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Les Diaboliques

126 pages

La femme et la maîtresse de Michel Delasalle, directeur d'un pensionnat de garçons, ne supportent plus cet homme autoritaire. Elles organisent minutieusement son meurtre et jettent le corps dans la piscine. Mais quelques jours plus tard, le cadavre disparaît mystérieusement...

Ajouté le : 06 novembre 2014
Lecture(s) : 34
EAN13 : 9791022001359
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couverture
Les Diaboliques

Scénario : Henri-Georges Clouzot,
Frédéric Grendel, Jérôme Geronimi, René Masson
Réalisation : Henri-Georges Clouzot


Découpage plan par plan : Alain Minot

© Presses Électroniques de France, 2013

Scénario d’après le roman de Pierre Boileau et Thomas Narcejac, Celle qui n’était plus, Éditions Denoël.

Lexique

Abréviations utilisées pour le découpage :


PE : Plan d’ensemble

PL : Plan large

PM : Plan moyen

PA : Plan américain

PR : Plan rapproché

PS : Plan serré

GP : Gros plan

TGP : Très gros plan

Pano : Panoramique

D-G : Droite/gauche

G-D : Gauche/droite

Trav. : Travelling

AV : Avant

AR : Arrière

L : Latéral

Rec. : Recadrage

CC : Contrechamp

H-B : Haut/bas

B-H : Bas/haut

Générique

Générique. Les cartons se fondent successivement les uns après les autres en lettres blanches sur une image fixe, en plan serré et en forte plongée, de l’eau stagnante de la piscine de la pension, où se déroule l’histoire. L’eau, n’ayant pas été renouvelée depuis longtemps, est recouverte d’une couche de mousse croupissante d’aspect plutôt répugnant, et à travers laquelle se reflètent çà et là les arbres du jardin. Une musique tragique, agrémentée de chœurs de jeunes garçons, couvre l’ensemble du générique.

Carton 1. Filmsonor S. A. présente…

Carton 2. SIMONE SIGNORET

Carton 3. VÉRA CLOUZOT

Carton 4. PAUL MEURISSE

Carton 5. et CHARLES VANEL

Carton 6. dans un film produit et dirigé par…

Carton 7. H. G. CLOUZOT

Carton 8. Les diaboliques

Carton 9. d’après le roman de BOILEAU et NARCEJAC « CELLE QUI N’ÉTAIT PLUS » Éditions DENOËL

Carton 10. Scénario et dialogues de H. G. CLOUZOT et Jérôme GERONIMI avec la collaboration de René MASSON et Frédéric GRENDEL

Carton 11. avec Jean BROCHARD, Thérèse DORNY, Michel SERRAULT

Carton 12. (déroulé de bas en haut) Georges CHAMARAT Sociétaire de la Comédie-Française, Robert DALBAN, Camille GUERINI, Jacques HILLING, Jean LEFEBVRE, Aminda MONTSERRAT, Jean TEMERSON, Jacques VARENNES, Georges POUJOULY, Yves-Marie MAURIN

Carton 13. et Noël ROQUEVERT

Carton 14. et Pierre LARQUEY

Carton 15. Directeur de la Photographie : Armand THIRARD

Carton 16. Opérateur : Robert JUILLARD, Cameramen : Louis NEE – Jacques ROBIN – Jean LALIER, Assistants Opérateurs : Jean DICOP – Daniel DIOT

Carton 17. Architecte – Décorateur : Léon BARSACQ

Carton 18. Chef Opérateur du Son : William-Robert SIVEL, Système A. R. T. E. C

Carton 19. Assistant Réalisateur : Michel ROMANOFF, Montage : Madeleine GUG, Script-Girl : Jeanne WITTA-MONTROBERT, Régie : Georges TESTARD

Carton 20. Musique de Georges VAN PARYS, Editions CHOUDENS

Carton 21. Directeur de Production : Louis de MASURE

Carton 22. Studios FRANSTUDIO – SAINT-MAURICE, Laboratoires L. T. C Saint-Cloud, Truquages LAX

Carton 23. Une Production FILMSONOR, Producteur Associé VERA FILMS (Visa de contrôle cinématographique n° 14 131)

Carton 24. Distribué en France par CINEDIS

Carton 25. « Une peinture est toujours assez morale quand elle est tragique et qu’elle donne l’horreur des choses qu’elle retrace. » BARBEY D’AUREVILLY

Fondu au noir.

