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Le Septième Juré

De
89 pages
En se promenant, Grégoire Duval remarque une jeune fille à moitié nue. Il abuse d'elle et, pour ne pas qu'elle parle, il l'étrangle. S'assurant que personne ne l'a vu, il rentre chez lui. La police arrête Sylvain Sautral, ancien amant de la jeune fille. Lors du procès, Grégoire est tiré au sort et devient le septième juré, mais garde son secret.
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couverture

LE SEPTIÈME JURÉ

Scénario : Jacques Robert, Pierre Laroche
Réalisation : Georges Lautner

Découpage plan par plan : Julien Améaume

© Presses Électroniques de France - L'Avant-Scène Cinéma, 2013

D'après le roman de Francis Didelot

Lac, début de matinée

1. Fond noir. Introduction musicale sur les « Quatre Saisons » d'Antonio Vivaldi (Extrait de « l'Été »). Puis apparition et disparition en fondu dans un lettrage blanc du nom de la société de distribution du film. Ouverture au noir sur le plan d'ensemble d'un lac perdu dans la brume de l'aurore. Un long panoramique vers la droite suit une digue submergée dont n'émergent que quelques branchages. Le rythme mélodieux du thème musical épouse parfaitement l'aspect bucolique et serein du cadre. Le calme règne. Le rythme musical s'accélère soudain à l'apparition du titre. Apparaissent alors les noms des principaux comédiens, du réalisateur et des auteurs par fondus successifs. Le panoramique s'achève sur un plan large sur un pêcheur à mi-plan, debout dans sa barque et en train d'installer ses lignes.

2 même axe. Plan d'ensemble sur le lac embrumé. Dans le fond se distingue la végétation des terres, au bord de la rive, le pêcheur isolé à droite. Au centre défile verticalement la liste des autres comédiens du film. Le thème musical retrouve un rythme langoureux.

3. Recadrage dans un nouveau plan d'ensemble décalé vers la droite, laissant apparaître un deuxième pêcheur à distance. Se succèdent à l'écran les noms des différents techniciens du film par fondus successifs.

4. Plan large vers le deuxième pêcheur. Isolées à gauche, sa silhouette et celle de sa barque se détachent du fond brumeux qui couvre même l'horizon du lac. Le générique continue.

5. Plan large plus serré sur le premier pêcheur, qui s'est assis dans son embarcation à droite.

6. Plan large sur lui, cadré à gauche, qui se tient maintenant debout dans sa barque. Quelques branchages à la surface de l'eau reflètent les premiers rayons du soleil qui percent la brume. Celle-ci semble s'estomper à mesure que le rythme musical devient plus soutenu.

7. Plan large vers le deuxième pêcheur au loin, toujours assis patiemment dans son embarcation. Un panoramique descend alors vers les reflets de plus en plus aveuglants du soleil dans l'eau au premier plan.

8. Fondu enchaîné sur un hameçon en gros plan. Le rythme musical s'accélère de plus belle. Un panoramique remonte vers l'hameçon qui s'éloigne derrière la barque du pêcheur qui l'a lancé. La brume a complètement disparu, le soleil s'est installé sur l'homme qui rame à un rythme paisible.

Terrasse en bord de lac, ext. jour

9. Suite musique. Travelling latéral gauche sur les pieds d'un homme posés sur une chaise, un journal sur ses genoux. La caméra recadre l'homme en plan américain, assis sur une autre chaise au premier plan. C'est Philibert (Jean Sylvère), pharmacien à Pontarlier. L'homme, petite moustache et front dégarni, a piqué du nez. À ses côtés, la table du déjeuner désertée par ses occupants, et de l'autre côté, Grégoire Duval (Bernard Blier), son patron. D'une bonne quarantaine d'années, la silhouette assez ronde et le crâne dégarni, il a le profil type du bon père de famille bien tranquille. Il considère son compagnon qui dort profondément et commence à se relever.

10. Plan rapproché poitrine sur le profil droit de Philibert. De l'autre côté de la table, Grégoire dénoue sa cravate puis se lève. Un travelling latéral droite le suit qui quitte la table, contourne une petite barrière et descendant vers la rive du lac qui s'étend à l'arrière-plan pour effectuer une marche digestive. La musique retrouve alors un rythme langoureux.

