Frontières & dictatures

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Septembre 2013 : commémoration des 40 ans du coup d'Etat au Chili. Mars 2016 : commémoration des 40 ans du coup d'Etat en Argentine. Deux dates "anniversaire" qui donnent lieu à un ensemble d'images et de récits... mais aussi à une sorte d'officialisation de la mémoire. Cette recherche, qui s'inscrit dans le projet Frontières Géopolitiques & Géoartistiques, étudie également la notion de "frontières", utilisée idéologiquement par les dictatures pour circonscrire un territoire national et figer les identités de chacune et de chacun.
Publié le : mercredi 1 juin 2016
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EAN13 : 9782140011139
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&
Sous la direction de Javiera Medina, Maira Mora&François Soulages
Frontières&dictatures Images, regards – Chili, Argentine
Eidos
RETINA Série Collection
Frontières & dictatures Images, regards – Chili, Argentine
ème Ce livre est le 88 livre de la
dirigée par François Soulages & Michel Costantini Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chile, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo, Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi), Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica),Taïwan(Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taipei) Série RETINA3 François Soulages (dir.),La ville & les arts11 Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence 12 Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui13 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur 14 Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image 17 Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage 18 Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image 30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme 31 Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain 35 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou36 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma37 Gezim Qendro,Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie38 Nathalie ReymondÀ propos de quelques peintures et d’une sculpture39 Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique40 Marie-Luce Liberge,Images & violences de l'histoire41 Pascal Bonafoux, Autoportrait. Or tout paraît42 Kenji Kitayama,L'art, excès & frontières43 Françoise Py (dir.),Du maniérisme à l’art post-moderne 44 Bertrand Naivin,Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook 48 Marc Veyrat,La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1 49 Dominique Chateau,Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative 51 Patrick Nardin,Effacer, Défaire, Dérégler... entre peinture, vidéo, cinéma e 55 Françoise Py (dir.),siècleMétamorphoses allemandes & avant-gardes au XX 56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.),Les frontières des écrans 58 François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.),Frontières & migrationsAllers-retours géoartistiques & géopolitiques 60 François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières des rêves Suite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livre Publié avec le concours de
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ème Ce livre est le 61 de
Sous la direction de François Soulages MÉTHODE & FONDEMENT François Soulages (dir.),Géoartistique & Géopolitiques. Frontières,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2012 Gilles Rouet & François Soulages (dir.),Frontières géoculturelles & géopolitiques,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013 Gilles Rouet (dir.),?,Quelles frontières pour quels usages Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2013 François Soulages (dir.),& frontières. Arts, cultures & politiques Mondialisation , Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014 Éric Bonnet & François Soulages (dir.),Lieux & mondes. Arts, cultures & politiques,Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2015Éric Bonnet (dir.),Frontières & œuvres, corps & territoires, Paris, L’Harmattan, Coll. Local & Global, 2014. MOBILITÉS & ESPACES F. Soulages & A. Erbetta (dir.),Frontières & migrations. Aller-retour géoartistiques & géopolitiques, (dir.), Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA, 2015 Serge Dufoulon & Maria Rostekova (dir.),Migrations, mobilités, frontières & voisinages, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2012, 334 p.Anna Krasteva & Despina Vasilcu (dir.),Migrations en blanc. Médecins d’est en ouest, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2014, 242 p. Pierre San Ginès,Frontières, Réalités & Imaginaires, Paris, L’Harmattan, collection Local & Global, 2015 Bernard Salignon,Frontières du réel. Où l’espace espace, Paris, L'Harmattan, coll.Eidos, série RETINA, 2015 É. Bonnet & F. Soulages (dir.),Frontières & artistes. Espace public, (post)colonialisme & mobilité en Méditerranée, Paris, L’Harmattan, coll. Local & Global, 2014.Michel Gironde (dir.),& exil. Aujourd’hui, Méditerranée L’Harmattan, Paris, collectionEidos, Série RETINA, 2014. É. Bonnet, F. Soulages & J. Zevallos Tazza (dir.),Memoria territorial y patrimonial. Artes & Fronteras, Lima, Universidad Nacional Major de San Marcos Fondo Editorial, 2014. Michel Costantini (dir.),L'Afrique, le sens. Représentations, configurations, défigurations, Paris, L’Harmattan, CollectionEidos, série E.I.D.O.S., 2007, 226 p. Michel Costantini,1779 Les nuées suspendues. Voyage européen à travers les arts au siècle des Lumières, Paris, L’Harmattan, collection Intersémiotique des arts, 2009 . Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur,L’Harmattan, collection Paris, Eidos, Série RETINA, 2010, 326 p. Suite des titresFrontièresà la fin du livre © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09447-2 EAN : 9782343094472
Introduction Images & regards Et puis les hommes en uniforme avaient surgi, ces hommes-là ne veulent ni de la liberté ni de la poésie, et leur « médecine » est radicale : pour éradiquer le mal – et le mal c’est tout ce qui n’est pas uniforme -, 1 tous les moyens sont bons. J.-B. Pontalis
Après la commémoration des 40 ans du coup d’Etat au Chili en septembre 2013, l’année 2016 rappelle à la mémoire les 40 ans du coup militaire en Argentine. Même si l’explosion d’images et de récits de cette époque sombre, diffusés sous la forme d’émissions documentaires, d’expositions, d’activités académiques ou mémorielles peuvent apparaître de prime abord comme une tentative d’élaboration critique du passé, la vague de mémoire risque dans un deuxième temps de produire une sorte d’officialisation de la mémoire, produisant l’impression d’un passé définitivement clôturé.
