CRÉATIONS ARCHITECTURALES ET ARTISTIQUES EN AFRIQUE SUB-SAHARIENNE (1948-1995)

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L’activité des Bureaux d’Etudes Henri Chomette en Afrique de l’Ouest débute avant les indépendances et s’achève au milieu des années 1990, et compte un corpus d’œuvres très variées qui couvrent tous les champs de l’architecture et de l’urbanisme en Afrique. L’impact des traditions artistiques et artisanales africaines dans l’œuvre des BEHC est indéniable. A travers elle, l’histoire, la symbolique, la mythologie, le rituel et le sacré occupent une place capitale dans une architecture urbaine conçue par des architectes et artisans chevronnés.
Publié le : dimanche 1 décembre 2002
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EAN13 : 9782296301122
Nombre de pages : 257
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CREATIONS

ARCHITECTURALES

ET ARTISTIQUES EN AFRIQUE SUB-SAHARIENNE (1948 - 1995) BUREAUX D'ETUDES HENRI CHOMETTE

Collection Les Arts d'ailleurs Dirigée par Dominique Berthet, Dominique Chateau, Giovanni Joppolo, Bruno Péquignot

Cette collection s'adresse à tous ceux qu'intéressent les formes d'art qui ont pu émerger ou émergent encore à l'écart du champ artistique dominant. Non seulement les arts dits premiers (africains, océaniens, etc.), mais toute manifestation d'art contemporain où une culture « non

occidentale}) s'exprime

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d'Afrique, d'Asie... et d'ailleurs. Les livres de la collection, monographies ou traités, développent une approche ethnoesthétique, historique, philosophique ou critique.

art de la Caraïbe, d'Amérique du sud,

Michèle TOBIA-CHADEISSON, Le fétiche africain. Chronique d'un « malentendu », 2000. Marlène-Michèle BITON, L'Art des bas-reliefs d'Abomey. Bénin / exDahomey, 2000. Dominique BERTHET (sous la dir.), Les traces et l'art en question, 2000. Jacques PIBOT, Les peintures murales des femmes Kasséna du Burkina Faso,2001. Dominique BER THET (dir.), Vers une esthétique du métissage?, 2001.

Les Arts d'Ailleurs

Diala TOURE

CREATIONS ARCHITECTURALES ET ARTISTIQUES EN AFRIQUE SUD-SAHARIENNE

(1948 - 1995)

BUREAUX D'ETUDES HENRI CHOMETTE

L'Harmatt4U1 5-7, l1IC l'École-Polytechnique de 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita ll. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan halia Via Bava. 3ï 10214 Torino ITALŒ

(Ç)L'Harmattan,

2002

ISBN: 2-7475-3156-2

A mes frères, Mamadi et Aboubacar Touré

INTRODUCTION

GENERALE

Au même titre qu'une histoire de l'art ou plutôt des arts africains, la légitimité d'une histoire de l'architecture en Afrique est indéniable. Cette histoire se situe dans un contexte spatio-temporel qu'il est nécessaire de délimiter; elle fait également appel à des notions mêlant étroitement une histoire culturelle à une histoire technicienne de l'art du bâti. C'est la dimension culturelle de la création architecturale qui nous intéresse. Le manque d'historiographie sur le sujet et la propension dévoyée des sociétés occidentales à concentrer l'image de l'architecture africaine vers un pôle artistique "traditionnel simpliste" ne tenant pas compte de l'évolution des techniques et des conditions socioéconomiques ont motivé notre étude. Retracer la situation de l'architecture durant la période coloniale et post-coloniale en Afrique de l'Ouest, nous a permis, d'une part dans une première partie, de saisir les mécanismes et les enjeux du système administratif lié à la production d'une architecture locale, d'aborder et de comprendre la question de l'évolution des modèles en architecture (importation d'un bâti préfabriqué à la fin du XIxe siècle, modèle de la maison à veranda, émergence d'une architecture régionaliste française, timides références à une architecture soudano-sahélienne dans les années 1920, références incontournables au Movement Moderne, etc.). Nous avons également cherché à identifier les principaux circuits de la commande publique, les conditions d'obtention de marchés, les programmes, les nouveaux maîtres d'œuvre et maîtres d'ouvrage au cours des années 1960. Dans une seconde partie, nous nous sommes attachés à réaliser l' étude monographique de l'architecte Henri Chomette, en tentant de cerner les conditions de son départ de France et de son installation en Afrique au début des années 1950, puis nous avons procédé à la définition et à l'identification de l'activité et du dispositif professionnel des agences Chomette. Dans une troisième partie, nous avons étudié dans quelle mesure l'utilisation de sources iconographiques tirées de la mythologie, de la symbolique, de l'art et de l'artisanat africains ont contribué à une innovation architecturale alliant tradition et modernité de la part des Bureaux d'Etudes Henri Chomette.

