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Créations africaines pour la jeunesse

128 pages
En littérature, dans les revues, au cinéma, au théâtre, de nouvelles écritures pour la jeunesse s’affirment, qui délaissent la pédagogie pesante pour réécrire ludiquement la modernité. Exploration, coups de cœur et critiques.
Entretiens avec Henriette Zoughebi, Véronique Tadjo, Vincent Nomo, Mary Jay, Kidi Bebey, Dani Kouyaté, Mustapha Dao, Binda Ngazolo, Florisse Adjanohoun.
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n022, novembre 1999

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Couverture:

Illustration

de Banza Marna Jeux de la guerre

Editorial:

C'est quoi au juste

un enfant?
Peinture rupestre
Afj'ique du Sud

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- {va, c'est quoi au juste, un el~fant ?
- C'est quelqu'un conl1ne toi. COnlnle !noi, c'est quoi?

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- C'est un elifant. " Francis Bebey, L'e1!fant-pluie, Sépia
1994. qu'il n'était pas considéré comme un résistant à l'apprentissage qu'il faut absolument " enseigner" ? En littérature comme au cinéma ou au théâtre, de nouvelles écritures s' affirment, qui délaissent une pédagogie trop marquée et souvent si pesante pour allier, comme le disait encore Amadou Hampâté Bâ, " le futile à l'utile ". Et l'on voit que, plus que jamais, quand il s'agit de s'adresser à tous, le conte, par la force de ses images, reste dans toutes les formes artistiques le vecteur privilégié de la transmission des valeurs essentielles. Sa morale n'est en rien passéiste, comme on veut souvent nous le faire croire, quand il est réécrit par la modernité. La critique confond souvent gravement le cadre et le propos: ce n'est pas parce qu'une histoire de déroule en brousse qu'elle est figée dans un passé immémorial. Puisant dans les valeurs ancestrales, originales, que les contes illustrent, les créateurs contemporains

C'est quoi au juste, un enfant? " Un adulte sans barbe", répondait Amadou Hampâté Bâ ! " Arrêtez les niaiseries! ", tonne le cinéaste griot Dani Kouyaté face à la multiplication des créations avilissantes pour la jeunesse. Pour lui, l'exigence est de trouver le langage qui parlera aussi bien à l'enfant qu'à l'adulte, à l'adulte qu'à I'.enfant. Ce n'est qu'à cette condition que l'on arrêtera de prendre les enfants pour des imbéciles. La psychologue Françoise Dolto ne conseillait-elle pas aux parents de s'adresser à leur enfant COll11ne un adulte, et cela dès la naisà sance, pour ne jamais l'infantiliser? Cela impliquerait aussi de lâcher le carcan pédagogique obligé du message à forcer dans les petites têtes supposées ne pas vouloir écouter! Les formes d'apprentissage traditionnelles (observation, imitation, participation) ne sontelles pas issues de la confiance dans la volonté d'apprendre de l'enfant, puis-

les réécrivent dans une lTIodemité qui en font souvent un appel au dépasselTIent des normes traditionnelles obsolètes afin d'exalter et/ou retrouver en chacun de nous, petits et grands, " adultes sans barbe et en.fants avec barbe ", la vitalité de l'enfance. 0 Olivier Barlet ri,

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par Boniface

Mongo-Mboussa
rOU1lla,etc.). On est donc face à une littérature résolument moderne au sens où l'entend Octavio Paz, c'est-à-dire une littérature extrêmement critique. Critique à l'égard de la société dans laquelle vit l'écrivain, critique du langage qui devient à son tour création de langage. A l'instar de cette littérature dite "majeure" qui a acquis ses lettres noblesse, la littérature de jeunesse comlllence à s'affITmer. Sur le plan éditorial, on note l'émergence de plusieurs maisons d'éditions locales: Editions Gandal en Guinée, Ruisseau d'Afrique au Bénin, Le Figuier au Mali, etc.. Du point de vue quantitatif, une étude de la revue Takam Tikou, le bulletin de La Joie par les livres, signale dans son premier numéro de février 1989 qu'en

