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AU-DELA DE LA VIE

De
171 pages

" Je m'appelle Sandrine Diouf, née à Marseille, où mes parents tenaient un café. Dès l'enfance, je me suis privée de sorties pour rapporter à la maison des médailles de sportive de haut niveau. Est-ce cette habitude du combat qui m'a poussée à ne jamais céder au désespoir quand l'homme de mon cœur était condamné ?
Nous avons connu un amour tumultueux. Mouss Diouf, le célèbre inspecteur N'Guma de la série Julie Lescaut, était un être insaisissable... Mais c'était aussi une joie de vivre et une générosité qui ont fait que tant d'amis – de Franck Dubosc à l'indéfectible Véronique Genest en passant par Johnny Depp et Vanessa Paradis – l'ont accompagné jusqu'à la fin.
Deux AVC, des reins hors d'usage, quatre mois de coma durant lesquels nous n'avons pas cessé de lui parler, un réveil miraculeux, des semestres de rééducation intensive : oui, je me suis acharnée ! Mais je ne regrette rien. Ces trois ans de lutte ont permis à notre petit Isaac, notre fils, de connaître son père et de l'aimer.
J'ai écrit ce témoignage pour tous ceux et celles qui, dans des circonstances similaires, voudraient que l'amour aille au-delà de la vie. "







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À mes deux enfants qui sont ma raison de vivre.
À mon père, à tata Marie et à mon cousin Bruno, j’aurais aimé que vous puissiez me lire…
À tous les personnels hospitaliers qui, forts de leurs compétences, nous ont épaulés humainement sans jamais faillir.
À vous, anonymes qui m’avez soutenue sans relâche, et qui continuez à m’écrire quotidiennement ou m’offrez une phrase réconfortante dans la rue : vos messages me font chaud au cœur.
À vous, que la vie a détruits physiquement, moralement, et qui ne baissez jamais les bras.
À mon mari, à qui j’ai fait la promesse de me battre.
À Sa Majesté Mohamed VI, qui a tout mis en œuvre pour la guérison de Mouss et la protection de son fils.
Je suis Sandrine Diouf, fille d’Isabelle et Pablo Fernandez, née à Marseille. Mes parents tenaient le bar de l’Arrêt, 126, avenue du Roucas-Blanc, dans le VIIe arrondissement. J’ai baigné dès l’enfance dans la compétition, j’ai été gymnaste de haut niveau. Je me suis privée de cinéma, de sorties entre copines pour ramener encore et encore des médailles. J’ai appris très tôt à me battre. La vie ne m’a pas épargnée, il a fallu que je lutte pour tout.
Est-ce cette habitude du combat qui m’a poussée à ne pas céder un pouce de terrain au désespoir lorsque l’homme de ma vie était condamné ?
Nous avons connu un amour tumultueux – comme bien des couples –, Mouss et ses virées nocturnes, ses émotions jamais exprimées, son refus d’affronter les conflits… Mais aussi cette joie de vivre, cette générosité qui ont fait que tant d’amis l’ont accompagné jusqu’à la fin.
Trois ans à se battre contre le sort, quatre mois de coma où nous n’avons pas cessé de lui parler, deux ans de rééducation intensive, et Mouss qui répond enfin, difficilement, mais qui répond, qui s’arc-boute sur ses jambes pour avancer vers moi, qui témoigne d’une volonté incroyable… pour redevenir ce qu’il était.
Oui, je me suis acharnée ! Mais je ne regrette rien. Ces trois ans auront permis à notre petit Isaac, notre fils, de voir son père marcher, lui parler, jouer avec lui. Il l’aura connu. Il pourra se souvenir.
J’ai écrit ce témoignage pour que tous ceux et celles qui vivent les tourments et les joies que j’ai vécus pendant ces années d’espérance ne baissent pas les bras et aient le droit d’aimer jusqu’au bout.
Sandrine DIOUF 
– 1 –
LE RÊVE ÉCLATÉ
Lundi 23 février 2009. Théâtre du Gymnase à Paris. 19 heures, le rideau s’ouvre…
19 h 20. Après vingt minutes de spectacle, le rideau tombe. Le dernier rêve de Mouss aussi.
