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Face à faces

De
122 pages
L'institutionnalisation généralisée de tous les moments de l'existence a transformé la vie des hommes au xxe siècle, créant, après la Seconde Guerre mondiale, une situation inédite. Le travail photographique de Philippe Bazin se veut critique de cette transformation, que ce soit à travers un ensemble de faces photographiées dans des lieux institutionnels ou à travers différents projets à caractère documentaire.
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   Face à  fa     
   
           
ces  
Collection E i do s  dirigée par Michel Costantini & François Soulages  Série Photographie Philippe Bazin, Face à faces Philippe Bazin, Photographies et photographes  Catherine Couanet, Sexualités & Photographie  Michel Jamet, Photos manquées Michel Jamet, Photos réussies Anne-Lise Large, La brûlure du visible. Photographie & écriture  Panayotis Papadimitropoulos, Le sujet photographique François Soulages (dir.), Photographie & contemporain   François Soulages & Julien Verhaeghe (dir.), Photographie, médias & capitalisme   Marc Tamisier, Sur la photographie contemporaine Marc Tamisier, Texte, art et photographie. La théorisation de la photographie Christiane Vollaire (dir.), Écrits sur images. Sur Philippe Bazin   Série RETINA Manuela de Barros, Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage  Eric Bonnet (dir.), Le Voyage créateur Michel Gironde (dir.), Les mémoires de la violence François Soulages (dir.), La ville & les arts. À partir de Philippe Cardinali    Série Groupe E.I.D.O.S. Michel Costantini (dir.), Ecce Femina Michel Costantini (dir.), L'Afrique, le sens. Représentations, configurations, défigurations Groupe Eidos, L'image réfléchie. Sémiotique et marketing  Pascal Sanson & Michel Costantini (dir.), Le paysage urbain Marc Tamisier & Michel Costantini  (dir.), Opinion, Information, Rumeur, Propagande. Par ou avec les images          Hors Série Michel Costantini (dir.), Sémiotique du beau Michel Costantini (dir.), La sémiotique visuelle : nouveaux paradigmes Bibliothèque VISIO 1, Biblioteca VISIO 1, Library VISIO 1  
Comité scientifique international de lecture Aniko Adam (Université Pázmány Péter, Piliscsaba, Hongrie), Michel Costantini (Université Paris 8, France), Pilar Garcia (Université Bellas Artes de Séville, Espagne), Alberto Olivieri (Université Fédérale de Bahia, Brésil), Panayotis Papadimitropoulos (Université dIoanina, Grèce), Gilles Rouet (Université Matej Bel, Banska Bystrica, Slovaquie), Silvia Solas (Université de La Plata, Argentine), François Soulages (Université Paris 8, France), Rodrigo Zuniga (Université du Chili, Santiago, Chili)  Publié avec le concours de RETINA.International, Recherches Esthétiques & Théorétiques sur les Images Nouvelles & Anciennes , & dECAC, Europe Contemporaine & Art Contemporain .   
 
 
  Philippe Bazin     
        
Face à faces  
 
               
 
