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COMMENT PEUT-ON ANTICIPER LE REEL ?

De
124 pages
Comment est-ce possible d'écrire un film documentaire ? Alors qu'un réalisateur de fiction " invente " la réalité dont il fera la matière de son film, comment un documentariste peut-il décrire à l'avance un réel qui n'est pas encore advenu et qui, de ce fait, demeure imprévisible voire indéterminé ? Suivi du scénario de Claudine Boris Monsieur contre Madame.
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Comment peut-on anticiper le réel?

Monsieur contre Madame

La collection CINEMA DOCUMENTAIRE se propose de publier des entretiens, tables rondes et débats réunissant des cinéastes et des critiques ou spécialistes (juristes, romanciers, psychanalystes, historiens, etc.) intéressés par les enjeux du cinéma documentaire. A ces textes de réflexion, la collection adjoint des scénarios, notes d'intention et divers documents relatifs à la fabrication des films documentaires.

La collection CINEMA DOCUMENTAIRE est développée par l'atelier "Point de Vue" de l'association des cinéastes documentaristes ADDOC.

Directeur de collection: François Caillat Avec la collaboration de : Judith Du Pasquier Coordination: Silvia Radelli

Illustration de couverture: François Lemaire: La maison de mes parents (détail) Maquette: Daniel Cling

CINEMA DOCUMENTAIRE
Comment peut-on anticiper le réel? Entretiens
Anne Baudry Claudine Bories Dominique Cabrera François Caillat Judith Du Pasquier Frédéric Goldbronn Dominique Gros Abraham Segal

Monsieur contre Madame
Scénario de Claudine Bories

ADDOC

L'Harmattan

@ L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0966-4

SOMMAIRE

Les entretiens COMMENT PEUT -ON ANTICIPER LE REEL? sont issus d'un débat public organisé par ADDOC, lors du XXVIIIème festival international de cinéma documentaire "Cinéma du Réel" à Paris, auquel ont participé Anne Baudry, Claudine Bories, Dominique Cabrera, François Caillat, Frédéric Goldbronn, Dominique Gros et Abraham Segal.
Pré sen ta ti 0 n. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. p. 9

I. L'écriture des projets II. Entre les intentions et l'invention III. Les mises en scène Anticiper le réel (à quoi bon?) par Judith Du Pasquier

p. 12 p. 33 p. 49

p. 63

Le scénario MONSIEUR CONTRE MADAME écrit par Claudine Bories, a donné lieu à un film de longmétrage sorti en salles en 2000 p. 69

Entretiens

COMMENT PEUT-ON ANTICIPER LE REEL?

PRESENTATION
par François Caillat

Depuis quelques années, un certain nombre de films documentaires sortent en salle après avoir été produits sur le mode traditionnel des films de fiction (Avance sur Recettes, filiales "Cinéma" des chaînes de télévision, etc.) Or ces documentaires, avant d'être des films, ont été des scénarios déposés dans des commissions ou auprès d'instances décisionnaires, et il leur a fallu - au même titre que les projets de fiction passant par ces circuits - se montrer évocateurs, intentionnels, partois très détaillés, et annoncer avec plus ou moins de certitude ce qu'ils prévoyaient de montrer. Ils ont dû, avant tournage, « donner à voir ». Comment est-ce donc possible d'écrire un film documentaire? Alors qu'un réalisateur de fiction «invente» la réalité dont il fera la matière de son film, comment un documentariste peut-il décrire à l'avance un réel qui n'est pas encore advenu et qui, de ce fait, demeure imprévisible, voire indéterminé? Lorsqu'un cinéaste doit se résoudre à un tel descriptif, afin par exemple de trouver le financement de son film, comment peut-il s'y prendre? Est-ce par le biais d'artifices et d'intentions ambiguës? Ou au prix d'affirmations dont il sait bien qu'il ne pourra pas les tenir? Peut-il se contenter de présenter un dispositif assez lâche au sein duquel la réalité serait ensuite captée et tenue prisonnière? Et s'il s'agit de cette sorte de filet, y a-t-il de quoi écrire des dizaines de pages de scénario? En somme, comment donner l'idée de tout ce qui surviendra: dialogues et réactions vivantes... Voilà les questions posées dans ces Entretiens. Elles sont d'abord posées à des cinéastes ayant réalisé des films

documentaires de long métrage, des films dont le contenu demeurai t encore incertain au stade de I'écri ture. Ainsi

