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CINQ ESSAIS SUR L'ARCHITECTURE

De
240 pages
Les études ici rassemblées ont pour idée directrice d'exploiter l'activité mentale de l'architecte en train de concevoir. A ce titre, elles poursuivent l'analyse du rôle des représentations et des schèmes dans le travail de conception des formes. Un ensemble de réflexions placées sous le signe d'une hybridation des connaissances entre architecture et anthropologie.
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Dominique RAYNAUD

Cinq essais sur l'architecture
,

Etudes sur la conception de projets de l'Atelier Zô, Scarpa, Le Corbusier, Pei

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALlE

Sauf mention contraire, les dessins sont de l'auteur.

cg L'Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-2624-0

Sommaire

Avant-propos Introduction 1. Qy.e autl'idée v derandonnée? 2. Uneidée directrice: laconception
Chapitre 1 / Qu'est-ce qu'une hybridation? 1. Qy.elques rérequis p 1) Architecturologieet anthropologie 2) Des conditionsd'hybridation 2. Premiercroisement 1) Nommer le temps 2) Une questiondegéométrie 3. Deuxième croisement 1) À propos des couleurs 2) Deuxième questiondegéométrie 4. Troisièmecroisement
1) Graminées et grenouilles.

7 9 10 24
29 30 31 34 44 44 46 47 48 51 53

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 53

2) L'architecture lechinois et
Conc lusions. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

56
5 7

Chapitre

2 / Les représentations

architecturales

1.Desusages du motreprésentation
1) La contraintedirectionnelle 2) Un processusde transformation 2. Deux modèlesconcurrents 1) u modèlecommunicationnel 2) u modèleiriferentiel 3. u test des modèles 1) u Louvre de Ieoh Ming Pei 2) Ronchamp de u Corbusier
Conc lusions. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

61 61
63 63 64 65 68 78 78 82
97

1) L'architecture,situation de communication?

..

..

2) Conception réceptionel'architecture / d Chapitre 3 / La conception architecturale 1. u processus econception d 1) Unesituationderésolution eproblème d 2) Unesituationd'imagination 2. Unprocessus équentiel s
1) Langageet imagementale

97 100 103 104 104 107 108
108

2) Dessin et image mentale 3) Séquencesduprocessus 3. L'étude des tran~rlrlations 1) Scarpa: lepavillon de méditation 2) Le Corbusier: le mur de lumière 3) BibliothecaAlexandrina: lepilier-papyrus
Cone lusions. .. . ... .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. ... . ... . ... . ... .. .. .. .. .. .. . .. .. .. .. .. .. .. .. . ... . .. .. .. ..

Il 0 112 121 122 126 130
1 4 1

Chapitre

4 / Schèmes et modèles architecturaux

1.Deuxnotions utiles
1) La notion de modèle 2) La notion de trait sémantique 2. Éléments de méthode 1) Le comparatismedivergent 2) Les structures ftrlrlelles 3. Des traits statiques? 1) L'explication métrique 2) L'explication géométrique 3) L'explication topologique 4. Des traits rfynamiques? 1) L'hypothèse des schèmessymétriques 2) L'hypothèse des schèmesquelconques Conclusions 1) Les modèlesarchitecturaux 2) Modèle et traits sémantiquespertinents

143 144
144 146 148 149 151 154 154 155 157 157 158 163 168 170 173

Chapitre
1. Position

5 / Schème et figurativité architecturale
du problème.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

177
1 78

2. La languegraphique chinoise 1) La défigurationdes caractères 2) La configurationdes caractères 3. Des équivalentsarchitecturaux 1) Domo Celamnto 2) Clinique Kazura
Cone lusions. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

180 182 191 197 198 201
205

1) Au niveau micro- et macroscopique 2) Au niveau irifOrlrlationnel

206 209

Conclusion 1. }àits hybrides hybridables / 2. Versdenouveaux ybrides h 1) Unedistinction surleschème 2) Schème rationalité et
Bib Ii
0

211 212 217 218 220
2 2 3

gr

a phi

e

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

Index

235

Avant-propos

Les études réunies ici ont trait à une hybridation

des connaissances entre

l'architecture et l'anthropologie (entendue en un sens large) et ont pour idée directrice d'expliciter l'activité mentale de l'architecte en train de concevoir. À ce titre, elles poursuivent l'analyse du rôle des représentations et des schèmes dans le travail de conception des formes. Bien qu'étroitement déPendantes de cette orientation, ces

études ont été rédigées en des occasions diverses, dont l'ordre de présentation des textes ne cherche pas à rendre la chronologie. La matière du premier chapitre, intitulé Qu'est-ce est tirée d'un rapport de recherche étudiant qu'une hybridation? de croisement de

les conditions

connaissances issues de disciplines différentes. Il a été rédigé en demier lieu, donnant ainsi une forme rationnelle à un groupe d'essais qui cherchaient, plus ou moins explicitement, la voie d'une telleformalisation. Le chapitre 2, Les représentations architecturales, reprend de nombreux

éléments d'une étude de cas présentée lors d'une coriférence à l'École d'Architecture de Nancy (20 avril 1993) et quelques points d'argumentation de Sociologie (1999, d'un article paru

dans les Cahiers internationaux

106, pp. 119-143).

Il

montre comment se construit le partage entre les représentations sociales de l'édifice qui déPendent de la réception et celles qui relèvent de la conception. Le chapitre 3, intitulé La conception architecturale, s'inspire librement

d'une communication faite au « Séminaire sur les processus de conception» organisé en 1992 par le Bureau de la recherche architecturale. Après avoir indiqué quelques résultats généraux, ce texte analyse les oPérations par lesquelles les représentations graphiques de l'édifice sont transformées au cours du projet architectural.