1 J.-B. Pontalis, « S’exiler de l’exil »,in Marée basse marée haute(2014), Paris, Gallimard, folio, 2014, p. 48.
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Face aux chiffres qui répètent inlassablement le nombre de disparus, de torturés, d’exilés ; face au récit plus ou moins lisse de l’histoire officielle ; face aux actes de commémoration, ce livre plonge dans l’exploration du sensible, en s’interrogeant sur les capacités de l’art pour énoncer le trauma, pour faire œuvre de mémoire. Le regard créateur qui fait face à l’histoire serait au cœur de ce travail de mémoire, puisqu’il deviendrait la condition de possibilité d’une prise de position critique chez le spectateur. La création serait donc le point de convergence d’une éthique 2 du regard, le lieu de partage de cette interhumanité qui nous relie. Or, quelle place l’art pourrait-il avoir dans une possible relecture de l’histoire ? Quels seraient les enjeux d’un art adoptant une certaine fonction critique, que ce soit au moment même de la dictature ou chez les générations à venir ? En quoi la relecture de certaines images – ou, au contraire, leur invisibilité ou inaccessibilité – peut-elle nous donner des pistes pour bâtir une critique de la « mémoire officielle », tout en nous donnant comme tâche avec Walter Benjamin, de brosser l’histoire à rebrousse-poil ? La relation entre art et politique sera au cœur des textes ici réunis, qui entendent aborder la question du point de vue de l’esthétique, en convoquant également la philosophie, la psychanalyse et l’histoire. Il s’agira donc de penser l’art et les artistes comme des lieux de la conscience, dont la tâche est celle décrite par Jacques Rancière : résister au destin d’effacement, à la tentation de l’oubli, tout en faisant « voir ce qui ne se voit pas, ce qu’il y a sous le visible, un invisible qui est simplement ce qui fait qu’il y a 3 du visible. » En effet, l’art peut être un outil de mémoire vive et d’ouverture sur le futur, permettant de passer du refoulé à la trace mnésique. Il peut aussi rendre un peu moins inintelligibles le passé et le présent, devenant ainsi un outil de lisibilité de l’histoire, voire un outil politique, ou, du 2 Cf.Soulages, « Néolibéralisme & localisation géoartistiques », François in Publication de la Chaire Michel Foucault de Santiago, mai 2015, Estado(s) del Neoliberalismo. 3 Jacques Rancière,Figures de l’histoire, Paris, PUF, 2012, p. 66.
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moins, une source de questionnement du passé et du présent de la politique : un réveil. Pour Rancière, l’histoire et l’art doivent relever ensemble le défi de présenter le processus de la production de la disparition au regard même de sa disparition. Et il nous met en garde sur un des aspects du négationnisme consistant non pas à nier l’événement, sinon à déployer son contexte jusqu’au point où la spécificité de cette disparition a disparu. Un an après l’inauguration du Musée de la 4 Mémoire et des Droits de l’Homme à Santiago , l’ancien président Sebastián Piñera, premier gouvernant de droite élu au Chili après le retour de la démocratie, envisage de remplacer le terme de « dictature » dans les manuels scolaires d’histoire par celui de « régime militaire » suite à l’initiative de son ministre de l'Education. « Déployer le contexte de l’événement » était justement l’une des demandes des détracteurs du projet de musée, juste un an avant de s’attaquer aux mots et à leur subtilité sémantique pour installer peu à peu une version adoucie, euphémique de l’injustifiable. Le scandale que ce projet de révisionnisme historique a provoqué a empêché la mise en place de la mesure gouvernementale, mais l’incident montre clairement que les politiques de la mémoire sont en lutte constante avec celles de la dissimulation. Ce livre est le fruit d’un colloque international qui s’est tenu en décembre 2014 à la Maison de l’Amérique latine, à Paris. IntituléFrontières, dictature, politique. De l’absence d’images à la position d’un regard. Chili depuis 1973, ce colloque
4 Vingt ans après le retour à la démocratie, et symboliquement aussi dans le cadre des célébrations du bicentenaire de la nation, fut inauguré à Santiago du Chili le Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme le 11 janvier 2010, peu de temps avant la fin du gouvernement socialiste de Michelle Bachelet. L’une des critiques les plus acides à l’encontre de ce projet était de vouloir instrumentaliser l’histoire, la fausser, en fixant une « histoire officielle » incomplète qui ne rendrait pas compte des éléments qui ont précédé et « provoqué » inexorablement le putsch.
