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Cuba lAfricaine

128 pages
Longtemps rejetées et marginalisées, les expressions noires reviennent en force à Cuba. Ce dossier, qui les étudie dans toutes les disciplines (musique, danse, littérature et poésie, cinéma, arts plastiques), ne cherche pas à les idéaliser ou les isoler mais à rendre compte de leur rôle dans le métissage cubain et la mutation de la société. Contributions de Landry-Wilfrid Miampika, Delia Blanco, Erwan Dianteill, Kali Argyriadis, Maya Roy, María Poumier, Sandra Hernández, Clément Animan. Entretiens avec Sergio Giral, Gloria Rolando, Zoé Valdès, Pedro Pérez Sarduy.
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n017, avril 1999

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Couverture:

Los hijos de Baragua,
film de Gloria Rolando @ D.R.

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/ Avril 1999

Editorial:

La leçon

cubaine
Peinture rupestre Afrique du Sud
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Puisque tu es le plus petit

de nles enfants, tu seras le plus grand sur la terre comme au ciel. Rien 17'arrivera jusqu'el nzoi si ce 17 'est el travers toi. Tu seras donc toujours le premier servi. " Le dieu suprême Olofi au dieu-enfant Eleggua, selon la tradition orale de la santeria.

Le touriste remarquera-t-il les bracelets et colliers multicolores que portent de nombreux hommes et femmes de La Havane? Simple parure? Ces bijoux représentent en réalité le degré d'initiation de leur propriétaire au culte de la santeria (ou Regla de Ocha), religion héritée de l'animisme africain et pratiquée aujourd'hui par une grande partie de la population cubaine. La lente initiation à la santeria est un profond travail sur soi-même basé sur les récits allégoriques de la vie des divinités orichas retransmis oralement au cours des siècles. Ils débouchent sur un enseignement plaçant l'amour et le respect de la famille et d'autrui au centre du code de conduite de l'initié. Ces pratiques incantatoires véhiculent les rythmes, danses et chants des esclaves noirs et ont fusionné les éléments culturels espagnols et africains, ce qui explique le sentiment d'identification et d'apparte-

nance à la santeria de nombreux Cubains. Savoir d'où on vient aide à savoir où l'on va. Syncrétisme, religion, philosophie ou art de vivre, la santeria contribue à la cohésion d'une société en pleine mutation. Elle la remet aussi en cause, elle et les autres pratiques cultuelles ou culturelles, comme le montrent les différents articles de ce dossier. Mais pas comme entité séparée. Sans doute ce double mouvement est-ilia leçon du métissage cubain: si les cultures africaines agissent comme partout où elles sont minoritaires mais présentes comme force de résistance et de subversion du système dominant, c'est par fusion et non par séparation. Autrement dit, ce n'est pas le repli identitaire qui fait bouger une société mais bien son aptitude au syncrétisme. Belle leçon qui renvoie, malgré la douleur de la répression, la récente condamnation des dissidents 3

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à de lourdes peines de' prison aux anecdotes de l' Histoire. Car comme l' écrivait magnifiqueluent en 1963 Pedro Perez-Sarduy dans son célèbre poèlue Liturgia après le dimanche noir où une bombe tua quatre écolières de Birmingham (Alabama) : Pero un dia / El crecer del canto provocara una procesion / De sOlnbras/ /l11.antadasal continente / Buscando donde guarecer el sabor de un arbol / Donde dejar los es/abones de un pedazo de piel / Donde sangrar en paz (Mais un jour / le chant qui s' a11'lplifieèvera l une procession / d'ombres / ailnantées au continent / cherchant où abriter la saveur d'un arbre / où léguer les 'Inailles d'un morceau de peau / où saigner en paix.) Olivier Barlet rf!iI,

du " groupe des quatre"