8

Avant-propos

Le chapitre coriférences Chile

4, Schèmes

et

modèles données

architecturaux, respectivement Federal Pessoa),

est issu de trois à la Universidad (Recife) de et à Ce

« variations

sur un thème»

(Santiago

de Chile), Federal les raisons

à la Universidade de Paraiba pour Ooào

de Pernambuco en août et septembre du modèle

la Universidade texte examine n'est jamais

1992.

lesquelles

la transformation

morphologique

nulle,

ni totale,

au sein du processus

de conception.

Le dernier chapitre,
mémoire de recherche

Schème et figurativité

architecturale,

est issu d'un
et

remis en 1995

au LAREA (Laboratoire
sur le problème relative

d'architecturologie de la figurativité.

de recherches Ce problème souhaitais pense, d'une

éPistémologiques est largement traité

sur l'architecture) dans la littérature

à l'architecture, dévelopPés. quoique

mais je Il offre, je soit

apporter

des éléments

de réPonse nouveaux entre deux

et mieux

un bon exemPle extrême simplicité.

d'hybridation

disciplines

son plan

Je
particulier:

tiens à remercier Philippe

tous ceux qui ont contribué Boudon, Philippe Deshayes

à l'avancement et Frédéric

de ce travail, Pousin

en

(LAREA,

Paris) ; Bernadette Bensaude- Vincent (Université de Paris X Nante1ïe) qui a attiré

mon attention sur les textes d'Émile Meyerson; Mme Hou Zhirong (Université
normale supérieure de Beijing) qui a relu le chapitre 5. Que soient également remerciés pour respectives:
leur

accueil dans leurs universités
(Recife), Heman

Françoise Schatz (Nanry), Danielle Rocha-Pitta

Montecinos-Barrientos (Santiago de Chile).Je garde un souvenir un peu particulier de ce dernier. D'abord,
parce qu'il est l'un de ces professeurs d'architecture peu

connus qui consacrent une part significative de leur temps à la description ethnohistorique circulares
patrimoine insolubles.

des édifices -

son nom reste notamment

attaché aux misiones du

de l'île de Chiloé. Ensuite, parce
architectural Comment

que l'urgence de la conservation

chilien auquel il est corifronté pose des problèmes

quasiment

ne pas accorder

notre estime pour les hommes qui œuvrent pour

le bien dans des situations sans espoir véritable?

Introduction

Les études réunies dans ce volume sont placées sous le signe d'une hybridation croisement des connaissances entre architecture et anthropologie (au sens large). Non seulement parce qu'y sont examinés divers modes de entre ces deux disciplines, mais aussi parce que l'une d'elles (l'anthropologie) l'autre l'autre (l'architecture) Moyen-Âge est censée viser la connaissance reste esclave des contingences L'une aurait pure, alors que matérielles. Au

et à la Renaissance,

l'une aurait intégré les Arts libéraux; été enseignée ex cathedra;

les Arts mécaniques.

l'autre à l'atelier. Cette introduction concept sera l'occasion de préciser deux points. recourir, comme je vais le proposer, élaborées au à la En premier lieu, pourquoi d'expressions courants montre

d' hybridation, alors qu'il existe déjà un stock considérable pour décrire le statut de connaissances Pourquoi d'interdisiplinarité, des difficultés de pensée historique ne pas reprendre les termes

frange de plusieurs disciplines? de pluridisciplinarité, qu'elles induisent récent, de transdisciplinarité évitées en clarifiant d'hybridation,

ou celui, plus qui peuvent être

? L'examen souvent

critique de ces terminologies effectives. Le terme

les opérations

issu de la sociologie

des sciences de Bende ces et

David, m'a paru répondre En deuxième études. Entre

aux attentes d'une telle clarification. aussi vastes que l'architecture

lieu, je me dois de préciser le fil conducteur des domaines de multiples

l'anthropologie,

croisements

sont a priori envisageables. une unité de point

Cela vient de ce que les disciplines offrent rarement

10

Cinq essais sur l'architecture

de vue, telle qu'elle puisse garantir pas toujours spécialités, aisé de rendre compte

un croisement de l'organisation

sans ambiguïté. Bien qu'il ne soit exacte de ces déjà ?) et

Toute discipline possède des spécialités régionales. on peut au moins constater

qu'elles se différencient

selon l'objet (que cherche-t-on

?), la méthode(comment cherche-t-on

la théoriede référence(en fonction de quoi cherche-t-on l'existence recherche domaines l'intérieur, de spécialités régionales pour l'architecture l'anthropologie, il apparaît que la construction Un tel programme à la résolution

?) Si l'on admet comme pour de de de leurs

d'un programme doit se construire

hybride ne consiste pas en un simple aboutement disciplinaires. en s'attachant

d'un problème

précisément

défini. Je propose que la conception architecturalesoit l'idée directrice de cette hybridation.

1 / QUE VAUT L'IDÉE DE RANDONNÉE?
On pourrait l'anthropologie des rapports simplement « hybride sans doute développer et de l'architecture disciplinaires. l'idée d'une hybridation de

sans nullement aborder la question cette question, j'entends des études qui des termes qui,

En réexaminant

faire une mise au point sur l'inscription », et « hybridation s'en rapprochent », par une critique

suivent dans leur contexte. J'entends spontanément,

aussi justifier l'emploi des termes laisser croire élaborées

le plus et qui pourraient

que j'ai procédé

à un simple travestissement

de notions

ailleurs. Je tenterai de montrer que le rapport entre ces noms tient plus de l'homonymie terminologie phénomènes Hybrider pas pourtant que de la synonymie distincte et que ces études appellent une pour décrire des de celle qui est utilisée apparentés. n'est-ce

qui semblent pourtant des connaissances

issues de secteurs différents,

faire œuvre de transdisciplinarité ? Oui, si l'on prend la

Introduction

Il

transdisciplinarité disciplines.

