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CRITIQUE D'ART EN QUESTION

De
110 pages
Ce livre propose une réflexion sur le rôle et les outils de la critique d'art, en partant de quelques enjeux cruciaux auxquels ont été confrontés les acteurs et les témoins de la création plastique de ce siècle. La " machine " régissant l'art contemporain tend de plus en plus à confiner le public et les acteurs dans des approches fragmentaires, sectorielles, en les privant d'une " totalité de regard ". Peut-on échapper à cette fatalité ?
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Critique d'art en question

Collection L'Art en bref dirigée par Dominique Chateau
Publiée avec la participation du centre de Recherche sur l'Image et de l'Université de Paris I Panthéon Sorbonne A chaque époque, le désir d'art produit non seulement des œuvres qui nous éblouissent ou nous intriguent, mais des discussions qui nous passionnent. L'art en bref veut participer activement à ce débat sans cesse renouvelé, à l'image de son objet. Appliquée à l'art présent ou passé, orientée vers le singulier ou vers le général, cette collection témoigne d'un besoin d'écriture qui, dilué dans le système- fleuve et engoncé dans l'article de recherche, peut trouver à s'épanouir dans l'ouverture et la liberté de l'essai. A propos de toutes les sortes d'art, elle accueille des textes de recherche aussi bien que des méditations poétiques ou esthétiques et des traductions inédites.

Déjà parus
Maryvonne SAISON, Les théâtres du réel, Pratiques de la représentation dans le théâtre contemporain. Jacques FOL, Propos à l'œuvre, Arts visuels et architecture. Dominique CHATEAU, L'Art comme unfait social total. Jean SUQUET, Marcel Duchamp ou l'éblouissement de l'éclaboussure. Catherine DESPRA TS-PEQUIGNOT, Roman Opalka: une vie en peinture. Céline SCEMAMA-HEARD, Antonioni, le désert figuré. Carl EINSTEIN, La sculpture nègre. Christian JAEDICKE, Nietzsche: figures de la monstruosité Tératographies. Dominique CHATEAU, Duchamp et Duchamp. Giovanni JOPPOLO, Le matiérisme dans la peinture des années quatrevingt. André LE VOT, Gustave Courbet, au-delà de la Pastorale. Ludovic CORTADE, Ingmar Bergman: l'initiation d'un artiste. Giovanni JOPPOLO, Critique d'art enquestion.

Giovanni Joppolo

Critique d'art en question

L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y IK9

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9254-1

Mon Dieu, que c'est difficile la peinture, quand on veut exprimer la pensée avec des moyens picturaux et non littéraires... Paul Gauguin

Introduction

Réunie en six chapitres, cette réflexion sur le rôle de la critique, ses méthodologies possibles, est une invitation à tous les acteurs et lecteurs de l'art à ne pas renoncer à l'ambition d'appréhender la création plastique dans une totalité de regard et non pas seulement par fragments et
« spécialisations », là où la « machine» régissant l'art con-

temporain tend à nous confiner les uns et les autres dans des approches « sectorielles» somme toute mutilantes. Il ne s'agit en aucune manière d'énoncer ici quelques « vérités» sur ce qui serait « moderne» en opposition à ce qui serait «traditionnel», mais bien de cibler quelques périodes, quelques lieux et quelques enjeux auxquels ont été confrontés durant ce siècle les acteurs et les témoins de la création plastique. Cette réflexion s'engage comme tentative de mise en place et en évidence de quelques outils méthodologiques permettant d'analyser la nature et le fonctionnement des écrits théoriques d'accompagnement et de formulation de l'acte poïétique 1.
1. Voir René Passero n, La Poïétique, in Revue d~sthétique, n° 3, Paris, 1971, p. 240 : il désigne la poïétique comme relevant des « sciences de l'art qui se fait », en opposition à l'esthétique, c'est-à-dire aux « sciences de l'art qui se consomme ». Voir également son ouvrage plus récent: La Naissance d1care, Éléments de poïétique générale, Paris, ae2cg éditions, 1996. Citons également en amont un texte de Paul Valéry tiré de Variété: « Je reviens à l'amas de livres, de traités ou de mémoires que j'ai considéré et exploré tout à l'heure, et dans lequel j'ai trouvé la diversité que vous savez. Ne pourrait-on pas les classer comme je vais dire? Je constituerais un premier groupe, que je baptiserais: Esthésique, et j'y mettrais tout ce qui se rapporte à l'étude des sensations;