Vingt longues minutes pendant lesquelles personne n’a compris un mot prononcé. Pourtant Mouss croit qu’il s’exprime bien. Il ne s’arrête pas de parler mais rien ne sort de cohérent. Il n’y a plus de synchronisation entre ce qu’il pense et ce qu’il dit. Il boit beaucoup d’eau. La salle assiste à une autodestruction. Anthony Kavanagh, présent dans la salle, reconnaît des symptômes lui rappelant l’accident vasculaire qu’a subi sa grand-mère. Il se lève affolé, prévient Michel Nouader, l’agent de Mouss, que celui-ci est peut-être en train de faire une attaque cérébrale. Et c’est de force qu’il faut sortir Mouss de la scène.
La popularité de mon amoureux n’a pourtant jamais été aussi évidente. La salle est remplie de journalistes et de tourneurs invités, à la demande de Michel Nouader, pour voir « Naturellement humain ». Trop humain assurément !
Un show-case de plus de cinq cents personnes de la profession, c’est exceptionnel ! C’était vraiment le soir où il devait montrer à tous ces gens qu’il était toujours là. Les tourneurs étaient présents pour acheter le spectacle et le produire dans leurs salles. C’était le soir où on allait enfin lui redonner la confiance qu’il avait perdue, même s’il n’avait jamais voulu le montrer depuis l’arrêt de Julie Lescaut.
Après que le rideau est tombé, Anthony Kavanagh a pris le micro pour essayer de faire diversion mais c’est trop tard, il règne dans la salle une atmosphère de drame. Tout le monde se regarde mais personne ne se parle. Aucun journaliste n’émet la moindre critique. La peur est sur tous les visages. Personne ne veut sortir. C’est comme si tout d’un coup le public restait soudé pour aider Mouss. Il se passe quelque chose de grave… Les gens attendent dans le plus grand silence l’annonce d’une catastrophe. Qu’arrive-t-il à Mouss Diouf, un mètre quatre-vingt-douze et cent vingt kilos de bonne humeur, de joie de vivre ?
***
La journée a été ponctuée de signaux d’alerte. Michel Nouader est l’homme qui a redonné confiance à Mouss en 2007. C’est un coup de cœur amical et professionnel. Leur rencontre a été pour Mouss un nouveau départ. Après l’arrêt de , rien de ce qu’il entreprenait ne se concrétisait. Il a cumulé les échecs. Michel a boosté Mouss, aidé de l’auteur Édouard Pluvieux, pour le faire revenir sur le devant de la scène. Deux ans à écrire toute la nuit, à le filmer, à lui faire travailler son personnage dans « Naturellement humain ». Julie Lescaut
Le spectacle a été extrêmement répété. Mouss sait qu’il est prêt. Cela fait trois semaines que tout est peaufiné au millimètre. Mouss est serein, il sait qu’il est bon, il sait que ça va marcher. C’est dans sa nature profonde de penser que tout va bien.
Lorsque j’arrive de Marseille ce lundi 23 février 2009 au théâtre du Gymnase, je ne trouve pas Mouss dans sa loge. Le régisseur m’apprend qu’il est sorti prendre l’air, qu’il ne se sentait pas bien, qu’il a vomi. Sur la table, je découvre une boîte de Guronsan, une canette de Red Bull, du café. Pourquoi ? Mouss vit la nuit, d’accord, mais il ne boit pas d’alcool, ne fume pas, ne se drogue pas. Il n’a donc pas besoin d’excitants pour être en forme.
Après s’être aéré, Mouss revient, me rassure comme à son habitude. Ce n’est rien, il n’a rien. Sa nature positive l’emporte toujours sur tout. Personne ne sait qu’il est malade. Moi je sais qu’on doit lui prendre la tension d’urgence ! Il a énormément vomi, c’est un signe, un symptôme, une alerte. J’ai peur.
Mouss ne connaît pas le stress, il est bien partout ; devant deux ou cinq cents personnes comme ce soir, il est toujours à l’aise. Malgré cette gêne inexplicable, il décide de répéter une dernière fois son spectacle. Il nous le dit sans cesse : il va bien ! Il est 14 heures.
C’est compliqué. La diction n’est pas là, les mots ne viennent pas, les yeux sont vitreux. Michel me fait sortir de la loge pour passer un savon à Mouss. Je laisse son agent et ami le sermonner, mais j’écoute derrière la porte. Je n’aime pas la façon qu’à Michel de s’adresser à Mouss. Rien ne l’a jamais paniqué, que se passe-t-il ?
– J’ai tout misé sur toi, pourquoi es-tu sorti hier soir ? La salle va être pleine, tous les gens seront là pour toi ! C’est ta dernière chance de redevenir l’être le plus aimé de France ! lui dit son manager.
