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Développement culturel et territoires

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329 pages
Face à la banalisation de la notion de développement culturel dans le discours sociétal, scientifique et politique, quelques interrogations se posent : peut-on voir dans le développement culturel une "panacée", dont l'efficacité reste à prouver ? S'agit-il d'un expédient pour éviter un engagement politique fort sur les problèmes que le développement culturel est censé résoudre ? S'agit-il au contraire d'un outil moderne des politiques publiques susceptible d'échapper aux contraintes d'instruments traditionnels très strictement normés ?
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Développement culturel et territoires

Collection Conférences universitaires de Nîmes dirigée par Olivier Devillers Le but principal de cette collection est de rendre compte des recherches qui sont menées au Centre Universitaire de Nîmes – ou en association avec lui – dans le domaine des sciences humaines, sociales et artistiques. Une caractéristique est, conformément à l’identité d’un établissement où se côtoient des spécialistes de domaines divers, leur interdisciplinarité : il s’agit de croiser, autant que possible, plusieurs approches. Dans cette mesure, la présente collection réservera une grande place aux ouvrages collectifs et le terme de « conférence » qui figure dans son intitulé est presque à entendre dans son sens étymologique de « mise en commun ». Les questions de « représentation » et de « fait culturel », qui sont à la rencontre de différentes disciplines, retiendront particulièrement notre attention : comment l’histoire estelle vue par la littérature ? Comment les traditions s’inscrivent-elles dans l’espace urbain ? Comment un artiste réagit-il à l’actualité ? Autant de thématiques qui pourraient être multipliées et qu’il convient d’inscrire dans un temps et dans un espace. Pour ce qui est de cette première dimension, l’apport des approches diachroniques ne peut être négligé : étudier l’évolution et les mutations d’une même « représentation » des origines à nos jours permet d’aborder et de clarifier les problèmes essentiels de la transmission et de la survie. Pour ce qui est de la seconde, sans être pour autant exclusifs, nous accorderons un intérêt plus marqué aux études languedociennes. C’est autour de ces traits – interdisciplinarité, intérêt pour la représentation des faits culturels, régionalisme languedocien – que nous entendons bâtir cette collection.

Dans la même collection : Autour de Nîmes et de sa région sous la direction de Catherine Bernié-Boissard et Danièle Julien Tauromachies et identités locales sous la direction de Catherine Bernié-Boissard Peurs et risques contemporains. Une approche pluridisciplinaire sous la direction d’Émmanuel Gleyse Tauromachies, sport, culture. Regards croisés sur les publics sous la direction de Laurent Sébastien Fournier, Catherine Bernié-Boissard et Jean-Pierre Michel Tauromachies, cultures du Sud sous la direction de Catherine Bernié-Boissard et Laurent Sébastien Fournier La Fête au présent. Mutations des fêtes au sein des loisirs sous la directionde Laurent Sébastien Fournier, Dominique Crozat, Catherine BerniéBoissard, Claude Chastagner Pour tout contact Rencontres universitaires de Vauban Bibliothèque du Centre universitaire de Nîmes Rue du Dr Salan 30021 NÎMES Cedex 1 buvauban@unimes.fr

Sous la direction de

Laurent Sébastien Fournier, Catherine Bernié-Boissard, Dominique Crozat, Claude Chastagner

Développement culturel et territoires

L’Harmattan

Cet ouvrage présente les travaux du colloque Le Développement culturel : un avenir pour le territoire ? qui s’est tenu à l’université de Nîmes les 17 et 18 avril 2008, à l’initiative de l’équipe CNRS ART-Dev, avec le soutien de l’Université Paul Valéry-Montpellier 3, du Conseil général du Gard et du Conseil régional du Languedoc-Roussillon.

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13793-6 EAN : 9782296137936

LE DÉVELOPPEMENT CULTUREL
UN AVENIR POUR LES TERRITOIRES

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Laurent Sébastien Fournier, Catherine Bernié-Boissard, Dominique Crozat, Claude Chastagner

Ce livre est issu d’un programme de recherche pluridisciplinaire et international associant géographes, anthropologues, sociologues, économistes, politistes, chercheurs en information-communication et spécialistes d’études culturelles. De nombreux professionnels du développement culturel ont également collaboré à cette recherche : chargés de mission, administrateurs de politiques culturelles, animateurs territoriaux du patrimoine, agents de développement culturel, coordinateurs de projets publics ou privés, formateurs, architectes, artistes, élus, etc. Nous avons souhaité prolonger cette réflexion croisée par un ouvrage à plusieurs voix, en complément des rencontres internationales qui se sont tenues à l’université de Nîmes en avril 20081. Pour bien comprendre la nature du débat, il convient de rappeler en premier lieu le questionnement qui fut à l’origine de ce programme de recherche. Face à la banalisation de la notion de développement culturel dans le discours sociétal, scientifique et politique, quelques interrogations ont pris de l’importance : peut-on voir dans le développement culturel une « panacée », dont l’efficacité

1 Voir la publication en ligne des Actes du colloque : http://recherche.univ-montp3.fr/mte/colloque8/index.html

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reste à prouver ? S’agit-il d’un expédient pour éviter un engagement politique fort sur les problèmes que le développement culturel est censé résoudre ? S’agit-il au contraire d’un outil moderne des politiques publiques susceptible d’échapper aux contraintes d’instruments traditionnels très strictement normés ? L’ambiguïté de la notion permet à la fois de lui conférer une souplesse en tant qu’outil de politique de gestion des territoires et d’éviter la contrainte d’un engagement trop important en y rattachant des éléments parfois disparates ressortant d’autres politiques (sociale ou économique en particulier). Mais cette souplesse rend en même temps la notion difficile à théoriser du fait de la diversité de ses usages et de la multiplicité des représentations associées. Le développement culturel tente d’articuler un ensemble de représentations autour des thèmes de l’attractivité des territoires, de la créativité des sociétés et du lien social. Associé à la diversité, il inspire l’idéal d’une recomposition des politiques culturelles fondées sur la participation et la multiplicité des acteurs. Appliqué au territoire, il motive et justifie les analyses d’impact économique de la culture, cette dernière étant considérée comme facteur de développement local, malgré les incertitudes sur la réalité du phénomène. Le lien entre culture et créativité ouvrirait de nouvelles perspectives, les activités culturelles constituant en quelque sorte une source de capital créatif pour l’ensemble des activités économiques. L’économie dans son ensemble aurait tendance à se « culturaliser ». Autrement dit, ce secteur dont la croissance est supérieure à la moyenne de la croissance économique européenne, aurait tendance à cristalliser les espoirs de développement économique et social, d’innovation, de cohésion. Les notions de district (culturel), de polarisation ou d’attractivité expliqueraient désormais les vertus du secteur culturel et créatif. Une lecture politique du développement culturel Au-delà des ambiguïtés de la notion de développement culturel que signalent plusieurs textes (Auclair, Chastagner, Fournier par exemple), on peut aussi en tenter une lecture plus politique : au même titre que le développement durable et malgré une histoire