au sens général d'un discours qui combine plusieurs de connaissances
-

Non, si l'on estime que le mot se réfère à certaines idées mixtes.

qui sont utilisées pour décrire la production par la suite connaître

C'est dans une thèse complémentaire écrite en 1964

et qui devait
avant d'être

« ses sept à huit ans de cave»

publiée sous le titre LJinteiférence - que Michel Serres (1972) esquisse le
« nouveau nouvel esprit scientifique ». Il y donne l'une des premières synthèses de ce que devait devenir l'esprit du temps. On peut, je crois, résumer l'auteur: cette position en quelques phrases synthétiquesI. Selon (1972 : (33), (64). (29). naguère, (10), de (27) entre les serait une

il serait vain de vouloir masquer les « intersections» (13) ou les « espaces multiplement

13), les «croisements»

recouverts»

(25) qui naissent entre les disciplines. La science est un « graphe» un « réseau» « carrefour» L'invention, laisse désormais (33), ou bien un « buissonnement des connaissances, d'autochtonie aux (64) ou à un « nœud frappée place figures multiplicatif»

Aussi, pour produire

il vaut mieux se trouver à un de communication» on l'imaginait du « transport» et exportations» de la science (1961-1967),

comme

1'« échange» (27) et de la « traduction» dans le mouvement des « importations différentes authentique régions du savoir. (29). « traversée»

(27). En clair, elle se constitue

L'avance

Des articles à peu près contemporains titre La communication mêmes arguments. sur les idées « traduction» explique: (1968), contiennent

réunis sous le et les portent (12) et de

le même vocabulaire développements

Là encore, les principaux

de « réseau»

(11), de « complexité»

(32). Après avoir défini le réseau comme un ensemble [de la dialectique], le modèle précédent est

de sommets reliés par une multiplicité de chemins (i.e. d'arcs), l'auteur « Au contraire

1. Ce procédé ne saurait en aucun cas se substituer à une véritable analyse, mais il donne une première vue du problème. L'auteur ne m'en voudra pas d'adopter ce procédé; c'est celui qu'il utilise pour analyser une certaine déontolof];ie bachelardienne (1972 : 211-221).

12

Cinq essais sur l'architecture

caractérisé par la pluralité et la complexité des voies de médiation: voit à l'évidence, nombre. « briser complexité qu'on veut pour aller d'un sommet à l'autre, définitivement

on

sur ce dernier, qu'il existe sinon autant de chemins du moins un très grand de la traditionnels:

» (1968 : 12). Ainsi, le réseau aurait pour effet premier la linéarité des concepts à la connaissance du savoir et de l'expérience. n'est plus un obstacle

[...] elle est le » (1968 : 20). On l'insistance de

meilleur des adjuvants

relèvera dans ce passage, comme dans les précédents, l'auteur sur la métaphore cheminement à travers un réseau.

selon laquelle la pensée scientifique serait un

Dans Le passage du Nord-Ouest (1980), Serres précisera à nouveau le sens de cette « traversée ». Ce serait, dit-il, une « randonnée» sens exact d'une « promenade cette métaphore la connaissance» promouvoir aléatoire ». Et c'est pourquoi, évoque immanquablement (14), au aussi, de

l'image du « labyrinthe

(1972 : 33). Michel Serres ne fut certes pas le seul à

les idées de promenade, randonnée, détour, errance, nomadisme, dans les sciences humaines. comme

importation, exportation, échange, transport, etc., mais il fut incontestablement l'un des premiers à les introduire C'est pourquoi point de départ d'un examen critique. Je n'entends pas, ce faisant, exercer de censure morale sur cette on peut se limiter ici à prendre ces métaphores

philosophie
graphes

-

on sait, par exemple, que la réflexion sur la théorie des
d'une sociologie des réseaux (Flament, et Forsé, 1994 ; Wassermann comprendre au sein des organisations et Faust, 1994) du plus de diffusion des 200 1c). de la noté

est au fondement

1965 ; Degenne haut intérêt connaissances

pour

les phénomènes

sociales (Raynaud,

Mon objectif est ici de cerner les limites propres
-

de ces analogies l'ont

sans quoi on risque d'étendre et Olbrechts-Tyteca

à l'objet d'analyse les propriétés spécifiques. Comme

métaphore Perelman l'analogie

qui lui sont justement

(1970) dans leur Traité de l'argumentation, basé sur la structure du réel, mais un

n'est pas un argument

Introduction

13

argumentfondant

la structure du réel. C'est pourquoi,

en transférant

la

valeur du « phore » sur le « thème», un jeu d'échec sous silence délations, métaphore, l'angle « randonnée»

on laisse nécessairement tactique,

dans

l'ombre certains aspects du thème (1970 : 512). Dire que la guerre est mettra en relief son caractère d'autres aspects. Exécutions mais passera tortures, du seul toute sommaires, Toute

pillages, etc. seront tus si la guerre est envisagée et des tacticiens. analogie,

point de vue des stratèges

soulève des difficultés du même type. Voyons donc, sous défini, les limites qui affectent ». les idées de et de « traduction

qui vient d'être

1) Première limite

La première

difficulté qui touche à l'idée de randonnée des pratiques franco-anglaise scientifiques. du mot « randonnée» aléatoire

est qu'elle (random: », certains

offre une vue cavalière séduit par l'étymologie « au hasard»). curiosité mêleraient du droit, gratuite
-

Serres avait été

De cette idée de « promenade et désorganisée pas?
-

n'ont pas hésité à tirer « comme règle de conduite, pour le monde un questionnement ou des pourquoi

le principe d'une du savoir, où se de la physique, un peu de ce

de l'histoire de « curiosité

de l'art

religions,

mathématiques, principe production d'informations

etc. » (de Béchillon, désorganisée» résulte

1996 : 15). Si l'on aboute aux occurrences d'une combinaison

des mots aléatoire

« aléatoire », « désordre », nous serions fondés à accepter l'idée que la de connaissances circulant sur un même réseau. : prenez le Cours de physique: Mécanique / Ondes principe de Fermat) ;
avant de de cette

Faites l'expérience2

de Bok et Morel (1971) à la page 211 (Optique:

2. J'ai procédé à un tirage au sort des livres de ma bibliothèque, les ouvrir à une page quelconque. Les textes présentés résultent sélection aléatoire.

