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Histoire du mobilier

De
673 pages

Pour parler du mobilier, il faut commencer par définir la valeur du mot selon les diverses époques auxquelles il s’applique. Dans son sens propre et général, mobilier veut dire tout ce qui est mobile, transportable, facile à mettre à l’abri.

En effet, dans les premiers temps de notre histoire, l’homme était en quelque sorte nomade ; si les besoins mêmes de la défense faisaient ériger des châteaux, forteresses propres à arrêter une incursion ennemie, à protéger les modestes habitations qui venaient se grouper autour, seigneurs et vassaux, riches et pauvres, prévoyant l’invasion victorieuse ou la nécessité d’aller combattre au loin pour la cause du pays, se tenaient prêts à renfermer dans des coffres réunis d’avance les objets composant leur avoir : ces coffres sont donc le premier, le plus ancien mobilier.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos de Collection XIX

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Albert Jacquemart

Histoire du mobilier

Recherches et notes sur les objets d'art qui peuvent composer l'ameublement et les collections de l'homme du monde et du curieux

PRÉFACE

Ce livre est l’œuvre dernière d’un esprit laborieux et délicat ; la science et la sagacité qui y abondent sont les fruits naturels et mûris à leur heure, de longues études et d’observations continues ; à des recherches incessamment poursuivies, trop tôt interrompues, le talent d’un fils tendre et soucieux de la gloire paternelle, ajoute le plaisir des yeux, le secours spontané que des. dessins spirituels prêtent à la lucidité d’un texte.

Il y a un an, l’auteur tenait encore la plume : il a cessé d’écrire et de vivre le 14 octobre 1875.

Né en 1808, Parisien, il a vu renaître et se développer le goût devenu la passion de la génération qui succède à la sienne.

Les hommes qui datent du commencement du siècle peuvent se rappeler quel était, à peu d’exceptions près, le mobilier de leurs parents : la nudité d’un vestibule, la froideur d’une salle à manger, l’ordonnance d’un salon, la symétrie d’une chambre. Comment et par quels enseignements l’imagination et l’habileté se sont-ils substitués à la routine et à l’ignorance, quels hommes ont précédé ceux qu’aujourd’hui nous voyons agir ?

A la fin du siècle, la Terreur avait anéanti les fortunes et dispersé les mobiliers de l’aristocratie française ; les amateurs d’objets précieux, plus nombreux alors en Angleterre qu’en autre pays de l’Europe, avaient recueilli la plus grosse part du luxe de la monarchie, mais à côté ou à la suite des étrangers de qui les enrichissements ont été une perte irréparable, l’œuvre de conservation qui devait précéder le réveil du goût, s’effectuait patiemment, souvent non sans danger : les deux hommes dont l’initiative et les efforts persistants méritent surtout notre reconnaissance, sont Alexandre Lenoir et du Sommerard, car le Musée des monuments français et l’hôtel Cluny ont été les écoles qui nous ont conservé les modèles et qui nous ont instruits.

La mode qui, pendant les années brillantes de l’Empire, avait inauguré à Paris un style d’ameublements imités des maisons de Pompéi, n’avait eu qu’une courte durée ; le souvenir en est aujourd’hui éteint, peu de vestiges en restent, et, à soixante ans de distance, celui qui veut se faire une idée précise de ce que furent en leur ensemble ces ameublements oubliés, est réduit à consulter le Recueil publié en 1812, par Percier et Fontaine, qui en furent les inventeurs et les dessinateurs habiles. Ce style, toutefois, avait eu en Jacob un interprète de grand talent, et les meubles signés de son nom seront toujours estimés. Ils avaient cessé de plaire et, quelques années avant 1830, on pouvait signaler un retour aux mobiliers des trois siècles qui ont précédé le nôtre. Le roi Charles X acquérait pour les Musées du Louvre les meubles sculptés, les émaux, les faïences italiennes ou de Palissy, rassemblés par MM. Durand et Révoil ; madame la duchesse de Berry rétablissait dans son château de Rosny la chambre de Sully ; les cabinets de raretés étaient déjà formés : l’on citait ceux du baron de Monville, de M. Debruge-Dumesnil, de notre généreux donateur Charles Sauvageot ; Willemin les faisait connaître par la gravure et André Pottier par ses textes savants. Au commencement du règne de Louis-Philippe, la mode était donc établie ; les mobiliers historiques de la place Royale avaient leurs imitateurs, les magasins véritablement curieux de madame Roussel, de mademoiselle Delaunay, se partageaient une clientèle riche ou élégante ; les femmes d’un goût suprême ne voulaient que les meubles de Marie-Antoinette, d’autres puisaient à des sources moins pures et ne s’effrayaient pas d’origines peu respectables : chacun choisissait son époque et suivait son caprice. Ainsi se sont formés, à côté des grands dépôts publics, ces musées domestiques qui sont aujourd’hui la richesse, l’élégance et l’intérêt de nos demeures, libéralement ouvertes à tous ceux qui veulent apprendre ou enseigner.