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différente que Catherine Bernié-Boissard met bien en valeur, le développement culturel est en effet susceptible d’être aujourd’hui envisagé comme un outil majeur de contrôle des sociétés postmodernes. La gouvernance souvent invoquée à son propos devient alors extrêmement ambiguë. En effet, le tournant économique de la notion à partir des années 1980 coïncide avec ce qu’on appelle en France « les années Lang » où tout devient culturel ; le ministre de la Culture inaugure le musée de la Mode, intronise la publicité ou le graffiti comme activités créatrices, tandis que le consumérisme culturel remplace la banale consommation (Bauman, 2007). Cette évolution est au cœur de ce que Rancière (1995) identifie comme l’assomption du « consensus culturel ». Dans leur contribution, Armelle et Émmanuel Paris montrent que cela induit l’émergence d’une classe créative (Florida, 2002), permet à cette dernière de justifier son rôle de médiateur (Boltanski, 2008) et de pérenniser son capital symbolique. Par ailleurs, en revenant à Rancière (mais Boltanski reprend pour l’essentiel cette idée), le développement culturel produit une norme sociale qui exprimerait la crise culturelle du politique. En effet, l’exceptionnelle capacité de la culture à produire du consensus provoque la progressive substitution de la culture au politique. La culture présente l’intérêt de rendre consensuels tous les objets qu’elle touche, alors que le politique doit être nécessairement délimité puisqu’il ressort du débat entre des opinions divergentes ; la culture possède au contraire une capacité inclusive sans limite. En conséquence la capacité du politique à gérer la pluralité est mise à mal par cette expansion omniprésente du consensus : la dispute, « exposition du litige » ne peut avoir lieu dans les sociétés post-démocratiques qui se définissent comme des démocraties consensuelles et ne peuvent donc laisser place au débat contradictoire ; finalement ces démocraties ne relèvent plus du politique. En imposant, par la mise en spectacle, des jugements de valeur qui formatent idées et comportements en fonction d’un « état moyen », on vise à l’émergence d’un état d’esprit unanimiste « constitué des récits du “bon” développement » (A. Paris et É. Paris) ; cela induit « la disparition du reste de la communauté,

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c’est-à-dire la disparition d’une partie de la communauté qui serait sans part et qui, dans “la conjonction d’un régime déterminé de l’opinion […] avec un régime déterminé du droit” comme seul régime légitime de règlement des conflits, se verrait écartée de la communauté mais surtout des possibilités de son exposition » (Priolet, 2008, p. 146). Or, si le consensus est « un certain régime du sensible » (Rancière, 1995, p. 143), la culture est le champ principal où se constitue ce consensus entre opinion et droit. Le développement culturel relèverait donc aussi du politiquement correct ; la création cesse d’être subversive. Ainsi Priolet (2008) rappelle que lorsque des œuvres sont confrontées à la justice, elles ne sont pas subversives pour autant. Car ce n’est pas l’État qui est à l’origine des actions en justice mais des groupements de défense d’intérêts particuliers (mouvements d’extrême-droite ou associations de défense des droits de l’enfance) ; c’est donc dans le domaine de la morale que se situe le débat, le plus souvent ramené à des questions de mœurs. Le droit se substitue au politique ; les groupements d’intérêts privés à l’État. Le conflit devient litige et est affaire d’experts ; dès lors il n’y a plus de possibilité de subversion politique. À cette aune, le développement culturel serait un des outils les plus efficaces d’extension illimitée du champ de la culture (que certains assimilent au relativisme culturel). Il permet surtout d’initier le processus performatif de sélection des œuvres à diffuser en fonction de logiquesqui ressortent d’abord de la loi du marché (recherche de publicité ou crainte de devoir affronter la justice) : la culture y est divertissement et, excepté à l’occasion de « coups » médiatiques destinés à donner le change, elle ne peut s’embarrasser de véritables œuvres subversives, incapables de rentrer dans les flux d’une mise en marché soigneusement programmée. Ainsi, le développement culturel nous placerait totalement dans la crise de la culture que pronostique Hannah Arendt. Le loisir et le divertissement, en extension permanente, phagocytent peu à peu les objets de la culture pour les réutiliser : « Cela ne veut pas dire que la culture se répand dans les masses, mais que la culture se

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trouve détruite pour engendrer le loisir. Le résultat n’est pas une désintégration mais une pourriture » (Arendt, 1972, p. 299). En se subsumant dans la culture, les œuvres d’art perdent leur capacité conflictuelle et ressortent des industries culturelles dans un mouvement de réification systématique du monde de la création (Adorno, 1974, p. 30). Elles perdent ainsi leur capacité (potentia) polémique ou subversive sur laquelle insistaient Adorno et d’autres : « Si à l’origine, elles étaient en contradiction avec le statu quo, cette contradiction a maintenant disparu. » (Marcuse, 1968, p. 89). Ainsi, « la société avec sa facilité d’absorption [processus qu’accomplit le développement culturel], épuise les contenus antagoniques de l’art en les assimilant. Dans le domaine de la culture, le système totalitaire nouveau se manifeste précisément sous la forme d’un pluralisme harmonieux ; les œuvres et les vérités les plus contradictoires coexistent paisiblement, dans l’indifférence » (Marcuse, 1968, p. 86). Prenant acte de cette lecture politique et essayant en même temps de la dépasser, cet ouvrage se propose de mieux comprendre le phénomène de survalorisation de la notion de développement culturel, devenue une sorte de lieu commun, dans un contexte marqué par l’affaiblissement de l’économie industrielle, par la montée des immatériels et par la croissance de l’emploi tertiaire. Il s’agit d’interroger les conditions et le(s) moment(s) de son émergence dans différents champs (les politiques publiques, les sciences sociales), d’en répertorier les manifestations dans les pratiques sociales, afin de cerner le flou qui l’entoure. Développement et culture(s) Un premier axe de réflexion concerne la définition de la notion même de culture. La contribution de Claude Chastagner présente le point de vue des études culturelles en montrant avec l’exemple de la musique zydeco en Louisiane que les cultures populaires, parce qu’elles sont plus plastiques et moins protégées juridiquement, sont plus faciles à instrumentaliser à des fins de développement culturel. Ainsi travaillées et transformées en cultures de masse transnationales, les cultures populaires rencontrent la