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ans un article publié en 1960, Roger Bastide écrivait: " l'Amérique nous présente ce que les sociologues appellent des 'conserves culturelles'. Et ces conserves culturelles datent d'époques diverses, qui s'échelonnent de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe siècle. Au contraire, en Afrique, au contact des Blancs, la civilisation, soit directement soit indirectement, a été touchée par les influences occidentales et s'est modifiée plus ou moins profondément selon les secteurs. Ce qui fait que, par un étrange paradoxe, l'africaniste qui veut remonter vers le fameux 'point zéro' doit le chercher en Amérique bien plus qu'en Afrique ". En effet, la traite négrière marque une nouvelle étape dans la rencontre des civilisations, mais les cultures qui en sont issues sont, à quelques exceptions près, inconnues en Afrique Noire. Rendons hommage au projet Unesco de " La Route de l'Esclave ", sorte d'archéologie de la mémoire historique destinée à sensibiliser un large public. Comme pont et médiation, ce projet favorise de nouvelles formes de coopération politique, économique et culturelle entre les trois continents impliqués dans le commerce triangulaire. Souhaitons qu'il soit accompagné

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d'une politique éditoriale adaptée qui puisse pallier le nombre limité de publications sur la diaspora des pays de langue espagnole. En Français, par exemple, l'une des absences les plus notables et regrettables est sans doute la traduction des travaux du père de l'ethnologie afrocubaine, Fernando OrtiZ (1881-1969), Troisième Découvreur de Cuba et concepteur du néologisme transculturation. Il n'existe pas non plus de version française de El Monte de Lydia Cabrera, l'un des ouvrages majeurs de l'anthropologie afroaméricaine. La réédition de ses Contes noirs de Cuba (Gallimard, 1936. Trad. de Francis de Miomandre) et Pourquoi... Nouveaux contes noirs de Cuba (Gallimard, 1954. Trad. de F. de Miomandre) est toujours attendue. Aussi, précédé par les numéros sur l'esclavage (n06 : l'esclavage aboli ? et n011 : Ecrire l'esclavage), Africultures se propose avec ce dossier de contribuer à la connaissance de la diaspora africaine aux Amériques. Le dialogue Afrique-Amérique sera poursuivi en d'autres dossiers explorant les survivances africaines et leurs influences dans le domaine culturel. Victime d'une surenchère médiatique où seul le versant exotique des racines africaines est exploité, Cuba possède par-delà les images d'Epinai (rhum, cigares, canne à sucre, salsa, etc...) des voix afrocubaines méconnues et, pour beaucoup d'entre elles, inédites en français. Ce dossier cherche, par quelques regards croisés dont nous remercions chaleureusement les auteurs, à leur donner une voix. Landry-Wilfrid Miampika

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5

par Landry-Wilfrid

Miampika
paradisiaque. Las Casas écrira pour le Gênois : " l'Amiral dit que jamais il n'a vu teue si belle ". Et d'ajouter:" l'île, poursuivit-il, est pleine de très belles et très hautes montagnes, quoique de peu d'étendue". Depuis lors, la Perle des Antilles a toujours suscité convoitises et fascination: tout au long des XVIe et XVIIe siècles, des corsaires hollandais, français et anglais tentent à plusieurs reprises mais sans succès - de s'emparer de La Havane, la porte prospère des Caraibes. Hormis une courte occupation anglaise de 1762 à 1763, les Espagnols en font une colonie privilégiée de peuplement. Après la guerre d'Indépendance commencée en 1895, l'Espagne abandonnera, en 1898, à son plus grand désespoir, le dernier bastion d'un Grand Empire en déclin, sans jamais vraiment se remettre de cette perte. Depuis l'Amendement Platt de 1901, qui obligeait Cuba à soumettre tout accord diplomatique et militaire à l'autorisation des EtatsUnis, l'Aigle /lnpérial, puissant et
arrogant voisin, devra

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Congo

de sang

a du sang carabali"

Proverbe cubain

Ode à Cuba Rien ne vaut le poète pour immortaliser sa terre, pour magnifier son île natale. De sa voix héritée de
ses deux aïeux

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hantée

par

l'Afrique et l'Espagne-, Nicolas Guillén invoque son île métisse: " Sur la mer des Antilles Qu'on appelle aussi Caraïbes, Battue par des vagues farouches Et ciselée de molle écume, Sous le soleil qui la repousse, Chantant, des larmes plein les yeux Cuba navigue sur sa carte Comme un long crocodile vert, Avec des yeux d'eau et de pierre" Selon le dominicain Bartolomé de Las Casas, qui eut le privilège de lire (et de transcrire) en premier le journal de Christophe Colomb, l'île de Cuba a été découverte le 21 octobre 1492. Il la confondit avec la Terre Promise des épices et de l'or pour laquelle il entreprit sa périlleuse traversée et ne put contenir son émerveillement en accostant dans cet Ailleurs qui lui paraissait 6