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Le contexte culturel de ces trente dernières années a été dominé par un essor considérable de la socialisation de l'activité artistique: nouveaux publics, nouveaux moyens d'expression nés de l'avancée technologique, nouveaux lieux de monstration et de médiatisation de la création visuelle contemporaine, nouvelles conceptions de l'art et nouveaux rôles, aussi bien et principalement du côté des artistes que du côté de ceux qui participent de l'analyse et de la divulgation de leurs messages. Dès lors, où se situe le rôle du critique d'art? Témoin et acteur par récriture de l'apparition des pensées visuelles de son temps, sa démarche de vie et de travail l'entraîne sans cesse à penser en termes de recul, de doute, de méthodologie. C'est de cette éthique qu'il est question
ICI.

mais plus particulièrement s'y placeraient les travaux qui ont pour objet les excitations et les réactions sensibles qui n'ont pas de rôle physiologique uniforme et bien défini. Ce sont, en effet, les modifications sensorielles dont l'être vivant peut se passer, et dont l'ensemble (qui contient à titre de raretés, les sensations indispensables ou utilisables) est notre trésor. C'est en lui que réside notre richesse. Tout le luxe de nos arts est puisé dans ses ressources infinies. Un tout autre tas assemblerait tout ce qui concerne la production des œuvres; et une idée générale de l'action humaine complète, depuis ses racines psychiques et physiologiques, jusqu'à ses entreprises sur la matière ou sur l'individu, permettrait de subdiviser ce second groupe que je nommerais Poétique ou plutôt Poïétique. D'une part, l'étude de l'invention et de la composition, le rôle du hasard, celui de la réflexion, celui de l'imitation; celui de la culture et du milieu; d'autre part, l'examen et l'analyse des techniques, procédés, instruments, matériaux, moyens et suppôts d'action. Cette classification est assez grossière. Elle est aussi insuffisante. Il faut au moins un troisième tas où s'accumuleraient les ouvrages qui traitent des problèmes dans lequels mon Esthésique et ma Poïétique s'enchevêtrent », in Œuvres, Paris, nr£: Bibliothèque de La Pléiade, tome 1, p. 1311.

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L'artiste en dandy

Actualité de Baudelaire L'objectif de mon intervention est de déceler et de souligner l'actualité de Baudelaire là où ses définitions convergentes ou imbriquées de l'artiste, du critique d'art et du dandy sous-tendent une éthique dont les paradigmes sont ceux adoptés par des artistes postérieurs de quelques décennies à la réflexion de Baudelaire lui-même. Nous voulons parler de deux peintres: Vincent Van Gogh et Paul Gauguin qui, à la jonction entre dix-neuvième et vingtième siècles, dans leurs actions de vie et de travail entièrement vouées à l'art, ont énoncé empiriquement un ensemble de règles qui sont encore aujourd'hui appliquées dans les choix de vie et de travail de certains créateurs contemporains. L'actualité de Baudelaire devient évidente dès l'instant où l'on reconnaît, dans ses définitions croisées du dandy, du critique d'art et de l'artiste, sa contribution majeure à la mise en place d'une éthique où l'artiste devient un questionneur et un perturbateur de l'ordre social, rôle pour l'artiste qui se révèle de plus en plus prioritaire durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle, après les événements de 1870 qui prolongent ceux de 1848. Baudelaire joue en somme un rôle de déclencheur, de révélateur, pour les artistes futurs. Dans l'espace de son action de critique d'art, qu'il est le premier à concevoir comme une activité vigilante et militante, c'est-à-dire soucieuse d'éthique, Baudelaire va susciter chez les artistes la prise de conscience d'une nécessité Il