Dans une dernière partie, nous avons effectué un découpage programmatique sous forme de fiches-type regroupant les thèmes suiyants : les administrations publiques, l'architecture commerciale, les ambassades, les bureaux, les ouvrages d'art. Au départ, notre projet clairement établi en apparence, semblait aisé: l'évolution de la commande en architecture dans une période de transition (les années 1950) et après les indépendances, à travers l'analyse d'un cas précis: le dispositif d'une agence d'architecture. L'activité regroupe les modes de conception et de réalisation des projets d'architecture et d'aménagement urbain, les modes d'exercice, la coordination locale et la direction complète des chantiers sur place, l'accès à la commande et les rapports avec les instances administratives locales. Les bureaux d'études Henri Chomette représentent un ensemble d'architectes exerçant en mode libéral et relevant du secteur privé. Chaque structure dirige de manière autonome la totalité des travaux et comprend architectes, ingénieurs et artisans regroupés sous le terme générique de "bureau d' études" 1. Le cadre géographique est vaste et englobe principalement les pays francophones d'Afrique de l'Ouest, ex A.O.F. Les agences Chomette ont connu un développement assez homogène dans cette partie de l'Afrique 2. Ces dernières ont connu des situations particulières du fait de leurs positions géographiques et de leurs conditions historicopolitiques, socio-économiques et climatiques très différentes de celles concernant l'Afrique sub-saharienne. Malgré tous nos efforts d'englober l'ensemble des pays faisant partie de l'ex-A.O.F 3., les informations plus facilement accessibles portent sur le Sénégal et la Côte d'Ivoire.

1 Le tenne "bureaux d'études" désignant les agences d'architecture Henri Chomette diffère du tenne générique. L'appellation B.E.T. (bureaux d'études techniques) répandue en France, dans les années 1950, représentait une association d'ingénieurs, d'économistes et de géomètres dont la mission était de rationaliser la production. 2 Nous limitons délibérément notre étude à l'Afiique de l'Ouest bien que les agences Chomette aient construit de nombreux édifices et ouvrages d'art dans d'autres zones de l'Afiique (Afiique du Nord, Afrique de l'Est, Afiique Centrale). 3 L'ex-A.O.F. (Afrique Occidentale Française) était composée de huit colonies: le Sénégal, la Mauritanie, le Soudan (Mali), le Niger, la Guinée, la Haute- Volta (Burkina Faso), la Côte d'Ivoire et le Dahomey (Bénin).

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Il a fallu rapidement et longuement recourir à la consultation de sources administratives variées faisant appel à des notions historico. politiques et économiques, bien souvent difficiles à cerner pour des non-spécialistes. La situation endémique de l'image de l'architecture contemporaine est à l'origine de cet ouvrage. Après des recherches approfondies sur les caractères de cette architecture dans la majorité des écoles d'architecture et d'art, les bibliothèques universitaires et publiques, nous nous sommes rendus compte du caractère deficitaire de l'information sur ce sujet et de la carence documentaire dont souffraient les centres de recherches et de documentation. Pire encore, du rejet que semblaient faire des enseignants et étudiants en prétendant qu'il n'existait pas de types propres d'architecture contemporaine en Afrique du fait de la prééminence du modèle occidental en vigueur depuis la période coloniale. Face à la profusion des modèles et des styles, face à la diversité des approches conceptuelles et formelles, face à la diversité des programmes et des politiques qui ont emergé au moment des indépendances, personne ne semblait s'être demandé ce qu'il en était de l'architecture principalement dans des milieux où il existait une forte croissance urbaine au moment des indépendances et bien après. Cette question nous a semblé essentielle et nous a entrainés à poursuivre nos investigations. Dans les années 1970, des historiens de l'architecture de renom comme Labelle Pmssin, Susan Denyer, Bernard Rudosky 4 se sont interrogés sur les sources et la signification de l'architecture dans les sociétés africaines. Il s'agissait d'approches originales et inédites mais uniquement centrées sur l'architecture traditionnelle: l'architecture de terre des mosquées bordant le delta du Niger ou encore les signes et les symboles d'une architecture populaire en Afrique de l'Ouest. L'ensemble de la littérature concernant l'architecture en Afrique se limitait à son caractère typologique et factuel (matériaux employés, dimensions, etc...) avec une analyse plus ou moins développée traitant de l'aspect socio-anthropologique des sociétés tribales qu'il était toujours bon de rappeler.
4 Labelle Prussin, The Architecture of Djenne : African Synthesis and Transformation, thèse de Doctorat, Université de Yale, 1973. L. Prussin, Hatumere: Islamic Design in West Africa, Berkeley, University of California Press, 1986. Susan Denyer, African Traditional Architecture, Heineman, Londres, 1978. Bernard Rudofsky, Architecture without architects, Museum of Modern Art, New York, 1965.