Mouss ne parvient même pas à répondre. Aucun mot ne sort de sa bouche.
Michel a dîné la veille au soir avec lui. Ils ont mangé la même chose. Lorsque Mouss l’a raccompagné à 23 heures, il lui a récité son texte d’une traite dans le hall de l’hôtel, il est archiprêt. Et contrairement à ce que pense Michel, Mouss n’est pas sorti. Un coup de fil à l’ami qui le logeait pendant cette période de répétitions confirmera qu’il était couché à minuit.
Je file au bar à côté du théâtre du Gymnase avec notre ami Stéphane Ferrara. L’inquiétude est présente. Je croise Serna, le frère de Mouss. Je lui confie mon stress : Mouss n’est pas normal. Serna me rassure. Tout va bien. La mentalité africaine a ce côté magique qui permet de ne jamais anticiper un malheur. Personne n’est inquiet. Le spectacle doit se jouer…
***
Après la baisse du rideau, c’est l’incompréhension dans la loge. Mouss est assis, il transpire. Il est en colère. Pourquoi a-t-on baissé le rideau ? D’une voix à peine perceptible, il demande à Michel :
– Pourquoi veux-tu tuer ma carrière ?
Il ne se rend pas compte de son état. Pourtant, quand il me regarde, je frissonne : il n’a jamais eu ces yeux remplis de détresse. Seule plainte de sa part : une migraine. Après avoir pris deux Doliprane, le regard est toujours perturbant, le teint est vert.
Il n’y a pas de pompiers dans la salle. J’appelle le SAMU qui souhaite parler à Mouss car il est conscient. Il leur explique presque normalement que tout va bien. Les médecins ne se rendent pas compte du problème d’élocution que Mouss réussit à leur masquer. Il faut beaucoup insister pour qu’ils acceptent de se déplacer. Nous les attendons… Le temps nous paraît long, une éternité. Mouss s’agace de notre inquiétude : il répète sans cesse qu’il n’y a pas de problème.
Les pompiers arrivent enfin. Ils essaient de lui prendre la tension, mais l’appareil n’est pas assez puissant. Elle est trop élevée. C’est alors l’affolement ! Il faut maintenant l’hospitaliser d’urgence mais il refuse de monter dans le camion des pompiers. Il est d’accord pour se rendre à l’hôpital mais veut prendre sa voiture ! Il faut encore discuter. Comme d’habitude il n’en fait qu’à sa tête. La tension dépasse le seuil tolérable, il reste persuadé qu’il n’a rien de grave… Je réussis tout de même à le faire fléchir et je monte avec lui dans le camion. Nous partons pour l’hôpital Lariboisière. Mouss essaie de donner le change pendant le trajet en blaguant avec les pompiers.
Les urgences… Elles sont remplies d’individus qu’on vient d’appréhender, de policiers, de gens qui ne savent pas où dormir. Ça crie de partout. Heureusement, Mouss est à l’écart sur un brancard et quand je m’approche de lui, il est en train de faire un scandale auprès des médecins. Il se sent bien et veut partir. Mais les médecins refusent, sa tension est à 25. C’est extrêmement dangereux. Par précaution, on doit lui faire un scanner cérébral. Encore une fois il faut négocier. Si l’examen médical ne donne rien, la sortie sera autorisée. Awa, la sœur de Mouss, Serna, son frère, et Khalid, un ami, qui ont assisté au spectacle, s’en vont dîner avant de me rejoindre à l’hôpital.
Quarante-cinq minutes plus tard le diagnostic tombe : il y a un saignement dans le cervelet. C’est un AVC ! Plus question de sortir. Il faut surveiller. Mouss doit passer la nuit en neurochirurgie. La réponse ne varie pas :
– Ça va passer, je veux sortir !
Le médecin se met en colère et lui explique que c’est très sérieux. Il n’a pas le choix et doit passer la nuit sous surveillance.
– Terminé les caprices, monsieur Diouf : c’est grave !
Il faut faire des examens complémentaires. Nous devons le laisser, maintenant, et ne revenir que le lendemain.
Après une nuit blanche à l’hôtel Mathis Élysées, dans le VIIIe arrondissement de Paris, c’est l’angoisse au ventre que je reviens à l’hôpital dès la première heure.
Je suis affolée par le nombre de gens qui demandent à entrer dans la chambre, par la presse qui attend en bas de l’hôpital des nouvelles de sa santé. Les rumeurs se déchaînent : il est victime de ses excès de nuit, il boit, se drogue, a eu le trac ne connaissant pas son texte, il est mort… Tout est faux !