Même si cela commence à faire bondir de jeunes écrivains africains qui rejettent à juste titre le culte de la différence, la littérature négro-africaine se présente à son origine, pour reprendre l'expression de Bernard Mouralis, comme une contre-littérature. ContraireIllent à ce qui est admis, cette littérature n'est pas au prime abord la dénonciation de la violence coloniale; elle est avant tout la réappropriation d'un espace que l'exotisllle et les récits de voyageurs ont longtelnps identifié à l'enfer. A ce titre, la littérature négroafricaine est une littérature de refus. Refus de l'exotisme. Refus d'être éternellement regardé sans regarder à son tour. Refus d'une certaine langue prête à écrire véhiculée par l'institution scolaire (Césaire, Ouologuem, Kou-

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1988, le nOlnbre de nouveaux titres pams en Afrique ou en France avec un auteur et/ou un illustrateur afucain atteignait le cap S)'l11boliquede la centaine. (1) Sur le plan de la réception, cette littérature s'installe progressivement sur la scène internationale et l'on voit que cette allIée, à la Foire Internationale du Livre de jeunesse deBologne en avril et au Salon du livre de Montreuil en décelnbre, la littérature de jeunesse africaine est à I'honneur. Mais c'est surtout au niveau des créateurs que s'amorce la nouveauté. A cet égard, on retiendra l'émergence d'auteurs conlffie Véronique Tadjo. Après avoir fait une entrée en littérature assez relnarquée avec A vol d'oiseau (1982) et Latérite (1984), Véronique Tadjo s'affmne actuellement COlnme l'un des auteurs de littérature de jeunesse le plus intéressant. De plus, elle est à la fois auteur de texte et d'illustration. La qualité de ses illustrations tient à lill parti-plis plastique faisant de ces images une production colorée à la dimension primitive, quasi rupestre pour certaines d'entre elles; images coupées d'une référence au réel stIictement illustrative pour évoquer un univers circonscrit à celui du conte et aux images qu'en fait naître la lecture. L'autre originalité de l'auteur réside dans le choix des problématiques où l'on sent une volonté d'ancrer ses textes dans un univers culturel ivoirien, voire africain. Si Grand-Mère Nanan (1996) évoque avec tendresse et pudeur le rapport entre une grandmère et ses petits-fils, Le Seigneur de la danse (1988), inspiré de la tradition sénoufo, rythmé comme un poème, est un hommage aux masques et à la dan-

se des Sénoufo, peuple du nord de la Côte d'Ivoire. Quant au conte ManlY Ulata et le monstre (1993), il est la "ré écriture" d'une légende toujours présente dans l'imaginaire, aussi bien en Afuque occidentale que centrale. Il s'agit d'Lule femme féétiquemi-poisson mi- felnme, excessivement belle et qui dispense pouvoir et tichesse aussi longtemps que son élu lui reste inconditionnellement loyal, mais qui le détruit à la nl0Îndre infidélité. Dans son conte, Véronique Tadjo en reprend certains traits: la générosité et la bonté. Malny Wata et le nl0nstre relate l'histoire d'un jeune homme qu'une méchante sorcière a changé en monstre parce qu'il refusait d'épouser l'une de ses filles. Devenu monstre, le jeune avale hOlmnes, femmes et poissons. Alertée, Mamy Wata va voir de plus près ce qui se passe et s'installe dans la grotte du monstre. Ayant du mal à s'endormir, le monstre laisse échapper de longs gémissements. Ses larmes touchent Mamy Wata qui se

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nlontre gentille à son égard. Le nl0nstre lui raconte alors samésaventure. Prise de compassion,la reine des eaux rend au monstre sa fonne humaine. Véronique Tadjo ne s'est pas
contentée de suivre le conte à la lettre: elle le réécIit.Dans le conte traditionnel, la génerosité de Mawy Wata est anlbiguë; elle n'est possible qu'à une condition: la fidélité du bénificiaire. Autrement dit,Mawy Wata n'est généreuse qu'avec celui qui signe "un pacte" de fidélité avec elle. Le récit de Véronique Tadjo le subvertit: la bonté de MamyWata relève de la charité et non d'tu1 amour intéressé comme le veut la légende. Il y a là un véritable travail d'écriture: elle s'inspire de la
tradition, mais sans en être prisonnière.

