait plus avec la moustache qu'une petite barbiche remontant un peu sur les joues. Ceux qui l'ont connu à cette dernière phase de sa vie s'accordent pour le dépeindre sous l'aspect d'un vieil officier retraité. Quand l'exposition ouvrit ses portes, il y vint une foule de curieux. Les chroniqueurs des grands journaux parisiens s'y rendirent des premiers, et leur verve s'exerça tout de suite aux dépens des exposants. Louis Leroy, dans un article duCharivari, fut l'inventeur du nom d'impressionnistes, qui resta accolé au groupe de peintres dont Cézanne faisait partie.
Le public, suivant la direction donnée à l'opinion par les journalistes, était loin d'être sympathique aux exposants. On venait à l'atelier Nadar pour rire un peu. On s'esclaffait devant les tableaux de Cézanne plus encore que devant ceux de Monet, de Renoir, de Pissarro, de Sisley et de Degas. Ceux-ci étaient des farceurs, Cézanne était un fou. Ces artistes avaient cependant trouvé quelques défenseurs. Mais, devant l'hostilité générale,
ils étaient demeurés très prudents dans l'expression de leurs sentiments. Seul, M. Choquet avait le courage de défendre ouvertement et sans réticence les peintres qu'il aimait, et son effort se portait surtout en faveur du plus violemment attaqué : Paul Cézanne. Cet homme, qui fut le plus intelligent et le plus désintéressé des amateurs de tous les temps, en était aussi le plus sensible et le plus passionné. C'est par là qu'il conquit l'amitié de Cézanne, amitié qui dura jusqu'à la mort de M. Choquet.
Les amis de Cézanne avaient été surpris de ne pas voir surgir devant ses détracteurs le défenseur qu'on attendait : Émile Zola. Celui-ci avait, semblait-il, toute liberté d'écrire dans certains journaux ce qu'il pensait de Cézanne. Il n'en fit rien; ses idées s'étaient modifiées. Il ne comprenait rien au mouvement que révélait l'exposition et encore moins à l'art de Cézanne. L'artiste, uniquement et spécifiquement peintre, déroutait l'écrivain. L'homme de lettres, par métier sans doute, cherche toujours et partout la littérature : elle est absente de l'œuvre de Cézanne.
Si l'art de Cézanne est totalement dépourvu d'expression littéraire, ce n'est pas parce que le peintre n'avait pas de goût pour les lettres. Il les aimait. Les philosophes anciens et les poètes l'enchantaient. Au collège de Bourbon, où il fut le condisciple de Zola, il était, certes, un meilleur latiniste que le futur auteur de l'Assommoir. Des livres de prix décernés à Paul Cézanne lorsqu'il était élève au collège d'Aix ont été découverts, il y a quelques années, dans les combles d'une maison de campagne de la lle banlieue d'Aix ayant appartenu à M Cézanne, sœur du peintre. Ce sont : un second prix de version grecque, un premier prix de chimie et cosmographie (1857, classe de deuxième), un premier prix de version latine, d'autres encore. On ne cite pas, parmi ces récompenses scolaires, de prix de dessin; il en eut un, au moins, à notre connaissance. Mais un prix de dessin, au collège ou ailleurs, n'a pas de signification. Les récompenses obtenues par Cézanne en grec et en latin sont, par contre, une indication précieuse parce qu'elles décèlent, chez l'adolescent, la prédilection qu'il manifestait – et qu'il eut toujours – pour l'antiquité classique. Ce Provençal était un Latin de race, un pur Méditerranéen qui portait en lui la compréhension du génie de la civilisation gréco-latine. Les influences telluriques, pourrait-on dire, l'ont dirigé vers l'art et la poésie de la Grèce et de l'Italie. Rien ne le séparait, ni les gens ni le décor de la nature, des hommes et des choses dont l'ancienne province romaine demeure encore imprégnée. Cézanne aimait particulièrement Virgile. Des vers du grand poète latin chantaient dans sa mémoire et s'y traduisaient en images. C'était peut-être en pensant à Virgile qu'il peignait ses baigneuses s'ébattant dans un paysage bucolique. Avec Zola et quelques autres de ses condisciples, il s'enthousiasmait pour les poètes français : Hugo, Musset et Baudelaire. Devenu peintre, Cézanne fut le premier à reconnaître en Baudelaire le plus intelligent et le plus compétent des critiques d'art.
On voit par ce qui précède que Paul Cézanne, féru de culture antique, amoureux de poésie, ne devait pas alors songer à la peinture. Mais dès qu'il fut empoigné par elle, il devint exclusivement peintre. Jamais rien d'étranger à son art n'intervint dans l'expression de sa sensibilité devant le modèle. Désormais, en face de la nature, Cézanne n'éprouvera plus d'autre émotion que celle provoquée par l'harmonie des couleurs et l'équilibre des volumes. À quel moment cette évolution psychologique se produisit-elle chez Paul Cézanne? Il semble que ce fut presque brusquement, quand, débarrassé du souci des examens scolaires, son esprit fut plus libre et qu'il put promener ses regards sur le monde. C'est le moment où sa famille le pressait de choisir une carrière. On peut, à l'aide des rares documents qui nous restent sur l'existence de Cézanne à cette époque, tenter de marquer les étapes de sa vocation.
