Entrelacs des arts et effet de vie

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L'esthétique étant considérée en Occident comme la science du beau, celle de Marc-Mathieu Münch stipule qu'une oeuvre littéraire belle est celle qui suscite dans la psyché du lecteur-auditeur un effet de vie à travers le jeu cohérent des mots. Les études interartistiques (prenant en compte tous les domaines artistiques à la fois - littérature, musique, architecture, peinture) seraient le lieu idéal d'évaluation d'une telle théorie.
Publié le : samedi 1 septembre 2012
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EAN13 : 9782296503069
Nombre de pages : 276
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ENTRELACS DES ARTS ET EFFET DE VIE
L’univers esthétique
Collection dirigée par Véronique Alexandre Journeau
Indépendamment des critères esthétiques propres à une époque et à une culture, il semble bien qu’une esthétique générale puisse être approchée par l’étude des réactions psychiques au contact des œuvres. Distinctement des jugements théoriques et du goût, la perception sensible, pour subjective qu’elle soit, conditionnerait une appréciation sur la qualité d’une œuvre qui dépasse le temps et l’espace de sa création : elle révèle des effets plus ou moins consciemment insufflés par le créateur et ressentis par le récepteur, de l’ordre d’une intuition artistique, tantôt agissante tantôt éprouvante. La collection vise à développer ces recherches sur « la pensée créative » et « l’émotion esthétique » simultanément en comparatisme entre cultures (en particulier occidentales et asiatiques), et en correspondance entre les arts (perception par les sens) et avec les lettres (en particulier poésie).
Déjà paru
Musique et effet de vie, sous la direction de Véronique Alexandre Journeau, Préface de Danièle Pistone, 2009.
Arts, langue et cohérence, sous la direction de Véronique Alexandre Journeau, 2010.
Polytonalités, sous la direction de Philippe Malhaire, Préface de Danièle Pistone, Postface de Véronique Alexandre Journeau, 2011.
Musique et arts plastiques : la traduction d’un art par l’autre. Principes théoriques et démarches créatrices, sous la direction de Michèle Barbe, Préface de Michel Guiomar, Postface de Véronique Alexandre Journeau, 2011.
Le Surgissement créateur : jeu, hasard ou inconscient, sous la direction de Véronique Alexandre Journeau, Préface de Menene Gras Balaguer, Postface de Danièle Pistone, 2011.
Sous la direction de François Guiyoba ENTRELACS DES ARTS ET EFFET DE VIE
COMITÉ SCIENTIFIQUE
Michèle Barbe (Université Paris-Sorbonne, France) Jean Ehret (Sacred Heart University, Luxembourg) François Guiyoba (ENS de Yaoundé, Cameroun) Véronique Alexandre Journeau (Réseau Asie & Pacifique, CNRS/FMSH) Jürgen Erich Müller (Université de Bayreuth, Allemagne) Marc-Mathieu Münch (Université de Metz, France) Danièle Pistone (Université Paris-Sorbonne, France) Je remercie Christianne Clough pour la préparation éditoriale de l’ouvrage.