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tout au

long de ce siècle - contenir ses pulsionsexpansionnistes, surtout à partir de 1959 où l'avocat Fidel Castro arrive au pouvoIr. Rêves d'étrangeté, d'évasion, de dépaysement et épanouissement des instincts primaires articulent -

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de nos jours - de nouvelles convoitises et passions, nourries par une conjonction de Inythes aussi réels qu'imaginaires: la Révolution tropicale de 1959 qui, contre vents et marées, tente de survivre, pour elle-même ou contre elle-même, en dépit d'un naufrage socio-politique et économique; le mythe du Guerrillero Che Guevara, avec Nelson Mandela l'un des rares Inythes consensuels de ce siècle, symbolisant à la fois le sacrifice, l' altruisme et l'austérité; la coexistence et le métissage des races et des cultures ; une musique incitante ; une littérature foisonnante de José Marti (humaniste, poète et idéologue de la Patrie) à Reynaldo Arenas (enfant mi-terrible mi-prodige des lettres cubaines), en passant par Alejo Carpentier, José Lezama

Lima, Nicolas Guillén, Virgilio Pifiera, Cintio Vitier, Guillermo Cabrera Infante, Nancy Morejon, JesusDiaz, Senel Paz, Zoé Valdés et Eliseo Alberto... L'île traverse et transparaît aussi bien dans les littératures que dans les autres arts comme une on1bre lancinante et obsédante, ou mieux, comme Une île qui se répète, pour faire honneur au titre du bel essai (encore inédit en français) d' Antonio Benitez Rojo.

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Esclavage et Transculturation
L' historiographie situe entre 1512 et 1513la première entrée des Noir à Cuba dans les cales des vaisseaux négriers afin de remplacer la main d"oeuvre autochtone.

Le Cheval Blanc 1991, huile

de Shango, Manuel Mendive sur toile, 1,30 x 1,90 m

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Les moutons ne boivent pas l'eau de la même 1991, huile sur toile, 1,18 x 2,51 m

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Manuel

Mendive

Pendant quatre siècles environ, les migrants nus (Edouard Glissant) arrivaient comme esclaves - yoruba, kongo, manding et autres et avaient à peine la place qu'occupaient leurs corps. Moins encore: tambours et autres instruments de musique, statuettes, masques et autres objets de culte ne purent effectuer la traversée de transatlantique. La survie les obligea à recréer, à l'aide de leur mémoire (le seul outil dont ils disposaient), des lambeaux de la culture matérielle et spirituelle de leur terre originelle. La plantation esclavagiste devint ainsi un terroir de frottement, de transmission et de reproduction de l'inconscient collectif africain: le recours mythique à l'Afrique faisait office d'arme miraculeuse (Aimé Césaire) dans la résistance contre la dépersonnalisation et le déracinement. Tant dans les Ca-

raibes qu'au Brésil, le contact inévitable, ponctué des longues journées d'asservissement, avec la culture européenne fut à l'origine de nouvelles formes culturelles: la musique, la danse, les moeurs, la langue (le créole en Martinique, Guadeloupe, Guyane, Haïti...), les croyances et pratiques magico-religieuses, les arts culinaires, la famille et la pharmacopée procèdent de la transculturation. La saccharocratie (noblesse sucrière) sera rétive à toutes les tentatives d'abolition de l'esclavage car jusqu'à son abolition à Cuba en 1886, les Noirs esclaves seront la cheville ouvrière de l'économie sucrière cubaine. Aucune des clauses qui pouvaient être favorables aux esclaves des trois Codes Noirs espagnols inspirés du Code Noir français de 1685 - conçu par JeanBaptiste Colbert - ne sera appli-

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quée, ni à Cuba ni dans aucune des colonies espagnoles.