Rue de Saint-Cloud – extérieur jour

1. Ouverture fondu. PL. Une fourgonnette de type 2CV s’avance face caméra dans une rue de Saint-Cloud, croisant un autobus qui s’éloigne vers l’arrière-plan. Le temps est maussade. Tandis que la voiture tourne à gauche et sort du cadre, la caméra s’avance – Trav. AV, PR – vers une borne kilométrique blanche indiquant Paris – Porte de St-Cloud à 2 km.

Saint-Cloud, rue menant à la pension – extérieur jour

2. PL. La fourgonnette s’approche face caméra depuis l’arrière-plan tandis qu’une femme, protégée sous son parapluie, s’éloigne de dos depuis le premier plan sur le bas-côté droit de la rue. La voiture s’arrête dans un crissement de freins à la hauteur du portail de la pension, hors cadre à gauche. Un homme en sort aussitôt et va rejoindre une porte latérale près du portail fermé – Rec. G – Il entre. La voiture s’avance alors et s’immobilise de profil face au portail. Sur la portière latérale du véhicule, on peut lire l’inscription « Institution DELASSALLE » en lettres blanches sur la tôle grise.

3. (PR, Contre-plongée) En haut du portail grillagé on peut lire également l’inscription INSTITUTION DELASSALLE. Les portes s’ouvrent. Off, la fourgonnette redémarre.

Institution Delassalle – extérieur jour

4. PM. Tandis que Monsieur Plantiveau, le gardien que l’on a vu sortir du véhicule, termine d’ouvrir la grille du portail, la voiture pénètre dans la propriété de trois quarts face caméra.

Plantiveau

(Faisant signe au conducteur du véhicule)

Ah, Monsieur le Directeur !…

Le directeur (Michel Delesasalle)

Oui ?

Plantiveau passe derrière le véhicule qui s’arrête de profil et vient rejoindre le directeur, assis derrière son volant, le visage penché vers l’extérieur par la fenêtre entrouverte de sa portière. Rec. G. PA.

Plantiveau

(Consultant sa montre de gousset)

Il serait peut-être temps de le sonner.

Il remet la montre dans la poche de son gilet.

Michel

Allez-y mon vieux, je déchargerai moi-même. Je m’en suis coltiné d’autres !

La voiture redémarre et sort du cadre à gauche. Plantiveau rejoint alors sa maison de gardiennage que l’on découvre à l’arrière-plan. Il secoue son chapeau humide et enjambe quelques flaques d’eau. PM.

5. PS. Plongée sur une flaque d’eau sur laquelle flotte un bateau en papier. Les roues de la fourgonnette traversent le champ de droite à gauche, balayant tout sur leur passage.

6. PL. La fourgonnette s’éloigne vers la pension qui s’élève à l’arrière-plan. C’est une grande bâtisse ancienne à l’allure austère.

7. PM. Pano D-G. Suivi de la fourgonnette qui s’approche, passe à proximité d’une piscine mal entretenue à l’eau croupissante recouverte de feuilles et de mousse, et s’arrête devant une des portes de la pension. Il n’y a pas âme qui vive aux alentours.

Institution, maison du gardien – intérieur jour

8. PA. Monsieur Plantiveau, le gardien, entre dans sa chambre face caméra tout en secouant son chapeau. Il l’accroche à un porte-manteau et y saisit sa casquette règlementaire qu’il met aussitôt sur sa tête. Il prend alors un panier d’osier (du type de ceux utilisés dans les cinémas pour distribuer les friandises) posé sur la table voisine et enfile la lanière autour de son cou.

Institution – extérieur jour

9 = fin 7. PM. Une jeune femme aux allures de domestique vient rejoindre Michel Delassalle, occupé à sortir des victuailles de l’arrière de la fourgonnette. Il lui passe un premier panier.

La jeune femme

Elles sont pourries vos salades !

Michel

(Sèchement)

C’est pas toi qui les paye, hein ?

Il pose sans précaution un second panier sur le premier que tient la jeune femme. Celle-ci s’affaisse aussitôt sous le poids.

10. PS. Plongée sur le panier porté en bandoulière par Plantiveau qui s’avance dans le parc. On y découvre des tablettes de chocolat et autres gourmandises destinées au goûter des jeunes élèves – Rec. D et Trav. AR, PM – Plantiveau vient rejoindre un angle du bâtiment où est accrochée une cloche qu’il actionne aussitôt.

