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Images et violences de l'histoire

De
180 pages
Comment penser les images face à la violence de l'histoire ? Comment appréhender une image qui montre explicitement les atrocités ? Comment certains artistes peuvent-ils aménager des images qui suscitent une expérience singulière de la perception et de la pensée critique ? En quoi les images et les œuvres peuvent-elles entrer en dialogue les unes avec les autres de façon significative sur le plan thématique, technique, poétique et formel ?
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Marie-Luce Liberge
Images & violences de l’histoire
Préface d’Éric Bonnet
Images & violences de l'histoire
dirigée par Michel Costantini & François Soulages Série RETINAManuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langageEric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flouFrançois Soulages (dir.),La ville & les artsFrançois Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain Série Photographie Philippe Bazin,Face à facesPhilippe Bazin,Photographies & Photographes Benoit Blanchard,Art contemporain, le paradoxe de la photographieCatherine Couanet,Sexualités & Photographie Benjamin Deroche,Paysages transitoires. Photographie & urbanitéMichel Jamet,Photos manquées Michel Jamet,Photos réussies Anne-Lise Large,La brûlure du visible. Photographie & écritureFranck Leblanc,L’image numérisée du visagePanayotis Papadimitropoulos,Le sujet photographique Catherine Rebois,De l’expérience en art à la re-connaissance Catherine Rebois,De l’expérience à l’identité photographique Suite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livreComité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Belgique(Claude Javeau, Univ. Libre de Bruxelles),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid, Sofia),Chili(Rodrigo Zùñiga, Univ. du Chili, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo (Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan(Stéphanie Tsai, Univ. Centrale de Taiwan, Taïpé) Secrétariat de rédaction: Sandrine Le Corre Publié avec le concours de
Marie-Luce Liberge Images & violences de l'histoire Préface d’Éric Bonnet
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03472-0 EAN : 9782343034720
Préface Comment penser les images de la violence qui aujourd’hui nous assaillent quotidiennement? Les reportages et les informations sur l’actualité et sa violence, la guerre, le crime et les catastrophes nous mettent devant la question de savoir ce que les images peuvent prendre en charge de la réalité et nous en dire. Que peut l’image ? Que peut-elle dire sans le texte et avec le texte ? Si l’image ne peut que désigner, attester les faits d’histoire, cet état constatif n’amplifie-t-il pas, à l’inverse de toute position politique et critique, les situations de violence ? Et si l’image se veut œuvre d’art, quelles transformations subit-elle qui la rendraient active, expressive, critique, pensive ? Marie-Luce Liberge développe avec finesse son analyse et montre dans un premier temps comment les images documentaires peuvent témoigner et dénoncer des situations et des faits de violence. Images que l’on peut facilement détourner de leur fonction critique et éthique. Des documentaires commeNicht löschbares FeuerHarun de Farocki ouS21 deRithy Panh construisent une mémoire grâce à une stratégie d’exploration du passé et du présent, en donnant la parole aux différents protagonistes du fait d’histoire. Dans ces deux documentaires, le montage filmique rassemble les strates temporelles dans une interrogation du lieu où se sont déroulés les événements historiques violents.