Il y a cependant du nouveau. Et c’est dramatique. Ce n’est même plus le saignement cervical qui inquiète les médecins mais le taux de créatinine. Cet examen permet de vérifier la fonction rénale. La créatinine est anormalement élevée. Cette molécule transporte les toxines dans le sang vers les reins qui les élimine. Mouss, lui, n’élimine plus ses toxines. Les deux reins sont touchés, il s’empoisonne. Il doit être transporté tout de suite à l’hôpital Saint-Louis pour une dialyse.
Je préviens Michel que je ne veux pas de va-et-vient d’inconnus dans la chambre. Il mettra très vite un vigile devant la porte, l’accès ne sera autorisé qu’à la famille. Michel fait une déclaration à la presse sur l’état de santé de Mouss afin de rétablir la vérité. Depuis cette nuit, la France attend le bilan de santé de Mouss Diouf !
À Saint-Louis, Mouss est dans le service réanimation, totalement conscient, il attend le nettoyage de ses reins sans vraiment comprendre quelle maladie sournoise fait son apparition. Il a faim et m’envoie lui chercher du chocolat au distributeur. L’infirmière nous apprend très vite que le potassium – le chocolat en contient beaucoup – est l’ennemi numéro un d’un dialysé. Donc Mouss se retrouve à subir sa première dialyse en cachant la tablette de chocolat sous les draps et en la mangeant dès que l’infirmière quitte son box. Il a faim : aucune possibilité de lui reprendre sa tablette !
Il est physiquement mieux. Il retrouve un joli teint, un regard lumineux, s’exprime davantage même si la langue est encore un peu lourde.
***
Deux jours de dialyse sont le maximum que Mouss a envie de supporter. Il refuse de croire que ses reins sont morts. Il exige de descendre à Marseille dans notre maison d’Auriol. Il veut juste se reposer et reprendre son spectacle. Le professeur Peraldi accorde le transfert à l’unique condition qu’il se rende dans le service de son confrère le professeur Dussol, responsable du service de néphrologie de la Conception à Marseille, un des meilleurs centres de France.
Le départ se fait à 6 heures du matin le plus discrètement possible. Les ambulanciers n’ont jamais transporté pendant quinze heures un malade avec un humour aussi ravageur. Il s’amuse à demander d’accélérer, de mettre la sirène. À chaque arrêt dans une station-service, nous sommes obligés de fermer la voiture à clé de peur qu’il s’échappe. Il veut nous suivre et choisir ce qu’il désire manger alors que seule la position allongée lui est accordée. Nous avons tous un peu de répit quand il avale quelque chose, ce qui est autorisé cette fois, et regarde les séries qu’il m’a fait télécharger sur son ordinateur.
Vers 21 heures, un interne le prend en charge au service de néphrologie de la Conception à Marseille. Il l’installe dans sa chambre. Mais Mouss ne l’entend pas ainsi. Il exige de rentrer chez lui, à Auriol, alors que sa tension est à 18. Mon cousin Gérard, venu me récupérer, reçoit l’ordre d’aller chercher la voiture et de nous reconduire dans notre maison. Gérard, très proche de Mouss, est prêt à y aller parce qu’il n’a pas vécu nos derniers jours parisiens. L’interne, une femme, le lui interdit et lui explique que Mouss peut mourir dans la nuit. Pour la première fois j’entends Mouss insulter quelqu’un. Il a toujours eu beaucoup de respect pour tout le monde. La discussion est affolante.
– Espèce de salope, je veux rentrer dormir chez moi ! hurle-t-il.
– Non monsieur, vous risquez de mourir, répond calmement l’interne.
– Si je me sens mal je reviens !
– Vous n’en aurez pas le temps. Vous risquez de MOURIR !
– Je m’en fous, laisse-moi rentrer chez moi !
Le professeur Dussol, responsable du service, est prévenu du scandale. Il se présente dans la chambre et comprend très vite que son patient est assez particulier, qu’il n’aime pas les hôpitaux ni le monde médical. Il enlève sa blouse blanche. Il veut lui parler d’homme à homme. Il lui explique qu’il ne le garde en observation que quelque temps, qu’il rentrera chez lui bientôt. Mouss fait semblant de valider l’information. Dès que le professeur sort de la chambre, il ouvre les draps et se lève, me demande de le ramener à la maison.
