Week-ends

De
Un rien suffit parfois à gâcher un week-end à la campagne. Un simple malentendu sur un parking de supermarché, un mauvais réflexe, et voilà que tout se détraque. Rien ne va plus pour Christine. Jean la quitte. Ses amis de toujours, Sylvette et Ulrich, sont un peu moins ses amis. Tout fout le camp. Mais la vie est toujours pleine de surprises. Amours et désamours dans la vie de deux couples, le temps des week-ends.
Publié le : mercredi 26 février 2014
Lecture(s) : 17
EAN13 : 9791022001519
Nombre de pages : 69
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couverture
WEEK-ENDS

Un film de Anne Villacèque

Écrit par Anne Villacèque et Sophie Fillières

Avec la collaboration de Gilles Taurand

Produit par Nicolas Blanc - Ex Nihilo

© Presses Électroniques de France, 2014

WEEK-END 0. Fin d’été

1. SALON D’UNE MAISON DE CAMPAGNE. INT. JOUR

Un homme d’une cinquantaine d’années plutôt séduisant mais fatigué, avachi sur le canapé, les yeux fixes, devant sa télé.

Ambiance sonore de match de tennis : le bruit d’une balle qui rebondit sur le sol, les râles des joueurs en plein effort.

Décor de maison de campagne un poil austère, peintures défraîchies.

Un autre homme entre dans la pièce. Il est grand, blond, à peu près du même âge que le premier, allure très cool, et parle avec un léger accent allemand.

ULRICH

Jean ? Mais qu’est-ce que tu fous là ? Il fait un temps génial. On va aux champignons avec les filles. Tu viens avec nous ?

Jean reste scotché au canapé. Ulrich se rapproche de la télé, finalement assez intéressé.

ULRICH

C’est combien combien ?

JEAN

2 sets partout.

Ils restent tous deux concentrés un temps sur le match, le bruit de la balle de tennis. On entend le commentateur annoncer une balle de tie-break, puis un ace et le tie-break. Applaudissements.

Ulrich sort dans le jardin.

ULRICH

(Off)

Eh devinez quoi les filles ? Il regardait le tennis à la télé !

Jean fait mine de se redresser un peu mais n’en reste pas moins dans le canapé.

2. PIÈCE PRINCIPALE D’UNE AUTRE MAISON DE CAMPAGNE. INT. JOUR.

Deux femmes en tenues décontractées, visages hâlés et sans apprêt, s’appliquent à remplir des pots en verre avec une confiture épaisse et brune, peut-être des prunes, ou des mûres.

Décor plus chaleureux que le précédent, encombré, un peu de laisser-aller.

CHRISTINE

Tu as l’air crevé.

SYLVETTE

Ah, tu as remarqué. Mon docteur dit que je fais de l’anémie.

CHRISTINE

Le mien aussi. Il faut manger des lentilles et de la viande rouge.

SYLVETTE

Et du boudin. Vous allez réparer le toit finalement ?

CHRISTINE

Jean dit que ça peut attendre, on est vraiment raide en ce moment. Vous aviez un type bien non dans le coin ?

SYLVETTE

Ah bon ? Ah, Aziz ? À la rigueur pour les peintures, mais pour le toit...

3. REMISE. EXT. JOUR.

Ulrich range des outils dans la remise. Bric-à-brac d’objets rongés par la rouille, de planches moisies, de vieux accessoires de plage et de jardinage. Jean le rejoint, l’air toujours aussi indécis.

JEAN

Alors ces champignons ?

ULRICH

(Constatant)

Quel bordel... Les filles n’ont plus envie de bouger.

Il vient de mettre la main sur un jeu de clefs à molettes qu’il déplace d’une étagère à l’autre.

ULRICH

Il va falloir que je m’y mette. Et ton match ?

JEAN

Federer mène. Cinquième set.

ULRICH

Ouais, c’est plié, quoi. Il l’a eu au mental.

4. PIÈCE PRINCIPALE DE LA DEUXIÈME MAISON DE CAMPAGNE. INT. JOUR.

Sylvette et Christine referment les pots de confiture et les retournent un à un sur la table.

SYLVETTE

On mettait trois fois trop de sucre avant, tu te souviens ? On sent vraiment mieux le goût du fruit maintenant.

CHRISTINE

Jean se fait toujours du souci pour l’argent, c’est dingue, il faut toujours qu’on se gâche la vie avec ça. Alors que, franchement, on n’est pas à plaindre.

SYLVETTE

C’est une question d’éducation, non ?

CHRISTINE

Mouais. De tempérament, plutôt. Là, si on fait rien, il va bientôt pleuvoir dans les chambres. Elle est bien, ta bague.

Sylvette retire sa bague et la passe à Christine qui l’essaye.

