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David Alfaro Siqueiros Muralisme mexicain et politique

De
130 pages
Zappatiste, communiste opposé à Trotski, officier des Brigades Internationales, l'artiste mexicain David Alfaro Siqueiros, proche de Diego Rivera et Frida Kahlo, a marqué le XXè siècle par son engagement politique et son influence esthétique : Pollock et d'autres peintres nord-américains la reconnurent ouvertement. L'auteur parvient à montrer à quel point art et vie peuvent parfois se confondre, comme dans le cas exemplaire de ce muraliste hors norme.
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David Alfaro Siqueiros
Muralisme mexicain et politique

Xavier TREUILLER-SCHLACHTER

David Alfaro Siqueiros
Muralisme mexicain et politique

Préface de Jacques RIGAUD

L’Harmattan
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie Könyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest Espace L’Harmattan Kinshasa Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa – RDC L’Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE L’Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr © L’Harmattan, 2006 ISBN : 2-296-00874-7 EAN : 9782296008748

A mes parents, à mes proches Para mi tía y mi prima con toda mi ternura

Remerciements Je remercie en premier lieu Jacques Rigaud pour avoir bien voulu préfacer ce livre. Des remerciements particuliers à Madame Adriana Siqueiros (fille de l’artiste) et Mademoiselle Adriana Gil Alfaro (petite-fille de l’artiste) pour m’avoir guidé et permis de découvrir la culture mexicaine tout au long de mon séjour. Je tiens également à remercier l’ensemble du personnel de La Sala de Arte Publico Siqueiros pour son amabilité, sa disponibilité et pour m’avoir ouvert ses archives.

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L’étude que Xavier Treuiller-Schlachter consacre à Siqueiros met en lumière un chapitre important de l’art du XXe siècle ; mais en situant l’œuvre de Siqueiros par rapport à celle de ses contemporains Rivera et Orozco et en rappelant le contexte historique dans lequel s’est situé l’art mural au Mexique au cours d’un demi-siècle, de 1920 aux années 1970, l’auteur nous invite aussi à une réflexion très actuelle sur les rapports entre l’art et le pouvoir, ainsi que sur le thème de la diversité culturelle. Dès les premières pages, on comprend que le « muralisme » n’est pas le produit du fantasme de quelques artistes, mais l’expression d’une volonté politique. C’est la révolution mexicaine de 1910 qui est à l’origine d’un art destiné à toucher le peuple, à l’éduquer et à lui faire prendre conscience de son identité. Xavier Treuiller-Schlachter montre très bien comment les responsables politiques, et notamment le ministre Vasconcelos, ont pratiqué un véritable mécénat d’Etat, non pour la gloire d’un prince comme dans l’Europe de la Renaissance, mais pour l’édification de tout un peuple. Il ne cache rien des ambiguïtés et des contradictions dont cet art officiel était porteur et qui se reflètent dans l’histoire mouvementée des relations entre les artistes et le pouvoir, et entre les artistes eux-mêmes. Dissensions, polémiques, exils, tentatives avortées : ce ne fut pas un long chemin tranquille que celui de l’art mural mexicain, mais une aventure tumultueuse qui est cependant à l’honneur du Mexique. D’autres pays en effet, comme l’Union soviétique, l’Allemagne nazie ou la Chine populaire se sont servis de l’art mural comme instrument d’endoctrinement et de propagande, en domestiquant les artistes. Tel ne fut pas le cas au Mexique où la fierté des créateurs s’est souvent opposée à la volonté des gouvernants, et où certaines