Couloirs de l’Institution – intérieur jour

11. PM. Tandis que la cloche retentit off, des élèves sortent d’une classe à l’arrière-plan et s’engagent rapidement face caméra dans le couloir de la pension. L’un d’entre eux fait un croche-pied à un de ses camarades qui s’écroule sur le sol, faisant rire les autres. Un vieux professeur, Monsieur Drain, sort alors de la classe à l’arrière-plan et s’immobilise face caméra.

Monsieur Drain

(Cherchant à faire régner l’ordre)

En rang s’il vous plaît Messieurs, en rang ! Et en silence !

Un élève

Oh là là !…

Les élèves s’engagent par une porte à gauche et sortent du cadre sous l’œil vigilant du professeur.

Institution – extérieur jour

12. PA. Plantiveau termine d’actionner la cloche, raccroche la chaînette au clou fixé dans le mur et sort du cadre de profil à gauche, après être passé devant une fenêtre ouverte vers laquelle la caméra s’avance
– Trav. AV – On distingue les élèves de Monsieur Drain sortant de cours puis d’autres dévalant l’escalier dans un brouhaha général. Tous sortent du cadre à gauche, rejoignant le parc. Monsieur Raymond, un jeune professeur, descend rapidement l’escalier derrière ses élèves et sort du cadre à droite, les mains dans les poches, l’air décontracté.

Couloirs de l’Institution – intérieur jour

13. PM = 11. Monsieur Raymond pénètre par la gauche dans le couloir, depuis le fond duquel s’avance Monsieur Drain face caméra, occupé à se rouler une cigarette. Trav. AR.

Monsieur Raymond

(À Drain)

Charmants bambins !

Monsieur Drain

(S’arrêtant à la hauteur de Monsieur Raymond)

Vivement la fuite.

La caméra s’immobilise à la hauteur d’une porte de classe qui s’ouvre aussitôt à droite sur une jeune femme blonde, les yeux cachés derrière une paire de lunettes noires, un cardigan jeté sur les épaules. C’est un autre professeur de l’établissement, Mademoiselle Nicole Horner. Elle sort de la classe et se positionne face caméra près de la porte ouverte.

Nicole Horner

(Assez sèchement)

Sortez !

Les élèves sortent en silence de la classe en rang deux par deux sous le rythme imposé par Mademoiselle Horner qui frappe régulièrement dans ses mains. Elle se met alors à la suite des élèves qui s’engagent par la porte du couloir et sortent du cadre à gauche, et va rejoindre ses deux collègues. Trav. AV, PR.

Monsieur Drain

(Observant non sans ironie les lunettes noires de Mademoiselle Horner)

Souffririez-vous des yeux, ma chère collègue ?

Nicole

(Sortant ses cigarettes)

Je me suis cognée en me levant, figurez-vous.

Monsieur Drain

Humm…

(Pas dupe, il continue de préparer sa cigarette)

Vous êtes matinale ! Cette nuit comme je faisais ma ronde, j’ai entendu vers 4 heures des éclats de voix qui sortaient de votre chambre. La femme vertueuse se plaît à contempler l’aurore…

14. CC, PR. Nicole, debout de trois quarts face caméra devant Monsieur Raymond de dos au premier plan et Monsieur Drain, hors cadre à droite. 

Monsieur Drain

(Off)

N’est-il pas vrai ?

Nicole

(Retirant la cigarette de sa bouche)

Vous êtes resté trop longtemps chez les Jésuites, Monsieur Drain.

15 = fin 13. PR.

Monsieur Drain

Tout le monde ne peut pas se faire renvoyer de l’enseignement…

Il sort face caméra au premier plan à gauche, bousculant sa collègue au passage, tout en roulant sa cigarette, l’air satisfait.

Nicole

(Le regardant s’éloigner, à Monsieur Raymond)

Le chameau !

Celui-ci se rapproche d’elle lui faisant signe d’un raclement de gorge de surveiller son langage.

16. CC, PA. Les élèves d’une autre classe en sortent rapidement face caméra, croisant au passage Monsieur Drain qui entre dans le cadre au premier plan de dos à droite. Par la porte ouverte de la salle de classe à l’arrière-plan, on distingue une jeune femme parlant à un élève.

17. PR, même axe. Il s’agit de Madame Delassalle, la directrice, d’origine sud-américaine (Venezuela), qui officie également en tant que professeur. Elle se tient debout face caméra devant un jeune élève, José, debout dos caméra au premier plan à gauche.

José

(Lui tendant un présent)

Tenez, Señora…

Christina Delassalle

Merci, mon chéri.