Lac, jour

11. Gros plan sur des coups de rame donnés dans l'eau. Puis recadrage en travelling arrière vers la gauche jusqu'à un plan moyen sur un des pêcheurs dans sa barque. C'est monsieur Garanpon (Robert Dalban), dont l'attention est attirée par la violente altercation d'un couple hors champ à droite sur la rive.

12 même axe. Plan rapproché cravate sur le visage du pêcheur qui, importuné, tourne violemment la tête sur sa gauche en direction du couple. Moue de lassitude. L'échange, difficilement audible, ressemble fort à une crise de jalousie de la part de l'homme.

13. Plan large sur le profil gauche du pêcheur et de sa barque. Le cadre se resserre progressivement vers lui qui tourne à nouveau la tête vers le couple, toujours hors champ. Le ton monte, la discussion semble devenir de plus en plus violente. L'homme, excédé, hurle à sa compagne de se taire - fin des échanges. Le silence revenu, le pêcheur poursuit son chemin.

Bord du lac, jour

14. Gros plan sur une main gantée qui ouvre un panier à provisions. Le thème musical reprend alors un rythme particulièrement soutenu. Un recadrage arrière présente en plan rapproché le couple en question : au premier plan à gauche un jeune homme, Sylvain Sautral (Jacques Riberolles), et au deuxième plan une jeune femme, Catherine Nortier (Françoise Giret), tous deux d'une petite trentaine d'années. Installés au bord du lac, une petite barque amarrée derrière eux, un transistor et des petites couvertures au sol témoignent de leur récent pique-nique. Derrière eux se distingue le pêcheur qui continue de longer la rive. Sautral ôte son gant afin de saisir un portefeuille dans le panier, tandis que sa compagne est allongée sur une serviette à ses côtés. Elle bronze, allongée sur le ventre et simplement vêtue d'une culotte. Sautral se lève, se saisit d'un Jerrican d'essence quitte le cadre à droite. Un travelling avant lent commence jusqu'à un plan rapproché taille de la jeune femme, dévêtue et somnolant au soleil.

15. Plan général depuis la rive sur le lac, où le pêcheur s'éloigne peu à peu. La musique retrouve à nouveau un rythme langoureux.

Bois au bord du lac, ext. jour

16. Gros plan sur Grégoire qui poursuit tranquillement sa promenade dans un petit bois longeant la rive. Travelling latéral arrière de suivi.

17. Travelling latéral de suivi vers la droite en contre-plongée, accompagnant Grégoire en plan rapproché taille sur son profil droit. Derrière lui perce le soleil à travers de grands arbres.

18 même axe. Plan serré sur son profil, régulièrement ébloui par les rayons du soleil.

19. Plan moyen à mi hauteur sur lui de dos qui avance dans le petit bois. Il jette de temps à autre un regard vers la rive sur sa gauche.

Bord de lac, jour

20. Plan rapproché taille à hauteur du sol sur le corps de la jeune femme, endormie au soleil et toujours allongée sur le ventre. À l'arrière-plan, Grégoire émerge du petit bois et la découvre. À cet instant, la jeune fille se retourne, à demi endormie, offrant ainsi sa poitrine nue au soleil.

21 même axe. Léger travelling avant jusqu'au gros plan sur Grégoire, immobile. Le visage crispé et le regard sombre, il observe.

22 même axe. Plan rapproché taille. Il jette un regard sur sa gauche afin de s'assurer que lui et la jeune fille sont bien seuls, se met alors à marcher lentement vers elle, un léger travelling arrière de trois quarts droit l'accompagne.

23. Suivi en travelling avant à hauteur du sol. Les jambes de Grégoire en train de s'approcher de la jeune fille, toujours allongée sur le dos à l'arrière-plan gauche.

24. Champ sur Grégoire en plan rapproché poitrine avec une forte contre-plongée. Celui-ci se dresse au-dessus de la jeune femme. Le regard fixe, un sourire sardonique déforme son visage.