David Alvaro Siqueiros : Muralisme mexicain et politique

œuvres majeures procèdent, comme le Polyforum culturel Siqueiros, précisément, d’une commande privée. L’art mural mexicain exprime avec force une affirmation d’identité culturelle. L’auteur montre bien ce qu’était au début du XXe siècle, avec l’ « afrancesamiento », la forte influence de l’art européen et notamment français, sur les artistes mexicains, comme d’ailleurs au Brésil et en Argentine. L’art mural veut être un retour aux sources, une réappropriation du passé pré-colonial du Mexique, mais non pas dans une vision passéiste, rétrograde, refusant toute influence extérieure. Les muralistes, tout au contraire, se réclament de la grande tradition des fresquistes italiens, de Giotto aux grands maîtres du Quattrocento. Et Siqueiros recourt aux technologies les plus contemporaines, comme le montre le passionnant témoignage de J. Pollock qui travailla un temps à ses côtés. Sans le savoir, les muralistes ont ainsi préfiguré ce que nous appelons aujourd’hui la « diversité culturelle », qui n’est pas un repli sur soi, un refus de l’autre, mais l’affirmation positive d’une culture qui n’hésite pas à puiser son inspiration dans d’autres cultures tout en affirmant sa propre originalité. Un art dans la ville, un art dans l’espace, un art populaire parlant à chacun, un art total, mêlant peinture, sculpture et architecture, un art de notre temps s’inspirant du passé le plus lointain : il y eut, dans ce demi-siècle d’aventures artistiques parsemées d’échecs, la sincérité et le pathétique des grandes utopies de l’art, qui sont partie intégrante de la grandeur d’un peuple. Jacques Rigaud Conseiller d’Etat honoraire Président d’ADMICAL Président du Frac-Collection Aquitaine

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C’est lors de mon séjour au Mexique, en 1996, que j’ai découvert l’œuvre des muralistes. Un an auparavant, ma rencontre en France avec Adriana Gil Alfaro, petite-fille de l’artiste David Alfaro Siqueiros, l’un des « trois grands », fut déterminante. C’est sur son invitation que j’entrepris ce voyage et que je m’ouvris à la richesse culturelle et historique d’un pays fascinant. En parcourant les rues de Mexico et son histoire, je ne pouvais manquer une rencontre qui devait marquer le regard de l’étudiant en histoire de l’art que j’étais : les monumentales fresques des muralistes mexicains. Les circonstances de ma présence au Mexique me conduisirent à m’intéresser particulièrement au plus controversé des muralistes : David Alfaro Siqueiros. Contrairement à leurs compagnons de l’époque, Diego Rivera et Frida Kahlo, José Clemente Orozco et Siqueiros demeurent véritablement inconnus du public français. Je dois reconnaître que ce point contribua indiscutablement à renforcer mon intérêt pour le théoricien d’un mouvement pictural qui s’est nourri des grandes fresques du vieux continent et a puisé son énergie auprès des avant-gardes européennes du début du XXe siècle.

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La Révolution mexicaine eut un impact considérable sur les arts plastiques. Pour comprendre et mesurer cette influence, il nous faut tout d’abord revenir sur la vague d’espoir et l’enthousiasme immense véhiculés par cet événement majeur dans l’histoire du Mexique. Le désir de faire table rase de « l’Ancien régime », aura pour corollaire la volonté de parvenir à une société nouvelle, plus égalitaire… idéale. Ensuite, nous pouvons nous demander pourquoi les peintures murales produites au Mexique après la Révolution de 1910 semblent à contre-courant du modernisme artistique européen. L’abstraction n’est pas un langage approprié, lisible, permettant de développer un discours au contenu fédérateur. La démarche encouragée par l’Etat mexicain, des années 1920 jusqu’aux années 1950, vise-t-elle le développement de thèmes liés à l’histoire nationale – comme Cuauhtémoc ou Zapata – dans lesquels la population pourrait se retrouver et s’identifier ? Ce qui expliquerait que la poussée de courants picturaux abstraits, comme l’expressionnisme abstrait, dès les années 1950 et surtout durant les années 1960, ait déstabilisé la logique mise en place par le gouvernement mexicain et, ainsi, fragilisé les conceptions révolutionnaires en remettant en question la figuration. D’où une réaction du muralisme en tandem avec l’Etat pour rafraîchir les valeurs et le discours révolutionnaires. Ce qui permet alors à l’Etat de regagner une légitimité à un moment où les difficultés économiques le fragilisent dans l’opinion publique ; apparaît alors un lien étroit entre l’art et la politique qui se soutiennent mutuellement. La production des années 1960 fait apparaître beaucoup de contradictions par rapport aux ambitions de 1910. S’agirait-il d’un