Je craque, je fonds en larmes, je m’écroule, je n’en peux plus. Je le supplie de réaliser qu’il est très malade. Je ne veux pas le perdre, j’ai peur. Lui non ! Pourtant, me voyant dans un tel état, il accepte de rester la nuit à l’hôpital. Uniquement pour moi, il ne cesse de le répéter.
Le lendemain, il exige des médecins qu’on lui fasse une échographie de ses reins. Il veut des preuves. Le professeur Dussol lui explique que le taux de créatinine parle de lui-même. Il est terriblement élevé, si haut que ses deux reins ne fonctionneront plus jamais.
En règle générale, des reins de dialysés sont atrophiés. Mouss insiste donc : il veut voir à quoi ressemblent les siens… Le résultat stupéfie le médecin qui comprend qu’il n’en a pas terminé avec la soif de liberté de son patient. Les reins de Mouss ont leur taille habituelle. Ils ne sont pas atrophiés mais ne filtrent plus malgré tout. Comment faire admettre ça à quelqu’un qui refuse la maladie ? Le professeur se lance dans les explications très claires d’un protocole à suivre.
– Mouss, vous devrez être dialysé trois fois par semaine en attendant une greffe de reins.
– Mes reins sont normaux, ils vont recommencer à filtrer.
– Non, c’est terminé. Vos reins ont gardé une apparence normale, ils ne sont pas atrophiés c’est vrai, mais ils sont morts. Il faut vous inscrire sur une liste d’attente et dès qu’un rein sera compatible, nous procéderons à une greffe.
– Je ne m’inscris nulle part, je garde mes reins !
– Alors ce sera la dialyse à vie !
Je fais des examens pour savoir si je suis compatible. Nous avons le même rhésus sanguin. Nous sommes tous les deux A+. Mouss m’interdit formellement de m’amputer d’un rein.
– Un jour peut-être, notre fils Isaac en aura besoin, et c’est à lui qu’il faudra le donner.
Nous finissons par rentrer à la maison avec l’accord du corps médical. Trois fois par semaine, un taxi ambulance vient chercher mon malade pour l’emmener faire ses dialyses. Il part à 7 heures du matin et rentre à 13 heures. Psychologiquement, c’est difficile pour tous les malades. Le centre ressemble à un immense gymnase rempli de box que seul un rideau sépare. Les patients n’ont aucune intimité. La maladie est la même pour tout le monde partout, et les soins dispensés ressemblent à un travail à la chaîne. C’est assez perturbant et cela dérange Mouss, bien sûr : il se sent tellement vivant ! Chaque fois qu’il va nettoyer ses reins il dit :
– Je n’ai rien à faire là-bas, je ne suis pas comme eux !
Régulièrement, il est suivi par le neurologue de la Conception pour le début d’AVC qu’il a fait au théâtre du Gymnase. Le spécialiste ne s’inquiète pas trop. Le saignement a été léger et ne nécessite que quelques séances d’orthophonie. Son élocution revient très vite et très bien. Mouss parle six langues couramment. Aucune de ses facultés mentales n’est touchée. Tous ses gestes sont parfaits.
Il n’empêche que notre vie, désormais, ne correspond guère à celle dont nous avions rêvé.
– 2 –
MOUSS
Lors de notre première rencontre, le 8 avril 1998, rien ne me prédestine à vivre une histoire avec Mouss Diouf. Je travaille à l’Olympique de Marseille, au service billetterie. Je vis depuis un an avec Claude Makelele. Comme de coutume, nous devons dîner après le match à La Villa Borghèse. Aujourd’hui, c’est mon anniversaire, mais c’est surtout un soir d’OM-PSG. Claude est retenu au stade pour effectuer un contrôle antidopage. Je me rends donc directement au restaurant avec Véro, la compagne de Teddy Bertin, autre joueur de l’OM, pour éviter une inutile attente sur le parking. Claude et Teddy nous rejoindront.
À la table qui nous est réservée se trouve une bande de copains de Claude, dont Mouss Diouf. Je sais qui il est, évidemment. Je découvre quelqu’un d’avenant, de sympathique, qui me dévisage d’une jolie façon. Je ne réponds pas à ses regards, même si au fond cela m’amuse. Je suis très amoureuse de Claude. L’ambiance est conviviale, je sens que Mouss insiste pour se montrer le plus drôle possible. Je remarque qu’il se renseigne auprès de ses voisins de table pour savoir qui je suis. À son changement de tête, je devine qu’on l’informe de ma relation avec Claude. Cela ne change en rien l’ambiance de notre repas. Mouss reste le maître de cérémonie, il a une grosse voix, anime le repas, raconte des blagues, se moque gentiment et parle de foot, une de ses passions. Il est facile de comprendre pourquoi la France adore ce personnage de Julie Lescaut. Sa présence est un moment de bonheur qu’il transmet à l’entourage.