" Sans le Noir, Cuba ne serait pas Cuba"
Comme toutes les sociétés des Amériques où il y a eu des sangs mêlés, l'histoire de la société cubaine ne fait pas l'économie de l'exclusion ou du déni larvés ou explicites des réalités africaines considérées comme indignes ou immorales, puisque portées par des Noirs. Jusqu'au début du siècle, l'attitude envers les Noirs dans les études afro-cubaines est négative, comme le rappelle l'ouvrage d'Erwan Dianteill, Le Savant et la Santero (L'Harmattan, 1995), qui restitue la naissance, l'évolution (avec toutes ses contradictions) et les enjeux idéologiques et raciaux des sciences sociales à Cuba: " au XIXe siècle, une telle question est ignorée, ou bien traitée avec la plus
grande imprécision

Découvreur de Cuba après le géographe Von Humboldt, tente de mettre de l'ordre dans le débat. Ses recherches anthropologiques et sociologiques contribuent à mieux cerner l'apport des Noirs dans la formation de l'identité cubaine. Après une première période quelque peu ambiguë et raciste qui sera surmontée ultérieurement, le père de l'ethnologie afrocubaine explore les ciments de la cubanité et de la cubania, résultantes d'une transculturation féconde d' éléments de diverses origines. Le détour de Ortiz vaut sa conclusion: " Sans le Noir, Cuba ne serait pas Cuba" .

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grand mépris... En effet, la société esclavagiste ne repose pas seulement sur la contrainte par le travail. Elle se fonde aussi sur un ensemble systématique de notions discriminatoires : les caractéristiques corporelles, les pratiques vestimentaires, linguistiques, alimentaires des esclaves noirs sont connotées négativement, celles des maîtres blancs positivement". Pendant la première moitié de ce siècle, le polygraphe Fernando Ortiz, considéré comme le Troisième

En présence d'Ogé,médecin et philanthrope métis d'origine haïtienne, un personnage (Sofia) de Carpentier dans Le siècle des Lu,nières (Gallimard, 1962) condense les préjugés de l'époque et audelà: " Pour elle, être noir ou négroïde signifiait être domestique, docker, cocher ou musicien ambulant. .. Elle admettait bien cette idée [égalité des races] comme une spéculation humanitaire, mais elle ne se résolvait à accepter qu'un nègre pût être médecin de confiance ni qu'on mît la santé d'un parent entre les mains d'un homme de couleur. Nul n'eût songé confier à un nègre la construction d'un palais, la direction d'une controverse théologique ou le gouvernement 9

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d'un pays ". Et Victor Hugues de rétorquer avec la ferveur des Premiers Révolutionnaires: " Tous les hommes sont nés égaux". Victor .Hugues portera, en même temps, le décret de l'abolition de l'esclavage et la guillotine dans les Caraïbes. Avec la même ferveur, Victor Hugues appliquera par la suite le décret qui institue à nouveau l' esclavage dans les colonies françaises. LeNoir comme domestique, docker, cocher ou 111usicienarnbulant perdure donc aussi bien dans le réel que dans les images ou représentations littéraires. Deux ruptures littéraires cependant: la première oeuvre de la littérature cubaine connue à ce jour, Espejo de paciencia (Miroir de patience) de Fernando de Balboa, écrite en 1608, où la bravoure d'un éthiopien (entendre Noir) est célébrée. Au XIXe siècle, Autobiografia du poète esclave, ou mieux, de l'esclave poète Juan Francisco Manzano, écrit en 1835, porte les affres de la condition servile. A l'époque, la poésie pouvaitelle affranchir un nègre, de surcroît esclave? La poétique du mouvement negrista - pendant l'entre deuxguerres et parallèlement au mouvement de la Négritude - se propose, en effet, d'émanciper et de réhabiliter le Noir et ses traces jusque-là refoulées puisque considérées comme indignes et illégitimes. L'esthétisation des référents noirs raffermit et réoriente la quête né-

cessaire de l'identité: poésie et fiction y contribuent avec vigueur. Nicolas Guillén, après un tâtonnement avec Motivos deI son (1930), dessine les contours de l'esthétique négriste avec Sông oro Cosongo (1931). Dans les îles voisines,Porto Rico et Saint-Domingue, Luis Palés Matos et Manuel del Cabral cristallisent les poussées les plus réussies de ce voyage rythmique vers les sources africaines afin de restituer certains replis de la culture des Caraïbes. Des romanciers comme Alejo Carpentier conçoivent une bonne part de leur création romanesque - de Ékoué- Yamba-O (1933) à Concert Baroque (1974) - autour de la participation légitime desN oirs des Caraïbes dans le devenir de l' Histoire contemporaine. Beaucoup d'autres voix suivront aussi bien à Cuba que dans toutes les AmériquesN oires : Manuel Zapato Olivella, Adalberto Ortiz,Nelson Estupifian, Carlos Guillermo Wilson (Cubena) etc.