Nul n’en a su mieux jouir et profiter qu’Albert Jacquemart, nul n’en a retiré et n’a su leur faire produire plus d’avantages : mieux que personne, il a connu la valeur des collections de l’État, l’intérêt de tout ce que Paris renferme de rare et d’utile ; tour à tour il a étudié les fabrications dont l’art est l’esprit et l’essence, et ces études qui, en s’unissant se complètent, constituent l’histoire du Mobilier.

Après les noms dont nous avons rappelé la mémoire, nous pouvons, nous devons inscrire celui d’Albert Jacquemart, qui a été un collectionneur des plus, fins et des plus heureux ; grâce à la libéralité patriotique de M. Adrien Dubouché, le Musée de Limoges a recueilli l’œuvre formée lentement et judicieusement par l’historien de la Céramique ; M. Paul Gasnault l’a décrite cette année, dans le journal l’Art, et les amateurs de porcelaines orientales ne sauraient rien lire leur donnant une plus juste idée de l’expérience et du goût qui ont présidé aux choix d’un connaisseur à la fois artiste et savant.

Les porcelaines orientales sont, depuis leur introduction en Europe, le luxe et la parure de nos ameublements : les curieux du dix-septième et du dix-huitième siècle les ont recherchées, payées de très-grand prix, et placées dans leurs cabinets près des œuvres de l’art le plus élevé ; ils ont eu pour les orner de montures des ciseleurs qui sont encore sans rivaux. Plusieurs collections de ces siècles passés sont demeurées célèbres, et les noms de ceux qui les ont formées rappellent le plus souvent des souvenirs ou de grandeur ou d’élégance : nous pourrions produire une liste commençant par le fils de.Louis XIV, et que terminerait un prince de Condé. Ce n’est que justice si les vases de la Chine, quand ils sont de dates anciennes et de parfaite réussite, sont l’objet de la prédilection des plus difficiles parmi les amateurs : où trouver des formes plus pures, s’adaptant mieux à tous nos usages, des colorations plus fraîches et vives, d’une variété prodigieuse, au point que nul ne pourrait se vanter de connaître tout ce qu’ont imaginé et exécuté les céramistes de l’Orient ?

C’est à l’étude de ces fabrications, à leur classification méthodique que s’est principalement appliqué Albert Jacquemart ; il y avait acquis un tact et une sûreté dont ont fait preuve sa collection et ses écrits. Lorsqu’une Commission fut nommée, il y a quelques années, pour le perfectionnement de la manufacture de Sèvres, Albert Jacquemart était d’avance désigné par l’opinion pour en faire partie, et y apporta des idées nettes et solidement élaborées ; ses collègues se rappelleront, avec le regret de ne plus l’entendre, sa parole facile, toujours élégante, la justesse de ses observations, l’étendue de son savoir.

