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Tous les matins du monde

De
52 pages

Sur la fin de sa vie, Marin Marais, prestigieux violiste, se remémore son apprentissage avec Monsieur de Sainte Colombe, grand maître de la viole de gambe et professeur austère et intransigeant...

Ajouté le : 15 octobre 2013
Lecture(s) : 41
EAN13 : 9791022000444
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TOUS LES MATINS DU MONDE
Scénario : Pascal Quignard et Alain Corneau Réalisation : Alain Corneau
Découpage plan par plan : William Beaudenon, Marc Dujarric et Pierre Kandel
© Presses Électroniques de France - L'Avant-Scène Cinéma, 2013
D'après le roman éponyme de Pascal Quignard (Éditions Gallimard, 1991)
La numérotation des scènes correspond à celle du scénario original. Indications de production sur fond noir.
[0'00”19]. Des notes de musique s'élèvent alors que la voix d'un musicien martèle par onomatopées les temps de la mélodie. Professeur 1 (Off à droite dans le fond noir) Ouvrez ! Ouvrez le son comme une bouche !
Scène 1. Salon à Versailles, int. jour
1 [0'00”37]. Ouverture au noir. Marin Marais (Gérard Depardieu) apparaît en plan fixe rapproché, longue focale. Visiblement il s'est endormi, affalé sur sa chaise, menton sur la poitrine. Hors champ, la leçon continue, les professeurs faisant leurs remarques avec force et empressement. Professeur 1 Vos doigts sont des bâtons ! Suite du générique à droite en lettres rouges. Professeur 2 (Hors champ gauche, exaspéré) Je ne puis pas vous suivre, vous n'écoutez pas ! (La musique s'arrête) Vous vous précipitez ! Professeur 1 (Hors champ droite, faisant quelques pas) Reprenez en marquant les premiers temps. Vous reprenez au début. (La musique reprend comme au début du générique. Marin Marais sort alors de sa somnolence, lève le regard et redresse la tête. Professeur, hors champ, aux élèves) Arrêtez ! Arrêtez-vous. (La musique cesse de nouveau) Le maître a fait un signe ! Professeur 2 Le maître veut parler. Professeur 1 (Se rapprochant, hors champ droite, cérémonieusement) Dites, maître. Marais (Après un temps de réflexion, d'une voix lente) Toute note… doit finir… en mourant. Le titre du film apparaît en majuscules. Marais rebaisse les yeux, se laisse de nouveau aller à sa torpeur, le souffle lourd. Professeur 1 (Hors champ, aux élèves) Vous avez entendu ? Laissez mourir. (Le professeur hors champ gauche reprend ses mesures à haute voix, arrachant un mouvement de dépit à Marais. Suite du générique. Hors champ à droite, l'autre professeur poursuit, sentencieux) Mourir ! Vos tirets sont trop forts ! Ayez à l'espr it que les tirets sont des personnes qu'on aime infiniment et qui s'éloignent dans l'ombre, et tout à coup, sans que l'on s'explique pourquoi, on les a perdus de vue et on a les larmes aux paupières. Professeur 2 (Hors champ gauche) Vous jouez d'une façon trop égale ! La musique est une chasse !
Marais relève des yeux fatigués. Professeur 1
(Hors champ droite) Il faut accélérer soudain quand on perçoit le cerf qu'on va tuer ! Professeur 2 (Hors champ gauche) Il faut articuler fermement quand on le dévore !
Il martèle de plus belle. Professeur 1 (Hors champ droite) Il faut retenir un instant avant le plaisir !
Marais balaye d'un regard résigné les différents musiciens au rythme de sa respiration pesante. Professeur 2 (Hors champ gauche) Le but de la musique est d'emporter l'âme… Marais secoue la tête en signe de désapprobation. Professeur 1 (Hors champ droite) … de faire perdre le sens… Professeur 2 (Hors champ gauche) … de faire s'émouvoir… Professeur 1 (Hors champ droite) Le but est la douceur. Marais … non… (Hurlant soudain) NON ! (La musique et la voix s'arrêtent. Marais cherche dans ses souvenirs, le regard lointain, parle doucement) L'ombre… Donnez-moi… donnez-moi, donnez-moi… Dans l'ombre… Professeur 1 (Hors champ droite) Que voulez-vous ? Maître ?… Marais Une viole… (Hurlant de nouveau) Donnez-moi une viole ! ! ! Professeur 2 (Hors champ gauche) Le maître va jouer ! Il faut une viole pour Monsieur Marais. Professeur 1 (Hors champ droite, à un élève) Donnez-la vôtre, poussez-vous ! Fin du générique. Des pas se rapprochent rapidement. On offre une viole. Marais la saisit, se cale sur son fauteuil, commence à jouer. Mais s'interrompt. Recommence. S'emballe avant de