Il

Ce premier constat établi, nous avons cherché à identifier les architectes travaillant en Afrique de l'Ouest avant et après les indépendances, en analysant la nature des programmes et les réponses conStructives des aménageurs urbains. La lecture de l'ouvrage d'Udo Kultermann Architecture Nouvelle en Afrique 5 a ouvert une première brèche dans la mesure où il dresse un bilan des réalisations architecturales contemporaines à cette période sur l'ensemble du territoire africain. Cette approche objective, en l'espace de quatre décennies, fait figure d'exception et constitue l'une des rares sources bibliographiques entièrement consacrée à la situation de l'architecture en phase de mutation dans les années 1960. Des approches thématiques sur la question de la construction dans les colonies d'A.O.F. ont également fait l'objet de publications dans des revues spécialisées et ont contribué à notre information 6. Bien maigre butin, lorsqu'on considère le développement gigantesque de villes comme Dakar et Abidjan, plaques tournantes internationales et laboratoires où se sont confrontés de nombreuses théories architecturales et urbanistiques. Le Sénégal et la Côte d'Ivoire ont peut-être bénéficié de relations "privilégiées" avec la France, mais l'image de l'architecture s'est cantonnée à l'expression d'un contagieux anonymat dont l'Europe et les pays anglo-saxons ne semblent toujours pas s'inquiéter outre mesure. Si la période coloniale a été à l'origine d'un système d'anéantissement culturel des populations africaines par le système administratif, on se rend compte que la situation de l'architecture est étroitement liée à ce même système administratif colonial qui, à partir de la métropole, définit et conditionne son mode d'existence à travers son instrumentalisation politique (FIDES, plans décennaux, sociétés d'économie mixte, etc...). La période qui suit les indépendances permet d'analyser l'évolution de la commande assortie de nouvelles conditions politiques, économiques et sociales et les nouveaux rapports entre donneurs
5 U. Kultennann, Architecture Nouvelle en Afrique, Morancé, Paris, 1963. 6 Des numéros spéciaux de revue d'architecture sont consacrés aux constructions dans les colonies : Techniques et Architecture, numéro spécial, Le Soleil, 1943 ; L'Architecture d 'Aujourd 'hui, n03, spécial France d'Outre-Mer, septembre-octobre 1945, 16 e année ; Techniques et Architecture, spécial Eclairage, 1946 ; l'Architecture Française, n0165-166, mai 1956, spécial "Architecture en Afrique Occidentale Francaise" ; l'Architecture Française, n0209-210, l'Architecture dans le monde", janvier-février 1960, Architectural Forom, vol.18, n06, june 1963.

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d'ouvrage et maîtres d'œuvre. Les bouleversements qui ont alors lieu entrainent une explosion de la demande en édifices (administrations publiques, logements sociaux, équipements sanitaires, scolaires, culturels) de la part des gouvernements: cette expression traduit la fermentation d'un levain économique que les crises successives des années 1980 anéantiront de plein fouet. L'enjeu pour la majorité des maitres d'œuvre réside dans l'innovation architecturale reflétant un équilibre entre tradition et modernité. L'objet de ce travail est de comprendre les enjeux et la logique de fonctionnement d'agences d'architecture en Afrique de l'Ouest, les bureaux d'études Henri Chomette, à partir de problématiques spatiales, constructives, programmatiques, socio-économiques et culturelles. Il s'agit d'une approche inédite dans ce domaine car aucun travail n'a été réalisé auparavant sur l'agence d'architecture et les conditions de la pratique professionnelle en Afrique de l'Ouest, dans les années précédant et suivant les indépendances. C'est à ce niveau que réside la première difficulté: comment ouvrir la voie à un champ d'analyse sans exemples précédents en faisant preuve d'objectivité? Comment éviter une "héroïsation excessive" de l'architecte Henri Chomette en soulignant son engagement et sa défense d'une architecture africaine dans une période charnière où la transposition des modèles universels semble être la panacée? Chomette, loin d' être un thaumaturge, mise sur une architecture africaine empreinte des réalités socio-économiques, issue d'un répertoire conceptuel et formel local, ne souffrant pas d'apports superflus, souvent grotesques et dispendieux. C'est un novateur (au point de vue formel et technique) qui participe activement à la relance du secteur industriel en développant des cimenteries et des briqueteries et en intégrant artisans et artistes africains au sein des structures locales. Notre méthode de travail a été le dépouillement des archives de l'architecte accompagné d'une série d'entretiens avec Henri Chomette de 1992 a 1995 7 et avec ses collaborateurs Jean-Pierre Lupi, Marcel Proriol, Roland Depret, Pierre Chomette, par la suite. Nous avons également effectué des enquêtes de terrain et visité la plupart des édifices réalisés par les B.E.H.C. au Sénégal et en Côte d'Ivoire. Une première difficulté s'est présentée lors du dépouillement des archives de l'architecte. Nous nous sommes rendu compte de
7 Henri Chomette est décédé à Grenoble le 21 juillet 1995.