Cuba l'Africaine
"L'homme est au-dessus du Blanc, du Mulâtre et du Noir. Le Cubain est au-dessus du Blanc, du Mulâtre et du Noir ".Par-delà ce voeu de José Marti, écarts, ambiguïtés, silences et ratures entre discours et réalité constituent la toile de fond de la question noire à Cuba. En dépit de leur participation aux grands épisodes de l' Histoire du Pays et de l'égalitarisme austère

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et sans distinction de races prôné sous la Révolution de 1959, les populations noires sont à nouveau marginalisées. Ruses, détours, stratégies, mais aussi résistances et compromis, ordonnent la survie culturelle des valeurs noires à Cuba. Tout comme la survie de toutes les couches sociales de l'île à un moment où tous les acquis s'effritent en raison de la pénurie et de la déliquescence qu'elle entraîne. Qu'en est-il ou qu'en sera-t-il de l'Île et des traces africaines? Écoutons une suggestion de Guillermo Cabrera Infante: " Cuba restera là, comme l'avait dit quelqu'un, cette triste et malheureuse et large île restera là après le dernier Indien et le dernier Espagnol et après le dernier Africain et après le dernier Américain et après le dernier des Cubains, survivant à tous les naufrages et éternellement baignée par le courant du golfe: belle et verte, immortelle, éternelle". Belle et verte, Înunortelle, éternelle, avec ses réminiscences africaines. De plus en plus vivaces. Et de plus en plus fécondes. Cuba l'Africaine.D

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Suggestions bibliographiques: Dianteill Erwan, Le Savant et le Santero: naissance de l'étude scientifique des religions afro-cubaines (19061959), L'Harmattan, Paris, 1995. Fernandez Ferrer Antonio, La isla infinita de Fernando Ortiz, Instituto de Cultura Juan GiI-Albert, Alicante, 1998. Lavou Victorien, Les Noirs et le Discours iden tita ire latinoaméricain, Marges, Presses Universitaires de Perpignan, Perpignan, 1997. Guicharnaud-Tollis Michèle, L'émergence du Noir dans le roman cubain du XIXe siècle, L'Harmattan, Paris, 1991. Pageaux Daniel-Henri, " Images noires de l'Amérique Latine", Notre Librairie, n091, janvier-février, Paris, 1988. Ortiz Poumier Marra, " Fernando (1881-1969), 'troisième découvreur de Cuba' ", Espace caraibe (Revue Internationale de sciences humaines et sociales), n01, 1993.

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Portrait sensible d'un peintre sensible. Lorsque motifs et couleurs sont des rites de passage... Ses oeuvres illustrent ce dossier: puisse son esprit l'éclairer!
Manuel Mendive est un cubain ouvert au monde; avec ses mots doux, il parle de ce qu'il sent, de ce qu'il croit, avec bonheur. C'est un homme prudent, fait d'expériences et de doutes, alerte et curieux de tout ce qui bouge et pourrait combler son inspiration. Comme beaucoup de Cubains de sa génération, il a pu compter sur une société qui a su investir dans le talent et le travail de ses artistes. Il est né le 15 décembre 1944 et aime ajouter "je ne sais pas à quelle heure". II a vécu dans un quartier populaire de La Havane, Luyano, et très tôt, il s'est senti attiré par la peinture, la sculpture jusqu'à suivre une formation à l'école des Beaux-arts San Alejandro de La Havane. Sa grand-mère, sa mère lui transmirent dès l' enfance les traditions et évocations spirituelles des Noirs yoruba. Son monde onirique s'est nourri des légendes et de l'imaginaire africain. Il eut par la suite plusieurs occasions de visiter l'Afrique en se rendant à plusieurs reprises au Ghana, au Mozambique et en Zambie. En 1993, il a été invité au Bénin pour la rencontre internationale de la culture vaudou - Rara comme on

Oshun et Shango, Manuel Mendive - 1991, huile sur toile, 1,18 x 1,89 m.

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