14

Cinq essais sur l'architecture

le livre de Tom Zuidema (Ethnologie: des probabilités de Koroliouk Summerson

(1986), La civilisation inca au Cuzco, page 39 (1983), page 66 (Probabilités: théorème

modèle de parenté de l'ayllu royal) ; l'Aide-mémoire de théorie ; Le langagede l'architectureclassique de discussion des ordres selon aux exigences exposées ciÀ cela, il n'y a rien de plusieurs réside dans sa du

limite central de Moivre-Laplace)

(1981), page 12 (Architecture: elle est totalement quelque

Serlio). Cette traversée satisfait exactement dessus. Pourtant, d'étonnant: disciplines pourquoi aurait-elle

improductive.

une pensée située au croisement

raison de suivre des chemins tracés au réel de la pensée. glanés au

hasard? La première limite à l'idée de transdisciplinarité difficulté inhérente chercheur à décrire le mouvement aléatoire L'idée de promenade hasard d'une excursion, savoir. Cette analogie chercheur rentre

néglige en effet que l'activité

ne consiste pas à mettre ensemble des matériaux

mais à orienterla pensée sur un problèmeprécis et à de la « randonnée» ignore que l'activité du

chercheractivementdesproblèmes similaires qui se posent dans d'autres champs du est orientée par des buts. Elle sous-estime le fait que celle-ci dépendantes de la rationalité située» des de la pensée en particulier sous la forme de la « rationalité d'hybrides

dans la classe des activités

téléologique,

exposée par Herbert connaissances Boudon d'optique

A. Simon (1982). Le cheminement

qui conduit à la production

ne consiste pas à combiner

au hasard, mais à s'assurer de la compossibilité des matrices le diagramme afférent à l'illusion de

qui peuvent être sélectionnéesen vue de l'hybridation. Ainsi, lorsque Philippe (1992 : 208) reprend de Müller-Lyer, le hasard ne joue aucun rôle. L'étude

cette illusion

est en effet compatible

avec les buts de l'architecd'une mesure.

turologie : alors que cette dernière se construit sur l'idée de conception de la mesure, l'illusion de Müller-Lyer L'hybridation notre propre de connaissances savoir. Pour l'essentiel, décrit la perception la direction ne doit au hasard que la limitation de de la pensée obéit

aux modèles de la rationalité.

Introduction

15

2) Deuxième limite

La deuxième objection vise l'idée de « traduction logie, la notion de traduction d'un énoncé observationnel sens, la traduction traduire» deuxième endroit: valence entre des domaines acception. désigne, en un premier à un énoncé théorique. établissant

». En épistémosens, le passage En un deuxième c'est

est une opération

une relation d'équi-

séparés. En affirmant qu'« inventer,

(1972 : 65), Michel Serres utilise surtout la notion dans sa Pour preuve, la question qu'il se pose au même tel concept, tel résultat, telle méthode, La réponse est quasid'un domaine à un autre? » (1972 : 54). de la réponse, une ». La à luidit, de la métaphore du réseau. Il existe « À quelle condition

sont-ils transportables tautologique: qu'il soit multivalent.

il faut que ce concept soit d'une pureté formelle telle

La difficulté réside ici dans le caractère tautologique qui paraît être un effet indésirable en effet une différence information. fondamentale

entre penser et véhiculer

Penser c'est exercerune action transformante sur les contenus, ce en effet qu'un concept est toujours identique il serait, autrement régionale».
-

que néglige toute réponse fondée sur un « concept multivalent notion présuppose un concept
-

même, quel que soit son champ d'inscription; sans « impureté fut-elle pensée transversale

Or, l'exercice

de la pensée ces concepts

ne consiste pas à faire circuler des La réponse que propose L'utilité d'une métaphore

concepts multivalents le concept multivalent

dans un réseau, mais à transformer est donc discutable.

en les acclimatant à un nouvel environnemene.

3. Cette question de 1'« acclimatation des concepts» a été traitée en détail à propos des notions que la perspective linéaire a tirées du corpus de la perspectiva médiévale (Raynaud, 1998c, 2001 a). Il y a, en cette matière, à la fois reprise de certaines connaissances et adaptation à des problèmes nouveaux. C'est ainsi que la perspective linéaire se focalise sur le principe d'intersection de la pyramide visuelle, en délaissant tous les problèmes d'optique physiologique, les parties de la perspectiva qui traitent de dioptrique (réfraction) et de catoptrique (réflexion).

16

Cinq

essais sur l'architecture

est peut-être développement; du phore propriété penser.

de nous faire saisir une idée qui demanderait elle n'est pas de transporter La conservation les propriétés de l'information

un long spécifiques est une

sur le thème.

des réseaux électriques; également

la transformation,

celle de l'acte de

Cette gêne apparaît peut concevoir logique), « transmission» transport.

dans un texte de la même époque », on (modèle et de la

où l'auteur montre comment, trois modèles

à partir du modèle du « transport dérivés de la « transitivité» (modèle géométrique)

de la « transformation» (modèle mécanique).