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problématique du marketing culturel et intègrent de nouveaux enjeux économiques, artistiques et territoriaux. Dans une perspective comparable, la notion de patrimoine culturel immatériel utilisée par l’ethnologie et présentée par Laurent Sébastien Fournier pose le problème des usages sociaux de la culture, notamment à travers les risques de « muséification » de la culture vivante d’un territoire par des logiques politiques d’inventaire qui négligent la part d’inventivité des groupes sociaux concernés. Si le patrimoine culturel d’une communauté donnée n’est pas défini pragmatiquement comme l’ensemble des biens dont la communauté a conscience qu’ils font partie de son patrimoine, alors la logique du développement culturel risque d’engendrer une concurrence entre les différents agents qui prétendent définir le contenu de la culture. Ces définitions ont pour but de montrer l’étendue de la notion de culture et d’insister sur ses acceptions élargies (culture populaire, culture au sens anthropologique), ce qui rend particulièrement légitime une interrogation sur les enjeux culturels des fêtes et des festivals (Sibertin-Blanc, Leitao, Goeury). Mais l’ouvrage montre qu’il est en pratique impossible d’abandonner complètement l’acception restreinte de la notion de culture (culture cultivée, culture au sens esthétique) dès lors qu’il est question de développement culturel et de politiques publiques de la culture. Différentes conceptions s’affrontent, entre ceux qui conçoivent le développement culturel en termes d’accès à la culture, d’élargissement à de nouveaux publics et finalement de droit à la culture, et ceux qui focalisent leur attention sur la valeur économique de la culture, entre ceux qui parlent d’ « équipements structurants » et ceux qui préfèrent parler d’ « équipes structurantes », entre ceux qui considèrent d’abord le coût des équipements culturels et ceux qui insistent sur les bénéfices induits que ces équipements permettent. Pour les acteurs du monde de la culture, c’est la logique de la démocratisation culturelle qui paraît prévaloir dans une perspective parfois héritée de l’éducation populaire ; pour les universitaires, il s’agit plutôt d’optimiser la gestion de l’implantation des infrastructures et d’aménager l’offre culturelle à l’échelle des différents territoires.

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Malgré ces différences de conceptions, les problématiques de la labellisation, des nouvelles formes d’appropriation liées à l’apparition de nouvelles catégories de patrimoine ou des moyens de mesurer la créativité, contribuent à construire des médiations. De même, les études portant sur la mise en patrimoine de la mémoire collective (Hertzog) ou sur la mise en culture des ressources territoriales (Duval) montrent que pour analyser une situation à l’échelle d’un territoire, il est plus que jamais nécessaire de combiner les différentes approches en présence. Enfin, les points de vue des acteurs culturels et des artistes mettent en valeur que la complexité de la notion de culture suppose que soient systématiquement croisées les perspectives, dans un domaine où le substrat social et territorial, la vie du quartier ou de la ville par exemple, est aussi importante que la mise en œuvre des projets culturels elle-même. Pour mieux dépasser les difficultés en termes de conceptions de la notion de culture, il semble finalement possible de distinguer quatre phases ou quatre périodes successives concernant l’utilisation de la notion de culture à des fins de développement : – la culture comme opportunité, aléatoire et peu ou pas organisée ; c’est la phase antérieure, la préhistoire du développement culturel ; – la culture devient ressource territoriale : l’exploitation d’une aménité culturelle permet de valoriser d’autres productions, de labelliser celles-ci ; – la culture devient outil du marketing territorial : on décide de prendre en charge la création de cette ressource territoriale dans un projet global de promotion du territoire ; – la culture devient simulacre et remédiation : on peut parler à ce stade de disneyfication ou de construction d’espaces « hyperréels ». Le projet de promotion fait appel à des icônes et performe dans l’aménagement de l’espace et l’organisation de la société locale, souvent, mais pas systématiquement, au moyen de technologies sophistiquées. Ainsi, progressivement, la culture est positionnée au centre des politiques locales et acquiert un rôle structurant. On passe de

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l’image (qui procure un « plus ») au produit, normé, calibré, standardisé et réputé efficient. Au cours du processus, l’instrumentalisation économique, politique ou sociale de diverses formes de la culture fait souvent oublier qu’elle a d’abord pour fonction de créer du lien social et de l’identité. Développement et territoire(s) Au-delà des réflexions sur la culture, l’objectif est, partant d’une notion s’apparentant à un lieu commun, d’interroger les liens entre culture et territoire (au sens d’espace « approprié », construit par ses acteurs, doté d’une dimension sociale). La visée interdisciplinaire comme le dialogue avec les représentants des milieux professionnels contribuent à renouveler l’approche des pratiques et des politiques culturelles. La réflexion montre que le développement culturel intéresse le développement économique, le développement durable, les requalifications territoriales, l’intégration des populations, la mise en valeur du patrimoine, mais aussi la géopolitique (coopérations à une échelle locale ou régionale, Europe…). La première partie de l’ouvrage s’attache à décrire la diversité des usages de cette notion, répertoriant ses différentes formes, du marketing à la mise en valeur des mémoires et des patrimoines. Catherine Bernié-Boissard en rappelle la genèse au début des années 1960, et caractérise trois moments décisifs. Le premier, celui des fondations, est lié à la création et aux objectifs du ministère de la Culture en France en 1959. La question centrale alors est celle des publics, donc de la démocratisation de l’accès à la culture. Le deuxième est celui de l’appropriation de la notion de développement culturel par les collectivités territoriales (le temps des territoires). Le troisième est contemporain de l’association étroite entre développement économique et développement culturel, dans une économie dite de « l’immatériel » qui brouille les frontières du champ culturel et renvoie au débat sur le sens et la place accordés dans les sociétés aux productions de l’esprit et de l’imaginaire. La recherche contemporaine a montré la tendance actuelle à survaloriser les ressources de la culture, dans les discours et les

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programmes : redécouverte des ressources patrimoniales à travers le prisme dominant du développement économique local, mobilisation des ressources immatérielles sur le plan local pour la production d’événements médiatisés, pouvant servir à leur tour de ressource pour de nouvelles modalités d’aménagement du territoire (Sibertin-Blanc). Elle a également souligné l’avenir incertain des cultures populaires, issues de lieux désormais privés de productivité et soumises à l’injonction identitaire. D’où une nécessaire poursuite de la réflexion sur l’évaluation des politiques culturelles, sous l’angle du concept de capacité ou capabilité de l’économiste A. Sen (2000). Il s’agit dès lors de réinterroger ce qui fonde les motivations et les choix des hommes (Thireau). Les deux composantes de la notion de développement culturel : le droit à la (à sa) culture – dans le sens de l’héritage culturel –, et le droit de chacun à s’épanouir en se cultivant – dans le sens de l’épanouissement individuel – se combinent ainsi de diverses manières à la capacité de la culture de générer de la valeur économique (Claval). L’exploration de ces multiples combinaisons, à diverses échelles, en fonction de problématiques urbaines ou rurales, suscite un débat autour des questions de la démocratisation de l’accès à la culture et aux biens culturels, de la place des populations dans la construction et l’instrumentalisation d’événements, de l’évaluation du développement culturel. L’inflation de labels va de pair avec de nouvelles formes d’appropriation, par exemple la prise en compte de nouveaux patrimoines (cités de logement social ou architecture des années 1960 dans les Villes d’art et d’histoire). Ce processus interroge le caractère rigoureux de la qualification et de la certification. À une autre échelle, au sein de l’Union européenne, la plupart des grandes agglomérations engagent des politiques culturelles qui présentent similitudes et différences. Peut-on parler pour autant d’une « européanisation », voire d’une globalisation – autrement dit d’une uniformisation – de la culture ? La superposition et l’entrecroisement des acteurs, des pratiques, des échelles territoriales font de l’interculturalité et de l’interterri torialité deux notions particulièrement pertinentes pour comprendre

