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De l'art dentaire à d'autres arts

De
143 pages
Henri Lamendin nous démontre que les médecins de la bouche sont aussi capables de sensibilité, d'émotions et d'innovations artistiques. Certains écrivent, peignent ou encore chantent. Tous sont dentistes, mais le lecteur les découvrira tour à tour marionnettistes et acteurs de théâtre au XVIIIe siècle, musiciens et auteurs contemporains, et même chanteur à succès pendant la période Yé-Yé. C'est leur histoire que nous conte l'auteur avec finesse et délicatesse, sans jamais se départir de son humour.
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De l’art dentaire à d’autres arts

HENRI LAMENDIN

De l’art dentaire à d’autres arts
Préambule du docteur Xavier Riaud Préface du docteur Pierre Baron

L’HARMATTAN

© L'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com harmattan1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-04328-2 EAN : 9782296043282

Préambule
« On ne connaît véritablement une science que si on en connaît son histoire. » Ainsi s’exprimait Auguste Comte, dans un cours de philosophie positive. Et il s’avère que je partage pleinement sa pensée. Toutefois, dans le présent manuscrit, il me semble indispensable de définir le cadre historique dans lequel cette connaissance est rendue possible. Henri Lamendin a choisi de nous révéler l’histoire de professionnels de santé qui, au fil des ans, ont acquis des compétences dans un autre domaine que leur seule profession, au point de mener, pour un certain nombre d’entre eux, une carrière parallèle à la première ou, pour d’autres, de renoncer à leur métier initial. Comme chacun pourra le constater, un grand nombre d’entre eux ont évolué – ou continuent d’évoluer – sur la fin du XXème siècle et sur le début du XXIème siècle. Il convient malgré tout de signaler que l’auteur, par souci de rigueur et de précision historique, ne s’est pas contenté de cette seule époque contemporaine, mais a également navigué dans les couloirs du temps en revenant sur des périodes plus révolues de l’histoire. Ainsi, une remarque s’impose. Il me semble indispensable, en effet, de préciser qu’il n’existe pas une histoire mais des histoires et qu’à ce titre, et à mon sens, l’histoire contemporaine en constitue un chapitre indiscutable et incontournable. Enfin, l’histoire de la médecine ne peut être limitée à la seule histoire des salles d’opération. C’est avant tout l’histoire des hommes, ou des femmes, et de leurs vies qui en ont constitué les grands moments. C’est ce que nous démontre l’auteur sans nul doute. Dans tous les cas, il est nécessaire de saluer le travail d’investigations réalisé par Henri Lamendin qui mérite, par son

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originalité et par l’intérêt massif qu’il a rencontré chez les personnes sollicitées, que le lecteur prenne le temps de découvrir ces hommes et ces femmes sous un jour différent de celui qu’il connaît peut-être au quotidien. Docteur Xavier Riaud Docteur en chirurgie dentaire Docteur en épistémologie, histoire des sciences et des techniques Lauréat de l’Académie nationale de chirurgie dentaire Directeur de collection aux éditions L’Harmattan

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Préface
C’est toujours un honneur d’être choisi pour écrire une préface, mais, ici, c’est pour moi un double honneur, d’une part parce que l’auteur, Henri Lamendin, est doté d’un savoir énorme et multiple, associé à la simplicité de l’« honnête homme », et d’autre part parce que c’est un confrère et un ami. Mais cela n’empêche pas qu’écrire une préface est toujours un exercice difficile que l’on peut refuser de faire tellement le résultat risque d’être médiocre. Mais voilà, le thème que l’auteur a choisi est des plus attirants, loin des sentiers habituels, neuf, intéressant et, de plus, ce thème met en valeur les chirurgiens-dentistes et leurs prédispositions artistiques. Dans ce livre, les praticiens présentés sont des femmes et des hommes qui ont dépassé le stade de l’amateurisme pour devenir de véritables professionnels, que ce soit dans le domaine de la peinture, du dessin, de la sculpture, de la gravure, de la photographie, de l’écriture ou bien encore dans le domaine de la comédie, du chant, de la musique, du cinéma, sans oublier l’archéologie, la direction d’orchestre et j’en passe… Si Henri Lamendin s’est attelé à cette tâche par un long travail de quêtes et enquêtes c’est pour présenter au grand public la face cachée d’une profession à laquelle il est fier d’appartenir. Cette partie cachée de l’iceberg, que le lecteur va découvrir au fil des pages, est passionnante et rentre de plainpied dans la modernité historique, c’est-à-dire dans l’intimité des praticiens, observatoire des plus parfaits pour découvrir ce qui est occulté par la blouse, les lunettes et les gants de ces chirurgiens-dentistes. Il faut alors se poser la question de savoir pourquoi ces femmes et ces hommes ont en commun, en plus de leur profession, cette attirance pour l’art ou les arts en général ? Pour cela il est important de rappeler que dès le XIIIème siècle des itinérants, simples arracheurs de dents ou charlatans, dont un grand nombre venait de l’Italie actuelle, se mirent à circuler à travers l’Europe occidentale afin de gagner leur vie. Il semble