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l'impossibilité matérielle de réunir toutes les sources concernant les agences basées en Afrique de l'Ouest. L'accès difficile aux informations est dû à la destruction des sources ou à leur dispersion clans l'espace et clans le temps 8. Il est également un fait que nous tenons expressément à mentionner: la révélation tardive de documents essentiels dûe au changement de direction et aux nouvelles priorités des Bureaux d'Etudes Henri Chomette, après le décès de l'architecte en juillet 1995. La densité des documents d'agence communiqués en masse quelques semaines avant le terme de notre travail a entrainé un remaniement des illustrations et des annexes ainsi qu'une restructuration totale de notre travail initial de thèse. Nonobstant une volonté générale d'étendre le champ d'application de notre étude à l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest, nous avons dû restreindre ce champ essentiellement à deux pays: le Sénégal et la Côte d'Ivoire. Les entretiens successifs avec Henri Chomette nous ont non seulement pennis d'appréhender l'architecte et la psychologie de son travail, mais aussi de comprendre la nature de son attachement à l'Afrique et aux Africains. Je me permets ici un petit aparté: c'est une fierté pour l'Africaine que je suis d'effectuer des recherches sur un architecte dont la dimension humaine et le talent dépassent bien des frontières. Considérant l'architecture comme partie intégrante du patrimoine africain, évoluant avec les sociétés et le temps, Henri Chomette a su, en l'espace de quatre décennies, effectuer une synthèse avisée de ces facteurs en créant un paysage architectural et urbain respectant les hommes et leurs acquis. Nous souhaitons vivement que le fruit de ce travail encourage d'autres chercheurs, étudiants et passionnés d'art et d'architecture a s'intéresser davantage à la place de cette dernière et de ses protagonistes en Afrique, tout en étant attentifs à leur évolution face à des sociétés en pleine mutation. La saisie d'objets nouveaux et l'élaboration de nouvelles thèses entraineront, à terme, une prise de conscience de la part des «Institutions du Savoir» qu'il serait bon de bousculer un peu afin de donner à lire une histoire de l'architecture
8 Certains bureaux d'études Chomette sont temporaires et ne fonctionnent que le temps d'un chantier: leur disparition entraîne souvent la disparition ou la dispersion d'archives vers d'autres agences permanentes en Afrique ou en France à Paris ou à Saint-Etienne.

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africaine avec ses propres èanons et ses perspectives. Le processus de mise en dependance du continent africain amorcé à la fin du XIXe siècle pourrait alors se transformer en processus de revendication du modèle africain dont architectes et urbanistes pourraient se targuer avec l'arrivée de ce nouveau millénaire.

Toutes mes pensées les plus émues se dirigent vers Henri Chomette qui m'a témoigné une grande confiance en m'ouvrant l'accès de ses archives professionnelles et personnelles. Que sa personnalité et sa générosité trouvent ici l'expression d'une profonde gratitude. Je tiens à remercier M. le Professeur Gérard Monnier qui a dirigé ma thèse soutenue en mai 1998 à l'Université de Paris I, PanthéonSorbonne et dont ce livre représente une version revisée. Je remercie mon époux Henry qui m'a soutenue moralement et a fait preuve d'une grande patience, d'une écoute remarquable et d'une bienveillance à tous égards. Je remercie ma famille qui m'a prouvé son affection et son soutien continuel, malgré les terribles épreuves subies ces dernières années. L'ensemble des bureaux d'Etudes Henri Chomette et particulièrement Pierre Chomette et Jean-Pierre Lupi qui m'ont permis de poursuivre l'exploitation du fonds d'archives d'Henri Chomette, décédé prématurément en juillet 1995. L'obtention d'une allocation de recherche à l'Université de Minnesota m'a permis d'entreprendre et de mener à bien ce projet de livre et je tiens à remercier particulièrement MM. les Professeurs John Wright du département d'Etudes Afro-Américaines et Africaines, August Nimtz du département de Sciences Politiques, Frederick Asher du département d'Histoire de l'Art et Ashley Wilkes. Que l'ensemble des personnes suivantes soient également remerciées pour leur profonde amitié et leur soutien indéfectible: Ibrahima Baba Kaké (t), Aminata Kaké Diouf: Lansiné et Fanta Kaba, Linda Bouhenni, Mary Remch (t), Jean-Pierre, Jean-Michel, Blandine, Stéphane et Elie Dabrowski, la famille Zinck, Isabelle Gonzalez, Michèle Chadeisson, Florence Belaen, Lucien et Judith Hervé, Isabelle Coutant-Peyre et Aurélien. Je tiens enfin à exprimer toute ma gratitude et mon affection à Margaret Jones, Debora et Patrick Hurley.