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les processus paradoxaux du développement culturel. La dynamique des Eurorégions, déployée à « l’entre-deux » du local et du global, combinant plusieurs dimensions de la coopération interterritoriale (transfrontalière, décentralisée, interrégionale nationale et transnationale, etc.), en est un exemple éclairant (Perrin). Enjeux et approches du développement culturel En se focalisant sur les relations entre le développement, la culture et le territoire, il est possible de recenser les enjeux et les différentes approches possibles de la notion de développement culturel. Cerner les limites Une approche évidente consiste à cerner de différentes manières les limites de la notion de développement culturel. Classiquement, elles peuvent pointer la « fatalité de l’institutionnalisation », à l’origine de la perte de sa dynamique initiale, comme les limites spatiales : le dynamisme de certains espaces (en l’occurrence urbains) est référé à celui d’autres espaces de même type, induisant une relative homogénéisation dans l’innovation sociale. La nuit devient une temporalité spécifique à ces dimensions dans la plupart des villes européennes. On peut également poser les limites des politiques de communication par la culture dans la promotion des territoires, limites d’une action souvent très individualisée (Goeury) et pas toujours très claire dans ses attendus, lourde de routines et sous-entendus peu questionnés dans la pratique quotidienne (Sibertin-Blanc). Le rôle de la culture Une question essentielle est celle du rôle de la culture, à travers, par exemple, l’ambiguïté des définitions de la culture mise en valeur par l’ethnologie (Fournier). Cet axe de lecture recoupe encore souvent le questionnement des limites du développement culturel. Sous cet angle, on peut caricaturer un peu en disant que deux types d’espaces – dynamiques ou en difficulté – instrumentalisent ainsi particulièrement la culture.

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De nombreuses approches (Zanetti) s’intéressent en effet à des espaces en difficulté économique, sociale, ou démographique (régions industrielles en reconversion, espaces émergents, ruraux…) ou marginalisés, laissant croire que dans ces situations difficiles, le développement culturel est une option par défaut, celle qu’on envisage lorsque tout le reste a échoué ou lorsqu’on n’a que peu d’autres moyens à disposition. Cette solidarité n’est donc pas exempte d’ambiguïtés (Auclair) puisqu’elle sous-tend aussi souvent la recherche d’une paix sociale. La vieille conception d’une culture gaspillage, consommation sacrificielle, est en soi remise en cause par l’utilitarisme sous-jacent de la notion de développement culturel. Avec ces approches d’une culture pensée comme dernière arme des plus défavorisés, mais aussi avec les approches plus fonctionnelles liées au marketing territorial, la culture apparaît comme un des derniers domaines laissant une possibilité d’action dans un monde globalisé où la décision politique locale perd de son importance. En ce sens, parler d’instrumentalisation n’a alors rien de péjoratif : la culture devient un outil de développement, ce dernier terme perdant alors partiellement son sens d’injonction « nécessaire » au changement (É. et A. Paris), le changement pour le changement, au profit de l’idée d’une mise en cohérence de territoires aux logiques internes souvent hétérogènes voire disparates (Pincent, Auclair). Mais cette dernière idée met en valeur que ce ne sont pas les plus en difficulté ou les plus démunis qui tirent le plus profit de ce développement culturel. Il demeure de cette ancienne sacralisation de la culture un prestige que s’efforcent d’exploiter des territoires dynamiques (Terrisse, Sagot). Dans ces sociétés très policées, la culture reste la pourvoyeuse d’imaginaires en quête d’un ailleurs, qu’il s’agisse d’espaces ou de temporalités. Cependant, cet utilitarisme n’empêche pas la spontanéité des pratiques d’acteurs moins professionnalisés, en quête d’identité (Leitão) : ce sont eux qui contribuent le plus à la perpétuation du prestige de la culture comme marqueur territorial, avec parfois une compétence surprenante par leur capacité à induire des reconfigurations importantes des systèmes territoriaux locaux (Salvatore).

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Modalités de mise en œuvre Cette revue des thématiques marquantes serait incomplète sans aborder un troisième axe majeur qui s’intéresse aux modalités selon lesquelles cette culture est mise en valeur, et qui soulève la question du « comment ça marche ? », avec une approche tantôt surplombante de l’acteur public ou plus immédiatement concrète, centrée autour de la réussite d’un événement. Questionner le chercheur et l’acteur Au même titre que les interrogations sur le sens à donner aujourd’hui à l’action culturelle, le souci pragmatique impliqué par la notion de développement culturel suscite des questions et débats qui montrent l’importance de la demande autant que la difficulté à en appréhender les enjeux dans un monde en mutation : dans la logique d’une médiaculture omniprésente, avons-nous encore besoin de culture ? Surtout, existe-t-il encore une place pour l’acteur culturel ? Mais ces interrogations intéressent aussi le chercheur, en particulier ce qui concerne la mise en valeur de la dimension performative du travail d’investigation (Chastagner, Fournier). Mais, là encore, la maîtrise des techniques et la conscience de cette maîtrise ont beau s’être renforcées, cela ne répond pas à la question de la finalité de l’action culturelle. C’est probablement la raison pour laquelle le débat autour de la démocratisation de la culture demeure omniprésent (Bernié-Boissard). Cette volonté de démocratisation est-elle encore d’actualité ? Si un consensus assez volontariste se dégage, insistant cependant sur la nécessité d’adaptation au contexte d’une société qui a évolué depuis les années 1960, il semble néanmoins possible d’interroger l’importance, réelle mais probablement secondaire, de cette demande : la situation du secteur de l’action culturelle est paradoxalement fragilisée alors que la notion de développement culturel est omniprésente dans toute politique ; de même, ce succès n’induit pas nécessairement un développement de la culture. Dans cette incertitude, afin de prolonger la réflexion, il paraît logique de terminer cette introduction en posant quelques questions :

