FILMS D'ART FILMS SUR L'ART

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Le " film sur l'art " fait partie d'un cinéma à part. Documentaire, il met en exergue un artiste ou une production artistique à travers le regard particulier d'un cinéaste. Le film devient alors une œuvre proche de la fiction ou du " film d'art et d'essai " : il est alors " film d'art ". Moins connu que les autres genres cinématographiques, il est injustement réputé comme étant rébarbatif ; de fait, il est à la fois pédagogique, ludique et créatif.
Publié le : mercredi 1 mai 2002
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EAN13 : 9782296288492
Nombre de pages : 176
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J

FILMS LE REGARD

D'ART/FILMS D'UN CINÉASTE

SUR

L'ART

SUR UN ARTISTE

Collection

AudioVisuel

et Communication
de

dirigée par Bernard Leconte
"CHAMPS VISUELS" et le CIRCA V-GERICO (université Et Communication (AVEC).

Lille 3) s'associent pour présenter la collection Audio Visuel La nomination de cette collection a été retenue afin que ce lieu d'écriture offre un espace de liberté le plus large possible à de jeunes chercheurs ou à des chercheurs confirmés s'interrogeant sur le contenu du syntagme figé de "communication audiovisuelle", concept ambigu s'il en est, car l'audiovisuel - et, faut entendre, ici, le mot /audiovisuel/ en son sens le plus étendu, celui de Christian Metz, qui inclut en son champ des "langages" qui ne sont ni audios (comme le dessin, la photographie, le photo-roman ou la bande dessinée), ni visuels (comme la radio). "L'audiovisuel" est, on le sait, monodirectionnel contrairement à ce que tente de nous faire croire ce que l'on peut nommer "l'idéologie interactive". Or, la communication implique obligatoirement un aspect multipolaire...
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palabres télévisées (1.950-2.000),2001.

Collection

"AudioVisuel

Et Communication"

FANNY ÉTIENNE FILMS D'ART/FILMS SUR L'ART
LE REGARD D'UN CINÉASTE SUR UN ARTISTE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest

HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Photo

de couverture:

Le mystère Picasso, d'Henri-Georges

Clouzot.

@L'Hannartan,2002 ISBN: 2-7475-2481-7

À Bernard Leconte

"Unfilm sur l'art doit être un film d'art" Alain Fleischer

INTRODUCTION
L'origine du film sur l'art est ancienne. Né au début du siècle, celui-ci a connu un réel engouement auprès des critiques et des cinéastes. Après une période de crise, il s'est aujourd'hui reformulé et élargi dans ses objectifs, constituant un genre unique. Pourtant, il ne s'est toujours pas dégagé de certains problèmes.

Dorénavant, lors d'une manifestation d'arts plastiques présentée dans un musée, presse, catalogues, livres ou films retracent la visite ou le parcours de l'artiste en question. Au sein de cette même exposition, il est devenu courant qu'un film diffusé dans cet espace accompagne les œuvres. Mais ces films trouvent aussi leur diffusion auprès des chaînes de télévision.
Quelle est donc la spécificité de ce médium dans ses rapports avec l'information et la communication, critères essentiels de tout média ? Dans les années 80 était diffusée sur Canal + La nuit du film d'art. Cette programmation regroupait tous les types de films ayant pour thème l'art: publicités, essais, fictions, reportages, documentaires. Qu'entend-on par film d'art? Et par film sur l'art ? Les deux expressions sont employées aujourd'hui: comment les différencier? Certains producteurs, festivals ou réalisateurs font une distinction. Sur quoi se base-t-ils ? Outre ce problème de définition, les contradictions et polémiques s'agitent autour de la question «comment filmer l'art? » ; est-il légitime de porter un autre regard sur une œuvre déjà autonome? A travers ces pages, nous nous pencherons sur le regard porté de plusieurs réalisateurs sur une œuvre ou un artiste. Parmi les films réalisés à ce jour, nous prendrons en compte des films sur la peinture, la sculpture, et des films traitant d'art

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contemporain, permettant d'autres possibilités pour les réalisateurs dans la manière de filmer l'art: il s'agit de performances ou d'installations utilisant l'image, le son et l'espace tridimensionnel. Les exemples de films choisis sont représentatifs à chaque fois d'une catégorie et permettent de cette manière un large éventail d'analyse par rapport aux œuvres filmées. Ce sont aussi des films qui se confrontent dans la façon d'aborder les artistes et mettent en jeu des publics différents, dans des genres aussi diversifiés que le reportage, le documentaire ou la fiction.

