IMAGE CHEZ ROLAND BARTHES

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L'image, Roland Barthes y a consacré de nombreux articles, entretiens, et même un ouvrage entier (La Chambre claire). Cet essai rassemble ces réflexions en vue d'en éclairer le contexte, l'approche et l'apport. Peinture, publicité, photographie, cinéma, théâtre, poésie, calligraphie, cuisine en sont les grands axes.
Publié le : lundi 1 mars 2010
Lecture(s) : 86
EAN13 : 9782296433458
Nombre de pages : 210
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L'image chezRolandBarthes

BouchtaFARQZAID

L'image chezRolandBarthes

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« Onéchouetoujoursàparlerde cequel’onaime.»
RolandBarthes

Pour introduire :
Barthes: «Chacun de ses livres estvivant »
EricMarty

Parler deRolandBarthes estun acte qui, parjubilation,
doit s’inscrire dans leprésent, encequesapensée, comme
l’a bienécritEricMarty, estd’actualité.Nousavons, eneffet,
toujoursduplaisiràlireouàrelireson oeuvreousimplement
àla feuilleteretàlaparcourirdesyeux.Ecrivains, critiques,
peintres,photographes, cinéastes, historiens,penseurs nousy
font signe et nousdraguent pour quenous puissions
«partager»leursexpériencesesthétiqueset idéologiques.A
lasuite des proposd’EricMarty,nous nous soucions,nous
qui sommesun lecteurétranger, duprivilège denousfaire
«le gardien» del’œuvre d’un tel« artisan».
Ecriresur l’image(photographie,peinture, cinéma,
théâtre…)chezRolandBarthesest,semble-t-il,une aventure
fortdangereuse.Ellel’estdavantage,lorsqu’il s’agitd’un
travailacadémique, comme c’est le casdenotretravail
intitulé «L’image chezRolandBarthes».Un telchoix a été
dictépardeuxraisons.D’abord,parcequeRolandBarthesa
toujoursconstitué,pour nous,ununiversénigmatiquevoire
inaccessible;ensuite,nousavonsdepuis quelquesannéesun
intérêténormepour l’imagevisuelle.
Travailler sur l’imageserait trèsutile, encesens que cela
nous permettraitde concilier notrevieprofessionnelle et
notrepassion personnelle.
Commel’intitulél’indique,nous nous s’efforcerons
d’approcher le conceptd’«image » dans sa double dimension
« formellee »t«significative »ou«signifiantchee »z
RolandBarthes.Notresouci majeur sera devoirdetrès près
comment s’articulelapensée barthésienne autourdel’image,
notion quiconstituelepôle d’intérêtdes sémioticiens, des

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critiquesd’art, des photographes, des sociologues, des
philosophes, des médiologues…
Balisons leterrain:qu’entendons-nous par«image »,par
« forme » et par«signification»?

A.L’image:
LePetitRobert propose, à cepropos,troisentrées.Du
latin«imago»,leterme d’image désigne d’abord,une
«reproduction inverséequ’unesurfacepolie donne d’un
objet qui s’yréfléchit»(=reflet, cliché,photo, dessin,
gravure,illustration).Puis,il s’agitd’une «reproduction
exacteouanalogique d’unêtreoud’une chose »(=
ressemblance,portrait, figure,symbole, expression).Enfin,
c’estune «représentation mentale d’originesensible »(=
souvenir,illusion,vision,réputation).Commeon lesouligne
dans le dictionnaireLesMotsdelaPhilosophie(1), cemot
estdelamême famillequeleverbe «imitari»(imiter)dont
lerésultatest soitabstrait, ayant pour support le cerveau,soit
concretayant pour supportun objet matériel (photographie,
miroir,toilepeinte…)
«Image » estdoncunvocablepolysémique.Delà,ilfaut
déduireque cettenotion semble êtreriche.C’estce
qu’expliqueMartineJoly dans sonIntroductionàl’analyse
del’image(2).Elle écrit notamment quele «terme d’image
est tellementutilisé, avectoutes les significations sans lien
apparent,qu’il sembletrèsdifficile d’endonnerune
définition simple,qui recouvretous lesemplois»(3).Et
quoiquelesdifférentes images n’aient pas lemêmestatutde
définition,ilest possible desoutenir qu’ellesdésignent toutes
«quelque chosequi, bien quenerenvoyant pas toujoursau
visible, emprunte certains traitsau visuelet, en toutétatde
cause, dépend delaproductiond’un sujet:imaginaireou
concrète,l’imagepassepar quelqu’un,qui laproduit oula