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– comment situer les cas étudiés ? L’utilisation de la culture estelle toujours défensive, en réponse, souvent tardive, à une fragilisation (territoires en difficulté économique ou démographique qui veulent se redéfinir), un besoin d’identité (espaces attractifs qui craignent d’être submergés par l’afflux de populations nouvelles et envisagent de (re)fonder un discours commun) ? – n’y a-t-il pas alors une confusion fréquente entre la construction culturelle à destination des habitants (idéologie territoriale) et celle destinée aux visiteurs potentiels du pays (marketing territorial) ? Pour le dire autrement, les acteurs ont-ils une conscience claire des objectifs commerciaux qu’ils mettent en jeu ? Ne s’agitil pas le plus souvent de la constitution d’une idéologie territoriale à vocation interne au territoire ? Cela suscite un double glissement vers les modalités de la réception de ce discours et la question de l’échelle d’action ; – s’agit-il de la mise en scène d’une culture prétexte ? Comment s’opère l’alchimie du passage de l’événement culturel au « support identitaire essentiel » ? (Brennetot, 2004). L’identité territoriale est-elle nécessairement transposable comme identité commerciale ? – le développement par la culture reste-t-il toujours confiné à des espaces de petites dimensions, entités nécessairement, voire essen tiellement locales, envisagées dans des configurations territoriales limitées ? Au regard des contributions ici réunies, le temps d’André Malraux fondant un ministère des Affaires culturelles et de la vocation universalisante de l’UNESCO semble passé et laissé aux grands médias et multinationales qui transforment la culture en entertainment. Plus largement comment articuler les « médiacultures » (Maigret et Macé, 2005) à vocation internationale, omniprésentes voire envahissantes, et ces dimensions très locales ? – quelles sont les stratégies de développement culturel et pourquoi, malgré son succès, cet outil reste-t-il relativement fruste ? Cela induit de poser la question de l’autonomie de décision, qui constitue souvent une des causes majeures du processus de mutation vers le culturel. Réelle autonomie ou nouvelle dépendance vis-à-vis des pôles émetteurs ? Comment se situer vis-à-vis des

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grandes multinationales ou, plus souvent, vis-à-vis des entreprises nationales (médias) ? Comment négocier le décalage assez fréquent entre les effets d’image et la réalité économique ou sociale d’un territoire soumis aux aléas du marché, à la métropolisation et à la mondialisation ? – concurrence et/ou mimétisme ? La multiplication des événements et initiatives culturelles induit des effets de mode, une homogénéisation à défaut d’une standardisation qui permettrait de parler d’industrie culturelle. Comment concilier la « fuite en avant » vers l’innovation et la « stabilité » qu’est censée représenter la culture ? – parmi les recours à des temporalités nouvelles, la labellisation, par exemple les AOC ou les Villes d’art et d’histoire, est-elle une réponse cohérente pour le développement culturel territorial ? Forme d’institutionnalisation récente et fréquente, on peut s’interroger sur son évolution et sa généralisation. Ne ferait-elle pas faire perdre aux territoires leur originalité, par standardisation ? – comment penser l’évaluation des politiques de développement culturel ? Quelle est la qualité et l’importance réelle du développement induit ? Il n’existe aujourd’hui que des outils indirects (fréquentation, chiffre d’affaires, etc.). Mettre au point des outils qualitatifs suppose de pouvoir s’appuyer sur des définitions stabilisées. Cette diversité d’interrogations ne prétend pas à l’exhaustivité ; elle témoigne, en conclusion, de la richesse d’un débat qui, lors des Rencontres de Nîmes, s’est voulu international et interdisciplinaire.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES ADORNO, T. (1974), Théorie esthétique, Paris, Klincksieck. ADORNO, T. (2003), Prismes. Critique de la culture et société, Paris, Payot et Rivages, coll. « Critique de la politique ». ARENDT, H. (1972), La crise de la culture, Paris, Gallimard, coll. « Folio Essais ». BAUMAN, Z. (2007), S’acheter une vie, Arles, Éd. Jacqueline Chambon, 201 p.

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LE DÉVELOPPEMENT CULTUREL
QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LE COLLOQUE DE

NÎMES

Paul Claval

Le développement culturel : une notion apparue il y a un demi-siècle La notion de développement culturel est apparue il y a un demisiècle. Comme l’a montré Guy Saez, elle doit beaucoup à Joffre Dumazedier. Celui-ci menait alors des recherches de psychologie dans la perspective de Piaget et de Wallon. François Perroux, qu’il connaissait, critiquait les réflexions alors menées sur le développement : elles étaient conçues dans une optique trop économique et sans référence aux valeurs humaines. Dumazedier approuvait les perspectives ouvertes par Perroux. C’est du croisement de ses propres études et de la nécessité d’une perspective plus humaine sur le développement qu’il tire l’idée que le développement se doit de revêtir une dimension culturelle. Joffre Dumazedier « vend » l’expression – et la vision qu’elle implique – au monde politique au début des années 1960. La notion de développement culturel joue depuis un rôle important dans la politique française, comme l’a souligné Catherine Bernié-Boissard. Dans un premier temps, dans le courant des années 1970, elle traduit la volonté d’élargir le public ouvert aux manifestations de la culture, dans une perspective qui demeure proche des valeurs du Front populaire. Le sens de l’action s’élargit lorsque

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s’impose une vision plus anthropologique. Le deuxième moment, dans les années 1980, est celui où la culture s’impose comme un des outils essentiels d’un aménagement territorial négocié entre État et collectivités locales ou régionales. Une troisième perspective s’impose dans les années 1990, lorsque la dimension économique du développement culturel devient dominante. L’apparition de la notion de développement culturel traduit, en France, l’élargissement du champ de la politique à un nouveau domaine. Elle a, à la même époque, des équivalents dans d’autres parties du monde ; les actions s’y focalisent plutôt sur le multiculturalisme. Les nouvelles attitudes s’enracinent dans une conviction démocratique : chacun a droit – et a un droit égal – à accéder à la culture. Cette idée s’appuie sur une conception du développement qui garde des connotations économiques, même si elle l’humanise. – L’idée de développement culturel a donc deux composantes : le droit à la culture, que l’on peut interpréter comme le droit qu’a chacun de se développer dans sa culture, ou comme le droit qu’a chacun de s’épanouir en se cultivant, c’est-à-dire en accédant à des formes supérieures de culture. La première conception fait de la culture un héritage ; la seconde la voit comme un instrument qui permet de construire des projets – des projets individuels, mais qui peuvent évidemment prendre une dimension collective si tous les partagent. – La culture ne conduit pas seulement à un enrichissement de l’individu. Elle génère de la valeur économique. Celle-ci résulte parfois de la façon dont les manières de faire et de vivre sont ressenties comme harmonieuses, équilibrantes, respectueuses de l’homme et de l’environnement, et sont donc appréciées. Elle traduit le jugement positif porté sur le cadre que crée la culture, le milieu qu’elle modèle, les outillages qu’elle mobilise, les formes qu’elle s’associe. Le tourisme et la gentryfication des beaux quartiers historiques sont des expressions de la première dimension économique du développement culturel. Le deuxième apport de la culture à l’économie est différent : il vient de ce qu’elle est innovation, création. Dans une société