s'arrêter, comme exténué. Puis recommence encore, s'arrête, le souffle lourd. Une main vient récupérer l'instrument. Silence. Professeur 2 (Hors champ gauche, aux élèves) Allez vous-en. Partez tous. Professeur 1 (Hors champ droite, idem) Partez. Partez. Marais Non, Brunet, qu'ils restent !… Je demande que tous restent. Marin Marais fait sa leçon. Qu'ils s'assoient. (Hors champ, tout le monde regagne sa place) Il faut fermer les volets ! (On s'exécute, la lumière baisse d'intensité pour n'être plus qu'une lueur éclairant son visage tandis qu'il reprend la parole) Austérité... Il n'était qu'austérité et colère… Il était muet comme un poisson... (Droit sur son siège, il s'affale peu à peu. Comme pour lui-même) Je suis un imposteur… (Hors champ, l'assistance s'émeut, proteste doucement) Et je ne vaux rien… (Mêmes dénégations respectueuses) J'ai ambitionné le néant, j'ai récolté le néant… Du sucre… des louis… et la honte… Lui, il était la musique. Il a tout regardé du monde avec la grande flamme du flambeau, qu'on allume en mourant. Je ne suis pas venu à bout de son désir. (Début d'une musique à la viole, scène suivante) J'avais un maître… Les ombres l'ont pris.
Scène2. Chambre, int. jour
2 [0'06”08]. Plan général en légère plongée. Sainte-Colombe (Jean-Pierre Marielle) est assis au centre gauche de profil, jouant de sa viole, au chevet d'un homme, à l'arrière-plan droite, allongé mains jointes sur son lit à baldaquin, faiblement éclairé d'une bougie, seule source de lumière dans la pièce. À l'arrière-plan gauche, un homme est assis et écoute silencieusement, une femme de chambre est debout au centre de face, tous deux derrière Sainte-Colombe. Au premier plan à droite, cadrés à la taille, deux hommes debout, immobiles et de dos. Marais (Suite, narration) Il s'appelait Monsieur de Sainte-Colombe.
3 [0'06”25]. Plan rapproché poitrine, 30° sur le mourant de profil droit, la chandelle à gauche premier plan. Les yeux et la bouche entrouverts, la respiration difficile, il écoute.
4 [0'06”32]. Même axe. Sur Sainte-Colombe de profil droit, les yeux dans le vague, qui continue de jouer, le mourant visible dans le flou du second plan à droite. Marais (Narration) Au printemps de 1660, un après-midi, Monsieur de Sainte-Colombe était au chevet d'un ami de feu Monsieur Vauquelin, qui avait souhaité mourir, avec un peu de vin de Puisey, et de musique…
Scène3. Maison Sainte-Colombe, ext. soir
5 [0'06”47]. Plan général de la façade de la maison plongée dans la nuit, un puits au premier plan droite. À l'étage, la servante de la maison, Guignotte (Myriam Boyer) gagne les escaliers puis le rez-de-chaussée, une chandelle à la main. Suite musique en son over. Sainte-Colombe entre au premier plan à gauche de dos, et gagne la porte d'entrée et la servante qui l'attend. Marais (Suitenarration) Ce même après-midi de printemps, Madame de Sainte-Colombe mourut.
Sainte-Colombe ralentit le pas et s'arrête. La servante (La voix faiblE) Monsieur… Madame…
Scène4. Chambre, int. soir
6 [0'07”08]. Plan rapproché taille, face, une chandelle en amorce à droite premier plan. Sainte-Colombe entre, le visage fermé, s'arrête un instant, le regard vers le lit de son épouse, hors champ à droite. Il marque un temps, puis gagne le premier plan, le pas lourd, avant de s'arrêter de profil droit en plan rapproché épaule. À l'arrière-plan flou, à distance, Guignotte, la servante, sa chandelle à la main.
7 [0'07”23]. Plan d'ensemble, plongée, 30°. Mme de Sainte-Colombe (Caroline Sihol) gît, dans une robe rouge, sur son lit, mains croisées jointes par un chapelet. À droite, immobile entre les deux hautes chandelles, Sainte-Colombe, silencieux. Fin musique.
8 [0'07”29]. Plan rapproché épaule, légère contre-plongée, 30° sur Sainte-Colombe, le regard vers son épouse en contrechamp gauche. 9 [0'07”32]. Plan américain, plongée, 30° sur Mme de Sainte-Colombe.
Scène5. Maison, ext. nuit
10 [0'07”39]. Plan moyen, légère contre-plongée, 60° vers la porte d'entrée, fermée, de la maison. Marais (Reprise narration) Il ne se consola pas de la mort de son épouse… Il l'aimait.
11 [0'07”44]. Plan général, 45°. La maison des Sainte-Colombe, plongée dans la nuit. Marais (Narration) C'est à cette occasion qu'il composa « Le Tombeau des regrets ».
Le morceau se fait alors entendre
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