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Chapitre NAISSANCE

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ET EVOLUTION HISTORIQUE DU FILM SUR L'ART

Difficile de dater la naissance du film sur l'art, car en dehors d'un problème de terminologie qui existe encore aujourd'hui, il faut déterminer ce que l'on entend par film sur l'art, problème sur lequel nous reviendrons plus loin. D'autre part, les exigences des auteurs, producteurs et le regard des critiques n'ont cessé d'évoluer. L'expression film d'art apparut en 1907. Celle-ci désignait à la fois une société créée par les frères Lafitte (qui fit faillite dix ans plus tard), dont les films étaient distribués par Pathé, et une catégorie de films qui s'inscrivait dans l'histoire du cinéma en quête de sa légitimation: les producteurs voulaient faire du cinéma un art noble qui se démarquerait de ses origines foraines. Ces films adaptaient des pièces de theâtre célèbres en empruntant à la Comédie Française des talents connus, comme Sarah Bernhardt, qui donnent des représentations muettes face à une caméra immobile. Malgré les bonnes intentions du Théâtre Français et de l'Académie, la société ne tarda pas à péricliter et cette expérience fut un échec dans sa tentative d'élever à une respectabilité culturelle des films non cinématiques et somme toute ennuyeux. Cependant, durant cette période, Pathé et Gaumont mirent respectivement en place leur filiale d'art: Série d'Art et le Film Esthétique. Ainsi la notion d'auteur se dessina en faisant apparaître sur les affiches la responsabilité des auteurs.
Les premières manifestations du film sur l'art furent liées au souci de « cultiver» le spectateur en réaction contre la banalité du documentaire courant: C'est entre 1920 et 1930 que le documentaire artistique se rallia à la tendance du documentaire à

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devenir un instrument de vulgarisation. Mais ces films étaient plutôt une suite de vues fixes de lanterne magique. A partir de 1930 apparurent le cinéma parIant et l'existence du film sur l'art. Len Lye découvrit l'unité de conception de la piste sonore et des images, désormais possible, et comprit qu'à des figures primitives devait être lié un accompagnement de même nature. C'est aussi au cours de cette décennie que beaucoup de films, jusque-là traitant de l'artisanat, furent consacrés à la peinture, la sculpture et l'architecture. C'est en Belgique qu'apparut le premier film sur l'art traité de façon cinématographique avec Henri Starck qui, en 1936, réalisa Regards sur la Belgique ancienne dans un but de propagande touristique. Le réalisateur, dans ce film de t8 mn, dont la musique fut créée par Maurice Jaubert, utilisait notamment la technique du travelling. Mais la principale nouveauté fut que "Henri Starck s'est comporté comme le Flaherty de Nanouk; on lui demande un documentaire, il fait un film."\ Trois ans plus tard, André Cauvin réalisait L'Agneau mystique avec une intention d'analyse technique et esthétique de l'œuvre choisie, en montrant, par le médium cinématographique, ce que le spectateur ne pouvait voir à ta simple lecture de l' œuvre. En 1948, Henri Starck s'associa à Paul Haesaerts pour réaliser Rubens, film auquel it est souvent fait référence dans l'histoire du film sur l'art. Jean Mitry en disait: "C'est le seul film qui soit un film sur l'art (...). Des mouvements de caméra qui s'identifient au regard du spectateur et qui sont conduits par l'architecture secrète du tableau aident à le déchiffrer et à en découvrir les prolongements. ..2 Luciano Emmer réalisa Guerriers, film sur Bosch à partir des œuvres de Ucello Mantegna et Simone Martini, film présenté au public après la guerre. "C'est avec Emmer que le film sur l'art devient à la fois de l'art au second degré et du cinéma au second degré. Ainsi s'explique que le film sur l'art ne soit pas seulement.

I

LEMAITRE,

1956, p. 76.

2

MITRY, 1980, p. 634. 14

comme chez Cauvin, explicatif et révélateur mais qu'il soit aussi narratif,,3 Alors qu'il présentait un cercle des amis de l'art, Alain Resnais suivit le fil des recherches de Luciano Emmer. Ce dernier filma d'après Le Massacre des Innocents de Giotto, Raconto da un affresco en 1941, qui est une des quarante fresques de la chapelle des Scrovegnies à Padoue. Autre film important: Michel-Ange de Curt Oetl en 1940. Ce film suisse de 90 mn intègre le film sur l'art dans le cinéma par son format qui n'est plus celui d'un court-métrage (10 à Il mn pour les premiers films de Cauvin et Emmer).

Le théoricien et historien Carlo Ragghianti inventa une nouvelle conception du film en repoussant l'idée du film sur l'art comme catalogue illustré. Il inventa le critofilm dont le plus illustre est La Déposition de Raphaël réalisé en 1948. Il expérimenta de nouveaux mouvements de caméra, instaura la critique comme langage en se passant volontiers du commentaire et en considérant que le langage cinématographique remplace le langage verbal. Ragghianti fit de ses films des documentaires presque scientifiques dans lesquels l'approche permet, selon lui, de mettre en lumière les qualités de l'œuvre. Ainsi, l'œuvre d'art est devenue pour le cinéaste "une matière aussi, si pas plus malléable, que tout objet disponible dans la nature ou dans le studio. On peut l'interpréter, la plier à des
considérations métaphysiques, ésotériques, philosophiques."4

C'est en 1946 que le film sur l'art connut une fortune considérable pendant une quinzaine d'années. Jusque 1952, 710 films furent réalisés dans trente pays, et 111 furent réalisés en France. D'autre part, dans des pays de plus en plus nombreux, le film sur l'art vint s'étendre dans les musées. Ceux-ci l'utilisèrent pour son pouvoir d'attraction et sa valeur éducative. Le film devint complément des collections ou de manifestations spéciales. Alain Resnais fut un des premiers réalisateurs de fiction à s'intéresser aux films sur l'art. Il filma Van Gogh à l'occasion
J Loc. cil., p. 78. (LEMAITRE, UNESCO, 1953. 1956).

