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JEU Revue de théâtre. No. 154, 2015.1

De
96 pages
Dirigé par Catherine Cyr et Katya Montaignac, le dossier de ce numéro est consacré à la nourriture, celle qui a, sous diverses formes, grandement investi les champs du théâtre, de la danse et de la performance. Aujourd’hui, plusieurs metteurs en scène, chorégraphes et performeurs font des aliments un matériau privilégié, support d’un discours critique, voire politique. Sont notamment étudiées les réalisations de Boris Charmatz, Nadège Grebmeier Forget et Mélanie Demers. Hors dossier, il est entre autres question des metteurs en scène François Tanguy, Alain Platel et André Brassard.


  • Éditorial

  • 1. Jeu de table Christian Saint-Pierre


  • Chroniques

  • 4. Vraie Vénus et fausse fourrure Patricia Belzil

  • 7. Accompagner contes et conteurs Michel Vaïs


  • Coup de gueule

  • 11. Je déteste le théâtre Olivier Choinière


  • Dossier : Nourriture en scène

  • 12. Présentation Catherine Cyr, Katya Montaignac

  • 14. La nourriture en arts performatifs Mélanie Boucher

  • 20. Danser la bouche pleine Aurore Krol

  • 26. Cuisiner l’inconfort : correspondances avec Nadège Grebmeier Forget Katya Montaignac

  • 31. Dans la bouche des performeuses amérindiennes Jonathan Lamy

  • 36. Trio gourmand Gilbert Turp, Michel Vaïs, Cyrielle Dodet

  • 41. Consommer le spectateur Pénélope Cormier, Nicole Nolette

  • 46. La gourmandise et la faim chez Joël da Silva Patricia Belzil

  • 50. La grande bouffe Mélanie Demers


  • Carte blanche

  • 57. Inquiétants festins Claudie Gagnon


  • Enjeux

  • 60. Refuser, combattre, affirmer et fêter Fabien Cloutier

  • 64. Emportés par la foule Michelle Chanonat

  • 68. La succession, bis et rebis Raymond Bertin


  • Ailleurs

  • 72. Le Théâtre du Radeau, entre les voix du passé et les formes de vie Éric Vautrin