Selon Michel Serres, ces termes générale du

ne seraient que des traductions

régionales de l'expression

Si l'on peut admettre le sens général de cette analogie, il est

en revanche douteux que l'on puisse, par le jeu de cette comparaison, corifondreles opérations raisons» qui relèvent des trois domaines. en explorant Il écrit: « La machine C'est pourtant chaînes de ce que fait le philosophe à la Descartes. les « longues

la plus simple serait

celle où laforme serait toujours la même, où la transmission seferait sans perte, où la similitude serait identité. » (1968 : 119-120, italiques dans l'original). C'est bien d'un modèle mécanique perte. Ici, effectivement, similitude que relève la transmission vaut identité. sans Mais comment

concevoir que l'acte de penser puisse répondre

aux mêmes exigences?

Ne doit-on pas reconnaître que le modèle mécanique - avec ses propriétés spécifiques - usurpe la place de tous les autres dans la
description transmission (mécanique), domaine des actes de pensée. d'une information à un autre. Ce modèle entre deux force à considérer points d'un la réseau de la avec ni

comme étant équivalente

au transport Pour revenir

d'un concept d'un à l'exemple

(intellectuel)

section précédente, le problème

la « pression»

qu'exerce

Philippe Boudon (1992 : est tout à fait exemplaire

208) sur l'illusion de Müller- Lyer, afin de la mettre en cohérence de la conception architecturale,

de l'acclimatation traniformante d'un concept. Il n'y a ici ni identité,

Introduction

17

concept multivalent. de la psychologie n'était pas contenue

Le transport

de l'illusion d'optique

du domaine fait », qui

de la perception « comment dans l'expérience

à celui de l'architecturologie rendre les segments égaux?

surgir une question:

initiale. Il y a bien une parenté mais cette parenté une similitude réplication,

entre les deux versions de l'illusion de Müller-Lyer, suppose une transformation plutôt qu'une conservation posée qu'un donnent identité de l'information. par Canguilhem, en fonction plutôt qu'une

stricte, des pertes et des gains plutôt qu'une

Cette question de la plasticité des concepts n'est pas neuve. Elle fut en son temps concept notamment à propos du « concept de réflexe au XIXe siècle» se transforme les savants qui le propagent; (1968 : 295-318). Il y montrait des règles d'usage que se cette transformation obéissant
-

au schéma des « rectifications successives ». Elle fut également quoique plus rapidement
d'un concept scientifique d'Émile Meyerson
-

signalée par Bachelard:

« La richesse
»

se mesure à sa puissance de déformation. d'identité, lesquels méritent

(1947 : 61). Enfin, cette question est au centre des essais plus anciens relatifs à la notion assurément un plus ample développement. montre que dans ici exactement en deux régions soumise à un

Dans Le cheminementde la pensée (1931), Meyerson l'écriture du principe d'identité A du « concept
-

=A

-

qui s'applique », présent

à la situation

multivalent est toujours

distinctes du savoir

il conviendrait de différencier le premier et le
une identité (1931 : 99). Émile Meyerson remplace alors le ainsi qu'elle n'existe des différents sous dans l'esprit de celui qui rapproche sous un certain rapport, affirme:

second A. Car cette identité ensemble circonstanciel

terme d'identité par celui d'identification, soulignant pas de fait mais seulement éléments (qui sont identiques d'autres l'identité

rapports). Le philosophe

« D'une part, la raison veut et qu'il a donc

[...J d'autre part, elle sait qu'il y a diversité. Elle le sait parce

qu'elle sent qu'elle ne fait que tendre vers l'identique

18

Cinq essais sur l'architecture

fallu

[...]

qu'elle

y soit précisément

introduite

par

l'effort

de sur

l'intellect.

» (1931 : 100). Dans le deuxième

essai, Meyerson

(1936)

évoque quelques précurseurs

de cette thèse et revient notamment

le « principe des indiscernables» l'entendementhumain, avant-propos principe signifie:

exposé par Leibniz (Nouveaux essais sur [1704] ; Monadologie, ~ 9 [1714]) 4. Ce que des concepts appardoivent différer plus ne peuvent L'action et de qualitative.

sous le mode de l'espace,

tenant à des régions distinctes de la connaissance subsister consistant serait sans être soumis à quelque à hybrider avant tout, variation

que numero ; sous le mode du temps, que des concepts

des connaissances un mouvement

issues de régions distinctes de transformation pourrait

donc,

différenciation

des concepts. être appliquée comme ». Un auteur

Cette critique du « concept multivalent» mutatis mutandis à la notion d'« isomorphisme Bertalanffy similitudes différentes. isomorphismes « Les analogies reconnaissance (1973) montre que la plupart proviennent structurelles Il prend interdisciplinaires

des résultats de recherches relevant de disciplines les

d'une prise de conscience préalable des reprises, de distinguer

entre des concepts soin, à plusieurs

structurels des analogies « vagues» ou « superficielles» n'ont aucune d'isomorphismes valeur scientifique. serait » (1973 : 83). La une source il résout que de l'unité de la d'une lecture

(1973 : 33, 78, 82). Cette distinction se fonde, selon lui, sur le fait que en revanche

régulière de connaissances science. Ce développement même un certain analogique nombre

et serait même responsable ne manque de difficultés en s'écartant

pas de cohérence,

de l'acte de penser. Mais il est encore une question

l'on peut poser à cette représentation de l'acte de penser. Pourquoi ne devrait-il exister que des analogies versus des isomorphismes? Ludwig
4. Michel Serres, auteur d'un travail en deux volumes sur Le .rystèmede Leibniz et ses modèlesmathématiques (1968), ne semble pas avoir mesuré l'incidence de ces développements sur la réponse qu'il donne au problème du transfert des connaissances.