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d'une exposition à l'Orangerie sur les travaux de Van Gogh. Le cinéaste fit le film à partir de photos noir et blanc de l'artiste, car l'exposition était déjà terminée. Le film est un voyage dans l'œuvre du peintre, dans laquelle est faite la relation entre des extraits de travaux différents. Alain Resnais réalisa ensuite Gauguin, filmé en noir et blanc pour cause de problèmes économiques. Dans ce film, le réalisateur quitte l'aspect fictionnel pour pénétrer à l'intérieur du musée. L'œuvre de Resnais se compose également d'une trilogie de l'apocalypse. Le premier film est réalisé à partir d'une étude du tableau de Picasso, Guernica, peint en 1937. Ce film s'inscrit dans un contexte de guerre civile en Espagne en 1936. Le deuxième film de la trilogie, Les Statues meurent aussi, analyse le détournement de la fonction première d'une œuvre d'art africaine au profit du commerce. On remarque une filiation entre Guernica et le troisième et demier film de la trilogie Nuit et brouillard, réalisé en 1955. Alain Resnais travailla sur le thème de la tauromachie. Face à la guerre, Picasso opposait une contre-terreur (selon les termes de René Char) par ces éléments. Dans Guernica, le cinéaste tente de retrouver la rage que ressentait l'artiste et non l'œuvre ellemême. En 1955, Henri-Georges Clouzot réalisa un classique du film sur l'art: Le Mystère Picasso qui est une projection identificatoire du spectateur par rapport au film. Picasso peint en direct et le pinceau disparaît de l'image, ne laissant apparaître que les traits qui forment peu à peu le tableau. Cette trouvaille du réalisateur fut dans l'histoire du film sur l'art le premier moyen de faire découvrir une œuvre qui se peint sous les yeux du spectateur, tout en évinçant peu à peu l'artiste de l'image cadrée. Les prémices de cette technique étaient apparus dans un film réalisé antérieurement: Visite à Picasso dans lequel le spectateur voit l'objet se créer sous ses yeux. Bientôt, une kyrielle de films sur l'art est réalisée. Devant cette profusion, fut fondée, à Paris, en 1949, la FIFA (Fédération Internationale du Film d'Art), dont le siège est à Paris et à Amsterdam. Cette Fédération se proposait de constituer une cinémathèque internationale, un centre de diffusion et d'information, et de contribuer à la réalisation de nouveaux films.

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"L'objet de la fédération est de grouper les personnes et les institutions qui s'intéressent à l'art et au cinéma. Elle cherche à encourager la réalisation et la diffusion du film sur l'art en créant les conditions nationales et internationales favorables, et, par le rapprochement de ses membres, souhaite faciliter le développement du film sur l'art dans le monde, en élever le niveau, et en rendre l'usage plusfacile."s
"La FIFA a réuni des réalisateurs, des producteurs, des critiques d'art, des conservateurs de musées, et d'une manière générale, des personnalités intéressées par cette nouvelle forme d'expression et d'analyse de l'œuvre d'art. Elle a manifesté extérieurement ses activités par l'organisation de congrès internationaux, au cours desquels ont été présentés: Premier Congrès à Paris en 1949, 64 films produits par 11 nationi. Deuxième Congrès à Bruxelles en 1950, 39films produits par 15 nations. Troisième Congrès à Amsterdam en 1951, 23 films produits par 8 nations. Elle a collaboré avec l'UNESCO à la préparation de catalogues du film d'art. Ayant élaboré ses statuts, elle a envisagé de développer ses activités en tenant compte des difficultés rencontrées par la diffusion internationale du film d'art et par la très grande curiosité provoquée, en revanche, par cette nouvelle forme de production cinématographique. La FIFA espère ainsi favoriser la connaissance des films déjà produits, ainsi que leur diffusion dans le monde, point de départ d'un mouvement international en faveur du film d'art qu'elle souhaite provoquer pour le plus grand profit de l'art cinématographique et de la culture artistique. La fédération estime que le développement du film d'art est susceptible à la fois de promouvoir des œuvres belles en soi et de jouer un rôle éminent dans la formation du goût de tous les
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6 Parmi les films présentés: Le Ballet mécanique de Fernand Léger, les films de Luciano Emmer et Enrico Gras sur Giotto et Bosch, le Monde de Paul Delvaux de Henri Storck et Maffray de Gaston Diehl et Alain Resnais. A l'issue de ce congrès fut organisée la première conférence internationale sur les films sur l'art au Louvre. ]7

LEMAITRE,

1966, p. 92.

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