Ses preuves, d’ailleurs, étaient des plus convaincantes et des plus complètes : en 1861 et 1862, en collaboration avec M. Edmond Le Blant, il avait publié, chez M. Techener, l’Histoire artistique, industrielle et commerciale de la porcelaine ; de 1866 à 1869, chez M. Hachette, trois volumes des Merveilles de la Céramique. Pendant dix ans, dans la Gazette des Beaux-Arts, il avait répandu ses idées, communiqué sa science, devancé les plus habiles, suivi les plus hardis : M. Henri Perrier, qui, dans le journal l’Art, a dressé une liste des volumes et tirages à part, des articles publiés dans la Gazette, des catalogues raisonnés, dont la réunion constitue l’œuvre d’Albert Jacquemart, inscrit quarante numéros et ne dit pas que la liste soit complète ; la parcourir avec attention, c’est se rappeler à son rang tout ce qu’on a lu de lui, sur la curiosité, de neuf et d’ingénieux, depuis qu’une phalange d’écrivains habiles a consacré ses talents à l’éducation d’une société qui aime passionnément et recherche avec intelligence les élégances des siècles illustrés par les progrès et la perfection des arts.

Le crayon et le burin du fils n’avaient fait défaut ni à l’Histoire de la porcelaine, ni aux Merveilles de la Céramique : dans le premier de ces deux ouvrages de son père, M. Jules Jacquemart avait gravé vingt-six planches à l’eau-forte qui avaient révélé toute la puissance de son talent ; il avait, sans compter, répandu dans le second les plus charmants dessins.

Famille privilégiée, où le fils a pu si parfaitement graver ce que le père savait si bien décrire.

 

BARBET DE JOUY

Octobre 1876.

INTRODUCTION

Illustration

Siége Scandinave du moyen âge.

Il y a peu de temps encore, les hommes qui se livraient à la recherche des meubles anciens, des antiques, des verreries de Venise, des poteries sigillées ou peintes, étaient classés parmi les originaux, les fous. On sait ce que disait La Bruyère des curieux de son temps ; au commencement de ce siècle, l’esprit public n’était pas plus éclairé sur la portée des recherches archéologiques ; le nombre des amateurs avait augmenté ; le cercle des objets recueillis s’était élargi ; pourtant Walter Scott, collectionneur lui-même, sacrifiait au préjugé en désignant comme d’innocents maniaques destinés à être trompés, ceux qui voulaient voir dans les choses d’usage ancien une histoire des hommes et de la civilisation.

Nous ne réfuterons pas ici ces idées ridicules ; la chose a été faite avec autant d’esprit que de savoir par M. Edmond Bonnaffé dans ses Collectionneurs de l’ancienne Rome et de l’ancienne France.

C’est donc tout récemment et grâce à la persévérance des chercheurs que les idées se sont modifiées ; le goût en se propageant s’est éclairé. Cessant de courber la tête sous une stupide ironie, les curieux se sont faits les instituteurs du public ; les savants catalogues de nos collections du Louvre, de Cluny, de la Bibliothèque, sont devenus de lucides traités d’histoire ; de nombreux livres spéciaux ont classé méthodiquement les épaves des siècles passés, en ont montré la connexion avec les progrès des moeurs ; les collectionneurs n’ont plus mis une ambition naïve à augmenter seulement le nombre de leurs pièces ; ils ont choisi, entre toutes, celles qui indiquaient un progrès dans l’art ou qui portaient la trace et le témoignage des événements contemporains.

Aussi nul n’oserait aujourd’hui fronder sérieusement la manie du bibelot ; on en rit par un reste de fausse honte et par souvenir des traditions arriérées, et parmi les rieurs mêmes il en est peu qui ne recherchent quelques spécimens modestes ou éclatants de ces anciennes industries qui montrent l’avancement du passé en stimulant si heureusement le travail intellectuel de notre temps.

Pourtant si ce pas immense a été fait, il en reste un autre non moins difficile à accomplir. On ne peut demander aux gens du monde que leur fortune, leurs instincts poussent à l’acquisition des choses d’art, de s’entourer de livres sans nombre, et de passer de longues heures à les compulser pour trouver une date, fixer les caractères d’un style, ou chercher la probabilité d’un nom. Dans notre vie agitée, active à l’excès, combien, parmi les curieux, déroberaient aux affaires le temps nécessaire pour consulter les inventaires, parcourir les musées dans le but d’une confrontation nécessaire pour établir sûrement l’origine et la filiation d’un objet ?