Création de la couverture :
Véronique Alexandre Journeau
Réalisation infographique : Frédéric Vialle
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99631-1 EAN: 9782296996311
SOMMAIRE
INTRODUCTIONpar François Guiyoba
CONSIDÉRATIONS THÉORIQUESxLeffet de vie à la croisée des arts : vers une théorie esthétique unitaire ? par François Guiyoba xLeffet de vie et lunion des arts par Marc-Mathieu Münch xSouvrir à laltérité des arts et du destinataire : la synergie de leffet de vie esthétique par Isabelle Rieusset-Lemarié
PERSPECTIVES PRODUCTOLOGIQUESxÀ la recherche des effets de vie : l’œuvre multi- et intermédiatique de la Margrave Wilhelmine de Bayreuth par Jürgen Erich Müller xÀ lombre de la littérature : la critique dart de Joris-Karl Huysmans par Mamadou Abdoulaye Ly
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RÉCEPTION ESTHÉTIQUExEntrelacs des arts dansUne saison blanche et sèchedAndré Brink par Bigaudi BilongxIntermédialité et effet de vie dansBalbala dAbdourahman Ali Waberi par Luc Claude Ngueu
RÉCEPTIONCRITIQUExApproche de la paroleou la trajectoire dune parole artistique, révélatrice du tissu vivant par Marie-Antoinette Laffont-BissayxMystique de la « pop » : Françoise Hardy et Mylène Farmerpar Michel ArouimixDe lécriture de la pensée à la construction de soi : Monsieur Testede Paul Valéry etPalomardItaloCalvinopar Marie-Pier Beaulieu
PRÉSENTATIONdes auteurs et des résumésINDEXdes noms propresTABLEdes illustrations
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INTRODUCTION
François Guiyoba
Le présent ouvrage collectif se situe dans le prolonge-ment des travaux visant à éprouver la théorie münchéenne de leffet de vie. Cette dernière vise lobjectif daffranchir les-thétique des autres disciplines, cest-à-dire à la rendre auto-nome dans sa quête nouménologique du phénomèneart. Prenant appui sur la méthode des invariants dAdrian Marino, elle stipule qu’une œuvre littéraire réussie est celle qui suscite dans lesprit un effet de vie. Marc-Mathieu Münch en arrive à cette découverte après avoir interrogé les écrivains et les lec-teurs de tous les temps et de tous les cieux, dont les expériences ont été transcrites, au fil du temps, dans les mani-festes, les arts poétiques, les ouvrages critiques, etc. Méthode très objective, donc, que celle-ci, parce quelle se veut, non pas spéculative, mais expérimentale. De la sorte, elle atteint immanquablement son objectif de dégager les canons géné-raux et universels de la beauté artistique ou, du moins, les invariants de cette beauté qui se trouve à la confluence, à caractère archétypologique, de lhomo faberde l et homo sapiens. Dès lors ne se poseront plus avec beaucoup dincerti-tude les questions ontologiques liées à lessence et aux fonc-tions de lart littéraire. Peut-il en être autrement quand il est désormais acquis que les invariants de cet art sont au nombre de quatre, à savoir leffet de vie(qui a pour corollaires la plurivalence et la co-création ou ouverture), lacohérence de l’œuvre, lemotle et jeumots, le premier invariant subsumant les trois autres. des
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En sorte que lon puisse affirmer, de manière formelle et en reprenant Marc-Mathieu Münch, que « la règle la plus globale de l’œuvre littéraire réussie est de savoir créer dans l’esprit du lecteur-auditeur-spectateur un effet de vie par le jeu cohérent 1 des mots » . Le chemin pour en arriver là a été long, certes, mais sûr. Au point que lon peut se permettre dappliquer cette évidence münchéennea priori, cest-à-dire en une lecture des œuvres consciente de ladite évidence que lon considérera alors, sans risque, comme un acquis. Ce qui autorise aussi que lon glose efficacement, cest-à-dire sans verser dans la spéculation, sur le principe münchéen, cela requérant de sappuyer nécessaire-ment sur des cas concrets. Des expériences allant dans ce sens ont été menées récemment avec succès. Elles ont dabord porté sur des œuvres littérairesstricto sensuavant de sétendre à dautres champs de limaginaire tels que le mythe et la musique. Ce qui a permis délargir la réflexion münchéenne à lensemble des arts et darriver à la conclusion qu’une œuvre dart réussie est celle qui suscite dans lesprit du récepteur un effet de vie par le jeu cohérent des formes. Doù notre intuition : sil en est ainsi des arts considérés isolément, quen serait-il des œuvres se trouvant à la croisée des arts, cest-à-dire des œuvres interartistiques dont l’œuvre d’art totale est lexpression (utopique ?) par excellence ? On peut répondre à cette question en posant qua priori, de telles œuvres compor-tent un potentiel deffet de vie plus élevé encore. On en viendrait alors à généraliser plus encore le principe münchéen en définissant l’œuvre d’art réussie comme celle qui génère
1 Marc-Mathieu Münch, « Le mythe et la littérature, deux effets de vie parallèles mais spécifiques », dans François Guiyoba et Pierre Halen (dir.),Mythe et effet de vie littéraire. Une discussion autour du concept d’«» de Marc-Mathieu Müncheffet de vie ,Strasbourg, Le Portique, 2008, p. 19.