(Elle ouvre la boîte et en sort émerveillée un éventail noir)

Oh !… Oh que c’est joli !

18 = fin 15.

Monsieur Raymond

(À Nicole qui allume sa cigarette, jetant un coup d’œil vers Madame Delassalle hors cadre en contrechamp)

Nous avons tous envie de vacances. Notre organisme a besoin d’éliminer ses toxines. Moi, Mademoiselle, demain je serai tout nu ! Et vous, comment allez-vous occuper ces trois jours de pont ?

Nicole

Je vais chez moi à Niort, Deux-Sèvres.

Monsieur Raymond

Ah !

Nicole

Vous connaissez ?

Monsieur Raymond

Sous-préfectures : Melle, Bressuire et Parthenay.

19. CC, PA. La directrice sort de sa salle de classe face caméra tout en s’éventant, et vient rejoindre Monsieur Drain posté près de la porte de trois quarts face, la cigarette aux lèvres, occupé à préparer son parapluie pour sortir.

Monsieur Drain

Vous vous rafraîchissez, Madame la Directrice ?

Trav. AR. Tous deux avancent dans le couloir.

Christina

Je me réchauffe le cœur, Monsieur Drain. Ça sent encore l’odeur du pays, mi tierra.

Monsieur Drain

Ah ! c’est un gracieux instrument ! Mais avec ces précipitations, je préfère mon vieux parapluie.

Ils s’arrêtent. Fin Trav.

Christina

Si vous étiez chez moi, au lieu de votre vilain parapluie noir, vous auriez un sombrero de paille.

Reprise Trav. AR. Ils se remettent à marcher. José sort de la classe à l’arrière-plan et s’approche derrière eux.

Christina

Et vous passeriez la récréation dans un hamac.

José

(Passant entre les deux professeurs)

Perdona, Señora.

Il sort du cadre au premier plan à droite. Fin Trav.

Monsieur Drain

C’est un appareil bien frivole pour un éducateur.

(S’adressant à José, hors cadre en contrechamp à droite)

Est-ce que vraiment votre professeur…

20. CC, PA. José debout de trois quarts face caméra enfile sa capeline sur ses épaules tout en regardant Monsieur Drain, hors cadre à gauche.

Monsieur Drain

(Off)

... se parait ainsi, José ?

José

Ah ! oui Monsieur.

Monsieur Drain entre dans le cadre de profil à gauche et s’immobilise devant le jeune élève.

José

Elle venait à cheval.

Monsieur Drain

(Se tournant vers Christina, restée hors cadre à gauche)

Je crois que je ne m’y ferai jamais.

Il s’éloigne de dos vers la porte ouverte sur le parc où les enfants jouent déjà, à l’arrière-plan. Christina entre à son tour dans le cadre par la gauche, rejoignant son élève.

José

(À Christina)

J’ai dit « à cheval » pour que ça lui fasse plaisir.

21. CC, PA. Nicole, debout face caméra en retrait près d’une fenêtre, abaisse le journal qu’elle était en train de lire. 

José

(Off)

C’était seulement une mule.

22 = fin 20.

Christina

Va jouer, Joselito.

Le jeune garçon se précipite vers la sortie où se tient encore Monsieur Drain, debout de dos à l’arrière-plan, hésitant à sortir. Christina se tourne alors face caméra et découvre sa collègue avec stupeur, hors cadre en contrechamp. 

23. CC, PR. Nicole debout face caméra retire ses lunettes noires. 

Christina

(Off)

Qu’est-ce qui t’arrive ?

On découvre, en même temps que Christina, l’œil tuméfié de la jeune femme.

Nicole

Regarde !

Christina

(Elle entre dans le champ de dos au premier plan à gauche, rejoignant sa collègue)

Miguel ?…

Nicole

Bien sûr, Michel ! Qui veux-tu que ça soit ?

Nicole s’avance et sort du cadre à droite. Christina se retourne et la suit du regard en prenant sa place.

Christina

Vous vous êtes encore disputés ?

Nicole

(Off)

Il est rentré à 3 heures du matin.

24. PR. Nicole, debout de trois quarts dos au premier plan à gauche, regarde l’état de son œil dans le miroir où elle se reflète face caméra.

Nicole

J’sais vraiment pas comment t’as pu le supporter si longtemps.

25. PR. Christina debout face caméra regarde Nicole hors cadre en contrechamp.

Christina

Il n’a pas toujours été comme ça. Au début, tu peux pas imaginer…

26. CC, PR. Nicole de profil devant le miroir se tourne rapidement face caméra vers Christina, hors cadre en contrechamp à gauche, off.