CHRISTINE

Très jolie.

SYLVETTE

C’est Ulrich. Il s’est mis en tête que je devais avoir une bague. Nous qui avons toujours refusé les alliances.

CHRISTINE

C’est gentil.

Sylvette remet la bague à son doigt, lève la main pour mieux en voir l’effet.

SYLVETTE

Faut juste que je m’habitue.

TITRE : WEEK-ENDS

Première année.

WEEK-END 1. Printemps

5. JARDIN DE LA MAISON DE CAMPAGNE D’ULRICH ET SYLVETTE. EXT. JOUR.

C’est le printemps.

Profitant de l’éclaircie, ils sont installés tous les quatre dans le jardin, devant une table dressée pour le déjeuner. Habillés quand même de pulls en laine.

JEAN

(La tête levée vers le ciel)

Le temps change.

ULRICH

(Il se lève brusquement)

Oups ! J’ai oublié le vin !

Et il se dirige vers la maison.

Soudain, Christine pousse un petit cri.

SYLVETTE

Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?

CHRISTINE

Je t’ai pas dit... Ce matin, au Super U. Il m’est arrivé une de ces histoires.

6. PARKING DE SUPERMARCHÉ. EXT. JOUR.

On voit Christine au volant de sa voiture, circulant difficilement dans les allées d’un parking de supermarché bondé. Elle marmonne, pestant contre les clients et les caddies qui l’empêchent d’avancer. Elle croit avoir repéré une place, mais non finalement, c’est une place réservée aux handicapés, et puis soudain elle avise une voiture sur le départ. Soulagée, elle appuie sur la pédale d’accélération et fait une manœuvre rapide pour se garer.

Au moment où elle achève sa manœuvre, une autre voiture pile à quelques centimètres du capot avant. Une salve de coups de klaxons très énergiques.

CHRISTINE

(Avec un grand geste de la main)

Oh, hé, ça va, hein...

Puis, elle coupe le contact et rassemble ses affaires dispersées sur les sièges de la voiture, visiblement pressée.

Alors qu’elle s’apprête à sortir de la voiture, une femme l’aborde. Une jeune femme plutôt maigre, avec un regard douloureux.

LA FEMME DU PARKING

Hé dis donc vous. Vous vous croyez tout permis ou quoi ?

Christine la regarde avec des yeux ronds, sans réagir.

LA FEMME DU PARKING

Vous m’avez piqué ma place !

CHRISTINE

Mais c’est la place de personne ici. Je vous avais même pas vue.

LA FEMME DU PARKING

Vous m’avez très bien vue. Et même vous m’avez fait ça !

Joignant le geste à la parole, la femme esquisse un grand mouvement vers le haut avec son bras.

CHRISTINE

Mais pas du tout, j’ai pas fait ça, j’ai fait ça.

Et Christine esquisse un petit geste désinvolte.

LA FEMME DU PARKING

(Indignée)

Donc vous m’aviez vue. Vous me prenez pour une idiote ou quoi ?

7. JARDIN DE LA MAISON DE CAMPAGNE D’ULRICH ET SYLVETTE. EXT. JOUR.

SYLVETTE

Donc tu l’avais vue.

CHRISTINE

Mais pas du tout !

8. PARKING DE SUPERMARCHÉ. EXT. JOUR.

Christine et la jeune femme se font face. Christine appuyée contre la portière de sa voiture.

LA FEMME DU PARKING

(Elle fait un effort visible pour se calmer)

Bon. Alors d’accord. Je vous le demande calmement. Partez s’il vous plaît. Laissez-moi la place.

Christine vacille un court moment devant la volonté implacable de la femme, devant son regard douloureux.

CHRISTINE

Non.

LA FEMME DU PARKING

Comment ça, non ?

Christine cherche une explication, une faille, son regard s’évade vers le supermarché, les courses à faire, l’heure qui tourne.

CHRISTINE

C’est trop tard.

Et, comme prise de panique de ne pouvoir en dire davantage, elle se met brusquement à crier.

CHRISTINE

Et alors quoi ? Qu’est-ce que vous allez faire, maintenant ? Vous allez me frapper, c’est ça ? Allez-y, frappez-moi !

À nouveau, il y a un moment de flottement.

Puis, d’un air décidé, la femme tourne les talons et se dirige vers sa voiture toujours stationnée en travers de l’allée, moteur allumé. Elle coupe le contact et fait sortir de la banquette arrière deux petits enfants aux mines effarouchées. Ils partent tous trois chercher un caddie, laissant la voiture au milieu du passage.

La femme est raide, tendue, furieuse. Les enfants dévisagent Christine d’un air apeuré.

9. JARDIN. EXT. JOUR.

On les retrouve tous les quatre à table, Christine toujours focalisée sur son histoire.