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dans lesprit du récepteur un effet de vie par lentrelacs ludique et cohérent des arts. Sous réserve, cependant, quune œuvre relevant d’un seul art pourrait produire un effet de vie tout aussi important, voire plus important, grâce à sa pluri-valence et à son ouverture. Ainsi posé, le problème ici traité et les hypothèses affé-rentes ont déterminé lorganisation du présent volume en ses quatre parties. Ce sont les « Considérations théoriques », les « Perspectives productologiques », la « Réception esthétique » et la « Réception critique ». La première partie traite des con-ditions générales de validation de lhypothèse sous-tendant lensemble du volume. Pour François Guiyoba, qui sappuie surL’Œuvre dart de lavenirde Wagner (Das Kunstwerk der Zukunft, 1850), on est en droit de penser que leffet de vie se trouve décuplé lorsquil trouve à sactualiser « à la croisée des chemins artistiques ». Toutefois, admet-il, louverture et la plurivalence caractéristiques de cet invariant peuvent être telles que l’œuvre mono-artistique les charriant puisse susciter un sentiment de plénitude au moins égal à celui d’une œuvre pluri-artistique, cela dépendant aussi de lencyclopédie esthétique de celui qui en fait lexpérience. Cest précisément ce sur quoi sappesantit Marc-Mathieu Münch, qui se demande « quels sont les avantages et les désavantages de choisir un seul art […] ou plusieurs». En confrontant « différents cas de figure », il arrive à la conclusion que « les grands artistes ne se sont pas comportés jusquà présent comme sil y avait un rapport direct entre la qualité d’une œuvre et le nombre d’arts […] utilisés». La complémentarité de ces deux perspectives théoriques opposées se renforce grâce à la contribution dIsabelle Rieusset-Lemarié. Quelle que soit la psyché qui en fait lexpé-rience, leffet de vie apparaît comme intrinsèquement fondé en « ouverture à laltérité des arts et du destinataire ». En effet, la
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théorie münchéenne «présente une affinité […] profonde avec une conception de linterartialité liée au respect de laltérité [et] irréductible à lasomme de tous les arts». En portant sur les « perspectives productologiques », les contributions de la deuxième partie de louvrage vont dans le sens dune méthode chère à Marc-Mathieu Münch. Y sont interrogés la Margrave Wilhelmine de Bayreuth et Huysmans. Du positionnement plus ou moins ouvert de ces écrivains par rapport à leurs pratiques interartistiques, il ressort que ces pra-tiques ont leurs faveurs en ce quelles semblent leur procurer un réel sentiment de plénitude. Cest ainsi que Jürgen Erich Müller montre que la vie de la Margrave Wilhelmine de Bayreuth est « une vie à la recherche des effets de vie » à travers « l’œuvre multi» de cette artiste.- et intermédiatique Pour Müller, « on peut placer la vie [de cette dernière] […] sous le signe dune quête presquobsessive de leffet de vie, dévasions multi- et intermédiatiques de son quotidien qui était fait d». Cette quête transparaît aussiintrigues et de maladie sous la plume de Huysmans chez qui, selon Mamadou Abdoulaye Ly, « la critique d’art […] repose sur le principe du mélange des arts ». Ladite quête est dautant plus consciente que « Huysmans défend la théorie de lauteur dexception et le lien réciproque entre l’œuvre d’art et l’œuvre littéraire». De toute évidence, cet artiste-critique est un adepte dune pratique interartistique qui caractériserait les auteurs de génie. Ce qui laisse entendre,in fine, quil en est ainsi parce que cette pratique serait sous-tendue par la quête dun puissant effet de vie à partager avec les récepteurs de l’œuvre même s’il ne dit pas clairement son nom. En tant que lecteurs avertis, Bigaudi Bilong et Luc Claude Ngueu bénéficient de ce partage deffet de vie. Ils en témoignent dans la troisième partie de louvrage, réservée à la « réception esthétique » de deux romans africains. Au fil de
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