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Le Smoking du diable

De
94 pages
Dietrich s'est effacée pour mieux laisser s'épanouir son oeuvre. Comme le poète, elle a sacrifié son existence à une icône éternelle. Elle n'est pourtant pas qu'une image, et il reste aussi d'elle l'esprit, le courage, la volonté de fer, le charme absolu et ambigu de la chanteuse de cabaret, de la militante, de la femme amoureuse. Marlene Dietrich symbolise la lutte prussienne du corps et de l'âme. Elle voulait être aimée; elle fut désirée. Elle tendait son regard vers une inaccessible étoile; mais le ciel était vide. "Le Smoking du diable" est le titre de la biographie d'un ange blond. Marlene Dietrich, son corps, son talent d'actrice, de chanteuse, ses amours, sa longue et ambiguë amitié avec celui qui la révéla au public, le réalisateur Joseph Von Sternberg, sa filmographie, toutes ces facettes de ce qui constitua, de son vivant même, sa légende, sont abordées avec une passion qui frise délicieusement l'idolâtrie. En résulte un livre magnifique, vibrant et superbe hommage au mythe Marlene Dietrich, qui nous transporte à travers la quasi-totalité du vingtième siècle.
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Pour Michel Venchiarutti
Tout commence par un mensonge « Il y a des vérités qui ne peuvent être dites quà travers le mensonge » écrivit Ryunosuke Akutagawa. La nais-sance de Marlene Dietrich appartient à ce « mensonge qui dit toujours la vérité », pour paraphraser Cocteau. Ques-tion de génération peut-être. Il nétait pas très important de révéler son âge. Du coup, il faut sen remettre à la légende, et cest ainsi que débute la vie de Marlene. Dans le Berlin impérial, entre 1901 et 1908. Plus probablement en 1901. Linterprète de bleu LAnge tendait à sen amuser, qui lança un jour à un journaliste : « Dites juste que jai 75 ans et ce sera très bien comme ça. » Humour berlinois, ou co-quetterie de star ? Allez savoir. Ceux qui ont cherché ont trouvé, mais pas tous les mê-mes informations. Arthur Knight est de ceux-là, qui relève dansNotes on a Living Legend1 certains rap-: « Daprès ports, elle serait née Maria Magdalene Dietrich, fille de Louis Dietrich, un lieutenant, plus tard un major de la ca-valerie Uhlan. Quand il mourut, la mère épousa le colonel Eduard von Losch, des fameux hussards. Une autre ver-sion élimine le major Dietrich et réduit von Losch au grade de lieutenant. Dans une biographie Dietrichpèreprend sa retraite après la Première Guerre mondiale, dans une autre il meurt sur le front russe en 1915, ou en Alle-magne juste avant la fin de la Première Guerre mondiale. La mère de Dietrich est soit de descendance française, ou la fille du directeur de la grande firme de bijoux Conrad
1Films in Review,décembre 1954.
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Felsing, une société fondée par larrière-grand-père de Marlene qui annonçait dans sa vitrine la légende : Pour-voyeur de Sa Majesté le Kaiser. » Si lon remonte plus loin, qui trouve-t-on dans les ancê-tres de Louis Dietrich ? Des huguenots français venus sinstaller à Brandebourg au début duXIXesiècle. Le père de Louis était tenancier dauberge. Sa mère mourut en 1898. Un certificat de naissance produit à Berlin, et cité dans leNew York Herald Tribune,annonce sans lombre dune erreur que Marlene est née le 27 décembre 1901 et que son père était Erich Otto Dietrich, un lieutenant, non pas dans la cavalerie mais dans la moins romantique police prus-sienne royale. Pas très sympa, il est vrai, de sortir ce certificat au moment où Dietrich sapprête à remonter sur les scènes allemandes. Il rectifie une falsification opérée par Hollywood en 1930 pour lancer la star. Sans doute par coquetterie, Marlene la officialisée quand elle a pris la nationalité américaine en 1937, puis quand elle sest enga-gée dans lUS Army en 1944 : en clair, elle sest rajeunie de quatre ans, prétendant être née le 27 décembre 1904. Vers lâge de cinq ans, Marlene est une ravissante pe-tite fille comme en témoignent les photographies de lépoque. De longs cheveux blonds ondoyants encadrent une frimousse concentrée, le regard est attentif, le menton décidé, les yeux luisent dun éclat à la fois rêveur et lu-cide. On dirait déjà que Marlene a la tête remplie de rêves mais vide dillusions. Dietrich elle-même est restée très silencieuse sur ses parents et sa sur, sauf dans une de ses rares interviews (donnée àPour Nouset imprimée en 1931) où elle évoque son ambition dapprendre à jouer du violon. Elle veut en
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