***
Je ne revois Mouss qu’en 2000. Je suis alors séparée de Claude. Je travaille dans l’immobilier entre Marseille et Paris. C’est une période de ma vie où je sors beaucoup. Ce soir-là je suis à Paris avec Véro, mon amie, célibataire elle aussi, au VIP Room, la boîte de nuit de référence. Mouss y entre avec sa décontraction naturelle, me reconnaît immédiatement et se dirige vers moi. Il prend des nouvelles de ma vie sentimentale. Je lui annonce que je suis rentrée d’Espagne où je vivais avec Claude et que notre relation est terminée. Je ressens une drôle d’impression : je me demande qui est vraiment ce garçon. Il est tard dans la nuit, je suis un peu fatiguée et je vois cet homme en pleine forme. Et la nuit, c’est louche ! Est-ce qu’il se drogue ? Pourquoi me regarde-t-il de cette façon ? Je suis très intriguée. C’est totalement différent de la première rencontre. Nous parlons beaucoup tous les deux. J’apprends qu’il possède un restaurant, Le Réservoir, à la Bastille, et il m’informe qu’il cherche à acheter un théâtre. Comme je suis dans l’immobilier, il me suggère de l’aider dans cette démarche et en profite pour prendre mon numéro de téléphone. La situation est amusante, mais je la pense sans suite, connaissant un petit peu les rencontres éphémères de la nuit. À 5 heures du matin, on se sépare et à 8 heures je reçois un coup de téléphone.
– Bonjour Sandrine, j’aimerais que tu penses à ma recherche de théâtre, c’est important pour moi.
Je comprends vite que cet homme cherche à me séduire. Il m’appelle tous les jours, le matin, le soir, la nuit, nous sommes en contact permanent.
Un soir où je suis à Paris, je me trouve chez un ami avec des copines en attendant de sortir et je lui propose de venir nous rejoindre rue Lincoln où nous nous rendons. Il arrive, s’installe à côté de moi et met immédiatement l’ambiance. Il est à l’aise. Il a l’art de se faire adorer des gens. Au moment où l’on décide de sortir en boîte de nuit, je tourne la tête, il se jette furtivement sur moi et me vole un baiser. Je suis surprise et il me dit :
– J’en avais trop envie !
Le geste est mignon, mais pas innocent.
C’est l’époque du bar Fly, une « avant-boîte branchée » où il faut passer trinquer avant une sortie en discothèque.
Là, je découvre encore un nouveau personnage. Mouss est connu de tous et me présente comme son amie, me donne la main et reste assis à côté de moi toute la nuit. Il y a eu ce bisou volé et nous sommes ensemble ! Je me laisse faire, amusée, et en même temps cette montagne de gaieté me redonne une force, une confiance que je n’avais plus. Cet homme possède un dynamisme mystérieux ! Il m’impose la relation et je me sens bien. Quel personnage public est capable de s’afficher, de présenter quelqu’un comme son amie avant même d’avoir couché avec elle ? Je suis célibataire et il l’est aussi, en tout cas c’est ce qu’il me dit. Quelque chose se passe ce soir-là. Au lieu de rejoindre tous ses amis dans une autre boîte, il me ramène au Concorde-La Fayette où je réside. Il me propose de monter avec moi dans la chambre. J’hésite, je ne veux pas être un numéro parmi tant d’autres. C’est une célébrité, je le sais, j’ai un peu peur. Aura-t-il envie de me revoir après ? Est-il comme les autres ? Il me ressort l’épisode de Marseille, le fait qu’il aurait déjà aimé être avec moi ce soir-là si je n’avais pas été l’amie de Claude. Son charisme fait le reste… Il passe la nuit avec moi, commande un petit déjeuner que nous partageons avant qu’il se rende sur le tournage de Julie Lescaut. Je suis surprise par la phrase qu’il prononce en partant travailler :
– Et surtout, ne m’oublie pas trop vite !
Les rôles sont donc inversés, il pense que je vais m’amuser de cette relation sous prétexte que je rentre à Marseille.
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