Christina

... comment il m’a rendu heureuse.

Nicole

Il t’en donnait pour ton argent.

Christina entre dans le cadre de dos au premier plan à gauche.

Christina

(S’approchant de sa collègue)

Pourquoi essaies-tu d’être méchante ? Tu trouves que la vie n’est pas assez difficile pour nous deux ?

27. PR. Monsieur Drain (à l’intérieur) et Monsieur Raymond (à l’extérieur), debout chacun d’un côté d’une fenêtre ouverte sur le parc où jouent les enfants.

Monsieur Drain

(Tout en jetant des coups d’œil vers les deux jeunes femmes, hors cadre à gauche)

Je suis peut-être un affreux réactionnaire, mais je trouve cette intimité stupéfiante. La femme légitime séchant les larmes de la favorite ! Allons, non, non et non !

Agacé, il va pour allumer sa cigarette.

28. PA. Nicole et Christina s’avancent dans le couloir côte à côte face caméra. Nicole a remis ses lunettes noires.

Christina

(Jetant son châle sur ses épaules)

Faut que j’y aille. C’est moi qui suis de récréation aujourd’hui.

Nicole

(L’aidant à mettre son châle)

Ménage-toi un peu. Quand on a un cœur comme le tien, on laisse travailler les autres.

Elles se taisent, le temps à un élève de traverser le champ et de disparaître derrière elles.

L’élève

(Frôlant Christina)

Pardon Mademoiselle.

Nicole

Viens, j’ai quelque chose à te montrer.

Nicole entraîne Christina vers l’escalier à gauche. Elles montent les marches. Rec. G et Trav. AR.

Christina

Quoi ?

Nicole

(Tout en vérifiant derrière elle que personne ne les remarque)

Quelque chose.

Fondu enchaîné.

29. PA à PR. Un jeune élève, Moinet, s’avance gaiement dans le couloir déserté à l’étage, passe devant la porte vitrée de la salle de Travaux Pratiques et continue son chemin – Pano G-D – avant de revenir sur ses pas, intrigué – Pano et Trav. L D-G – Il s’arrête dos caméra devant la porte vitrée derrière laquelle on distingue alors Nicole présentant un flacon à la directrice.

Salle de Travaux Pratiques – intérieur jour

30. CC, PS. Le jeune Moinet observe debout face caméra derrière la porte, le visage collé à la vitre.

31. CC, PR. Nicole debout de profil à droite fait sentir le contenu du flacon à Christina debout de dos à gauche. Celle-ci marque un geste de dégoût.

32. PR. Moinet debout derrière la porte, s’enfuit à toutes jambes et disparaît à gauche tandis que Michel Delassalle, le directeur, apparaît derrière la porte par la droite. Il découvre à son tour les deux jeunes femmes hors cadre à travers la vitre et entre aussitôt.

33 = 31. Entendant la porte s’ouvrir off, Christina se retourne surprise face caméra vers son mari qui entre hors cadre en contrechamp. Nicole cache rapidement le flacon dans une de ses poches.

34. PR (même axe que 32). Michel referme la porte derrière lui tout en dévisageant les deux jeunes femmes, hors cadre en contrechamp.

Michel

Qu’est-ce que vous fichez-là toutes les deux ?

35 = 33. Nicole referme la porte de l’armoire vitrée et se place derrière Christina. Rec. G.

Christina

Rien.

36 = 34. Michel s’avance, son fume-cigarette à la main, et vient rejoindre les deux jeunes femmes. Pano D-G, PA.

Michel

Rien ? Comme des novices. Rien !

Il s’arrête de profil à droite et s’adresse à Nicole debout face à lui, de profil à gauche. Christina se tient debout face caméra, muette, entre les deux amants.

Michel

Allez, viens m’embrasser, va.

Nicole

(Détournant le visage face caméra)

Tu m’as pas regardée, non ?

Michel

(Amusé)

Tu m’en veux encore ? Oh, oh, oh !

(Se tournant vers sa femme)

Et toi Cricri ?

(Portant ses doigts au menton de Christina)

Tu l’embrasses, ton petit mari ?

(Dégoutée, celle-ci recule et s’éloigne de dos. Furieux, Michel la rejoint. Trav. AV)

Ohhh, mais dis donc !

PR. Il la retourne sèchement et l’embrasse aussitôt sur la bouche. 