25. Contrechamp sur la jeune femme en plan rapproché poitrine avec une forte plongée. Surprise et effrayée, elle s'empresse de couvrir sa nudité d'une serviette. Apeurée, elle n'ose pas se lever.

26 même axe 24. Plus serré sur Grégoire qui continue de la fixer, l'air plus grave.

27 idem 25. La jeune fille reste figée par la peur.

28 idem 24. La respiration lourde, Grégoire sourit faiblement, se penche vers elle.

29. Plan américain sur Grégoire qui s'accroupit et saisit la jeune femme par les épaules, cherchant à l'embrasser.

30. Plan serré de trois quarts arrière droit sur la jeune femme qui se débat. Grégoire cherche ses lèvres, la musique de Vivaldi est toujours très présente.

31 axe inverse. Gros plan de face sur la jeune femme qui se débat, Grégoire cherchant toujours à l'embrasser.

32 retour 30. Il y parvient. La jeune femme continue de se débattre, commence à hurler, se dégage brièvement.

33. Très gros plan sur Grégoire, effrayé soudain par un hurlement de la jeune fille.

34 idem 30. Devant les cris, il prend peur, la somme de se taire, finit par saisir son cou.

35 idem 31. Terrifiée, la jeune femme continue de hurler, les mains de Grégoire enserrant sa gorge.

36 suite 33. Il s'acharne.

37 suite 35. En plus serré sur la jeune femme secouée par Grégoire. Elle pousse un cri déchirant.

38 idem 33. Grégoire continue de l'étrangler.

39. Très gros plan sur le profil droit de la jeune femme qui suffoque. La caméra recadre à droite l'avant-bras nus de Grégoire qu'elle a agrippé. Les doigts finissent par se relâcher, la main retombe, inerte.

40 retour 31. Grégoire, premier plan droite de dos, lâche la jeune femme. Bouche grande ouverte, elle retombe en arrière. Fin brutale de la musique.

41. Plan rapproché poitrine en plongée sur la jeune femme qui s'effondre au sol, morte.

42 contrechamp. Plan américain en forte contre-plongée sur Grégoire en train de se relever. Il semble recouvrer sa raison, reste un instant tétanisé.

43. Plan moyen sur le lieu du crime. Le corps de la jeune femme gît sans vie sur le sol. Grégoire recule en direction du petit bois d'un pas mal assuré, sans la quitter des yeux. Il s'immobilise une dernière fois.

44. Plan moyen subjectif de Grégoire vers le corps, allongé au milieu de ses affaires, le lac tranquille à l'arrière-plan. Seuls le bruit de l'eau, le chant des oiseaux et quelques aboiements de chien lointains se font entendre.

45. Gros plan sur la corbeille à provisions puis panoramique vers la droite sur le buste désarticulé de la jeune femme, qui gît les yeux ouverts. Nouveau panoramique sur le transistor éteint à côté d'elle.

46. Plan rapproché taille sur Grégoire, essoufflé de stupeur. Il s'assure furtivement une dernière fois qu'aucun témoin n'est présent avant de disparaître dans le petit bois au pas de course. Hors champ, des aboiements de chien lointains se font de plus en plus insistants.

Lac, jour

47. Plan d'ensemble en plongée. Monsieur Galanpon, seul au milieu du lac, continue de ramer tranquillement.

Terrasse au bord du lac, ext. jour

48. Plan moyen de deux tiers avec travelling latéral droite et gauche sur Grégoire qui revient s'installer à la hâte auprès de Philibert. Celui-ci dort toujours. Au son des oiseaux et des aboiements de chien viennent s'ajouter des bruits d'enfants en train de jouer et un léger son de fanfare musicale. Suivi droite puis gauche sur Duval qui se rassoit en silence, allonge ses jambes sur la chaise devant lui, considère un instant ses mains.

Voix intérieure Grégoire

Je n'ai rien fait…

49. Plan rapproché et travelling avant en gros plan sur lui qui ferme les yeux et essaye de se raisonner.

Voix intérieure Grégoire

Je n'ai rien fait. Je suis passé, elle était là… Mais mon Dieu pourquoi était-elle là ? J'avais trop mangé… Trop bu. Qu'est-ce qu'on peut faire le dimanche ?… C'est un crime.