Et ce faisant, en modifie la morale. Dans le conte originel, la Inorale est claire: vivre chicheInent et libre vaut Inieux que vivre riche et esclave. Tadjo, va plus loin. Son conte est un clin d'œil au précepte chrétien: aime ton prochain comme toi-nlême. Ce travail de réécriture n'est pas toujours heureux chez tous les écrivains. Ahmadou Kouromna, unanimement salué par la critique pour l'autre versant de son œuvre, est moins convainquant dans ses essais de littérature de jeunesse. Même s'il affirme, dans la postface de Yacouba chasseur afiicain (1998) que son objectif est d'instruire en divertissant, c'est bien l'instruction qui prime sur le divertissement. Et pourtant, l'épopée des chasseurs reste la source d'inspiration commune de Yacouba chasseur africain et de En at-

son travail sur l'inlaginaire, il reste dans le premier très conventionnel dans la conduite du récit. On tOlllbe là dans un travers classique de cette production, où littérature pour enfants est souvent synonynle d'enfantin. Dans l'avant -propos, Kourouma indique que la nostalgie d'une époque où l' association des chasseurs traditiomlels était à l'honneur lors de l'initiation est à l'origine de Yacouba chasseur qfricain. Mais force est de constater que Kourouma ne réussit pas à ressusciter cette époque par la magie des mots. Bien moins que CamaraLaye qui excelle dans L'enfant noir (1954) sur ce même sujet, même si ce roman ne relève pas de la littérature pour enfants. Malgré ses défauts de jeunesse cette littérature afiicaine de jeunesse n'en constitue pas moins un apport important pour la décolonisation des esprits, et peut déjà servir de frein à la fulgurance de l'aliénation toujours galopante en Afrique. Son existence créé un vivier de lecteurs futurs et conlble ainsi le fossé entre la modernité de la littérature dite "majeure" et les balbutiements de la littérature de jeunesse. Car cette littérature ne répond-elle pas par sa seule existence à l'inquiétude du grand écrivain nigérian, Chinua Achebe, qui il y a quelques années se posait cette question: "Colnment allons-nous faire de la littérature africaine la base des études à l'université alors que nos enfants sont élévés avec de la littératu-

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(1) Takam Tikou n0185 de février 1989, p.123, cité par Cécile Lebon, La littérature africaine de jeunesse sort de ses frontières, Takam Tikou nOlo (2) Chinua Achebe, cité par Henry Chakava dans Takam Ti/wu n° 7, 1998, p.24.

tendant le vote des bêtes sauvages (Prix du livre Inter 1999). Alors que dans ce dernier,Kouroumaexcellepar

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entretien

avec

Véronique

Tadjo
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Véronique Tadjo puise dans les mythes et les contes pour peindre des histoires hautes en couleurs~ Arrivée dans la littérature de jeunesse" par hasard ", cette franco-ivoirienne a développé un style bien à elle. Vous travaillez sur des ouvrages de jeunesse depuis cOl1lbien de temps? Depuis environ huit ans. J'ai fait en tout six titres, dont cinq albums illustrés et un recueil de contes et de nouvelles, avec des illustrations en noir et blanc. Olnment avez-vous choisi la littérature pour enfants? Tout à fait par hasard. A une foire du livre, j'ai discuté avec un éditeur qui se plaignait du manque de littérature pour enfants africains. Cela a déclenché quelque chose en moi. J'ai d'abord fait un recueil de contes et de nouvelles, La Chanson de la vie. Mon premier album, Le Seigneur de la danse, je l'ai écrit en Angleterre. J'avais une nostalgie terrible de lTIOn pays. Je venais de passer deux ans en pays sénoufo, au nord de la Côte d'Ivoire. J'ai ainsi fait de mon premier livre un hOlnmage aux masques.