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globalisée où les emplois qui échappent à la concurrence sont de plus en plus rares, il est impératif d’imaginer de nouvelles combinaisons productives si l’on veut échapper à la ruine et bénéficier du développement. Les deux conceptions du droit à la culture et les deux manières dont la culture influe sur l’économie se combinent : droit à se développer dans sa propre culture et formation de valeur patrimoniale vont souvent de pair ; épanouissement individuel et créativité ont des points communs. Mais ces regroupements ne sont pas rigides : la créativité est stimulée lorsqu’on a la chance de vivre dans un environnement ressenti comme riche parce que chargé de valeurs patrimoniales : les choix que font les touristes ou les cadres qui cherchent à nourrir leur imagination le montrent. Le développement culturel ne s’inscrit donc pas dans une perspective unique, et ceux qui s’en réclament n’œuvrent pas nécessairement pour le même avenir et pour le même type de société. Certains rêvent d’un avenir toujours plus ouvert. D’autres favorisent, à l’inverse, le communautarisme. Le danger de voir se multiplier des interprétations de ce type est si réel que la plupart des acteurs du développement culturel ne cessent de répéter que la culture est relation, mouvement, ouverture, et que le développement est nécessairement interculturel. Ces professions de foi suffisent-elles à conjurer le danger ? Leur incessante réitération en fait douter. Développement culturel et émergence de nouveaux thèmes dans la recherche sociale La thématique du développement culturel apparaît en France dans les années 1960 et s’affirme dans les années 1970. Des préoccupations voisines se manifestent à la même époque dans bon nombre de pays occidentaux. Pourquoi l’attention accordée à la culture et aux problèmes culturels s’accroît-elle alors brusquement ? Cette évolution est contemporaine d’autres mutations : l’Occident se met à concevoir différemment l’homme et la société.

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– Premier exemple : les sentiments d’identité sont depuis toujours présents chez les individus ou dans les groupes, mais les sciences sociales n’en parlaient pas, car ils résultaient, pensait-on, de mécanismes spontanés qui assuraient automatiquement leur naissance et leur affirmation. On découvre avec stupeur dans les années 1950 et 1960 que, dans nos sociétés, beaucoup ont de la peine à se définir et à dire qui ils sont – c’est fréquemment le cas des enfants d’immigrés ; les groupes existants refusent de les intégrer et donnent d’eux une image négative et non valorisante. En moins de cinquante ans, le problème des identités est devenu central dans la plupart des sciences sociales. – Des tensions sociales existent dans toutes les sociétés. On utilisait depuis le XIXe siècle le vocabulaire de la lutte des classes pour les analyser : c’était souligner les difficultés qui naissaient au sein des collectivités étudiées, mais indiquer aussi qu’elles ne remettaient pas en cause l’idée d’une certaine solidarité dans le corps social. Ce vocabulaire ne paraît plus convenir aux situations actuelles. Pour les décrire, on parle plutôt d’exclusion : ce que l’on qualifiait de société, et qui présentait une certaine unité, une certaine cohésion, a disparu. – Souci du développement culturel, exacerbation des problèmes identitaires, accent mis sur le rôle croissant de l’exclusion montrent que l’idée de société que les sciences sociales avaient élaborée dans le courant du XIXe siècle et qui s’était imposée jusqu’au milieu du XXe ne rend plus compte des réalités émergentes. Pour les premiers théoriciens du social, celui-ci existait comme une réalité globale qui s’imposait à tous ceux qui vivaient dans un même espace. Dans les sociétés traditionnelles, souvent présentées comme des communautés au sens que Tönnies donne à ce terme en 1887, des automatismes assurent la solidarité de tous. La modernisation voit la part des communautés rurales régresser. La population s’urbanise. Dans les grandes villes, la sociabilité prend de nouvelles formes : le vendeur doit se montrer courtois vis-à-vis des acheteurs, mais il ne les connaît pas et n’éprouve à leur égard aucun sentiment d’amour ou de compassion ; la société ignore les mouvements du cœur. Les solidarités, indispensables au maintien de la cohésion de

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l’ensemble ne résultent plus du jeu d’automatismes. Les nouveaux théoriciens de la société indiquent clairement que c’est à ceux qui dirigent le corps social – les politiques –, qu’échoit la responsabilité de maintenir le lien social. Ils y parviennent en mettant en œuvre des politiques de bien-être social : régimes de retraite, assurancemaladie, assurance-chômage, allocations familiales. C’est dans le cadre des États-nations que ces politiques sont mises en place : elles s’ébauchent à la fin du XIXe siècle, s’affirment entre les deux guerres mondiales et se généralisent après 1945. Existe-t-il un lien entre le souci nouveau que les gouvernements affichent de promouvoir des politiques culturelles, la dramatisation, dans beaucoup de cas, des questions identitaires, et la montée de l’exclusion ? Est-il lié à la disparition des « automatismes » de la solidarité et à la difficulté, pour les États, de maintenir de hauts niveaux de protection sociale dans un monde plus concurrentiel ? Globalisation et transformation des réalités sociales L’interprétation simple que l’on propose des nouvelles formes et des nouveaux problèmes que connaît la vie sociale depuis une génération est généralement simple : elles résulteraient de la globalisation. – Celle-ci accroît la mobilité des hommes. Les flux internationaux de migrants et de touristes ne cessent de gonfler ; les situations de juxtaposition proche ou de superposition culturelle se multiplient ; elles sont susceptibles de conduire au rejet, par certains groupes, de ceux que l’on voit ainsi déferler. Les migrants, mal accueillis, optent alors pour le communautarisme. L’exclusion et certains des problèmes qu’elle entraîne ont beaucoup à voir avec les facilités nouvelles de déplacement. – La globalisation accroît de même la mobilité des biens et facilite l’échange des informations à toute distance. Les entreprises en profitent pour sortir du cadre national où elles situaient la plupart du temps leurs opérations de transformation, de fabrication et de montage. Le pouvoir de contrainte dont l’État disposait à leur égard disparaît : si on veut les contrôler trop étroitement, elles