50. Insert en plan moyen et plongée sur les flots calmes du lac.

Voix intérieure Grégoire

Oui mais un crime d'homme soûl. Un crime de fou. Non… Un crime de lâche !

(Passe une barque avec à son bord sa femme Geneviève – Danièle Delorme, leur fille Pauline – Paloma Matta – d'une quinzaine d'années et leur fils Laurent – René Tramoni, d'une vingtaine d'années, installé aux rames) 

Et puis j'ai eu peur d'eux… De les voir arriver.

(Un panoramique vers la droite les accompagne jusqu'à la rive où sont alignées plusieurs autres barques. À l'arrière-plan, plusieurs riverains profitent du plein air et des enfants partent se baigner. Plan large) 

Qu'ils me surprennent avec cette fille. C'est leur faute ! Ce sont eux les responsables.

(Ton haineux) 

Eux qui me suivent partout… Qui sont toujours derrière moi… À me regarder, à me surveiller. La « petite madame Duval » et ses « deux grands enfants »… Famille d'anthropophages !

51. Retour à la terrasse. Grégoire de profil gauche, tête baissée, regard vers ses mains que la caméra recadre et qu'il ouvre, les faisant tourner, doigts écartés. La musique de Vivaldi reprend, cette fois-ci en filigrane.

Geneviève

(Hors champ)

Qu'est-ce qu'elles ont tes mains ?

52. Plan américain sur la famille Duval qui vient d'arriver. Geneviève remet son gilet tandis que les deux enfants se servent de l'eau.

Geneviève

Mon pauvre ami. Tu les regardes comme si elles appartenaient à quelqu'un d'autre.

53. Plan rapproché taille sur Grégoire, le poignet droit dans sa main gauche.

Duval

C'est rien, j'me suis écorché.

Elle entre à gauche et le lui saisit.

54 axe inverse. Raccord mouvement en plan rapproché poitrine en contre-plongée sur elle qui considère la main droite de son mari, la gauche ouverte et immobile sur l'accoudoir au premier plan droite. Amusée, elle sourit et la laisse retomber.

Geneviève

Ce que tu peux être délicat !

55 même axe 53. Plan rapproché cravate sur Grégoire, blême, qui observe sa femme et ses enfants s'éloigner. Fondu enchaîné.

Pontarlier, ext. début de matinée

56. Plan d'ensemble de la petite ville sous une légère brume matinale.

Voix intérieure Grégoire

(Reprise)

Le lendemain matin… je me suis levé. Ouais, comme d'habitude.

57. Zoom avant en plongée de trois quarts droit sur la façade de la pharmacie Saint Benigne. À l'étage loge la famille Duval.

Voix intérieure Grégoire

J'étais un assassin et… c'est tout juste si j'avais mal dormi.

Salon des Duval, int. jour

58. Gros plan sur la main droite de Grégoire qui repose sa tartine. Un travelling arrière, durant lequel le fils vient s'asseoir à sa droite, recadre en plan rapproché poitrine Geneviève à table à gauche.

Geneviève

(À son mari hors champ à droite)

Tu ne manges pas ta tartine ?…

(Elle se lève) 

Tu n'es pas malade ?

Travelling latéral vers la droite pour la suivre jusqu'à sa fille Pauline, faisant apparaître Grégoire et son fils en plan plus large. Elle embrasse sa fille et commence à lui brosser les cheveux.

Grégoire

(Qui touille son café d'un air aigri, le regard ailleurs)

Non, je n'ai pas faim.

Geneviève

(Tout en brossant les cheveux de sa fille)

Le café était moins bon que d'habitude, c'est sûrement une question de cafetière.

Voix intérieure Grégoire

(Reprise)

C'est une question de vie ou de mort.

(Travelling avant sur lui jusqu'à un plan rapproché) 

Maintenant je suis un assassin… Non c'est pas possible, une minute d'égarement ne peut pas effacer toute une vie respectable !