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PREMIERE PARTIE

PROBLEMATIQUE DE L'ARCHITECTURE COLONIALE EN AFRIQUE DE L'OUEST

REMARQUES PRELIMINAIRES

Nous tenons ici à effectuer une récapitulation de la situation de l'architecture coloniale à l'aube et jusqu'à la moitié du xxe siècle. Notre objet n'est pas de retracer ici toute l'histoire de cette architecture à partir des comptoirs au XVIe siècle jusqu'à nos jours: nous sortirions alors du cadre de notre étude en nous aventurant dans des domaines déjà étudiés par de nombreux chercheurs et historiens (Alain Sinou, Sylviane Leprun, Jacques Solillou, Jean-Pierre Bourgeois, Annick Osmont, etc.). Il s'agit plutôt d'énoncer les grandes lignes de cette architecture coloniale, d'en connaître les tenants et les aboutissants, de repositionner les pouvoirs de l'Administration dans leur contexte historique, et de se pencher sur les sources de financements et sur les investissements de l'époque concernée. Notre étude n'est donc pas exhaustive et conduira, nous l'espérons, le lecteur désireux d'en savoir plus, à se reporter aux recherches complémentaires sur ce sujet. De la fin du XIXe siècle aux indépendances, au début des années 1960, l'Afrique Occidentale Française ou l'A.O.F. compte huit colonies: la Mauritanie, le Sénégal, le Soudan (aujourd'hui Mali), la Haute-Volta (aujourd'hui Burkina Faso), la Guinée, la côte d'Ivoire, le Dahomey (aujourd'hui Bénin) et le Niger. Si l'architecture exposée et revendiquée concerne davantage les quartiers à forte densité française, les administrateurs de l'époque se préoccupent plus, par des circulaires et autres documents officiels de créer des quartiers "blancs" bien distincts des quartiers "indigènes", avec des logements et bâtiments dont les priorités hygiénistes sont très fortement inégales. Evoquer la situation de l'architecture dans ces années, c'est effectuer précisément un bilan des structures déjà en place dans la première moitié du XXe siècle et montrer comment ces structures ont été conçues, orientées et édifiées par la métropole pour être ensuite adaptées en Afrique. Il est nécessaire de débuter ainsi notre étude afin de montrer que les quartiers ne se sont pas créés "spontanément" mais qu'il existait déjà une "architecture prête à être adaptée pour l'Afrique", en l'occurrence des maisons préfabriquées choisies sur catalogues en France, exportées puis montées en Afrique. Pour le colonisateur, affinner la mission "civilisatrice" de la France à l'égard des "jeunes peuples" est une priorité d'ordre "républicain". Elle consiste d'abord à graver son empreinte sur le sol colonial par un système de

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transpositions, en ignorant l'ensemble des réalités géographiques, physiques et humaines des pays qui reçoivent ces architectures figées. Elle consiste ensuite à traiter les populations locales avec mépris en les isolant géographiquement du coeur de la ville où sont installés les Blancs. Le dualisme de la ville coloniale est profondément marqué par l'absence de relations entre les deux populations qui occupent deux types d'espaces en complète opposition. Il faut loger, dans un premier temps et dans l'urgence, les fonctionnaires détachés en Afrique et ne pas trop les éloigner de leurs racines en les "déracinant" pendant quelques années. En ce qui concerne, le logement des populations locales, il ne préoccupe guère les instances administratives: ces populations demeurent dans des logements insulabres sur de petites parcelles en marge du centre de la ville quadrillé et réservé à la population blanche. Localement, le paysage fait état de nombreuses orientations en matière de politiques constructives qui peuvent être résumées ainsi:

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. .
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l'importation d'un bâti préfabriqué, jugé parfaitement adaptable à l'Afrique la reproduction ou la transposition des modèles occidentaux l'émergence d'une architecture à ossature métallique au début du XXesiècle (l'exemple de Grand-Bassam en côte d'ivoire) le respect et l'intégration des éléments culturels africains dans quelques édifices publics, signes d'ooe architecture soudanosahélienne dans les années 1920.

Pour comprendre les mécanismes de légitimation d'une architecture importée, il est nécessaire de se demander, en premier lieu, comment cette architecture conçue et projetée en métropole est importée et imposée à la fin du XIXe siècle en Afrique Occidentale Française (A.O.F.). Les mécanismes qui entourent la commande publique sont également très importants. Ils concourent à orienter les choix des administrateurs et à véhiculer des concepts qui influenceront fortement l'image de l'architecture en Afrique bien au-delà des indépendances.

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CHAPITRE I

LA PREMIERE ARCHITECTURE COLONIALE DE 1880 A 1910

A la fin du XIXe siècle, la question de l'architecture ne constitue pas un centre d'intérêt pour l'administration qui trouve une issue expéditive au problème du logement des fonctionnaires. Les militaires, sont logés dans des casernes aux plans normalisés et les fonctionnaires civils résident à l'étage au-dessus de leur lieu de travail dans des bâtiments simples et vastes, aux ossatures pratiques ou dans des maisons louées à des particuliers sur de larges parcelles. On ne peut pas véritablement parler d'un style particulier qui caractériserait cette période dans la mesure où l'on est en présence de deux types d'édifices relevant tantôt de l'architecture officielle ou tantôt d'un programme d'habitation privée. Entre la fin du XIXe siècle et le début des années 1950, les colonies accueillent de plus en plus de fonctionnaires et les administrateurs sont tenus de leur fournir un logement dans un cadre qui connaît sans cesse des évolutions. Henri Brunschwig recense, d'après les annuaires de 1913, deux mille sept cent agents français dans les colonies d'Afrique de l'Ouest :
Ces quelques deux mille sept cents agentsfrançais, surtout groupés dans les ports et dans les villes hâtivement cadastrées près des grands marchés indigènes et le long des routes et des voies ferrées progressivement construites, étaient censés innerver une masse d'environ quinze millions d'Africains dispersés sur un territoire treize fois plus étendu que la