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délocalisent leurs fabrications, leurs laboratoires, leurs services de marketing et, dans certains cas, leurs états-majors et leurs sièges sociaux. Les possibilités qu’ont les États de développer des politiques sociales sont de plus en plus menacées : les interventions de la puissance publique ne parviennent plus à éviter la désagrégation du lien social. – La globalisation transforme – ou achève de transformer – les conditions de transmission des pratiques, des attitudes, des savoirfaire, des connaissances et des valeurs. Les cultures populaires étaient essentiellement fondées sur le transfert local des pratiques de la vie quotidienne et de la production : les enfants regardaient autour d’eux et écoutaient ce que les adultes leur apprenaient. Déjà affectées par l’élargissement progressif de la sphère de l’écrit, les formes traditionnelles des cultures populaires sont condamnées par la révolution des médias, dont résulte pour une bonne part la globalisation. Les cultures populaires sont de plus en plus diffusées par la radio, les films, la télévision, les DVD ou internet. Elles cessent d’avoir des bases locales. Elles concernent les gestes d’une vie courante adaptée à des environnements quotidiens largement « machinisés ». Les techniques de la vie productive reposent désormais sur les nouvelles formes que prennent les cultures savantes ; celles-ci se soucient moins que par le passé de religion, de transcendance ou de hiérarchie sociale. Elles sont axées sur les connaissances scientifiques, l’enseignement qui les dispense (qu’il soit technique ou supérieur) et les supports qu’elles mobilisent (l’écriture et, de plus en plus, son accélération et son approfondissement dans le domaine de l’image et du son qu’autorisent l’utilisation des ordinateurs, le recours systématique au numérique et le réseau internet). Les cultures de masse n’incorporent plus qu’une frange étroite de techniques : celles qui sont indispensables à la mise en place (parfois), à l’entretien (souvent) et au dépannage de l’univers instrumental dans lequel chacun vit ; à la place de savoir-faire productifs, on a ceux du bricolage.

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– La globalisation modifie les conditions dans lesquelles les relations sociales s’établissent : elle bouleverse les sociétés et altère leur fonctionnement. Les liens locaux s’amenuisent. Ceux qui se tissent le font à l’échelle de la mobilité quotidienne (qui s’inscrit dans des cercles de 10, 20, 30 km ou plus, alors qu’elle n’allait guère au-delà de 2, 3 ou 5 km), ou à celle des nouvelles formes de mobilité et de télé-relations (c’est-à-dire à l’échelle globale). On peut attribuer la montée des problèmes identitaires à la fin de la « mémoire vive » – pour reprendre l’expression proposée par Pierre Nora – que véhiculaient les cultures populaires de jadis, et à la multiplication des échelles auxquelles s’établissent les relations. La nation cesse d’y tenir le rôle privilégié qu’elle occupait depuis la fin du XVIIIe siècle ou le début du XIXe. L’élargissement à l’échelle globale du champ d’action et (surtout) d’implantation des entreprises détruit les solidarités qui existaient spontanément ou découlaient des politiques de redistribution menées par les États. C’est de cela que résulte la montée de l’exclusion. Ces transformations (perte d’identité à la suite de la crise des cultures populaires et et de celle des sociétés nationales ; montée de l’exclusion à la suite de l’élargissement des sphères de l’activité économique et de l’érosion de certaines des formes de pouvoir des États) s’accompagnent de l’apparition de nouvelles formes de réseaux, qui aident à prendre conscience des problèmes du monde actuel (rôle des ONG, impact d’internet, des blogs…), mais sans que les liens nouveaux que cela crée et les territorialités que cela façonne, ne répondent à tous les besoins des hommes et des sociétés. Pourquoi des politiques culturelles ? La montée des politiques culturelles est liée à la globalisation, mais pour bien les comprendre, il convient de les resituer dans un contexte plus large. La culture est faite de l’ensemble de ce que les gens ont reçu de leur famille et de leur milieu, et de ce qu’ils ont intériorisé, modifié, et structuré à travers leur expérience. Elle leur

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offre les instruments indispensables pour vivre et agir au présent, et leur permet de se projeter dans le futur. Elle donne ainsi un sens à la vie de chacun et à l’existence collective. Le sens : un domaine longtemps religieux ou idéologique Dans la plupart des sociétés, l’ensemble de ce qui donne sens à la vie et permet de répondre aux questions « Qu’est-ce que l’univers ? Que suis-je ? Pourquoi la vie ? Pourquoi la mort ?, etc. » était du ressort du religieux – ou de l’idéologique. Pour répondre à ces questions, il faut en effet prendre du champ par rapport à la réalité immédiate et accéder à un ailleurs qui se loge dans la profondeur des choses ou des êtres (pour les religions de l’immanence), dans un au-delà du Ciel et de l’Enfer (pour les religions révélées), dans la sphère de la Raison (pour les métaphysiques qui se développent après Platon), ou dans un moment privilégié du passé (l’Âge d’Or), du présent (la Terre sans Mal) ou du futur (l’Utopie) pour les idéologies. C’est à la gloire du Seigneur que l’on prie en commun, que l’on chante, que l’on danse, que l’on participe à des cérémonies, que l’on construit des églises et que l’on organise des fêtes. Les arts, souvent populaires, concourent à la mise en scène des symboles qui font comprendre le monde et la société. Dans les sociétés traditionnelles, c’est donc à l’Église, ou aux Églises, qu’échoie la responsabilité d’organiser ce qui donne un sens à la vie. Accéder au sens par des formes supérieures de la culture Le domaine de l’intelligence et de l’art s’autonomise progressivement : c’est un des apports majeurs de la culture des élites, qu’elles vivent à la Cour ou dominent des sociétés urbaines. La littérature, la peinture, la musique, l’architecture offrent à ceux qui les créent, et à ceux qui savent les goûter, un enrichissement indéniable. L’individu qui les maîtrise fait l’expérience d’une sorte de dépassement. L’accès à ces formes supérieures de culture n’est pas sans rappeler l’expérience de délocalisation qu’offrent les religions et les idéologies. Les lecteurs des grandes œuvres, les spectateurs

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au théâtre, les auditeurs de grande musique accèdent eux aussi aux sphères auxquelles conduisent la pratique de l’art et celle de la recherche. Les sociétés occidentales donnent donc à la culture un sens nouveau : à partir d’un certain moment, ceux qui en développent les formes supérieures ont accès, de manière individuelle et libre, à une compréhension du monde qui leur évite les endoctrinements et fait que leurs choix sont éclairés. Ces expériences ont ceci de particulier qu’elles peuvent s’inscrire hors du domaine du religieux et de l’idéologique. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le pouvoir de compréhension q u ’ o ffre la culture « cultivée » apparaît cependant davantage comme un complément de celui qui résulte de la religion que comme un substitut. Avec la montée des idéologies du progrès, la culture « cultivée » voit son rôle s’accroître. Les idéologies expliquent les dynamiques de l’univers et du monde naturel et éclairent l’évolution des groupes sociaux. Elles n’offrent pas autant de champ à l’épanouissement individuel que les religions : c’est pour cela que la culture « cultivée » tient un rôle essentiel dans les sociétés qu’elles confortent. Le peuple comme nouvelle source de légitimité À partir de la Renaissance, les formes supérieures de la culture qui se développent dans des sociétés partiellement urbanisées et dont les structures politiques s’autonomisent (cités-États, royaumes, empires) sont portées par les élites. Avec les mutations de la fin du XVIIIe et du XIXe siècles, les fondements du pouvoir y changent. C’est le moment où l’État-nation devient la forme politique la plus valorisée. Le pouvoir qu’exerce le Prince ne lui est plus délégué par une autorité supérieure – Dieu ou la Raison métaphysique. Il émane du peuple. Cela conduit à un double changement d’attitude à l’égard de la culture : – le peuple est au centre des curiosités, ce qui conduit à la découverte de la spécificité et de la diversité des cultures populaires ;