Introduction

19

von Bertalanffy postulant toujours temps, le chercheur

dichotomise ne rencontre

en quelque

sorte

le problème,

en du

des « isomorphismes

totaux ». Or, la plupart

que des « isomorphismes transformantes percevoir

partiels» C'est

qui exigent une acclimatation de la solution au nouveau problème. là qu'on retrouve les propriétés par Émile Meyerson. Prenons un exemple pour le sens exact

de la pensée, décrites du mot suivante,

« isomorphisme dont j'emprunte

partiel ». Tout le monde connaît l'énigme la version à Michel Denis (1989 : 226).
l'ascension à 4 heures d'une montagne de l'après-midi.

« Un moine commence et parvient méditation, commence au sommet il redescend

un matin à 8 heures Après une nuit de

de la montagne

par le même chemin.

Sa descente à midi. Y au

à 8 heures du matin, et il arrive au pied de la montagne

a-t-il une heure de la journée

à laquelle le moine s'est trouvé exactement »

même point du chemin le premier et le deuxième jour?

Dans une autre version, donnée par Raymond le « moine» problèmes qui dépend «isomorphisme du Bas-Rhône parcouru transformé est devenu un « promeneur sont strictement d'un isomorphes total» « refuge », les heures d'arrivée Faisons maintenant sont différentes,

Boudon (1990 : 72), etc. mais les deux ce d'un

», il passe la nuit dans un (au sens de Bertalanffy). en essayant de percevoir et ce qui relève

varier les situations, « isomorphisme

partiel ». Imaginons et le retour

une péniche navigant sur le canal à vide. Que le moine soit devenue maintenant soit ici canal, ne la

à Sète entre les points A et B, de sorte que l'aller soit que la montagne du problème: Supposons ascendantes

en charge, en péniche,

change rien à la structure

on peut encore transférer

solution d'une version à l'autre. fasse des gammes chromatiques

qu'un flûtiste (do à do) le temps en

et descendantes

à raison d'une note par seconde.

Si le flûtiste compte

20

Cinq essais sur l'architecture

secondes, de t = 0 à 12, avec do à t = 0, existe-t-il une date à laquelle la flûte émet la même note? implicites: Ici, il n'existe plus qu'un isomorphisme forment un système discontinu une « note pivot» (fa#) partiel car, avant de transférer la solution, il faut trouver deux clauses 1) les notes chromatiques (les exemples précédents étaient continus) ; 2) les notes sont en nombre d'identifier

impair. Ces conditions permettent

au temps t = 6, mais, sous d'autres conditions de parité, le problème n'aurait peut-être pas admis de solution. La différence partiel problèmes, entre un isomorphisme l'acclimatation total et un isomorphisme la résolution de sousen et à de la que subit le concept est que le second implique qui définissent toujours

passant d'une région à une autre de la connaissance. énigme, ces sous-problèmes solution risque d'échouer. la parité. Si ces sous-problèmes

Dans la dernière

sont relatifs à la vitesse, à la continuité ne sont pas traités, le transfert

La prise en compte de l'activité mentale liée d'acclimatation, c'est-à-dire de conversion dans

à la résolution de sous-problèmes permet de définir un transfert Lato
sensu, comme une opération transformante
-

inutile dans l'énigme

de la péniche,

nécessaire

celle du flûtiste. Tout cela était en germe dans les études de Meyerson regrettable tenu que l'épistémologie de ses textes
-

et il est de la

contemporaine pour décrire

n'ait pas davantage l'expérience

compte

transversalité. Voilà
métaphore critique aléatoire»

pour reprendre l'analyse de l'analogie et de la
part du « phore » qui ne saurait sans esprit L'idée de « promenade avant tout de la

par Perelman (1970) -la

être transférée au « thème ». Il serait donc risqué d'adhérer au projet de la transdisciplinarité5. prête au hasard des choix qui dépendent

5. La formulation utilisée par Pierre Delattre (1979) pour présenter la collection Recherchesinterdisciplinairesest à la fois plus précise et plus exigeante. Il écrit: « Les recherches interdisciplinaires ont pour but essentiel l'élaboration de langages et de formalismes utilisables [... ] dans des domaines recouvrant un nombre plus ou moins grand de disciplines qui, dans le passé, se sont développées indépendamment les unes des autres. »

Introduction

21

rationalité

subjective;

elle suppose que la circulation alors qu'ils y sont transformés.

des concepts se Il s'ensuit que les
-

fait par réplication,
termes

de promenade, randonnée, détour, errance, nomadisme

qui induisent
-

l'image d'un Fabre à la poursuite concurrents, cette fois le langage de l'homme approximativement Résumons-nous: d'objets: 1) des pseudo-concepts, images arbitraires de connaissance. la construction lorsqu'on

de quelque insecte rare
-

et ceux, trop

d'échange, transport, importation, exportation d'affaires pressé
-

qui parlent

décrivent

des connaissances.

met ensemble les mots et les idées qui

ont été utilisés pour décrire l'acte de la pensée, on trouve trois classes comme « labyrinthe », etc. c'est-à-dire des

dont ni le sens, ni l'usage, ne sont véritablement que dans le travail (1997) leur sont Les critiques de Sokal et Bricmont Ces pseudo-concepts comme « randonnée qui correspondent

eXplicités. Leur visée est plus dans l'effet d'érudition en général applicables. distance raisonnable. 2) des quasi-concepts, c'est-à-dire phénomène des métaphores

doivent être tenus à une », « nomadisme
-

», etc.,
-

partiellement à l'autonomie

au

étudié. L'analyse montre que ces métaphores

deviennent au lieu

une source de confusion dès qu'elles prétendent d'être constamment propriétés vérification. réticences. référées à l'objet étudié;

c'est-à-dire

dès que les

spécifiques du « phore » sont transférées au « thème », sans Ces métaphores sont à même de susciter les plus grandes ou « concept

3) de véritables concepts, comme « isomorphisme» multivalent

», etc. qui sont passibles de définitions ou d'usages stricts. de leur construction ne vaut pas garantie de aux phénomènes dont ils sont censés rendre compte. des connaissances hybrides.