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Vous vous inspirez beaucoup des contes. Je puise dans notre patrimoine culturel : des personnages mythiques comme Mamy Wata, ou encore le masque, ou un conte traditionnel que je réécrit et que j'adapte pour les enfants d'aujourd'hui. Grand,nère Nanan est un hommage à la grand-mère, elle aussi détentrice de nos traditions. VOilSfaites aussi les illustrations. Oui, et c'est un grand plaisir, une entière liberté de concevoir l'album du début jusqu'à la fin. Ça s'est fait aussi par hasard. Je ne suis pas un exemple de bonne dessinatrice. Je ne fais pas du dessin 1999.rl;f,

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classique. J'ai commencé à dessiner comn1e ça et con1Ine ça plaisait, j'ai continué. Mais il faut dire que n1a Inère était peintre et sculptrice. Chaque albunt a lllle identité bien distillcte. Je trouve que c'est terrible pour un artiste de se répéter. Cela dépend aussi du sujet. Pour Grand-fflère Nanan, il s'agissait de Ina propre grand-lnère. Je ne me voyais pas en train de la dessiner. Par contre, j'avais des photos que je voulais utiliser. Alors, COlnn1entallier ces photos à l' in1aginaire et au dessin? C'est en quelque sorte le sujet qui ln' a imposé cette démarche. Pour Le Seigneur de la danse, j'ai puisé toute mon inspiration dans la culture sénoufo, en y apportant la couleur, la mise en situation. CO/liment ont été accueillis vos
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ouvrages en Afrique? En général, assez bien. La Côte d'l voire se distingue par ses avancées: il con11nence à y avoir une habitude de lecture. Dans les supermarchés d'Abidjan, on trouve les livres de jeunesse qui ne sont plus cantonnés aux quelques librairies: les gens COlnn1encent à prendre 1'habitude d'acheter un livre pour leurs enfants. Il y a aussi de plus en plus de titres, de plus en plus d'auteurs et d'illustrateurs qui envoient leurs travaux de l' extérieur de la Côte d'Ivoire. Y a-t-il de plus en plus d'auteurs qui s'intéressellt à la jeunesse, de jeunes auteurs? Je crois qu'on commence à comprendre l'Ünportance de la littérature pour la jeunesse. On dit toujours que les Africains ne lisent pas, mais si l'on n'apprend pas aux enfants à aimer la littérature, à aimer le livre, à avoir lill rapport agréable avec le livre dès leur plus jeune âge, ils associeront le livre à l'école. Ce ne sera jalnais un plaisir pour eux. Dès lors, pourquoi achèteraient-ils des livres une fois adultes? Le livre est aussi très important pour le développement affectif, intellectuel et culturel de l'enfant. Il y a des générations qui n'ont eu que des livres importés. Que pensent ces enfants? Que leur culture n'a aucune valeur! Quels échos avez-vous ell des enfants ? Les enfants aiment énormén1ent

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qu'on leur raconte des histoires et ils aitnent en inventer eux-mêmes. Ils sont très sensibles à la poésie. Ecrire pour les enfants donne parfois des plaisirs bien plus grands qu'écrire pour les adultes. C'est une autre délnarche, une autre façon de dire. 011pense facilement que la littérature jeu Ilesse est un gellre littéraire IIIOÎlIS Îlnportant que celle, "sérieuse", pour les adultes. Absolument. En plus, quand on est femme et qu'on décide d'écrire pour les enfants, on pense que c'est naturel, que c'est normal. Beaucoup de gens pensent que la littérature de jeunesse est une sous-littérature, que c'est facile d'écrire pour les enfants. Mais on s'aperçoit très vite que la bonne littérature jeunesse est très exigeante. C'est comme pour la littérature en général: il y a de la bonne fiction et de la mauvaise fiction. Un bon livre pour la jeunesse est un livre qui dure. Vous allimez aussi des ateliers. Oui, des ateliers d'écriture et d'illustration de livres pour la jeunesse.Le principe est d'aller dans un endroit demandeur de ce genre d'ateliers, où cette littérature est presque inexistante. L'idée est de faire travailler de jeunes illustrateurs et des auteurs, 12 à 15 en général. Parfois ce sont des auteurs plus confinnés mais qui n'ont jamais fait de littérature pour la jeunesse. Il peut aussi y avoir de

