Conversation avec la peinture

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L'essai prend une forme ronde, commençant par La Ronde de nuit de Rembrandt et s'achevant avec Un concert de Valentin de Boulogne. Des œuvres de la Renaissance et le télescopage avec des artistes modernes et contemporains ont conduit à des investigations en écriture. Cette forme rencontre les sonorités et les couleurs dans des correspondances recherchées, tentant de nommer le visible, le ressenti, de la couleur à l'ombre. C'est un voyage à travers la peinture pour lui parler, l'écouter et l'écrire.
Publié le : mercredi 1 juillet 2015
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EAN13 : 9782336387017
Nombre de pages : 146
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CONVERSATION AVEC LA PEINTURE
« Ce serait comme une sorte de conversation sur la peinture, où les peintres
reconnaîtraient leurs habitudes, où les gens du monde apprendraient à mieux Gisèle Grammare
connaître les peintres et la peinture », écrivait Eugène Fromentin en préambule
aux Maîtres d’autrefois, Belgique–Hollande, paru en 1876. A l’instar de
Fromentin, qui était allé rendre visite, chez eux, aux artistes dont il parle,
l’auteure inaugure toujours la Conversation devant la peinture.
L’essai prend une forme ronde, commençant par La Ronde de nuit de CONVERSATION
Rembrandt, s’achevant avec Un concert de Valentin de Boulogne, en ayant
rencontré Pieter Saenredam, Albrecht Dürer, Hans Holbein et croisé AVEC LA PEINTURE quelques autres. La circularité du propos suit le rythme des voyages et
edes visites. Quelques œuvres de la Renaissance et surtout du xvii siècle,
vues et revues, récemment en Hollande, puis à Vienne, ont conduit à
des investigations en écriture. Le télescopage avec des artistes modernes
et contemporains fait partie des rencontres inattendues qui gratifent
le lecteur. Les concordances esthétiques partent de l’analyse du visible :
comme le paysage hollandais chez Mondrian.
La couleur ordonne le propos : gris de Carl Andre, noir de Richard
Serra, rouge/bleu/jaune de Barnett Newman et Jasper Johns, nocturnes
de Sean Scully ou l’obscur-clair du Caravage, nous entrainent dans cette
Ronde jusqu’au Concert fnal. Le lien entre les artistes et les œuvres choisies
appartient à la subjectivité de l’auteure, dont on devine les afnités de
plasticienne.
Cette forme rencontre les sonorités et les couleurs dans des
correspondances recherchées, tentant de nommer le visible, le ressenti, de
la couleur à l’ombre. C’est un voyage à travers la peinture pour lui parler,
l’écouter et l’écrire.
Gisèle Grammare est professeur émérite à Paris 1 Panthéon/Sorbonne. Artiste
plasticienne, sa réfexion part de son expérience picturale et des liens qu’elle
efectue entre les artistes et les époques dans une recherche où interviennent
l’architecture, la littérature, la musique, le cinéma.
Illustration de couverture : Sol LeWitt, Cube isométrique,
travertin gris sombre, façade du Gemeentemuseum de La
Haye, 1989, photographie de l’auteure.
ISBN : 978-2-343-06429-1
15,50 € Série Esthétique
OUVERTURE PHILOSOPHIQUE OUVERTURE PHILOSOPHIQUE
CONVERSATION AVEC LA PEINTURE Gisèle Grammare











Conversation avec la peinture






Ouverture philosophique
Collection dirigée par Aline Caillet, Dominique Chateau,
Jean-Marc Lachaud et Bruno Péquignot

Une collection d’ouvrages qui se propose d’accueillir des
travaux originaux sans exclusive d’écoles ou de thématiques.
Il s’agit de favoriser la confrontation de recherches et des
réflexions, qu’elles soient le fait de philosophes « professionnels »
ou non. On n’y confondra donc pas la philosophie avec une
discipline académique ; elle est réputée être le fait de tous ceux
qu’habite la passion de penser, qu’ils soient professeurs de
philosophie, spécialistes des sciences humaines, sociales ou
naturelles, ou… polisseurs de verres de lunettes astronomiques.