Claudine Bories

(<<Monsieur

contre Madame»), dont le

projet de filmer des confrontations de couples, semaine après semaine au gré des événements, ne pouvait évidemment pas être complètement raconté avant le tournage. Cette réalisatrice a pourtant écrit en détail un projet et, sur la base de cette écriture, a obtenu de quoi réaliser son film. Comment a-t-elle fait? Comment a fait Abraham Segal lorsqu'il s'est lancé dans l'aventure d'un film long? Ont-ils écrit une histoire comme si elle était inventée et qu'on pouvait ainsi en parler longuement à l'avance? Ont-ils « copié» la présentation habituelle aux scénarios de fiction (continuité, traitement, etc.) ? Ont-ils au contraire souligné la spécificité documentaire en développant un mode d'écriture singulier? Et, si c'est le cas, faut-il concl ure qu'il existe deux modes d'écriture si distincts qu'on doive clairement se signaler comme relevant de l'un ou de l'autre? Ici, nous entendrons l'avis de Dominique Cabrera qui est passée assez

vite d'un documentaire au contenu imprévisible (<<Demain et encore demain »~ journal sur une année) à une fiction (<< De
l'autre côté de la mer») ayant exigé un scénario conséquent. De telles questions, à vrai dire, n'impliquent pas que les réalisateurs de films destinés aux salles. Elles concernent tout cinéaste de documentaire qui se pose ce problème crucial: comment faire pour anticiper le film qu'on projette? Ainsi Dominique Gros (dont on avait pu voir, au Cinéma du Réel, la vie de «Julie» filmée au quotidien) ou Frédéric Goldbronn (qui a le projet de tourner, sur une longue durée, la vie d'élèves d'une classe préparatoire) expliqueront-ils comment raconter à l'avance un sujet documentaire. Comment l'écrire, ou au moins le décrire... De fait, qu'il s'agisse d'un projet de Ih30 ou de quelques minutes, comment le présenter d'une manière qui ait quelque rapport avec ce que sera le film? Le scénario n'est-il pas une façon commode de se rassurer - réalisateur, producteur, parfois diffuseur, réunis dans une communion d'intention assez

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mythique, dans une sorte de malentendu à trois où chacun saurait bien, sans trop oser le dire, que le «vrai» film, de toute façon, se fera plus tard au montage... On entend souvent qu'un documentaire se décide au montage. Est-ce vrai? Peut-être pour les réalisateurs qui tournent de longues heures de rushes avec l'idée de découvrir le sens en cheminant. Mais qu'en est-il des autres, ceux qui s'astreignent volontairement à suivre un canevas établi? Min d'avoir un point de vue «stratégique» sur cette question sensible, nous lirons ici l'avis d'une monteuse de films documentaires: Anne Baudry. Ces questions intéressent tous les spectateurs. Elles soulèvent en effet un problème de fond: dans quelle mesure la réalité montrée dans un documentaire est-elle anticipée, prévue, préparée ? Avait-on déjà tout couché sur le papier? Comment tel événement filmé, telle réponse entendue ou tel geste montré, ont-ils pu advenir durant le tournage? Les a-ton obtenus par force, ruse, persuasion...? Est-ce une opportunité de tournage, une surprise, un hasard? Est-ce au contraire le fruit d'une bonne anticipation, d'une capacité à prévoir puis gérer l'imprévu? Ou peut-être seulement une certaine forme de maîtrise: le métier, la «bouteille », les bonnes intuitions au moment opportun... On dit parfois: être réalisateur, c'est savoir anticiper. Comment faire pour anticiper le réel?

Il

L'ECRITURE

I. DES PROJETS

François CAILLAT: Pour commencer, je propose de partir de quelque chose d'assez basique, presque technique: le problème de l'écriture, c'est-à-dire les scénarios, dossiers, et toutes explications préalables que les cinéastes doivent donner lorsqu'ils se mettent en tête de vouloir faire un film. Le débat ne se réduit pas à ce simple problème de l'écriture, mais je pense que c'est un moyen de l'aborder avec les cinéastes qui sont ici. Donc, en partant de ce problème de l'écriture au sens le plus concret, y compris les problèmes d'argent, puisque vous savez que pour faire un film il faut de l'argent et que, en général, pour obtenir de l'argent, il faut dire comment on va l'utiliser, c'est-à-dire qu'il faut parler du film qu'on va faire. Or, dans le documentaire, le cinéaste se pose forcément cette question: que puis-je dire aujourd'hui de ce que je vais faire, concernant une réalité que je n'ai pas encore complètement rencontrée et qui, de surcroît, risque de se manifester de manière, sinon complètement aléatoire, du moins assez imprévue? Qu'est-ce que je peux bien dire à l'avance pour obtenir cet argent dont j'ai besoin pour faire le film? Le stade de l'écriture, c'est un problème très technique, mais c'est quand même un moment-clé pour nous tous, et c'est là que le problème de l'anticipation se pose déjà de manière très crue. Il faut écrire quelque chose, mais comment est-ce que je peux dès maintenant expliquer des choses de l'ordre de l'imprévisible? On va faire un premier tour de table en demandant aux uns et aux autres de se présenter à travers leur expérience sur ce sujet: leur expérience la plus récente, ou leur expérience en cours. Par commodité, je propose de regrouper les 12