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aussi que dès le XVIIème siècle et peut-être avant, ces charlatans se déplaçaient à travers l’Europe en roulotte, avec leur famille, et (ou) quelques aides, farceurs, musiciens ou petits acteurs. Pour attirer les badauds auxquels ils se proposaient de vendre des drogues ou remèdes, et, accessoirement de leur arracher une dent, si cela était nécessaire, ils montaient des tréteaux sur les places de village, dans les marchés ou bien encore dans les foires, et jouaient quelques pantomimes, parades ou petites scènes improvisées. Les plus riches se déplaçaient avec une petite troupe de théâtre et des musiciens. Cette tradition de l’arracheur de dents ou du vendeur de remèdes se faisant comédien pour attirer les clients s’est perpétrée jusqu’au début du XXème siècle. Circulait toute une foule de personnages, vrais et faux médecins, harangueurs, bonimenteurs, opérateurs, lithotomistes, renoueurs d’os et autres, exerçant des métiers divers, appartenant au monde du petit commerce, qui vivaient de la vente de diverses drogues, thériaque, orviétan, élixir odontalgique, remèdes miracles aux noms exotiques. Ils avaient comme lieu géographique commun le marché ou la foire et donnaient des spectacles de rues. Léon Chancerel (1886-1965), historien du théâtre, a bien résumé le rapport entre théâtre et charlatans : « Quand on étudie les origines du théâtre comique, on découvre vite combien elles sont mêlées avec l’histoire des charlatans nomades, marchands d’onguents et d’élixirs, vendeurs de drogues, fards, pommades, antidotes, panacée, thériaques et orviétans, poudres à vers, poudres en liqueur pour les douleurs de dents, breuvages pour les coliques ou mal de mer, onguent pour la gale ou pour le mal de Naples. Pour attirer les chalands et écouler les marchandises, ils avaient recruté de véritables troupes de farceurs et de musiciens. Ils donnaient en plein vent, par toute l'Europe, sur leur tréteaux, facilement transportables, de foire en ville et de ville en village, des spectacles qui ne furent assurément pas étrangers à la formation du génie de Molière (1622-1673) et de la comédie classique. » On voit là combien est enraciné depuis longtemps ce tempérament artistique de nos prédécesseurs, « arracheurs de dents ». Ainsi pendant tout le XVIIème siècle ce monde très

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particulier et très divers appartenait au monde des « arts de guérir ». Louis XIV voulut par ses Lettres patentes de 1699 organiser cette masse de personnages hauts en couleurs mais dans l’ensemble peu compétents en imposant un diplôme. Ce fut le diplôme d’« expert pour les dents » ou « chirurgiendentiste » que les arracheurs de dents devaient posséder. Ils ne furent pas tous diplômés et le XVIIIème siècle s’acheva sans que cette obligation fût respectée dans tout le royaume. Mais ce diplôme permit tout de même à ces « savants » d’écrire un grand nombre de traités qui firent de ce siècle le siècle d’or de la dentisterie française. Ce qui resta de cette époque c’est le mot « art » puisque la chirurgie dentaire ou dentisterie a pour nom également « art dentaire ». Ce que nous pouvons affirmer, qu’il s’agisse d’« art de guérir » pour la médecine en général ou d’« art dentaire » pour la dentisterie, c’est que nous avons bien en évidence que ces professions, toutes techniques qu’elles soient aujourd’hui, restent soumises à un élément impalpable, indescriptible, non transmissible, non scientifique d’« art » que nous pouvons aussi appeler « intuition » ou « nez ». Alors dans ce contexte on touche du doigt la double appartenance au monde des arts pour les chirurgiens-dentistes, l’influence du passé historique et le poids du présent fait encore d’intuition. Mais quand on rajoute que la main obéit au cerveau pour réaliser ce que ce dernier a conçu, on mesure combien est immense la fragilité de ce geste on ne peut plus « artistique ». D’ailleurs les anciens ne s’y sont pas trompés et là nous citerons une phrase qu’a écrit en 1750 le chirurgien-dentiste Louis Fleury le Cluse de Tilloy, dit, plus souvent, tout simplement Lécluze ou Lécluse (1711-1792), dans son livre intitulé Traité utile au public : « Lorsque la bouche est mise en état par un habile Artiste, il faut l’entretenir. » Un peu plus tard dans le Siècle des lumières, le grand Condorcet, de son nom Marie Jean Antoine Caritat, marquis de Sciences, des académicien (1743-1794), Condorcet collaborateur de l’Encyclopédie et dont les cendres sont au Panthéon depuis 1989, écrivit à propos de la chirurgie : « La chirurgie et la pharmacie deviennent des arts presque nouveaux,