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reconnaît»(4).Pour RolandBarthes, celui-ciest ou
«operator»ou«spectator».
Platondéfinit l’image commesuit: «J’appelleimage
toutd’abordles ombres, ensuiteles reflets qu’onvoitdans les
eaux,ouàlasurface descorps opaques,polisetbrillantset
toutes les représentationsde ce genre »(5).
Martine Jolycite différentesconceptionsdel’imagepour
enexplorercequienestcommun.
Cesupportestd’unusage contemporain, etdevient
synonyme detélévisionetdepublicité.L’image est
aujourd’hui omniprésente, dans lamesureoùelle envahit la
viequotidienne.Acôté dugestueletdu verbal,laproduction
iconique atteintundegréparoxystique delamédiatisation,
laquellereprésenteun moyenfortefficacepour l’homme, en
cequ’ellelui permetdeprendre durecul par rapportauréel
quifascine etaliène,un réel quelaDoxane cesse de
naturaliser, commelesoulignent les travaux, entre autres, de
RolandBarthesetceuxdeJeanBaudrillard.La créationde
l’image est inscrite dans lesymbolique etconstitueune
espèce demédiation pour l’homme.Le dessin sur les parois
desgrotteset sur les troncsdesarbresa,non seulement,une
fonctionde communiquerdes messages,maiségalement–et
surtout-d’exprimerdes penséesetdesétatsd’âme de
l’homme dit primitif.Leshommesdelapréhistoire,par
exemple, dessinaientdesbêtesdont ils seservaient,mais
aussicellesdequi ilsavaient peur,tel lelionentre autres.En
peinture,nousconstatons lemêmetraitementàquelques
différences près.Sans leréduire àun simpleprocessus
d’extériorisationdesfantasmes,ilest possible d’avancer que
l’acte créatif en peinture dit le désirdere-présenter leréelen
vue dele contourner, dele cerner, c’est-à-dire delemaîtriser.
Pour s’enconvaincre,notons l’expérience deVincentVan
Gogrelative aujaune,qu’ilavaitbeaus’ingénieràreproduire
fidèlement.Etc’estcettevolonté acharnée des’emparerd’un

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instantfugacequiapousséles photographeset lescinéastesà
mettre encadre deshommesetdeschoses, desfaitsetdes
états.
PourM.Joly,l’image contemporainevientdeloin.
L’homme d’aujourd’huia apprisà associerauterme d’image
des notionscomplexesetcontradictoires, allantdelasagesse
audivertissement, del’immobilité aumouvement, dela
religionàla distraction, del’illustrationàlaressemblance et
dulangage àl’ombre.L’imageremonte àlanuitdes temps,
parcequel’homme dit primitif aproduitet«pétrogramme »
(dessin oupeinture)et«pétroglyphe »(gravureou
sculpture).Cesfigures ontconstitué, eneffet,les premiers
moyensdela communicationhumaine, ayant probablement
un rapportaveclamagieoulareligion, c’est-à-dire avecle
sacré.
Caràl’origine,ilestcettephrase extraite de La
Bible : « Dieucréal’homme àson image »(6).Leterme
«image »ne désigneplusunereprésentationvisuelle,mais
plutôtune «ressemblanece »,t rejoint, de ce fait,lemonde
de Platon.Parailleurs, dansLe Pouvoirdel’Art,Alain
Boubil souligneque cettephraseservaitde biaisauxpeintres
etauxsculpteurs pour précisément représenterDieu.«Il leur
suffisaitdeprendremodèlesur l’homme »(7).Demême
dans letexte coranique,ilestdit queDieuestcelui quidonne
forme auxêtresetauxchoses.Cependant,les trois traditions
judaïque, chrétienne et musulmane diffèrent l’une del’autre,
encequiconcernelareprésentation par l’image.
Lanotiond’image ainsi queson statut représentent
égalementunequestion-clé dans l’histoire delareligionaussi
bienenOccident qu’enOrient.Eneffet,letroisième
commandementdeLaBibleinterditde façonnerdes images
etdeseprosternerdevantelles, etdésigne «l’image comme
statue etcommeDieu».Ainsi,toutereligion monothéistese