Il nous a donc paru qu’il serait essentiellement utile d’éviter à tous les curieux l’obligation de ce travail, en réunissant, sous une forme simple et méthodique, les renseignements que l’histoire, la chronologie, la technique peuvent fournir sur chaque branche de l’art ; en signalant siècle par siècle les types qu’on peut consulter immédiatement dans nos collections publiques. Ainsi, sans perdre de temps et par une lecture sommaire, l’amateur reconnaîtrait l’origine réelle et la date d’un objet acquis ou qu’il voudrait acquérir, et alors même qu’il croirait utile de confirmer ses appréciations par la vue d’un monument analogue, il irait sans hésitation à la galerie qui peut le lui montrer.

Souvent on délaisse un spécimen précieux parce que son aspect est insolite et qu’on craint d’être en présence d’une contrefaçon maladroite. C’est là souvent le caractère des œuvres de transition, ou de ces fabrications collatérales marquant, dans des contrées voisines, l’influence d’une industrie estimée, dont les branches doivent, plus tard, prendre une importance capitale. Ces connexions, il suffit de les signaler pour éveiller l’attention du curieux ; un mot, une figure, un nom d’artiste, jettent tout à coup la lumière sur ces points obscurs, et l’hésitation cesse, au grand profit du progrès des études historiques.

C’est pour avoir senti combien ces éléments d’étude étaient épars et insaisissables que, depuis nombre d’années, lisant la plume à la main, accumulant les notes, colligeant les noms, nous avons réuni des matériaux énormes qu’il ne s’agissait plus que de mettre en ordre pour composer ce livre.

N’est-ce donc qu’une compilation ? Non ; nous espérons qu’on jugera qu’il y a plus que cela. Des recherches spéciales, un commerce intime et prolongé avec les choses de l’extrême Orient, nous ont ouvert, peut-être, des aperçus nouveaux touchant les civilisations anciennes de ces contrées, et l’influence qu’elles ont pu exercer sur les arts de l’Occident. De là, pour la détermination chronologique et ethnique des styles, une certitude qui avait manqué jusqu’alors.

On demande, aujourd’hui, beaucoup à la forme d’un livre ; un simple dictionnaire, des chronologies arides, rebuteraient immédiatement le lecteur qui, tout en cherchant la lumière, veut éviter l’ennui. Nous avons donc adopté une division en livres et chapitres où le curieux pourra trouver sûrement le point qui l’intéresse ; chaque branche de l’art a, pour ainsi dire, son histoire spéciale, soit en Orient, soit en Occident, et, lorsqu’il nous a été possible de dissimuler les listes nominatives en les fondant dans le texte, nous l’avons fait avec empressement. Le tableau suivant, présentant les divisions générales et particulières du volume, permettra au lecteur de se diriger sans hésitation, et lorsque certaines matières auront des connexions entre elles, nous ne manquerons pas de renvoyer de l’une à l’autre.

LIVRE PREMIER

MOBILIER

 

CHAPITRE Ier. Mobilier historique. — Son caractère. — Ses époques principales.

CHAPITRE II. Mobilier éclectique. — Comment il doit être formé.

CHAPITRE III. Espèces diverses de meubles.

§ 1. Meubles en bois sculpté, — de l’Occident, — de l’Orient.

§ 2. Meubles incrustés en piqué, — de l’Occident, dits alla certosa, — de l’Orient.

§ 5. Meubles d’ébène, — incrustés d’ivoire, — sculptés.

§ 4. Meubles incrustés de pierres. — Occident : meubles gemmés. — Mosaïque de Florence. — Meubles incrustés de l’Orient.

§ 5. Meubles d’ébène ornés de cuivres.

§ 6. Meubles plaqués d’écaille et de métal.

§ 7. Meubles en marqueterie de bois divers.

§ 8. Meubles plaqués avec appliques de porcelaine.

§ 9. Meubles en laque ou en vernis, — de l’Europe, — vernis Martin, — de l’Orient.

§ 10. Meubles en bois doré ou peint.

LIVRE DEUXIÈME

TENTURES

CHAPITRE Ier. Tapisseries. — Europe. — Orient.

CHAPITRE II. Broderies, — européennes, — orientales. — Dentelles.