Mais la régularité correspondance

Certains de ces concepts doivent être écartés parce qu'ils ne décrivent pas avec assez de finesse la construction

22

Cinq essais sur t architecture

Pour qu'un concept puisse supporter une hybridation, il nefaut pas qu'il soit multivalent, ilfaut qu'il soit transflnnable. La meilleure solution
-

consiste donc à rejeter l'ensemble
-

de ces terme Il

termes qui sont
et à conserver

pour des raisons différentes

source de confusion
le nouveau

celui d'hybridation.

Mais pourquoi

d'« hybridation» devrait-il se soustraire aux critiques précédentes? y a à cela deux raisons principales. Premièrement, d'erreur. d'éclairer existantes scientifiques, toutes les analogies qui fustigent ne sont pas une l'emploi

source

Sokal et Bricmont, écrivent:

des métaphores est généralement

« Le rôle d'une métaphore

un concept peu familier en le reliant à un concept qui l'est peut être très utile pour leur développement ultérieur. »

plus [...J La mise en évidence d'une analogie valide entre deux théories (1997 : 19 ; mes italiques). Une métaphore ne doit pas être condamnée

a priori; elle ne doit l'être que si le sens prêté au mot est trop éloigné de l'usage qu'en font certaines disciplines et si la définition de ce terme est en décalage trop prononcé Or, pour métaphorique critiques avec les faits que l'on cherche (il ne présuppose à décrire. qu'il soit, le mot hybridation se soustrait aux pas de marche ni transport, semble donc en a été introduite6 par de façon scientifique. (il ne présuppose

de la « randonnée» à l'identique).

aléatoire) et du « concept multivalent» ni réplication

Le terme d'hybridation

meilleure position pour être un concept régulier de l'épistémologie. Deuxièmement, le sociologue Joseph rigoureuse cette notion d'« hybridation» Ben-David (1991), qui a su l'utiliser

pour décrire certains aspects de la production

6. En fait d'introduction, il faudrait remonter aux travaux de Pitirim A. Sorokin, qui parlait déjà de cross-fertilization, mais on ne connaît pas le détail des relations entre Sorokin et Ben-David. Robert K. Merton, qui fut l'étudiant de Sorokin, est cité par Ben-David dans les articles consacrés à 1'« hybridation des rôles» et à l'« hybridation des idées» l1960, 1966J. Sorokin n'y est cité qu'accessoirement et sur des questions sans rapport immédiat avec la notion de rôle ou de cross-fertilization, ce qui interdit toute conclusion prématurée sur la filiation Sorokin, Merton, Ben-David.

Introduction

23

Le terme d'hybridation

concerne,

dans ses textes, soit les rôles (roleces deux aspects. consacrée aux Ben-David selon publications,

hybrid), soit les idées (idea-hybrids). Examinons 1) C'est dans l'une de ses premières « Rôles et innovations donne la définition lequel une personne tentative d'appliquer en médecine»

[1960], que Joseph des rôles:

de l'hybridation

« Le processus

du rôle A se met à réaliser les objectifs du rôle B des rôles. L'innovation résulte d'une les moyens habituels du rôle A pour atteindre les vinrent hybride à s'intéresser dont naquit à la la

peut être qualifiée d'hybridation

buts du rôle B. » (1997 : 60). Par exemple, lorsque dans la deuxième moitié du XIXe siècle, des physiologistes psychologie, psychologie hybridation ils furent dans une position Ancrer eXpérimentale.

une telle innovation

dans une

des rôles revient à mettre en évidence les conditions pour a pu réussir: a) existence d'une recherche peu avantageuses ces conditions, leur dans les statut d) prestige ; b) conditions dans la société de compétition globale. intérêt

lesquelles cette innovation institutionalisée de la science physiologistes la discipline-source;

c) statut inférieur de la discipline-but; Dans avaient à maintenir

transfuges

scientifique en se détournant par une approche 2) L'hybridation d'une hybridation précédent. pas un produit eXpérimentale). genèse d'une clairement

de la psychologie introspective, des problèmes. elle se produit,

marquée

subjective et arbitraire des rôles, quand

s'accompagne

des idées que l'on constate aisément sur l'exemple eXpérimentale nouvellement créée ne fut (méthode très les psychologique: ce fut un mixte

La psychologie

de stricte obédience

entre la psychologie

(objet de recherche) science» [1966], des rôles

et la physiologie Ben-David conduit

Dans un article intitulé: nouvelle

«Les facteurs sociaux dans la montre à appliquer

que l'hybridation

méthodes d'une discipline au matériel issu d'une autre discipline. Mais il insiste sur un autre point important. entraîne toujours une hybridation Si l'hybridation des rôles

des idées, l'inverse n'est pas vrai:

24

Cinq essais sur l'architecture

l'hybridation

des idées peut être le fruit de dilettantes et n'ayant

travaillant

en

dehors de tout cadre institutionnel

pas vécu de mobilité des idées à des intellecréférer les offrent une

effective d'un domaine scientifique à un autre. L'hybridation n'est alors plus que « la combinaison différents d'idées empruntées synthèse domaines et associées en une nouvelle

tuelle» (1997 : 82). C'est à cet usage consistant mots « hybride» du processus l'hybridation d'hybridation que l'on devra désormais : 1) parce qu'elles
-

et « hybridation» (ainsi Joseph

définition rationnelle tout à fait acceptable
étudié des connaissances

quoique perfectible ne dit pas en quoi

Ben-David

devrait réussir ou non, etc.) ; 2) parce prolongé l'analyse des conditions

que certains auteurs ont récemment

entrevues par Ben-David (Dogan et Pahre, 1991).