Dernières parutions

Robert PUJADE, Fantastique et Photographie, Essai sur les
limites de la représentation photographique, 2015.
Nassim EL KABLI, La Rupture. Philosophie d’une expérience
ordinaire, 2015.
Laurent CHERLONNEIX, De la volonté de vérité à la Mort de
dieu, 2015.
Paul DUBOUCHET, De Georg Wilhem Friedrich Hegel à René
Girard. Violence du droit, religion et science, 2015.
Oscar BRENIFIER, Apologie de la métaphysique. Ou l’art de la
conversion, 2015.
Reza ROKOEE, L’attitude phénoménologique comparée, de
Husserl à Avicenne, 2015.
François BESSET, L’âme de la guerre. Petite métaphysique de
la Nation, 2015.
Philippe FLEURY, Hegel et l’école de Francfort, 2015.
Pierre ZIADE, Généalogie de la mondialisation, analyse de la
crise identitaire actuelle, 2015.
Hamdi NABLI, Foucault et Baudrillard : la fin du pouvoir, 2015
Richard GROULX, Michel Foucault, la politique comme guerre
continuée. De la guerre des races au racisme d’État, 2015.
Miklos VETÖ, De Whitehead à Marion. Éclats de philosophie
contemporaine, 2015.
Gisèle Grammare












Conversation avec la peinture





















































































*






























Du même auteur :

L’Auréole de la peinture, collection « Ouverture philosophique »,
L’Harmattan, Paris 2004.
L’Art dans sa relation au lieu, ouvrage collectif sous la direction
de Dominique Berthet, collection « Ouverture
philosophique », L’Harmattan, Paris 2012.
L’Apollon de Lillebonne, collection « Ecritures », L’Harmattan,
Paris 2012.
La Maison de l’Armateur, L’Hôtel Thibault, une architecture du
eXVIII siècle au Havre, collection « Ouverture philosophique »,
L’Harmattan, Paris 2012.
La Cave du Diable, Les Impliqués Editeur, 2014.





















© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06429-1
EAN : 9782343064291
A Jem Cohen, pour son film MUSEUM HOURS I
Ce sont nos passions qui esquissent nos livres,
le repos d’intervalle qui les écrit.
Marcel Proust, Le Temps retrouvé.
1Ce livre-là et le précédent se sont esquissés dans mes passions,
celles conjointes pour l’art, surtout la peinture, l’amitié, proche de
l’amour, pour ceux qui me les ont inspirés. Est-ce à la phase
2musicale dont parle Walter Benjamin dans Sens unique ,
qu’appartient l’esquisse passionnée d’un livre à venir ? Il écrit :
« Le travail nécessaire à une prose de qualité comporte trois phases : une phase
musicale, où elle est composée, une phase architectonique, où elle est construite,
enfin une phase textile, où elle est tissée. »
3Conversatio , dont est issue du latin impérial Conversation, signifie
efréquentation, commerce, intimité, jusqu’au XVII siècle, mais aussi :
genre de vie, conduite, relation, bien que, dès 1537, on puisse
relever également : échange de propos familiers. Mais, à partir de 1718,
Les Précieux conçoivent la Conversation comme un genre littéraire
noble au sens d’un entretien savant, d’où ce que l’on nommera :
avoir de la conversation.
Reprendre la conversation là où elle s’était arrêtée, dit-on parfois, entre
amis.
Ma conversation avec la peinture n’a jamais cessé. Même pour
n’occuper qu’un bref instant, pas un jour de ma vie, depuis bien
longtemps, dont la peinture n’eût été totalement absente. La
peinture, par le geste, par la vue, par la lecture et l’écriture, par la
pensée et le désir, m’accompagne dans une conversation
ininterrompue. La peinture initiée par un apprentissage, puis
développée en une pratique artistique et picturale personnelle,
autant que consignée dans de nombreux carnets de notes écrites,
suivies de mises en forme de ces fragments pour les besoins d’un
cours, d’une communication, d’un article, d’un livre, me parle. Des
discours qui resteront parfois muets, des colloques silencieux, des
1 La Cave du Diable, Les Impliqués Editeur, 2014.
2 Walter Benjamin, Sens unique, Petite Bibliothèque Payot, 2013, p. 91.
3 Le Robert, Dictionnaire historique de la langue française, sous la direction d’Alain Rey,
Dictionnaires Le Robert, Paris, 2004, p. 882.
9 soliloques, s’inaugurent toujours devant la peinture. L’inflexible
règle que je me fixe, depuis toujours, est de n’écrire que sur des
œuvres vues, au moins une fois. D’un musée à l’autre, d’une
exposition à une galerie, les notes prises sur place proviennent de
l’élan du moment qui me pousse à formuler ce que est ressenti là,
qui pourrait s’effacer, hors de la présence de l’œuvre, s’oublier.
Les œuvres retenues pour entrer dans cette conversation-là ne
sont pas toujours les plus emblématiques, mais les peintres le sont,
grands, très grands et célèbres. Le lien qui existe, d’une œuvre à
l’autre, appartient à ma subjectivité, au gré d’une visite, d’un
voyage. Plusieurs périodes relatives aux découvertes, puis aux
retrouvailles se croisent, se superposent. La place prise par des
eœuvres de la Renaissance et surtout du XVII siècle, vues et
revues, récemment en Hollande, puis à Vienne, m’a conduit à des
investigations en écriture sur la peinture de ces époques, encore
jamais expérimentées. Le télescopage avec des artistes modernes
et contemporains, créant des concordances d’esthétiques
anachroniques, fait partie des surprises dont toutes ces rencontres
m’ont gratifiée. Il peut s’agir aussi d’un exercice d’admiration
risqué dans le respect de chefs-d’œuvre restant totalement
inaccessibles.
La phase musicale, tel un son continu ou seulement un murmure à
bas bruit, mais qui fait son œuvre, dans le désir des
commencements, enchante, c’est l’élan initial d’une passion.
Concernant la peinture, ce serait comme une musique vue, mais
aussi entendue, perçue, écoutée, celle des œuvres qui nous parlent,
auxquelles on répond du regard, du sourire quand elles nous
émeuvent. Ressentir, penser, écrire avec la peinture, à partir des
trois phases dont parle Walter Benjamin, afin que la prose soit de
qualité, ou au moins tenter qu’elle s’en approche, conduit souvent
à ce que ces trois phases ne se distinguent pas, s’emmêlent.
Fort heureusement, la musique revient, son chant invite le
regard, construit aussi le discours, le structure. Le tissage de l’écrit
lui-même ne se réalise qu’en silence, qui est aussi musique, comme
on le sait. Le tissage est construction matérielle de l’agencement
des mots choisis pour signifier les sensations, les expériences.
10 II
A l’instar de Fromentin
Eugène Fromentin, dans le préambule de son ouvrage Les
4Maîtres d’autrefois, Belgique-Hollande, paru en 1876, avertit le
lecteur :
« Ce serait comme une sorte de conversation sur la peinture, où les peintres
reconnaîtraient leurs habitudes, où les gens du monde apprendraient à mieux
connaître les peintres et la peinture. »
Il prend soin de préciser qu’il n’a pas suivi de méthode, qu’il
s’est laissé guider par ses préférences et a volontairement écarté
certains artistes, n’ignorant pas que le livre comporte des
omissions qui ne sont pas des oublis. Ses choix révèlent les goûts,
connaissances et intérêts de son époque ; il ne consacre qu’une
seule page à Vermeer de Delft, redécouvert depuis et aujourd’hui,
tant apprécié.
« Je viens voir Rubens et Rembrandt chez eux et pareillement l’école
hollandaise dans son cadre, toujours le même, de vie agricole, maritime, de
dunes, de pâturages, de grands nuages, de minces horizons », écrit-il.
J’ai eu plaisir à reprendre cette expérience, adaptée à une
nouvelle rencontre avec la peinture hollandaise, « chez elle ».
Arrivée à Amsterdam en voilier, en août 2014, je me suis
imprégnée du paysage, avant de voir la peinture. J’avais embarqué