métropole. 9

Ces fonctionnaires, nouvellement venus de métropole, attirés par la possibilité d'accéder à un statut social privilégié et par goût de l'aventure, vont peu à peu constituer la majorité économique et sociale par laquelle la métropole entend bien tirer les ressources maximales de
9 H. Brunschwig, Noirs et Blancs dans l'Afrique Noire Française, Flammarion, Paris, 1983, p.19.

ses colonies. Bien qu'entourés d'éléments étrangers à leur culture et à leur histoire, ils se donnent pour mission d'incarner l'impérialisme de la France dans toute sa dimension:
Malgré les rivalités entre civils et militaires, malgré les dissentiments entre les administrateurs, animés d'un très exclusif esprit de corps, et les techniciens des autres services, souvent plus compétents et rétifs au contrôle des supérieurs dont les missions pouvaient être mal fondées, à eux tous, militaires, administrateurs agents des services divers, ils étaient la France en Afrique, ils incarnaient l'honneur national et le pouvoir et dédaignaient les vulgaires commerçants et colons aux préoccupations bassement
mercanti les.
10

Catherine Coquery- Vidrovitch définit l'acte colonial en ces termes: L'acte colonial: la société coloniale est un tout, où la minorité numérique constitue la majorité sociologique. La société colonisée prend un aspect instrumental, manipulé: fixation de frontières, déplacement de main d'oeuvre et de villages, remaniement de l'habitat, remplacement ou création d'institutions administratives, substitution de pôles économiques... 11

La colonie sert donc de réceptacle aux idéaux républicains que les administrateurs entendent appliquer en Afrique.
La capitale coloniale, centre de pouvoir d'Etat, devint la dépositaire d'un pouvoir excentré, dans un pays où vivait une infime minorité de colons imposant leurs schémas et leurs modèles de pensée, de vie et de règle
politique.
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Cette entrée en matière souligne le cadre dans lequel vont s'affronter deux populations que tout oppose. C'est dans cette même optique que s'inscrit l'architecture coloniale. Réglementée par l'administration civile et militaire selon des principes d'urbanisme en vigueur en métropole, cette architecture, bien souvent réservée au nombre restreint de fonctionnaires européens et aux riches commerçants en poste en Afrique de l'Ouest, puise ses racines en France.

10 H. Brunschwig, idem, p.26.

Il C. CoqueryVidrovitch, H. Monnot, L'Afn'que Noire, de 1800 à nosjours, PUF,
Paris, 1974. 12 C. Coquery-Vidrovitch, L'Afrique au temps des français colonisés, c.1860-1960, La découverte-ACCT, Paris, 1992, p.8. colonisateurs et

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Les villes africaines modernes nous rappellent en permanence que leur environnement n'a jamais été modifié selon les voeux de l'habitant mais au
gré des colonisateurs.
13

Se développent alors progressivement dans le centre des villes, des quartiers bénéficiant d'équipements et d'infrastructures modernes destinés aux populations blanches et des quartiers insalubres d'habitat spontané abritant les populations locales. Jacques Solillou constate très justement:
Peu à peu se constituent dans les villes coloniales des quartiers réservés aux fonctionnaires européens, à vocation essentiellement résidentielle et possédant un paysage et une ambiance spécifique. Des villas auxplans issus de catalogues encore en vigueur, sont construites dans de grandes parcelles, généralement regroupées par quatre formant ainsi un "carré",

unité de base desplans et des lotissements. 14

Nous tenterons en premier d'éclaircir les points suivants: sur quelle base ces quartiers sont-ils édifiés et quelles sont les dominantes de l'architecture qu'ils abritent? Nous étudierons, par la suite, l'image des bâtiments officiels et la typologie des villas au cours de la première moitié du xxe siècle.

1. L'architecture pavillonnaire
Comme les plans des batteries et des casernes depuis le XIXe siècle, le modèle des premières habitations dérive de plans dessinés par les militaires et par les ingénieurs et architectes de la métropole.

modèle unique, conçupar les militaires. 15

Entre 1880 et 1910 environ, les bâtiments produits s'inspirent d'un

Le plan d'une maison d'habitation en Guinée Française en 1890 (Fig.I), présente déjà un édifice surélevé, disposant d'une large galerie, de nombreuses ouvertures, d'une véranda et d'une toiture en pente.
13 UNESCO, Histoire générale de l'Afrique, nOVII, L'Afrique sous domination coloniale, Présence Afiicaine, Edicef, Unesco, 1989, p.370. 14 J. Solillou, Architectures coloniales, architectures de Saint-Louis à Douala, coll. Architectures Traditionnelles, Parenthèses-ORSTOM, Marseille, 1993, p.56. 15 A. Sinou, Comptoirs et Villes coloniales du Sénégal, Karthala-Orstom, Paris, 1993, p.311.