  
                  En couverture : © Philippe Bazin, John Brown Day Launches 150th Commemoration on May 9th, John Brown Farm Historic Site, North Elba, NY, 2009.    Philippe Bazin remercie tout particulièrement François Soulages, Christiane Vollaire et toutes les personnes avec qui il sest entretenu.           © LHarmattan, 2012 5-7, rue de lÉcole-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-99166-8 EAN : 9782296991668
Les différents entretiens présentés ici manifestent chacun à leur manière mes préoccupations, leur évolution avec le temps et lenrichissement de mon projet. Sa complexification progressive est en soi un objet de réflexion que je livre ici. Se livrer à lexercice de lentretien relève toujours dune aventure. En effet, on imagine dabord que lintervieweur a préparé ses questions à lavance et a bien lintention dobtenir de vous des réponses parfois anticipées. Pour ma part, jai eu la chance de rencontrer dans ce cadre de linterview des critiques, des journalistes, des philosophes, dont les questions étaient plutôt conçues comme des invitations à parler de mon travail photographique librement, sans arrière-pensées. La question nest alors quun activateur, elle nattend pas de réponse spécifique. Au fond, la personne qui vous rencontre est curieuse surtout dentendre ce que ses mots vont provoquer. Une autre considération de lentretien, cest le dispositif mis en uvre pour le réaliser. Le premier auquel jai eu à faire, cest le téléphone : répondre à des questions à quelquun que je ne connaissais pas par lentremise de cet appareil. Une autre fois, jai très longuement parlé à quelquun qui nenregistrait rien mais prenait frénétiquement des notes dont, après chaque rencontre, je recevais la synthèse en deux pages. À la fin des entretiens, jai dû, à partir de celles-ci, parler seul devant un enregistreur en mappuyant sur ces pages. Lexpérience sest révélée finalement très fructueuse, à ma plus grande surprise et après avoir surmonté ma timidité devant lappareil. Enfin les lieux où cela se déroule correspondent toujours aux idées archétypales que lon sen fait : au lit avec le téléphone, par Internet quand jétais en Finlande, dans une chambre sous les toits dun immeuble parisien, dans un café proche du Centre Pompidou, ou confortablement installé dans mon fauteuil habituellement dédié à la lecture, à la maison. Monique Ravenet sest plutôt intéressée à mon parcours, le passage de la médecine à la photographie lui paraissant surprenant, voire hors normes. Venant dune journaliste de la presse médicale spécialisée, elle imaginait que je visais une carte de presse. Cétait loin de mes intentions. À la suite des développements de mon travail autour de la question du visage, lentretien avec Christiane Vollaire a permis de faire le point sur les enjeux mis en uvre dans les différentes séries déjà réalisées. Entretien très prolifique, ce fut pour moi une étape importante. Le texte qui en est issu était suffisamment riche pour attendre douze années supplémentaires avant un nouvel exercice.
 
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Cet entretien était cependant précédé de peu par celui avec Mo Gourmelon pour une revue darchitecture belge. Pour la première fois, une discussion sengageait sur mon travail en regard de questions artistiques. Douze ans après, loccasion me fut donnée par Jean-Christophe Béchet pour une revue photo grand public de reprendre tout cela. Le dossier de quatorze pages qui en est sorti met une sorte de point final à tout mon travail sur les visages lors de la sortie du livre somme correspondant : La Radicalisation du monde . Au moment de cette sortie se préparait aussi Long séjour , avec le texte de ma thèse de médecin sur la grande vieillesse, qui verra finalement le jour en 2010. Morad Montazami a été sollicité par léditrice pour un nouvel entretien tourné cette fois-ci vers les enjeux actuels de mon nouveau travail, établissant des parentés avec les démarches anthropologiques dont lart contemporain se fait le témoin. Elisabeth Do ma ensuite sollicité pour une revue de psychiatrie et psychanalyse pour laquelle le questionnement portait sur mon vécu de la pratique artistique ainsi que sur la manière dont mon langage pouvait, avec ses hésitations, formuler celle-ci. L anniversaire de la mort de Bernard Lamarche-Vadel a donné lieu à plusieurs manifestations, notamment au Musée dArt Moderne de Paris. Mais cest pour un autre événement, organisé à lArtothèque de Caen, que je répondis à Danielle Robert-Guédon à propos de mes relations avec Bernard. Inclinations , louvrage publié à cette occasion, montre combien ma propre inclination vers Bernard est restée ambivalente et de ce fait passionnante. Depuis plusieurs années enfin, mon travail se développe autour de nouvelles questions, celles qui me paraissent être notre actualité. On pourrait regrouper des uvres comme Antichambres , John Browns Body  ou Invisibles  sous un titre générique, Circulations , titre repris dans lexposition du Musée des Beaux-arts de Calais en 2010. Cest cette actualité qui fait lessentiel de lentretien donné pour Arte La Créative à Frédéric Ramade. Ainsi, cet ouvrage se termine-t-il sur ce qui moccupe le plus actuellement, pour ne pas dire ma préoccupation essentielle. Des Visages découverts aux Circulations , le monde a refermé sur les invisibles sa logique de communication. Il sagit pour moi de résister à cette nouvelle époque. Cette résistance saffirme, outre ce livre, dans Photographies et Photographes , ainsi que, sous la direction de Christiane Vollaire, dans Philippe Bazin. Écrits sur images , tous publiés chez le même éditeur. 8  
          