CHAPITRE III. Étoffes. — Europe. — Orient.

CHAPITRE IV. Cuirs estampés. — Papiers peints.

 

LIVRE TROISIÈME

OBJETS D’ART DÉRIVÉS DE LA STATUAIRE

 

CHAPITRE Ier. Marbre. — Pierre. — Albâtre.

CHAPITRE II. Bronzes, — antiques, de la Renaissance. — Plaquettes. — Médaillons. Bronzes orientaux.

CHAPITRE III. Ivoires. — Europe. — Orient.

CHAPITRE IV. Bois. — Europe. — Orient.

CHAPITRE V. Terres cuites, — antiques, — de la Renaissance, etc.

CHAPITRE VI. Stuc et Céroplastie.

 

LIVRE QUATRIÈME

OBJETS D’ART ORNEMENTAL

 

CHAPITRE Ier. Bronzes ornementaux, — antiques, — de la Renaissance, etc. — Bronzes orientaux.

APPENDICE. Horloges, Pendules.

CHAPITRE II. Fer forgé, — armes, — européennes, — orientales. — Cuivre repoussé. — Métaux damasquinés, etc.

CHAPITRE III. Orfévrerie, — antique, — de la Renaissance. — Orient.

CHAPITRE IV. Bijouterie, — antique, — de la Renaissance. — Orient.

APPENDICE. Écaille piquée et posée d’or. Boîtes et tabatières.

CHAPITRE V. Gemmes, — antiques, — du moyen âge et de la Renaissance, etc. — Orient.

CHAPITRE VI. Émaux. — Europe. — Orient.

CHAPITRE VII. Verrerie. — Céramique.

CHAPITRE VIII. Laques et vernis. — Europe. — Orient.

CHAPITRE IX. Cuirs ouvrés.

LIVRE PREMIER

MOBILIER

CHAPITRE PREMIER

MOBILIER HISTORIQUE

Pour parler du mobilier, il faut commencer par définir la valeur du mot selon les diverses époques auxquelles il s’applique. Dans son sens propre et général, mobilier veut dire tout ce qui est mobile, transportable, facile à mettre à l’abri.

En effet, dans les premiers temps de notre histoire, l’homme était en quelque sorte nomade ; si les besoins mêmes de la défense faisaient ériger des châteaux, forteresses propres à arrêter une incursion ennemie, à protéger les modestes habitations qui venaient se grouper autour, seigneurs et vassaux, riches et pauvres, prévoyant l’invasion victorieuse ou la nécessité d’aller combattre au loin pour la cause du pays, se tenaient prêts à renfermer dans des coffres réunis d’avance les objets composant leur avoir : ces coffres sont donc le premier, le plus ancien mobilier.

A mesure que la sécurité s’accrut, que les sociétés plus condensées trouvèrent un appui dans leur organisation légale, le bien-être se développa, et avec lui le luxe, ce besoin inné des races intelligentes, dont les yeux veulent être satisfaits en proportion des lumières de l’esprit.

Ce n’est donc, à proprement parler, qu’après les luttes du moyen âge qu’il a pu exister un mobilier tel que nous l’entendons aujourd’hui, c’est-à-dire un ensemble d’objets placés dans les divisions principales de l’habitation pour satisfaire à des besoins différents et s’offrir sous un aspect agréable, élégant, grandiose même.

Il est donc bien difficile aujourd’hui de composer un mobilier vraiment historique, même en cherchant ses éléments dans les époques voisines de nous. Les mœurs et les besoins ont changé ; les pièces anciennes ont été détruites en grand nombre, et lorsqu’on les trouve, elles n’offrent qu’une appropriation incomplète au confortable, invention moderne, mais qui s’impose absolument dans toute habitation luxueuse.

Quelques personnes ont songé, il est vrai, à transformer les meubles anciens pour les adapter aux exigences actuelles ; c’est là une barbarie contre laquelle protesteront tous les hommes de sens. Respectons les épaves des temps passés et gardons-nous d’y porter une main sacrilége. C’est à ce prix que des reliques précieuses peuvent conserver leur prestige et rehausser les galeries des heureux qui les possèdent.