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Les différentes coupes d'une maison-type à Saint-Louis du Sénégal à la fin du XIXe siècle, figurent aussi clairement les éléments suivants:
,-

l'étage inférieur dispose d'ouvertures et d'une large véranda, tandis

que l'étage supérieur est entouré d'une galerie sur chacune des façades principales (protection contre l'ensoleillement direct ) - le respect pour un certain ordre "classique" dans l'ordonnancement de la façade qui comporte des arcades, des pilastres et des baies. Les maisons, composées de pièces rigoureusement alignées, sont à la fin du xJxe siècle systématiquement entourées par une véranda, qui déborde de deux à trois mètres sur chacun des côtés. Cet espace qui dessert toutes les pièces et fait fonction en même temps d'espace de vie, vise à répondre à la contradiction que constitue cette double volonté de ventilation et de protection (..). Les pièces d'habitation, dotées d'un plafond plat, sont surmontées d'une toiture à pente aiguë, laissant un vide où l'air circule. 16 Isolés du reste de la ville dans un lieu surélevé où se concentrent les richesses (le "Plateau"), ces quartiers bénéficient d'équipements et de structures modernes et sont conçus dans un souci de séparer les populations entre elles. Certaines réglementations concernent uniquement les zones où résident et travaillent Européens et les "évolués". Hors de ces périmètres, dans les "villages et quartiers indigènes", les prescriptions sont moins contraignantes. Les Africains y sont autorisés à construire en matériaux "précaires", ce qu'ils ne peuvent faire dans la ville "blanche" où toute construction nouvelle doit être édifiée en matériaux durables. La ville devient ré¥ie par deux types de lois qui s'adressent à des groupes

différents. 7

Le plan d'urbanisme municipal de Dakar en 1939 définit l'environnement des maisons d'habitation des européens en ces termes:
La résidence européenne s'étendait sur tout le côté Ouest qui bénéficie des vents frais de mousson pendant la période d'hivernage, depuis le cap Manueljusqu'à l'extrême pointe desAlmadies. 18

16 A. Sinon, op. cit., p.319. 17 A. Sinon, op. cil., p.191. 18 "Dakar", in l'Architecture d'Aujourd'hui, septembre-octobre 1945, 16°année, pp.78-80.

n03,

spécial

France

d'Outre-Mer,

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Conçu ainsi dans un esprit élitiste où règnent des loÎI ségrégationnistes en matière d'hygiénisme, le "Plateau" bénéficie done de conditions particulières favorables à l'installation des fonctionnaires:
La localisation du quartier "blanc" obéit à des prescriptions hygiénistes. Les sites en altitude sont particulièrement recherchés car ils sont mieux ventilés, donc plus confortables pour des fonctionnaires français, peu habitués aux climats tropicaux. 19

René de Maximy signale que c'est en véritable "pionnier" que l'État "implante" et investit des quartiers en ciblant des espaces aérés propices à l'accueil des fonctionnaires:
Un nouveau projet de société s'élabore, les nouvelles forces d'action en témoignent. Cette puissance anime les "civilisateurs" coloniaux qui transportent hors de leur espace culturel originel, leurs modèles et leurs techniques d'usage qui en permettent un emploi adapté. 20

Cet acte d'appropriation du sol stricto sensu entraîne un déplacement important des populations locales qui habitent ces quartiers et vont devoir "émigrer" dans une autre partie de la ville. Sylvie Jimenez note ainsi que la fonnation du Plateau d'Abidjan conduit à l'expropriation simultanée des Ebrié et à la mise en place de mesures de sécurité afin de bien séparer les deux populations:
Au début du siècle, Abidjan est réduit, pour l'administration coloniale, au Plateau. Très vite, les Ebrié installés sur acculés à partir et laissent la place aux "Blancs". Le gouvernement gère alors le site au mieux de ses intérêts. Il renforce le rempart naturel que constitue la lagune au sud, par la construction au nord de deux camps militaires - Mangin et Galliéni -, véritable cordon sanitaire qui isole du village africain, Adjamé. La ville coloniale est circonscrite. C'est dans son enceinte que s'installent les Européens et se regroup-ent les zones d'activité commerciales, bureaucratiques et de loisirs. 21

19 A. Sinou, op.cit., p.300. 20 R. De Maximy, "Tous les chemins ne mènent pas à Tombouctou", in Processus d'Urbanisation en Afrique Noire, tome l, éd. par Catherine Coquery- Vidrovitch, LHarmattan, Villes et Entreprises, Paris, 1988, p.18. 21 S. Jimenez, Histoirefoncière du Plateau d'Abidjan de 1900 à 1940, in Processus d'Urbanisation en Afrique Noire, tome l, ouvrage collectif, éd. par Catherine Coquery- Vidrovitch, L'Harmattan, Villes et Entreprises, Paris, 1988, pp. 86-87.