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– la volonté s’affirme de donner conscience aux couches les plus modestes de la population de l’éminente dignité qui résulte de leur nouveau rôle ; il convient pour cela d’imaginer et de mettre en œuvre des actions capables de les faire accéder aux formes supérieures de culture développées par les élites. Il s’agit de mettre à la portée de tous ce qui était longtemps resté le privilège de quelquesuns. L’enseignement obligatoire et la création de musées témoignent de ces nouvelles orientations. Les États sont amenés à infléchir les politiques culturelles qu’ils menaient jusqu’alors et à leur donner une ampleur qu’elles n’avaient pas. Les politiques culturelles modernes : le premier temps Un même besoin ; des pratiques diverses – Pour comprendre les formes que prennent alors les politiques culturelles, l’exemple des actions mises en œuvre par l’URSS et par les Pays de l’Est est particulièrement simple et éclairant. Celles-ci reconnaissent la diversité des cultures populaires, auxquelles elles font une place importante, mais elles les « folklorisent » en les détachant de leur contexte religieux et en soulignant qu’elles appartiennent déjà au passé ; elles donnent encore du sel et de la couleur à la vie actuelle, mais elles n’ont plus de signification politique. Pour les responsables, la tâche essentielle se situe ailleurs : mettre à la portée de tous les formes de culture dont l’aristocratie et la bourgeoisie ont été longtemps les seules à bénéficier : littérature, musique, opéra, théâtre, danse classique… – Dans les pays libéraux d’Europe occidentale, le développement de la culture – de ses formes élitaires en particulier – échappe en partie à l’autorité de l’État. Il repose d’abord sur le mécénat, puis, à partir du moment où les classes moyennes se multiplient, sur le marché : c’est vrai en particulier pour la littérature, pour la peinture, pour le théâtre et pour la musique. Le rôle de l’État est alors de conforter la diffusion de la culture « cultivée » dans les classes moyennes : il y parvient en soutenant l’enseignement secondaire, en développant l’enseignement supérieur et en créant des écoles des Beaux-Arts, des conservatoires de

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musique. Il met en valeur le rôle que les élites ont joué dans la genèse des nations en transformant en monuments les châteaux et les hôtels où elles vivaient, et les églises dont elles commanditaient la construction. – La situation de la culture aux États-Unis est à la fois proche et différente de celle qui caractérise l’Europe occidentale. Ici comme là, le financement de la création culturelle est assuré pour l’essentiel par le marché et par le mécénat (celui-ci s’affirmant à partir du moment où il devient un mécénat d’entreprise). La différence essentielle entre les États-Unis et l’Europe vient d’ailleurs. En Europe, l’élite prend progressivement conscience de la nécessité d’assurer la diffusion et la promotion de sa culture auprès des classes moyennes, puis des classes populaires. Comme l’a montré Tocqueville, on essaie aux États-Unis de penser ce que doit être une société démocratique ; il convient donc de créer une culture qui soit directement accessible à tous : les auteurs et les artistes cherchent à toucher un public de masse bien avant que les médias n’imposent partout ce type de transformation. C’est de là que vient la force de pénétration de la culture américaine : elle est plus accessible aux classes populaires que la culture française, par exemple, marquée par ses origines bourgeoises. On mesure sa puissance de pénétration au succès que connaissent le cinéma ou la musique venus d’Amérique chez les jeunes, en URSS et dans les démocraties populaires. L’échec des politiques culturelles première manière : l’exemple de l’URSS et des Pays de l’Est La signification que l’action culturelle avait prise au moment où les États-nations se construisaient est profondément remise en cause par l’évolution contemporaine. L’échec des politiques culturelles fondées sur les principes alors imaginés est souligné par les échecs qu’elles ont connus en URSS et dans les Pays de l’Est. Les mesures prises pour « folkloriser » les cultures populaires n’ont pas réussi à faire oublier leur dimension politique, bien au contraire : elles ont nourri des autonomismes et des nationalismes dont la virulence étonne, que ce soit en ex-

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Yougoslavie ou dans les parties de l’URSS qui n’ont pas accédé à l’indépendance. Les actions menées pour assurer la diffusion des formes supérieures de la culture ont eu un impact considérable sur les classes moyennes, mais elles n’ont pas eu de prise sur les masses populaires. La démocratisation des sociétés contemporaines et le renforcement de leurs politiques culturelles L’État culturel L’évolution qui tendait, depuis la Renaissance, à faire perdre à l’Église le contrôle du sens donné aux destins individuels et collectifs s’accélère. Dans un monde qui ne vit plus la foi religieuse comme une interprétation cosmogonique de l’univers, une vision de la nature et une interprétation du destin des individus et des groupes, il faut trouver quelque chose pour répondre aux inquiétudes du peuple. Les idéologies de progrès, dont le rôle n’a cessé de s’affirmer depuis la fin du XVIIIe siècle, font comprendre comment la société évoluera et finira par assurer à tous l’accès au bonheur ici-bas. Elles ne disent rien en revanche sur ce qui attend les individus aujourd’hui, dans tel ou tel environnement. Les formes d’expression qui permettent de sortir de soi-même, de se dépasser, de s’épanouir, proposent, en ce domaine, une issue possible : c’est en agissant dans le domaine de la culture que les États rempliront leur mission en donnant un sens à la vie de chacun. Les États se voient – ou se sentent – de la sorte investis d’une responsabilité nouvelle, celle de la culture. La mutation du sens que revêt ainsi la culture « cultivée » dans le monde occidental est à prendre très au sérieux. Offrir à chacun la possibilité de donner un sens à sa vie en développant ses facultés intellectuelles et ses dons artistiques n’apparaît plus comme le complément d’une forme plus ancienne de sens, celle qui était véhiculée par le christianisme. Celui-ci a désormais perdu la faculté qu’il avait eu longtemps de donner une signification au monde et à notre expérience terrestre. L’État se doit d’assurer à chacun le plein épanouissement de son être à travers une action en faveur d’une diffusion toujours plus