Nous n’admettons pas non plus le compromis adopté par quelques-uns, et qui consiste à compléter, par des imitations modernes, un ensemble caractérisant une époque. Peu de personnes s’y laisseraient tromper, et une pièce fausse glissée dans une collection quelconque jette le trouble dans l’esprit du visiteur et le fait douter de l’authenticité de tout le reste.

Jetons maintenant un rapide coup d’œil sur les époques auxquelles le curieux peut demander avec chance de succès les parties diverses d’un mobilier de choix.

Au quatorzième siècle, Charles V et Jeanne de Bourbon avaient réuni au Louvre et dans leurs châteaux des merveilles sans nombre dont un inventaire détaillé nous a conservé la description. Il fallait nécessairement que les appartements destinés à contenir ces trésors leur offrissent un cadre convenable, et, en effet, tous les écrits contemporains constatent l’admiration qui saisissait les visiteurs et que partagèrent l’empereur Charles IV et son fils Wenceslas, roi des Romains, lorsqu’ils vinrent à Paris en 1378. Ces princes eurent même un grand plaisir, disent les écrivains, à recevoir de la part du roi de magnifiques joyaux tels qu’on les savait faire à Paris. Christine de Pisan a chanté les splendeurs des demeures royales « les aornemens des sales, chambres d’estranges et riches bord cures à grosses perles d’or et soye à ouvrages divers ; le vaissellement d’or et d’argent, et autres nobles estoremens (meubles) n’estoit se merveilles non ». Mais si elle trouve de tels accents pour louer la magnificence souveraine, elle sait, dans le Trésor de la cité des dames, s’élever vigoureusement contre le luxe immodéré qui s’introduit dans tous les états et dérange les fortunes ; ainsi elle signale à la critique l’ameublement et les recherches de la femme d’un marchand, non de ceux qui vont outre-mer, par tous pays ont leurs facteurs et sont appelés « nobles marchantz ; mais celle dont nous disons achapte en gros et vend à détail pour quatre souz de denrées (se besoing est), ou pour plus ou pour moins (quoiqu’elle soit riche et portant trop grand estat). Elle fist à une gésine d’ung enfant qu’elle eut n’a pas longtemps. Car ains qu’on entrast en sa chambre, on passoit par deux autres chambres moult belles, où il y avoit en chascune ung grand lict bien et richement encourtiné, et en la deuxiesme ung grand dressoir couvert, comme ung autel, tout chargé de vaisselle d’argent. Et puis de celle-là on entroit en la chambre de la gisante, laquelle étoit grande et belle, tout encourtinée de tapisserie faicte à la devise d’elle, ouvrée très-richement en fin or de Chippre, le lict grand et bel, encourtiné d’ung moult beau parement, et les tappis d’entour le lict mis par terre, sur quoy on marchoit, tous pareilz à or, et estoient ouvrez les grands draps de parement, qui passoient plus d’ung espau par soubz la couverture de si fine toile de Reims, qu’ilz estoient prisez à trois cents francs (5,240 francs), et tout par-dessus ledict couvertouer à or tissu estoit ung autre grand drap de lin aussi délié que soye, tout d’une pièce et sans cousture, qui est une chose nouvellement trouvée à faire, et de moult grand coust qu’on prisait deux cents francs (2,160 francs) et plus, qui estoit si grand et si large qu’il couvroit de tous lez le grand lict de parement, et passoit le bord dudict couvertouer, qui traisnoit de tous les costez. Et en celle chambre estoit ung grand dressoir tout paré, couvert de vaisselle dorée. Et en ce lict estoit la gisante, vestue de drap de soye tainct en cramoisy, appuyée de grandz oreillez de pareille soye à gros boutons de perles, atournée comme une damoyselle. Et Dieu scet les autres superfluz despens de festes, baigneries, de diverses assemblées, selon les usaiges de Paris à accouchées, les unes plus que les autres, qui là furent faictes en celle gesine ; et pour ce que cest oultraige passa les autres (quoiqu’on en face plusieurs grands) il est digne d’estre mis en livre. Si fut ceste chose rapportée en la chambre de la Royne.... qui guères plus n’en feroit. »

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