à Ostende. Nous avons lentement avancé, au gré du vent, à la
vitesse que permet la navigation à voile, non loin des côtes, sur la
mer du Nord. A cet endroit, en eaux peu profondes, la mer est
très jaune, proche de la couleur du sable, elle se distingue de la
Manche. Puis elle change pour redevenir plus verte, assez sombre.
Se maintiennent à droite en montant vers le nord, « de minces
horizons », perçus tout autant depuis la mer en regardant la côte,
invariablement plate, qu’ensuite depuis la terre, dont parle
Fromentin. Nous avons emprunté le canal du Nord qui rejoint
perpendiculairement la côte et, après quatre jours de navigation,
4Eugène Fromentin, Les Maîtres d’autrefois, Belgique-Hollande, présentation et notes
de Jacques Foucart, Le Livre de Poche, 1965, p. 34.
11 depuis notre départ d’Ostende, nous sommes entrés dans le port
5d’Amsterdam .
« De grands nuages, de minces horizons » ne nous quitteront pas. Les
grands nuages d’un ciel bas, bien plus proches et plus grands
qu’ailleurs, d’une espèce différente de ceux déjà vus, qu’ils
s’imposent en mer, en bordure des côtes ou sur la terre de ces pays
bas, semblent répondre à un besoin de relief, de volumes, et
d’infinies variétés que n’offrent pas le sol. Existent-ils en
compensation des minces horizons ? De cet effet de contrastes
extrêmes, les paysages vallonnés même légèrement, ou
montagneux, ont nul besoin. Les grands nuages déploient toute une
richesse formelle et colorée, en des configurations savantes et
mouvementées qui se déplacent, se déforment, sombres et
massives au premier plan, presque à la verticale, se répétant en
deux ou trois dessins qui se ressemblent, puis diminuant en
arrière, en couches peu à peu plus légères, jusqu’aux lointains
quand elles s’étirent en bandes claires laissant apparaître au fond
des filets de soleil orangé.
L’ensemble crée grâce à elles seules tous les éléments utiles à la
complète élaboration d’un paysage en perspective, savamment
agencé dans un espace mobile.
Le livre d’Eugène Fromentin est un récit de voyage en peinture.
6Peintre lui-même, son discours m’intéresse, plus encore parce
7qu’il est aussi écrivain , impliqué à plus d’un titre par l’écrit, en
tant qu’historien d’art et critique. Les Maîtres d’autrefois, devenu un
classique de l’histoire de l’art, fut un succès dès sa parution. Il faut
signaler que le voyage qui en est l’initiateur ne dura que trois
semaines, au cours desquelles la rédaction du livre fut entreprise.
Je viens de passer le même temps sur place que Fromentin, mais
seulement aux Pays-Bas. L’écriture de son livre ne l’occupa pas
plus de quatre mois au total, ce qui force l’admiration, autant que
l’étonnement ; constatant la richesse de l’ouvrage. On serait tenté
5 Toute ma gratitude va à Max Grammare, skipper, capitaine du Quetzal 2, et à
Anne-Marie Pierry, sans lesquels cette expérience exceptionnelle partagée entre
Voiles et Peintures, n’aurait pu avoir lieu.
6 Le Musée d’Orsay expose Eugène Fromentin dans la salle des Orientalistes :
Chasse au faucon en Algérie, la curée, 1863. Le Pays de la soif, 1869. Souvenir d’Ezneh,
Haute-Egypte, appelé aussi Femmes égyptiennes au bord du Nil, 1876.
7 Dominique est son roman, écrit le plus connu, paru en 1863, disponible
aujourd’hui en éditions de poche.
12 d’en faire un modèle, en tout cas de l’envier. Flaubert fut sensible
à cette langue admirable dans laquelle Fromentin écrit la peinture ;
il lui adressa, le 6 juillet 1876, une lettre enthousiaste pour le
féliciter. L’auteur écrit sur la couleur et la lumière, le clair-obscur,
le modelé et les valeurs. Pensant, analysant la peinture en tant que
peintre, il s’intéresse d’abord à la plastique de la peinture et moins
au sujet. Dans l’excellente préface qu’il consacre à la réédition du
livre en 1964, Jacques Foucart souligne que Fromentin, à propos
du sujet, n’adresse ses critiques qu’aux peintres du passé, qu’il ne se
montre que très réservé à l’égard de ses contemporains.
Celui-ci ne s’en cache d’ailleurs pas en déclarant qu’il ne se
sentirait pas à l’aise en abordant des choses trop contemporaines
et voisines de lui, s’agissant par exemple de l’influence qu’a pu
eavoir le paysage hollandais sur la peinture française du XIX siècle.
Pas d’allusion à L’Ecole de Barbizon, proche d’un impressionnisme
naissant, auquel il ne semble pas avoir eu accès non plus. En
revanche, il polémique avec Manet et ses proches, sans les citer,
8propos relevé par Jacques Foucart, dans sa préface . Fromentin
conteste le goût pour les derniers tableaux de Frans Hals, devenu
à la mode à cette époque, célébrés par « la jeune école française »,
écrit-il. Cette critique s’applique aux Régents et aux Régentes de
91664 :
« La main n’y est plus, commente Fromentin, il étale au lieu de
peindre, il n’exécute pas… les couleurs sont tout à fait sommaires… tout lui
manque, netteté de la vue, sûreté des doigts, le peintre est aux trois quarts
éteint… »
Autant j’apprécie la démarche de Fromentin, qui est venu voir
les artistes chez eux, ici en Hollande, comme j’aime à le faire pour
des peintres de différentes époques que j’évoquerai plus loin, et
cela en concevant un discours un peu à la manière d’une
conversation, parce que cette façon de rencontrer la peinture me
convient, autant, en revanche, je ne partage pas ses rejets, ses
réserves et plus généralement, je suis surprise de ses réactions, de
ses jugements. Ils s’opposent à ceux qui ressortissent de la façon
dont on peut regarder les œuvres du passé aujourd’hui.

8 Œuvre citée, préface de Jacques Foucart à Maîtres d’autrefois, p. 14.
9 Régents et Régentes de l’hospice Sainte-Elisabeth, 1664, tableaux exposés au musée
Frans Hals de Haarlem.
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