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Mais comment faire une image «indignée » ? Marie-Luce Liberge pose l’hypothèse que la présence d’une mélancolie positive dans les images pourrait avoir une vertu cathartique. Elle distingue trois stratégies utilisées par les artistes :le rôle de médium du corps, la dimension mélancolique et le pouvoir de l’humour. Passant dans le domaine artistique, certaines images se chargent ainsi d’un pouvoir critique. Si elle est libérée et évacuée dans une œuvre artistique, la mélancolie peut donner lieu à un affect fécond et partagé. Et par son pouvoir de distanciation, l’humour entraînerait une résilience et un possible dépassement de la souffrance occasionnée par des situations de violence. Dans une des scènes du filmLa Vie est bellede Roberto Benigni, Marie-Luce Liberge analyse les stratégies de détournement du discours nazi grâce à des situations de bouffonnerie qui révèlent logiquement son absurdité. Certaines œuvres par leur dimension poétique, construisent une réponse face à la violence des faits d’histoire. Très justement l’auteure reprend la réflexion sur le pouvoir de la poésie à partir des écrits de Theodor W. Adorno lorsque celui-ci déclarait qu’écrire de la poésie après Auschwitz était barbare, pour montrer, après explicitation des propos du philosophe, qu’au contraire, écrire, œuvrer est essentiellement une forme de résistance et que, dans une situation de violence extrême, le plus simple acte de création est en lui-même salvateur. L’art affronte le chaos et la nuit, et les images de germination signifient la force de vie qui parvient à s’affirmer malgré ce chaos. Car, selon Marie-Luce Liberge, la nuit est «une entité poétique étrange et riche qui permet d’exprimer conscience et inconscience, mémoire et souvenirs enfouis, silence et bruit, onirisme et réel, amour et haine, harmonie et chaos ». La nuit est aussi une figure de la mémoire, lieu où apparaissent et disparaissent des images et des souvenirs, des sensations claires ou obscures, le milieu d’une profondeur interne où réel et fiction s’entremêlent et nous accompagnent. A cet égard, le film d’animationValse avec
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Bachir d’AriFolman, metteur en scène israélien, exemplifie cette poétique de la nuit. Ce film documentaire retrace l’anamnèse d’un soldat israélien, qui, en interrogeant ses camarades de l’armée, va retrouver la mémoire d’un événement auquel il avait assisté et auquel il avait participé, le massacre des camps de Sabra et Chatila par les milices de Bachir Gemayel. Une déchirure filmique fait alors passer le spectateur des images d’animation aux images documentaires enregistrées le lendemain lors de l’entrée dans les camps, de l’obscur à la clarté du jour, à l’éveil et au retour de la mémoire devant les cadavres et les cris de douleur des femmes. Cette poétique du chaos, de la nuit, s’accompagne d’une poétique de l’amour, de la fraternité comme acte de résistance à la violence des faits d’histoire. Ainsi en est-il de l’histoire de Bophana reconstruite par Rithy Panh, jeune femme cambodgienne qui transgressa l’interdiction imposée par les Khmers Rouges de manifester ses sentiments à l’égard d’autrui. Cette femme écrivit des lettres à son mari dans lesquelles elle manifestait ses sentiments à son égard et le paya de sa vie. Position politique, mais aussi mélancolie,catharsis, poétique du chaos et de l’obscur sont réunis dans un petit filmJe vous salue Sarajevo, réalisé en 1993 par Jean-Luc Godard. Le cinéaste dit un texte poétique, rythmé par quelques cadrages serrés puis plus larges, sur une photographie de reportage témoignant des exactions commises par les milices serbes sur des femmes sans défense. La grande économie des moyens donne forme à ce que peut être une parole de résistance. Ce livre est, on le voit, d’une grande densité, car en traitant des images confrontées à la violence des faits d’histoire, il explore les différents possibles de l’image, ses pouvoirs et ses impouvoirs, du document à l’œuvre d’art, quel qu’en soit le médium. Ce texte élabore une éthique et une poétique de la résistance, un traité de résilience par l’image. Eric Bonnet
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IntroductionSi le rôle de l’historien peut notamment consister à prendre en charge l’énonciation des faits d’histoire et leur analyse, s’il a vocation à saisir les événements historiques dans leur nature géopolitique, celui de l’artiste est peut-être de prendre en charge, de façon esthétique – c’est-à-dire en élaborant des formes – ce qui semble relever d’un INEXPRIMABLE apparent. Apparent car nombre de théoriciens ont considéré que les faits d’histoire pouvaient atteindre, dans leur atrocité, un caractère inconcevable tel qu’aucun écrit, ni aucun visuel n’aurait pu prétendre à les exprimer. Mais renvoyer les faits d’histoire, même les plus inconcevables, au qualificatif d’inexprimable, c’est 1 encourager l’effacement, l’oubli, le déni . Le rôle de l’artiste est donc de se confronter à cet inexprimable, de le déjouer, et d’en faire quelque chose. Il est, en d’autres termes, de se mesurer à la démesure. Notre cheminement réflexif s’appuiera donc au fil de ce texte sur une considération de ce que font les artistes dans et par l’image en lien avec la violence de l’histoire; une violence à considérer au sens large, c’est-à-dire non focalisée sur la représentation des atrocités ou sur ce que l’on peut nommer la violence extrême, mais touchant à d’autres types de violence, dont la
1  GeorgesDidi-Huberman,malgré tout, ImagesParis,les Editions de Minuit, 2005.
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