Devanture de la pharmacie, ext. jour

59. Plan serré sur la porte d'entrée. Une porte vitrée avec inscrit dessus « G. Duval. Pharmacien de 1ère Classe de la Faculté de Strasbourg ».

Voix intérieure Duval

(Suite)

Pourtant malgré tous les gestes de l'habitude, quelque chose me poursuivait.

(Grégoire sort, plan américain, et descend la rue sur sa droite. Travelling latéral vers la gauche) 

Une chose que je parvins à identifier. Oui, c'était un bruit. Le bruit des cloches.

Maison de la presse, int. /ext. jour

60. Gros plan sur le journal « L'Est Républicain » et sa une : « Crime odieux près de Pontarlier ». Grégoire jette trois pièces pour payer et s'empare du journal. Panoramique latéral vers la gauche jusqu'à un plan américain sur lui qui s'éloigne sans un mot vers la sortie.

Voix intérieure Grégoire

(Reprise)

Notre petite ville compte sept églises et vit au rythme de leurs cloches, mais on ne les entend plus.

61. Gros plan sur lui depuis l'extérieur.

Voix intérieure Grégoire

Eh bien moi, je les entendais de nouveau.

(Il sort, scrute alors la rue un court instant avant de partir sur sa droite. Panoramique vers la gauche pour le suivre remonter la rue et s'éloigner)

Comme le mourant écoute des choses dans tout ce qui est silence. Bah ce n'étaient peut-être que des bourdonnements d'oreille…

Pharmacie Duval, int. jour

62. Gros plan sur sa main en train de touiller un médicament dans un verre.

Philibert

(Hors champ)

Ça ne va pas Monsieur Duval ?

Travelling arrière jusqu'à un plan rapproché taille sur Grégoire et Philibert, celui-ci en blouse blanche, derrière le long comptoir de la boutique.

Grégoire

(Sans détourner le regard de son verre)

Moi ? Si, pourquoi ?

Philibert

(Au second plan, un flacon dans les mains)

Bah, après une journée comme hier, moi ce serait plutôt l'intestin…

63 axe inverse. Plan rapproché de deux tiers sur Grégoire, le regard lointain, en train de boire son verre.

Voix intérieure Grégoire

(Reprise)

Y a aussi le remord paraît-il… Jusqu'à présent je n'en ai pas souffert.

64 retour 62. Grégoire pose son verre, Philibert vient le ramasser.

Voix intérieure Grégoire

Je dois pourtant avoir une conscience, comme tout le monde.

Philibert

(Inquiet)

Ça ne va toujours pas ?

65 idem 63. Plan serré sur lui qui tourne le regard vers Philibert en contrechamp gauche.

Grégoire

(Soudain agressif)

Ah vous foutez-moi la paix.

66. Plan rapproché sur Philibert, choqué. Il se retourne et part déposer le verre en bout de comptoir.

Voix intérieure Grégoire

Je n'avais même pas peur.

(Philibert, outré, se retourne une dernière fois vers son patron, hors champ) 

Cet imbécile au sommeil profond était mon meilleur alibi.

Philibert

(Qui part accueillir un client)

Bonjour monsieur, vous désirez ?

Voix intérieure Grégoire

Elle riait tout le temps…

Flash-back, petites rues de Pontarlier, ext. jour

67. Gros plan sur le visage de Catherine qui se retourne, radieuse et souriante.

Voix intérieure Grégoire

Elle était trop jolie. Trop libre. Trop facile !…

(Interruption musique Vivaldi. Un panoramique vers la gauche la suit qui rejoint Sautral. Départ d'une musique mélancolique à la flûte. Le couple s'embrasse et, dans les bras l'un de l'autre, descend tranquillement la rue sous le plein soleil. Un léger panoramique vers la droite révèle Grégoire, immobile sur le trottoir juste à côté d'eux à droite, qui les regarde passer) 

Dans le fond je ne l'ai pas rencontrée souvent. Puis nous n'avions pas les mêmes heures.

Grégoire reprend sa marche.

68. Surimpression sur un insert furtif en plan rapproché de la jeune femme, souriante et pleine de charme.

69 suite 67. Retour sur Grégoire, pensif, qui remonte la rue jusqu'au gros plan, travelling arrière de suivi.