jeunes auteurs. Ils découvrent parfois tout un aspect de leur culture, parce qu'on est obligé de faire un sacré défrichage du patrin10ine culturel et des problèmes des enfants d'aujourd'hui pour trouver des thèmes qui pourront intéresser .Des ateliers ont ainsi été organisés à Haïti, au Rwanda, au Bénin, en lIe Maurice, au Tchad, au Mali... Mêlne si ell Afrique, il y a peu de livres de jeu Ilesse, en Occident on trouve toute line panoplie de livres faits sur l'Afrique par des Occidentaux. Oui, ils alTivent aussi en Afrique. Mais c'est une autre vision de l'Afrique. Ce11ains sont très bien mais ils sont souvent pleins de bonnes intentions. Ils se trahissent par des détails qui ne sont pas authentiques. Les histoires tournent souvent autour des animaux, de la nature. Les vrais problèmes ne sont pas abordés, ceux de l'Afrique contemporaine. Quels SOllt vos projets pour vos prochains livres? J'en ai deux. Dans le premier, je vais essayer d'aborder un thème plus urbain et contemporain. L'autre, c'est une anthologie de poésie pour la jeunesse, un cheminement dans la poésie africaine, 1'histoire de l'Afrique racontée par des poèmes. 0
Propos recueillis par TainaTervonen Paris, mars 1999

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Auteur-illustrateur de deux albums publiés aux Editions Akoma Mba, Le cri de la forêt et Le vieux char, le Camerounais Vincent Nomo a obtenu le Prix Unicef pour la Promotion du Livre pour Enfants en 199711Ses livres sont diffusés par Les Classiques Africains en France et en Afrique.
C0l11ment êtes-vous venu à illustrer des albums pour la jeunesse? Je suis anivé dans la littérature pour enfants par hasard. Au départ, je travaillais comme caricaturiste-correspondant pour Dikalo, un journal privé de Douala, sous le pseudonyme de " Malyk ". Cela me permettait de payer mes études d'ingénieur de maintenance. En 1994, après l'obtention de Inon diplôIlle, j'entends parler d'un stage pour dessinateurs, organisé par un écrivain belge au Centre Culturel Français: Marie Wabbes, auteur de 100 albums. Après avoir vainement cherché des livres pour enfants faits au Cameroun, elle a décidé de fOImer des dessinateurs qui puissent réaliser des albums à partir de la culture locale mais dans les normes internationales. C'est le début de l'aventure. L'atelier est plutôt une rencontre de critique. Chacun travaille chez soi, et le mercredi nous nous retrouvons au Centre culturel français. Au bout de 6 mois, 10 artistes sur les 30 du départ traversent la ligne d'arrivée. Onze projets ont été réalisés. Une exposition triomphale est organisée à Yaoundé, suivie d'une participation à

la foire de Bologne en Italie en avril 1995. Trois projets vont retenir l'attention de la Coopération néerlandaise qui décide d'en financer l'édition: Matikè l'enfant de la rue, Bella au cœur d'or et Le cri de la ,forêt dont je suis l'auteur.
. Votre dernier album traite du thèl11e de la guerre, fnais sans grand discours, dans une histoire insolite d'un vieux char abandonné. COl1l1tlent avez-vous choisi ce thème et cette façon d'aborder le sujet ?

L'histoire du vieux char m'a été inspirée par l'Angola. En 1994, l' Afuque a cru voir se réaliser un vieux rêve: la fm de la guerre dans ce pays. C'est en regardant les images de soufftance d'enfants et de femmes mutilés par les mines anti-personnels à la télé que j'ai eu l'idée. Démobiliser plus de 150 000 personnes dont le métier depuis 25 ans était de faire la guerre allait poser des problèmes d'intégration. Et j'ai imaginé cette histoire pour proposer tIDealternative. Transfonner" nos épées en socs de chanTIes" comme le dit la

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