Chapitre 1
À visages découverts  Entretien avec Monique Ravenet
     Parce quil a une formation de médecin généraliste, Philippe Bazin reste, pour ce travail photographique, proche des lieux médicaux et des visages de personnes hospitalisées  enfants ou vieillards. Mais ce nest pas un « portraitiste ». La vie, la mort, le temps qui passe et qui sinscrit sur le visage confèrent à son témoignage photographique sa qualité esthétique. Présences dérangeantes qui  sans doute  viennent dun état limite de la représentation. Mise à nu de visages transformés en masques une surface très sensible de portraits à cru.  MR : Un médecin généraliste qui abandonne sa profession pour devenir photographe, ce nest pas banal. Comment avez-vous franchi le pas ?  Cest une histoire qui ma pris plusieurs années. En 1981, pendant mon stage interné dans un hospice de Loire-Atlantique, jai soigné un an durant des vieillards grabataires qui vivaient dans des mouroirs et y décédaient, dailleurs très rapidement. Quinze jours après leur mort, quand je classais leur dossier, javais complètement oublié leurs visages. Cette indifférence, cette accoutumance mest devenue insupportable. Ma première démarche a été de photographier les visages de ces gens pour men souvenir. En 1983, ma thèse comprenait vingt photographies et un texte racontant cette expérience vécue. Puis je
 
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me suis installé en Vendée comme médecin généraliste. Durant lhiver 1985, je suis retourné, le dimanche pendant huit mois, photographier les vieillards. Les visages de ces gens mobsédaient.  MR : Cétait un intérêt par rapport au lieu ?  Au lieu, au Long Séjour, aux malades Ce sont ces visages en gros, très gros plan, que jexpose et que je considère comme mon premier vrai travail de création. Jai mis le doigt dans un engrenage Ces vieillards mont fait comprendre quil y a une espèce durgence à vivre, et que ce nest pas à lâge de la retraite des médecins que je pourrais vivre ma passion. Cétait maintenant ou jamais. En 1986, à trente-deux ans (et trois ans de médecine libérale), jai vendu mon cabinet pour devenir photographe et acquérir cette culture qui me manquait en étudiant à lÉcole Nationale de la Photographie à Arles.  MR : Comment décidez-vous des sujets que vous proposez à vos confrères ?  Dabord jai remporté des prix à deux concours photos de la revue Tribune Médicale qui mont aidé à avoir confiance en moi pendant mes années de transition. Cest ensuite mon mémoire de fin détudes photographiques sur la photo médicale au XIX e  siècle, avec dimportantes recherches iconographiques à la bibliothèque de la faculté de médecine de Montpellier, qui a donné matière à larticle dans Tribune Médicale 1 .  MR : Et pour lavenir ?   Lavenir comporte deux aspects très clairs : le premier, très terre-à-terre, jai une famille avec trois enfants à nourrir : jenseigne donc la photographie à lÉcole de Design des Pays de Loire (histoire, sémiologie et critique photo) et à MJM à Rennes. Jai aussi des commandes de prises de vue couleurs (aménagement des espaces publics pour le Conseil général), tout cela pour un mi-temps. Le reste est consacré à mon travail personnel. Un de mes buts est de faire une uvre photographique. Une sorte de recensement des visages des personnes dans les institutions médicales, psychiatriques etc. Photographier les gens en tant que                                                 1  Salpêtrière. Photographies de la folie , Paris, Tribune médicale n°313, octobre 1989.  10