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Cependant, et en comparant ce phénomène aux colonies françaises et britanniques, on constate que certains membres appartenant aux pop~lations locales servent de main d'oeuvre22et sont donc rattachés de près ou de loin à l'administration coloniale. Ils doivent donc rester dans un périmètre rapproché du centre. Comme le souligne Alain Sinou, il s'agit de les associer au système économique colonial tout en les différenciant des populations européennes:
Les politiques qui les concernent sont, dans une certaine mesure, comparables à celles appliquées vis-à-vis des classes populaires dans les villes industrielles d'Europe, mais le développement économique beaucoup plus faible des villes coloniales, où l'industrie n'existe pas, n'appelle pas les mêmes solutions. Il s'agit surtout de les fixer dans la ville, de les isoler des classes dirigeantes mais non pas de leur fournir des logements et des
équipements.
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L'administration coloniale opère véritablement une discrimination entre les populations:
L'absence des Africains confirme la politique de ségrégation spatiale coloniale. Un dualisme entre la ville proprement dite, ici le Plateau occupé par les Blancs et leurs zones d'activités, et les quartiers africains, souvent séparés des premiers par les camps de police, de l'armée, les prisons; corrélé à un système d'immatriculation très onéreux - travaux topographiques nécessaires au bornage, établissement des plans -, et mal compris par une population habituée au régime foncier coutumier. 24

En augmentant chez les unes les risques de maladies liées à des moyens d'existence précaires, elle crée chez les autres une notion de confort. La construction des quartiers blancs s'accompagnent de mesures hygiénistes (construction sur les hauteurs, surélévation des maisons par rapport au niveau du sol, ouvertures multiples pour favoriser la circulation d'air, etc.) dont ne bénéficient absolument pas les quartiers abritant les populations africaines. L'analyse d'Alain Sinou établit clairement ce fait:
22 Alain Sinou situe cette catégorie d'intervenants entre évolués (Afucains ayant acquis un statut social élevé) et paysans. 23 A. Sinou, "Urbanisme et Colonialisme, la production de la ville indigène au Sénégal au début du XXe siècle", in Processus d'Urbanisation en Afrique Noire, tome 2, éd. par Catherine Coquery- Vidrovitch, L'Hannattan, Villes et Entreprises, Paris, 1988, p.26. 24 S. Jimenez, op. cil., pp.92-93.

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L'idée de séparer les communautés s'accorde également avec la p~n~~~ économique coloniale. Les ressources financières consacrées à ces COI1!P~t?J restent limitées; aussi est-il nécessaire de les dépenser avec parcimOn/~dfjl les autorités coloniales veulent produire en Afrique les signes et les C(Jv~~~ de la nation française, elles réalisent qu'il leur est impossible de transformer la totalité de la ville. Conscientes de cette limite, elles proposent de concentrer les efforts pour une minorité de la population, celle qui est installée dans la ville blanche. 25

Tout en rassemblant l'essentiel des richesses et l'élite, le "Plateau" constitue aussi une zone stratégique pour d'autres raisons soulignées par Georges Balandier :
Le "Plateau" est un haut lieu, pour des causes autres que géographiques. Le Pouvoir, l'Eglise, le Savoir y ont leurs établissements, et les résidences européennes sy dispersent alors derrière les buissons d'hibiscus, la fantaisie des bougainvillées. Salubrité et isolement. Abidjan, Douala et

Brazzaville ont aussi leur quartier du Plateau pour les la même configuration. 26

mêmes

raisons, avec

Il est important de remarquer ici qu'il s'agit jusqu'à présent d'une architecture "ciblée" dont les concepteurs et les utilisateurs sont exclusivement occidentaux. Philippe Decraene dresse un authentique portrait de la société coloniale qui laissera des empreintes indélébiles dans les modus vivendi des expatriés après les indépendances:
La ville africaine comprend fréquemment un centre étranger, coupé du reste de la cité où se pressent les autochtones, et où se perpétue un style de vie colonial, caractérisé par une mentalité de cercle ou de club. lei

cohabitent deux sociétés qui s'ignorent mutuellement (..j. 27

La description détaillée faite par William Boyd nous dépeint parfaitement le décor et l'ambiance des demeures coloniales:
La résidence du haut-commissaire adjoint à Nkongsamba était une imposante bâtisse de deux étages. Une entrée à portique surmontait des marches qui menaient à une longue galerie bordée de portes-fenêtres. A
25 A. Sinou, op. cil., p.192. 26 G. Balandier, Afrique ambiguë, colI. TeITe Humaine Poche, Presses Pocket, Paris, 1957, p.243. 27 P. Decraene, Vieille Afrique, Jeunes Nations, Presses Universitaires de France, Paris, 1982, p.57.

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