I.La décoUverte d'Une vocation (1839-1860)
Paul Cézanne est né à Aix, rue Matheron, 14, le 19 janvier 1839. Son père était à la tête d'une importante fabrique de chapeaux, industrie qui faisait alors la fortune de la ville. Un peu plus tard, étendant son activité, le père Cézanne acquit une maison de banque qui devint très prospère sous sa direction. L'enfant grandit au milieu d'une famille bourgeoise que le succès n'avait pas grisée, mais dont la richesse augmentait d'année en année. Le père Cézanne, homme d'action, envisageait, pour son fils, un avenir conforme à sa situation de fortune. Si le jeune homme n'avait pas de goût pour la banque, il avait le loisir de s'orienter vers une profession libérale : avocat, notaire ou même magistrat, fonction honorée dans une ville où siégeait une cour d'appel.
C'est en vue de cet avenir que Paul Cézanne fut envoyé au collège de Bourbon pour y faire des études classiques. L'enfant répondit de son mieux aux désirs ambitieux de ses parents. Il fut reçu bachelier avec la mention assez bien. S'il eut un prix de dessin, il ne donna jamais à penser, pendant les années de collège, qu'il y eût, dans ce goût du dessin, l'indice d'une vocation. Ce goût, il l'eut cependant de bonne heure. Paul Cézanne avait une douzaine d'années lorsqu'il reçut d'un ami de son père, j'ignore à quelle occasion, une boîte de couleurs. Cet ami avait-il remarqué chez l'enfant un penchant pour le dessin, ou est-ce le hasard qui décida de son choix? On n'en sait rien. Ce qui est certain, c'est que le jeune Paul fut charmé du cadeau et qu'à partir de là, il coloria avec un vif plaisir toutes les images qu'il trouva dans les journaux illustrés dont la maison paternelle était pourvue. L'ignorance dans laquelle était le jeune enlumineur de ce que pouvait être la peinture ne permet pas de supposer que le désir de devenir peintre ait pu, alors, germer dans son cerveau. Mais peut-être ces premiers essais laissèrent-ils en son esprit une impression assoupie qu'un hasard réveilla.
Il est certain que, vers la fin de ses études au collège de Bourbon, Cézanne manifesta une certaine curiosité pour les arts graphiques. Dans ses promenades à travers les rues d'Aix, il s'arrêtait devant les gravures et les chromos accrochés dans les boutiques de brocanteurs et, après les avoir longtemps contemplés, il s'essayait, une fois rentré chez lui, à les reproduire de mémoire. Ce goût s'accentua. C'est vers l'âge de dix-sept ans qu'il suivit, à l'école de dessin d'Aix, les leçons d'un artiste local nommé Gilbert. Là, il copia bien sagement les moulages d'antiques mis à sa disposition. Il s'appliquait à dessiner et y réussissait. Bientôt, cela ne lui suffit plus. Il avait vu des tableaux au musée d'Aix, il avait remarqué ceux pendus aux murs des églises de la ville. Il voulut peindre. Il n'essaya pas de copier servilement les œuvres qu'il pouvait prendre pour modèles, son tempérament s'y refusait. Ses premiers essais en peinture, composés sous l'empire de l'enthousiasme, sont extrêmement curieux. Il s'y montre déjà soucieux de logique, même quand il laisse vagabonder son imagination. Chose remarquable, bien qu'il n'ait guère vu de tableaux qui pussent le guider, il a déjà le sens de l'harmonie des couleurs : c'est un don. Dans certaines de ces œuvres du début, on découvre des tons d'une singulière finesse, en même temps qu'une surprenante sûreté de touche.
Dès lors, la passion de la peinture s'est emparée de Paul Cézanne. Son tempérament se manifeste tout de suite. Il s'emporte contre les difficultés qu'il rencontre; il vit, dans l'exaltation d'un travail cérébral intense, enfermé pendant des journées entières dans la chambre du Jas de Bouffan que son père lui a fait aménager en atelier. Il a déjà élaboré une esthétique embryonnaire à son usage. Dans des compositions dont le sujet est souvent obscur pour le spectateur, il en fait l'application : les couleurs doivent remplir, pour le peintre, le rôle du rythme et de la rime pour un poète. Elles doivent suffire pour provoquer l'émotion, sans qu'aucun artifice sentimental s'y ajoute. Cette conception de la peinture restera toujours celle de l'artiste et il en poursuivra jusqu'à son dernier jour la réalisation.
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.

Diffusez cette publication

Vous aimerez aussi

suivant