Voix intérieure Grégoire

Mais à quoi servait-elle dans l'édifice social ?

Fondu enchaîné.

70… sur le couple, à un autre moment, enlacé au milieu d'une autre petite rue.

Voix intérieure Grégoire

C'était un élément dangereux…

71. Fondu enchaîné sur un plan rapproché taille en légère contre-plongée sur le couple en train de s'embrasser passionnément. Axe différent et autre moment.

Voix intérieure Grégoire

… par sa seule présence.

72. Fondu enchaîné de nouveau sur un plan rapproché poitrine sur le couple qui s'embrasse encore. Axe encore différent et autre moment.

73. Fondu enchaîné sur un plan serré vers Catherine que Sautral étreint premier plan droite.

74. Fondu enchaîné sur un plan rapproché poitrine de la jeune femme en légère contre-plongée. La lumière lui donne une présence fantomatique qui témoigne du souvenir continu de Duval : il la revoit, marchant seule d'un air rêveur, dans une petite rue bordée par des arbres. Travelling arrière de trois quarts droit qui la précède, le regard vers la caméra.

Voix intérieure Grégoire

L'huile sur le feu. Dans le temps on l'aurait brûlée, comme sorcière.

75. Retour au présent dans cette même petite rue bordée par des arbres, avec un plan rapproché poitrine sur Grégoire en légère contre-plongée. Il marche, l'air grave et perdu dans ses souvenirs. Travelling arrière de trois quarts droit qui le précède.

Voix intérieure Grégoire

Voilà ce que j'ai fait… Un mouvement de légitime défense…

76 reprise 74. Sur Catherine qui continue sa promenade.

Voix intérieure Grégoire

Ce n'est pas un assassinat c'est une exécution ! Sans jugement.

77 suite 75. Recadré en plus rapproché sur Grégoire.

Voix intérieure Grégoire

Je suis sûr qu'en faisant l'amour elle était encore plus belle.

78 même axe 74. Plan serré sur la jeune femme, regard caméra, l'air mutin.

Voix intérieure Grégoire

Elle m'a regardé jusqu'au bout… Mais je n'ai rien fait intentionnellement, je ne pensais à rien… Même pas à ça.

Fondu au noir tandis que la jeune femme sort du cadre à gauche.

Devant la pharmacie, ext. soir

79. Ouverture au noir sur un plan rapproché poitrine de Duval. Puis travelling arrière jusqu'à un plan large de celui-ci dans l'encadrement de la porte d'entrée de sa pharmacie.

Voix intérieure Grégoire

Vers le soir, il me sembla être revenu dans ma véritable « peau de pharmacien insoupçonnable ».

(Un passant le salue hors champ, Grégoire lui rend son salut) 

Aussi innocent que cet imbécile, qui me salue dix fois par jour depuis qu'il m'a acheté un bidon d'insecticide.

Pauline Duval rentre de l'école et se dirige vers son père, ce dernier lui sourit.

Pauline

'Soir, papa.

80 même axe. Plan rapproché poitrine sur Grégoire, que sa fille vient embrasser. Un très léger panoramique vers la droite le recadre, regard lointain, après que sa fille soit rentrée dans la pharmacie.

Voix intérieure Grégoire

Un imbécile oui, mais… pas un criminel.

Pharmacie, int. soir

81. Plan rapproché poitrine sur Geneviève Duval en train d'embrasser sa fille.

Pauline

'Soir, m'man.

Geneviève

Bonsoir, chérie.

Recadrage en plus rapproché sur Geneviève qui regarde sa fille s'éloigner hors champ à droite.

Voix intérieure Grégoire

Ces visages…

82. Plan rapproché sur Philibert, que la fille Duval vient embrasser.

Pauline

'Soir, Philibert.

Philibert

Bonsoir, mon lapin.

Recadrage en plus rapproché sur Philibert qui la regarde également s'éloigner hors champ à droite.

Voix intérieure Grégoire

… Ils ne savent pas ce qu'ils attendent.

(À lui-même) 

Ils ne se doutent pas que tu as un secret.