CHRISTINE

Et à la caisse elle est venue se mettre juste derrière moi et elle a continué. Et comment j’avais pu faire une chose pareille, que je l’avais traitée comme la dernière des dernières et patati et patata. Elle ne pouvait plus s’arrêter.

SYLVETTE

Mais devant les gens, comme ça ?

Jean croit sentir des gouttes, lève les yeux vers le ciel, et tend la main pour vérifier qu’elles tombent, mais non, rien.

JEAN

Ouf, non. Ça va.

10. CAISSE DE SUPERMARCHÉ. INT. JOUR.

On voit la femme à la caisse du supermarché juste derrière Christine qui sort ses courses d’un caddie pour les disposer devant la caissière. La femme du parking se rapproche tout près d’elle et, les yeux dans les yeux, lui parle avec conviction et intensité, presque avec douleur.

LA FEMME DU PARKING

Vous savez quoi ? C’est les gens comme vous qui sont responsables du merdier actuel.

CHRISTINE

(Explosant)

Mais vous êtes cinglée ou quoi ? ! Pourquoi vous me poursuivez comme ça depuis tout à l’heure ? Qu’est-ce-que je vous ai fait, hein ?

Elle réalise alors que la caissière la regarde. Que tous les clients des caisses voisines la regardent. Elle réalise qu’elle est en train de crier dans le supermarché et que c’est elle qui provoque le scandale, et pas cette femme.

11. JARDIN. EXT. JOUR.

Sylvette allume une cigarette.

SYLVETTE

Oui, enfin... Tu l’avais vue ou tu l’avais pas vue ?

Elle aspire longuement la fumée pendant qu’Ulrich lui sert du vin.

CHRISTINE

(Tourmentée)

J’ai peut-être vu sa voiture, oui, sa voiture je dis pas. Mais elle, non. En plus comment j’aurais pu, elle avait même pas mis son clignotant.

Un ado, grand, ébouriffé, 13 ou 14 ans, entre dans le jardin par le portillon qui donne un accès direct à la route. C’est Tristan, le fils de Christine et Jean, le visage encore brouillé par le sommeil. Il est pieds nus dans ses tongues. Il se dandine en marchant, ça pique un peu.

Il vient embrasser Sylvette et Ulrich puis s’allonge dans l’herbe, comme épuisé.

CHRISTINE

Il y avait dix caisses au moins... Non elle s’est mise juste derrière moi.

Sylvette aspire encore une longue bouffée de sa cigarette.

SYLVETTE

Et elle avait quelle tête ?

CHRISTINE

Je ne sais pas moi, une femme de trente-trente-cinq ans. Normale. Pourquoi tu dis ça ?

SYLVETTE

Je ne sais pas. C’était peut-être quelqu’un en difficulté.

CHRISTINE

(Très contrariée)

En difficulté ?

Son regard croise celui de Jean.

12. PARKING DE SUPERMARCHÉ. EXT. JOUR.

On voit la femme contourner le supermarché avec ses deux enfants et aller vers les poubelles.

Les enfants ouvrent les poubelles et fouillent pendant que la femme regarde autour d’elle d’un air angoissé.

13. JARDIN. EXT. JOUR.

Christine, perdue dans ses pensées, se ressaisit. Ulrich se lève.

ULRICH

(Avec enthousiasme)

Je lance les maquereaux ?

Les trois autres acquiescent énergiquement, même Christine. Jean finit son verre puis rejoint Ulrich au barbecue.

CHRISTINE

(Sur la défensive)

Elle n’avait pas l’air spécialement en difficulté.

SYLVETTE

(Péremptoire)

Ça tu n’en sais rien.

CHRISTINE

(À Tristan, brusquement)

Tu déjeunes avec nous mon chéri ? Je te mets une assiette ?

Tristan fait signe que non.

CHRISTINE

De toutes façons, quand tu attends une place, tu mets ton clignotant !

SYLVETTE

(Qui admet)

Oui...

CHRISTINE

Non mais franchement, tu mets ton clignotant ou tu mets pas ton clignotant ? Tu mets ton clignotant.

Ulrich et Jean reviennent avec les premiers maquereaux sur la table. Tristan ouvre un œil, puis se redresse, finalement intéressé.

ULRICH

Vite les filles ! C’est bon chaud.

TRISTAN

C’est quoi les petits points dessus ?

ULRICH

(Fièrement)

De la moutarde à l’ancienne.

SYLVETTE ET JEAN

Mmmh...

Ulrich sert les maquereaux.

CHRISTINE

Un petit pour moi. Bien grillé, s’il te plaît. Non, celui-là plutôt. Non juste à côté.

TRISTAN

Y’a des arrêtes ?

CHRISTINE

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