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a rendu possible la rencontre de deux générations d’artistes et de chercheurs qui, depuis leur propre vécu de témoin ou d’observateur distancié, et se servant d’outils d’analyse différents, ont exposé plusieurs approches de la dictature et de ses conséquences : des façons différentes de symboliser le trauma. La littérature, le cinéma, l’histoire et les arts plastiques ont été l’objet d’une journée riche en échanges théoriques qui ont pris appui sur diverses disciplines, se penchant tant sur l’acte politique que sur l’acte créateur, révélant la frontière poreuse qui les sépare en temps de « crise du sens ». Ce livre restitue en partie les réflexions développées lors de cette journée-là, mais il s’ouvre aussi à l’expérience argentine des luttes dictatoriales, l’appropriation de l’espace public comme mode de contestation et d’exigence de justice, ainsi qu’à l’élaboration artistique de l’expérience de l’exil. C’est pourquoi cette recherche a pris sens au sein 5 du ProjetFrontières 2012/2016et, tout particulièrement, dans le moment intituléGéopolitiques & Géoartistiques: quels rapports, en effet, les frontières géopolitiques et les frontières géoartistiques entretiennent-elles ? Outre qu’une dictature, souvent nationaliste, fait croire que les frontières sont faites pour séparer le bon grain de l’ivraie : quand elle ne tue pas, quand elle ne torture pas, quand elle n’emprisonne pas, elle condamne au bannissement certains de ces concitoyens, elle les pousse à l’exil. Comme si là-bas ils pouvaient être libres, alors que parfois elle va les assassiner par delà les frontières… Et ces frontières sont souvent violées lors de l’instauration d’une dictature, quand le coup d’Etat a été conçu et commandité avec des pays étrangers ; et ces frontières sont bien des passoires et des passages quand un pays étranger conçoit un soutien à ces dictatures par des plans – parfois, au nom d’oiseaux souverains et nobles - concernant diverses dictatures de la même zone géopolitique. L’impérialisme qui sert une dictature n’a pas de frontières.
5 Cf.la liste des livres publiés en page 3 de ce volume.
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Car les frontières ne sont qu’un prétexte pour les dictatures : mur de prison quand cela satisfait leur intérêt, porosité absolue quand cela les arrange ; trois exemples au ème XX siècle parmi des centaines : avec les exterminations 6 7 dans les Pays baltes , la guerre civile espagnole , la dictature 8 en Argentine . Grâce à la perversion (narcissique) de l’idée de frontière, la dictature est alors mûre, certes pour occulter toute mémoire et tout sens du présent, mais aussi pour accueillir le néolibéralisme présentiste qui ne fonctionne pas par pays, mais par zones géoéconomiques : par exemple, un an et demi après le coup d’Etat au Chili, le 21 avril 1975, Milton Friedman conseille à Pinochet d’opérer un traitement de choc conçu par les Chicago Boys, chantres du néolibéralisme ; on connaît les résultats 10 ans après, 20 après, 43 ans après, c’est-à-dire aujourd’hui, sur la vie concrète des femmes et des hommes, d’un côté celle des travailleurs, de l’autre celle des actionnaires, parfois aidés, par delà les frontières, par les paradis fiscaux, comme au Panama – dictature de l’argent par delà les frontières. Occultation, déni, illusion quant au passé, à ses images et à ses témoignages ; c’est contre cela que des femmes et des hommes, dans tout pays marqué par la dictature – même si celle-ci a « disparu » -, luttent par la recherche, par la réflexion, par la création ; ils veulent ainsi regarder et imaginer, faire regarder et faire imaginer autrement le passé, mais aussi le présent et le futur. Arts, œuvres d’art et artistes jouent alors leurs rôles fragiles. Ce livre participe modestement à ce travail.
6 Cf.Sylvie Lemasson,Une histoire des frontières & confins européens. La République des deux Nations,Paris, L’Harmattan, collectionLocal & Global, 2015. 7 Cf.San Ginès & François Soulages (dir.), Pedro Fronteras, Conflictos & Paz, Granada, Edición de la Universidad de Granada, Colección Eirene Instituto de la Paz y los Conflictos, 2014,François Soulages (dir.),Malraux, le passeur de frontières, Paris, L’Harmattan, collectionEidos, Série RETINA, 2015 etA. M. Mora Luna, P. Ordóñez Eslava & F. Soulages (dir.),Arts & Frontières, Espagne & France, XX° siècle,L’Harmattan, coll. Paris, Eidos, série RETINA, 2016.8 Cf.François Soulages & Alejandro Erbetta (dir.),Frontières & mémoires, arts & archives,Paris, L’Harmattan, collectionEidos, Série RETINA, 2015.
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