2 / UNE IDÉE DIRECTRICE:
La conception exploration première Christopher architecturale qui remonte

LA CONCEPTION
fait aujourd'hui l'objet d'une La sur le

systématique est constituée Alexander

à deux sources principales. anglo-saxonnes par Herbert

par les recherches

« design », inaugurées

parallèlement

A. Simon [1963] et d'avoir formulé

[1964]. On doit au premier

l'idée de « sciences de la conception» susceptibles gestionnaires, envisager connaissance. d'intéresser la conception Certaines etc. Le second

à même de fournir des modèles architectes, ingénieurs, architectes à

tous les concepteurs: architecturale des réponses

fut l'un des premiers proposées

comme un objet possible de dans l'essai sur la mais récusées par l'auteur, de la conception

Synthèse de laforme ont été ultérieurement l'idée d'un questionnement programme systématique La deuxième origine de ces recherches de 1'« architecturologie

est restée.

est plus récente. Elle est liée au » présenté par Philippe Boudon

Introduction

25

(1971). théorique

L'auteur

y demande

la constitution

d'une

connaIssance

de l'architecture,

distincte des discours normatifs portés sur actuelles sur la conception, par le nombre et la s'exprime

l'architecture.

La vitalité des recherches de ces ouvertures,

qui ont bénéficié

diversité des textes publiés depuis les années 1980 Prost (1992, 1994), etc. L'architecturo1ogie, qui suivent, premier

Lebahar (1986),

Hoddé (1988), Boudon et al. (1992, 1994, 1997), Conan (1981, 1990), à laquelle il sera fait référence dans les études comme un néologisme inutile en ». Je m'expliquerai

a parfois été considérée

pour désigner une « théorie de l'architecture en droit de lui prêter. L'architecturologie ou l'anthropologie, elle ne partage l'architecturologie qu'elle porte

lieu sur l'emploi de ce terme et sur le sens général qu'on est vise, au même titre que l'histoire, la sociologie théorique de l'architecture. Mais

une connaissance

pas du tout les mêmes objectifs. Car ce qui distingue des disciplines connexes, c'est l'éclairage particulier d'architecture. Elle considère l'édifice

sur l'œuvre

construit en tant qu'il est le résultat d'un acte de conception.Elle délaisse tout questionnement avoir sur les pratiques conduisent question bâtiments ce n'est jamais de l'objet en soi, ou des effets que celui-ci peut sociales, pour se focaliser sur les processus qui la plastique des formes, étudier la

à l'objet. S'il lui arrive de se pencher sur l'édifice construit, pour apprécier de la réception sociale, ou l'insérer dans une famille de

qui serait à même de rendre compte d'un style historique, Le point de vue spécifique dans l'édifice construit des En d'autres termes, est de retrouver au processus

lequel aurait ses maîtres et ses précurseurs. de l'architecturologie données relatives cette approche

de conception.

est internaliste, dans la mesure où elle met au centre de l'architecte, mentales et cognitiviste,dans la mesure où se livre l'architecte en auxquelles

l'activité de conception elle étudie les opérations

train de concevoir un bâtiment.

26

Cinq essais sur l'architecture

Paul Valéry (1945) est connu pour avoir remis en circulation questions qu'Aristote
-

les

avait jadis formulées entendait

dans son traité de Poétique

terme que l'auteur

d'ailleurs en un sens dépassant le seul est celui qui s'achève en quelque

exercice du langage. Valéry écrit dans son Cours de Poétique: « Le faire, le poiein, dont je veux m'occuper, œuvre, et que je viendrai qu'on est convenu d'appeler donner fortune auprès à restreindre bientôt à ce genre d' œuvres » qui a depuis fait et des ingénieurs

œuvresde l'esprit. » (1938 : 26). Si l'on veut des architectes

un sens précis à ce mot de « poïétique des philosophes, 1989 ; Boudon, 1992 ; Le Moigne,

(Passeron,

1995), il faut sans doute

rappeler qu'en grec le terme de poïésis, « action de faire », fonctionnait au sein de deux oppositions.

La première dichotomie
entre les actions pratiques massacrant

-

Poïésis/praxis insiste sur la différence pas un objet (un tyran la cargaison par dessus

qui ne produisent

une famille, un équipage jetant d'un objet matériel

bord, Brutus assenant un coup de poignard de fabrication une jarre, dimensionnant un architecte concevant

à César, etc.) et les actions (un potier formant un ingénieur créant un suite de l'objet qui se faites sur cet objet

ou conceptuel

un bâtiment,

le tablier d'un pont, un compositeur toujours une représentation

pour violoncelles, etc.) Une des caractéristiques est qu'elles impliquent virtuel. On pressent

des actions poïétiques

donne comme un modèle guidant les opérations ici l'importance dans l'analyse des processus de conception.

du thème de la représentation

Bien plus essentielle, la deuxième dichotomie - Poiësis/aïsthèsissouligne une acception du mot « esthétique» nous concevons habituellement, en désignant près ou de loin, à la perception l'on veut suivre l'étymologie, considération s'il y a perception préalable plus large que celle que tout ce qui a trait, de

et à la reception de l'objet construit. Si l'esthétique recouvre, non seulement la

du beau (puisqu'un

discours de ce type n'a de sens que mais aussi toute

d'un édifice construit),