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dès l’instant où l’anatomie et la chimie viennent leur offrir des guides plus éclairés et plus sûrs. » Ces citations conviennent parfaitement à la pratique de la chirurgie dentaire, nul ne peut le nier. Ainsi le lecteur comprendra mieux que ce n’est pas un hasard si tous les personnages, morts ou vivants, qui animent le texte d’Henri Lamendin, ont en commun cette prédisposition pour les arts en général. Nous le laissons les découvrir et se divertir en élargissant sa culture. Docteur Pierre Baron Docteur d’État en odontologie Membre associé de l’Académie nationale de chirurgie dentaire Ancien président de la Société française d’histoire de l’art dentaire

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Introduction
À l’époque des « arracheurs de dents », l’art dentaire fut tout naturellement associé au théâtre, au spectacle. C’était le temps des « charlatans » (vendeurs ambulants qui débitent des drogues, arrachent les dents, sur les places et dans les foires), que j’ai préféré qualifier, ici, de « bonimenteurs ». En quelque sorte, les deux métiers n’en faisaient qu’un. Puis, certains opérateurs passèrent de l’art dentaire à un autre art, ou de l’autre à l’un. Cela a perduré et l’on trouve encore maintenant des chirurgiens-dentistes pratiquant des arts les plus divers, conjointement ou successivement, au niveau professionnel. Je vous présente donc, dans ce recueil, plus d’une centaine de notices à diverses époques. Je l’ai intitulé : De l’art dentaire à d’autres arts, sans prétendre être exhaustif. C’est ainsi que, par exemple, je n’ai pu trouver suffisamment de données à propos d’Agaron, originaire de Toscane, « marchand ambulant de remèdes et opérateur public », d’Arnaut, qui se vantait de soigner le « Sacré Collège », de Catalan, « glorifié » par Louis Sébastien Mercier (1740-1814), dans ses Tableaux de Paris, de Farine et Buscambille, le fameux duo d’opérateurs « farceurs », d’Ovyn avec son « théâtre sur le Pont-Neuf », de Toscan qui avait « un lion et deux singes », de Rupano, « charlatan du Pont-Neuf », qui vendait des encres sympathiques… des poudres dentifrices (cités par Lemerle, 1900 ; Dagen, 1925 ; André-Bonnet, 1955 ; Cecconi, 1959 ; Besombes et Dagen, 1961 ; Dechaume et coll., 1977 ou Baron, 2006)… et de bien d’autres, encore, au cours des siècles suivants, jusqu’à aujourd’hui… Bien entendu, les notices suivantes ne prétendent pas constituer des « biographies » proprement dites. D’ailleurs, elles sont très diversement fournies, en fonction de l’importance des éléments documentaires réunis, et de l’intérêt que je leur ai porté, à votre intention. En titre, je n’ai mentionné pour chaque praticien, cité ciaprès, qu’un seul art « hors dentaire », celui me semblant le

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principal, car certains ont été ou sont encore des « artistes » dans plusieurs domaines, parfois même, simultanément. L’appellation « écrivain » n’est, évidemment, attribuée que pour des écrits ne concernant pas directement l’art dentaire. Et, je n’ai pas classé les notices en fonction de la chronologie, mais par ordre alphabétique, afin d’en faciliter la consultation. H. L.

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