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doit de combattreles images, c’est-à-direles« autresdieux»
(8).
Ilyalieud’avancer quel’image,s’étantfaitattribuerun
statut profane, elle apu, cependant,prendre desformes
variées: fresques,peintures, enluminures,illustrations
décoratives, dessins, gravure, film,photographie,voireimage
desynthèse(9).
En plus,l’étymologie duterme «image » est«imago».
Celui-cidésignele «masquemortuaireporté auxfunérailles
dans l’antiquitéromaine ».Cetteidéerattachel’image àla
Mort, àlaquelleRolandBarthesaccordeun intérêt particulier
dansLaChambre claire.Celivres’inscritdansunelignée
platonicienne,puisquelaphotographie constitueuneimage
quiconduitàla connaissance desoietdel ’Autre(laMère).
L’imagepeutfairepenserà certainesactivités psychiques
et mentales,telles quelerêve,lelangagepar
image…etc.«L’imagementale correspond àl’impression
quenousavons,lorsque,parexemple,nousavons luou
entendula descriptiond’un lieu, delevoir presque commesi
nousyétions»(10).Ellepeutégalement s’élaborerde
manièrequasihallucinatoire, et s’exprimer sous la forme
d’unestructure formellequenousavons intériorisée et
associée àun objet ouànotrepropre corps, en témoigneune
photographie dansRolandBarthes parRolandBarthes.Ala
page25 de cemêmelivre,on peut lire : «Lestade dumiroir:
«tuescela » »,phrasequiditune certaineidéequelepetit
Barthes se feraitdeson propre corps.
L’image et son potentiel sesontdéveloppés, aucoursdes
derniers siècles, dansdifférentsdomaines, à commencerdela
médecine àl’astronomie, des mathématiquesàla
météorologie…etc.
Parailleurs,ilestfortaisé de distinguerdeuxsortes
d’image.Lapremière estuneimage «vraie »ou«réelle »,
c’est-à-direqu’ellereproduitun référentexistantdans la

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réalitéphysique.Laseconde, elle estaucontraireune «pure
image »,c’est-à-direqu’elle estfabriquée àpartirdes
opérations mathématiques.C’est le casdel’imagevirtuelle
ounumérique.Aujourd’hui,on parle de «pixographie ».Il
s’agitd’uneimage desynthèse,qui simuleun phénomène
observé.Ainsi l’image est-ellesienvahissantequ’ilest
possible dese demanderavecMartinrJoly: «L’humanité et
sondevenir risquent-ilsdeseperdre dans leurs
«images»?».
Cesontcellesdont onaparlé ci-dessus.Cesontdes
imagesfabriquéesàl’aide des ordinateursetdes logiciels
plus sophistiqués.Et,toutesorte d’image devient possible et
susceptible deperturber lerapportentrele «réel» et le «
virtuel».Pour s’enconvaincre,ilfautévoquer le casdes jeux
vidéo, desfilmsdescience-fiction oudesfilmsfantastiques,
delapublicité, desclips…(11).
En somme,telProtée,l’image est protéiforme : «il
semblequ’ellepuisse êtretoutet soncontraire :visuelle et
immatérielle, fabriquée et«naturelle »,réelle etvirtuelle,
mobile et immobile,sacrée et profane, antique et
contemporaine,rattachée àlavie etàlamort, analogique,
comparative, conventionnelle, expressive, communicative,
constructrice etdestructrice, bénéfique et menaçante… »
(12).

B.La forme:
LePetitRobert propose, à cepropos,troisgrandsaxes.
Eneffet, dulatin« forma »,leterme désigne :
•Premièrement, «une apparence,unaspect
visible » :ilfait référence auxcontoursd’un
objet oud’unêtrerésultantdelastructure de
ses parties.Ceux-làpeuventêtre considérés
même esthétiquement (comme dans l’art
plastique).Il signifie, en somme, «laréalisation

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particulière etconcrète d’unfait» :action,
modeparticulier,manière dontunepensée
s’exprime.
Deuxièmement, «unemanière deprocéder
selon les règles»(XVIsiècle)
Troisièmement,une «condition physique
favorable auxperformances»(en parlantd’un
cheval, d’unathlète).Delà,ilestà déduireque
lesensduterme « forme »varieselon quelques
domaines précis, àsavoir:

laphysique :refletd’uncorps, d’un objet,
ensemble depoints lumineux(chimique chez
Barthes)
lapsychologie :représentation quel’on se fait
d’une chosepar l’esprit
lastylistique :métaphorepar laquelleon rend
uneidéepluscompréhensible
l’art:représentationd’unepersonnepar lesarts
graphiques ouplastiques.

Plusieurs linguistesetcritiques s’en sont servisà dessein.
ChezHjelmslevf, «ormee »st l’opposé de «substance ».Il
s’agitd’une forme de contenuque décrit lesémiologue.Cette
actualisation setrouve bienévidemmentdansElémentsde
sémiologie deRolandBarthes.Elle est le «signdee »la
dénotation, c’est-à-direla face formelle dusigne dela
connotation, dont témoigne ceschéma :

Signifiant

Forme

Signifié

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