Corrida et flamenco : les origines

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La Corrida, loin de se réduire à une "boucherie", est une façon très ancienne de mettre en scène notre rapport difficile à la mort. Quant au Flamenco, loin d'être une simple danse, il traduit l'expression tragique qui se joue entre l'homme et la femme dans cette arène qu'est... le désir. Les taureaux ne sont pas les seuls à être imprévisibles, les sentiments aussi. Et si c'était là, dans cette Antiquité créatrice de sacré, que résidait l'origine de la Corrida et du Flamenco ?
Publié le : dimanche 15 novembre 2015
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EAN13 : 9782336395821
Nombre de pages : 122
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Laffitte
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CORRIDA ET FLAMENCO : LES ORIGINES
CORRIDA ET FLAMENCO : LES ORIGINES
© L’HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07634-8 EAN : 9782343076348
Jacques LAFFITTE CORRIDA ET FLAMENCO : LES ORIGINES Essai
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AVANT – PROPOS
Foncer tête baissée ?
1 Sur la Violence
Dans le débat « Corrida, pour ou contre ?» qui agite les esprits et les affectivités, il convient de ne pas « rentrer dedans » à l'aveuglette, sans ne rien y connaître car on risquerait de pratiquer à son propos ce que ses détracteurs lui reprochent, un assassinat. Mais culturel dans ce cas. Il faut y regarder à deux fois avant de supprimer ce qui a été et reste une manifestation à forte résonance émotionnelle (peur, suspense, concurrence homme-animal), avec un enjeu maximal (vie-mort), empreinte d'une dimension cérémonielle antique, quasi religieuse par son côté « sacrificiel ». De plus, si elle jouit d'une ferveur populaire très forte, ce n'est pas seulement en tant que survivance d'une tradition, mais parce que, parlant à l'imaginaire et même à l'inconscient, elle représente l'essence du religieux : une action et une émotion réunies dans une catharsis qui nous fait parcourir la distance allant de l'imaginaire au symbolique en le traduisant en acte. Agissant sur l'esprit autant que résonnant dans son corps, la Corrida exprime le vif de l'homme et de son désir de dépassement.
En effet, il nous semble que la Corrida trouve sa plus forte valeur sur le plan de ce qu'on pourrait appeler les « traitements culturels symboliques ». Qu'entendons-nous par là ? Il s'agit de la manière chaque fois particulière qu'ont trouvée les peuples pour traiter les graves questions auxquelles sont confrontés les groupes ou civilisations : identité-
1 Voir notre étude surViolence, notre zone aveugletéléchargeable sur le site de L'Arbre aux Signes www.spiritualite-libre.com 7
différenciation de la-des personne(s), rapports avec les animaux (nature divine ou simple machine biologique, question de la conscience de soi animale), relations entre la vie et la mort 1 (nourriture carnée), crises de rivalité mimétique , et enfin relations avec le-les dieu(x), du moins avec ce qu'on met sous ce vocable. Apporter des réponses à ces problématiques qui occupent l'esprit de l'homme, est un besoin social autant que culturel. Et pas plus que l'homme n'est intangible, ces réponses ne doivent être absolues ou figées.
Quel est l'enjeu ? La Corrida est une façon spectaculaire de re-présenter ces interrogations majeures. En cela elle attire et angoisse les foules avec une intensité que lui envient les églises. Elle opère le même genre de traitement que les grandes manifestations sportives dont la fonction est de transmuer la violence réelle en enjeu symbolique. Les sports d'équipe (foot, rugby, et tous les sports de balle) réalisent la translation du combat physique à celui, abstrait, d'un score de points. Cette opération symbolique en fait une des plus belles créations humaines ; elle permet d'apaiser, de réduire les conflits, d'apprendre à l'homme à maîtriser ses « passions ». Et à produire du plaisir, y compris esthétique, dans les prouesses réalisées, là où il y avait haine et envie meurtrière. Ce dépassement inaugure civilité et culture.
Ne pas être dupes
Il ne faut jamais oublier que le sentiment, l'émotionnel, et même ce qui est moral, peuvent être instrumentalisés et servir à la manipulation des masses, l'histoire et les religions l'attestent, mais également les médias : on monte en épingle un fait divers individuel (lié à l'enfance par exemple) dont on nous
1 Nous faisons là référence aux analyses majeures de René Girard dans ses différents livres (Le bouc émissaire, La violence et le sacré, etc.) et à ses concepts très éclairants de « meurtre collectif » et de création de sacré. 8
repaît pour montrer qu'on a une haute conscience, incarnée à bon compte par les chaînes d'information, qui nous prouvent ainsi qu'elles sont honnêtes et morales. Et on passe sous silence ce qui impacte réellement et durablement la santé de populations entières (pollution à l'amiante niée pendant des 1 décennies alors qu'elle était dénoncée dès 1972 ), la sécurité (Bhopal, Tchernobyl, Fukushima, report sur les générations futures du démantèlement des centrales), la vie des gens (mines 2 de cuivre en Rhodésie qui infectent les populations , mines d'uranium au Gabon générant des cancers dans les populations environnantes), etc.
Pourquoi ce déséquilibre et ce silence sur ce qui cause mort et maladie de populations entières et de leur descendance ? Parce qu'il y a des intérêts financiers toujours proches du pouvoir quelle qu'en soit la couleur momentanée.
Donnez-nous notre violence quotidienne Ce n'est pas simplement la pression des institutions (grosses entreprises, états, multinationales, etc.) qui induit ce quasi silence devant la violence faite aux masses. Ni non plus l'indignation vertueuse devant le fait de montrer quelque chose de « dur » ou violent puisqu'on nous submerge par ailleurs du spectacle de lahaine sanglante à longueur de films. Il faut bien voir que ce n'est pas simplement une incongruité : ces deux opposés sont complémentaires et même indispensables. Pour quoi ? Pour occulter l'implacable violence 3 réelle,instituée, du « libéralisme » spectaculaire-marchand . On nous mithridatise ainsi, à dose quotidienne de violence et d'injustice par la monstration ad nauseam de fictions sanglantes,
1 Par Fournier dans Charlie Hebdo, à plusieurs reprises ; et il montrait le rôle criminel des commissions ad hoc composées des membres de l'industrie qui étaient donc juges et parties. La classe politique, les syndicats patronaux, tout le monde détournait les yeux. 2 Et ne paient quasiment pas d'impôts alors que le cours du métal n'a jamais été aussi haut ! Ces compagnies font des milliards de bénéfices : si elles payaient ce qu'elles doivent le PIB de la Rhodésie serait doublé ! 3 L'expression est de Guy Debord dont nous recommandons chaudement le livre « La société du spectacle » (Ed. Buchet Chastel) : il est d'une criante actualité dans nos sociétés post-modernes où tout n'a de valeur que si c'est montré. 9
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