37. CC, PR. Christina, acculée dos caméra contre une table au premier plan, le repousse vivement. Michel s’écarte d’elle, face caméra, sort son mouchoir et s’essuie délicatement la bouche.

Michel

Mais… mais tu n’étais pas de récréation aujourd’hui ?

Nicole

(Elle entre dans le champ à droite, face caméra, tenant ses lunettes noires dans les mains)

C’est moi qui lui ai dit de rester. T’as vu la mine qu’elle a ?

Elle remet ses lunettes.

Michel

(À Nicole)

Ben justement, elle a besoin d’air.

Nicole

(Baissant les yeux vers les chaussures de Christina)

Et ses souliers…

(Michel les regarde à son tour)

T’as vu les semelles ?…

Michel

Mais je lui dis toujours d’acheter des grosses godasses, des bons « écrase machin » !

Il regarde sa femme. 

38. CC, PR. Michel et Nicole, côte à côte dos caméra au premier plan, face à Christina assise face caméra contre la table, les yeux baissés.

Michel

Quand on est malade, il ne faut pas être coquette.

Christina

(Levant les yeux vers son mari, d’une voix faible)

J’suis pas malade.

39 = 37.

Nicole

(À Michel)

Elle est très fragile, tu le sais.

Michel

(Amusé)

Fragile ? Oh, oh, oh !… Elle l’a été, dans le temps. Quand elle arrivait de Caracas.

(Il se tourne vers sa femme, le regard méprisant d’ironie)

Maintenant c’est une jolie petite ruine. Elle ne risque plus rien, c’est indestructible les ruines.

40 = 38. Christina baisse à nouveau les yeux.

Michel

Elle nous enterrera tous. Pas vrai ma petite ruine ?

Elle regarde son mari sans rien dire. 

41 = 39. Michel saisit violemment les deux jeunes femmes par le bras et les poussent vers la porte hors cadre à gauche.

Michel

Allez, ça suffit ! Allez jouer toutes les deux !

Rec. G, PA. Nicole s’éloigne de dos près de Christina tout en jetant des coups d’œil vers Michel resté hors cadre à droite.

42. CC, PR. Michel debout face caméra les regarde froidement s’en aller sans rien dire. Il porte son fume-cigarette aux lèvres.

Institution – extérieur jour

43. PA. Le jeune Moinet, debout derrière la fenêtre ouverte sur le parc, s’entretient avec deux de ses camarades. Le premier en culotte courte est assis de profil sur le rebord de la fenêtre à droite, le second vêtu d’une longue blouse grise, se tient debout de trois quarts dos à gauche.

Moinet

Oui mon vieux ! Une petite bouteille brune. Elle l’a sentie comme ça. Et c’était pas du parfum. Moi j’te dis qu’elles picolent toutes les deux. C’est pour ça qu’elles sont toujours ensemble.

Par l’ouverture, on distingue les deux jeunes femmes descendant l’escalier côte à côte à l’arrière-plan.

L’élève assis

Qu’est-ce que tu crois qu’y a dans la bouteille ?

Moinet

Du Whisky, eh ballot !

Moinet entendant les pas dans l’escalier se retourne et, découvrant les deux professeurs, enjambe hâtivement la fenêtre tandis que son camarade s’enfuit déjà à toutes jambes. Tous deux sortent du cadre à gauche. Le troisième élève à la blouse, Batard, s’éloigne tranquillement de la fenêtre par la droite – Trav. L suivi G-D – Tandis que Batard s’arrête de dos face au mur à l’angle du bâtiment, les deux jeunes femmes sortent dans le parc – Fin Trav. – et s’approchent face caméra. Batard, insouciant, commence à écrire sur le mur.

Christina

(À Nicole)

Non, je t’en prie. Je ne veux plus entendre parler de ça.

En passant devant lui, Nicole fait signe à un enfant adossé contre le mur d’aller jouer plus loin. Les deux jeunes femmes arrivant à l’angle du bâtiment découvrent alors le jeune Batard en train d’écrire sur le mur.

Christina

Batard ! Si vous avez envie de passer vos vacances ici, vous aurez tout le temps de faire du dessin.

Les deux professeurs s’éloignent et sortent du cadre à gauche – Rec. D, Trav. AR – L’enfant honteux s’avance de trois quarts face caméra. On redécouvre dans le mouvement la fenêtre ouverte derrière laquelle se tient Michel observant le jeune Batard.

Michel

Un pour Un
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