  • 76. Alain Platel : donner lieu aux rencontres Cyrielle Dodet


  • Profils

  • 80. Quatre décennies que tourne le Carrousel Raymond Bertin

  • 84. Le Clou : l’ado dans l’ADN Michelle Chanonat


  • Danse

  • 88. La gigue narrative : le mot et le geste Lucie Renaud


  • Cirque

  • 90. L’Impro Cirque : le public, ultime arbitre Marion Gerbier


  • Mémoire

  • 93. Voyage au pays d’André Brassard Brigitte Purkhardt

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2015.1 o n 154 16 $
R E V U E D E T H É ÂT R E1 5 4
DossierNOURRITURE EN SCÈNE PROPOS Mélanie Demers Boris Charmatz Nadège Grebmeier Forget
COUP DE GUEULE Olivier Choinière
CARTE BLANCHE Claudie Gagnon
FTA + CARREFOUR Alain Platel
DANSE . THÉÂTRE MUSIQUE ARTS NUMÉRIQUES U S I N E C
ABONNEZVOUS ! l a c r é a t i o n c o n t e m p o r a i n e n a t i o n a l e & i n t e r n a t i o n a l e d a n s t o u s s e s é t a t s .
514 5214493 | USINEC.COM
2015.1
Responsable du dossierCatherine Cyr + Katya Montaignac Directrice de productionPatricia Belzil Comité de lecturePatricia Belzil + Catherine Cyr + Christian SaintPierre Recherche iconographiquePatricia Belzil Correction d’épreuvesFrançoise Major Graphisme et mise en pagesfolio&garetti Rédacteur en chef et directeurChristian SaintPierre RédactionPatricia Belzil + Raymond Bertin + Michelle Chanonat + Catherine Cyr + Sara Dion (stagiaire) + Emilie Jobin + Andréane Roy (stagiaire) + Michel Vaïs (rédacteur émérite) Conseil d’administrationPatricia Belzil (présidente) + Raymond Bertin + Michelle Chanonat + Catherine Cyr + Michel Vaïs ÉdimestreMichelle Chanonat Responsable de l’administrationJosée Laplace Calibration des photosPhotosynthèse ImpressionMarquis Imprimeur ÉditionCahiers de théâtre Jeu inc. 4067, boul. SaintLaurent, bureau 200 Montréal (Québec) H2W 1Y7 5148752549 info@revuejeu.org / www.revuejeu.org Abonnements (version papier et numérique) SODEP (JEU revue de théâtre) C.P. 160, succ. Place d’Armes Montréal (Québec) H2Y 3E9 tél. 5143978670 / fax 5143976887 abonnement@sodep.qc.ca / www.sodep.qc.ca Paiement à l’ordre de SODEP (JEU revue de théâtre) Prix avant taxes au Canada (4 numéros) 35 $ (ét.), 42 $ (ind.), 60 $ (inst.), 41 $ (num.) Abonnements institutionnels (accès numérique) eruditabonnements@umontreal.ca / www.erudit.org Diffusion en Amérique du Nord Gallimard Ltée 3700A, boul. SaintLaurent, Montréal (Québec) H2X 2V4 info@gallimard.qc.ca Distribution en Amérique du Nord SOCADIS 420, rue Stinson, Ville SaintLaurent (Québec) H4N 3L7 socinfo@socadis.com Distribution en Europe Lansman / Emile&Cie 19, Place de la Hestre, B7170 Manage, Belgique info.lansman@gmail.com
Dépôts légaux Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec er 1 trimestre 2015 © JEU Revue de théâtre ISSN : 03820335 ISBN PDF : 9782924356098 Tous droits de reproduction et de traduction réservés.
Jeuest une publication trimestrielle subventionnée :
Les textes publiés dansJeusont assumés par les auteurs et n’engagent pas la responsabilité de la rédaction.Jeuest membre de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP). Consultez les archives numériques de la revue sur Érudit.Jeuest en vente en format numérique dans toutes les bonnes librairies en ligne.
JEU 154ÉDITORIAL|1
DE TABLE
otre époque est obnubilée par la entraîner le débat ailleurs, dans un espace cuisine. À la télévision, dans les qui soit moins rationnel, manichéen ou N journaux et les magazines, sur Internet, soumis aux diktats de la mode : un territoire dans les catalogues des éditeurs mythologique, imaginaire, pulsionnel ou et sur les rayons des librairies, c’est pour critique.| Doté de couleurs locales et ainsi dire partout qu’on s’incline bien bas internationales, le tableau qui en résulte est devant les prophètes de la recette bien faite. éclatant et contrasté, par endroits salissant et Le phénomène, en croissance perpétuelle, odorant, parfois même subversif, mais il est atteint des proportions pour le moins toujours révélateur. Sur scène, cela ne fait pas préoccupantes.| Médusé par l’engouement de doute, la nourriture est un prolongement que suscite l’art culinaire au Québec, de l’individu, une extériorisation des joies et véritable culte, je me surprends de plus en des souffrances, l’incarnation palpable d’un plus souvent à rêver que l’art « tout court » monde intérieur, quelque chose comme… soit un jour aussi vigoureusement célébré une œuvre d’art.| Quand on dit « théâtre chez nous que la bouffe.et nourriture », je suppose Imaginez que le nombrequ’on a tous un souvenir Quel régal ce serait d’amateurs d’art rejoignequi remonte à la surface. En de vivre dans une société celui desfoodies. Quel régalce qui me concerne, c’estLa ce serait de vivre dans uneFerme du Garet, une création où les créations société où les créations desdu Français Marc Feld inspirée des artistes obtiendraient artistes obtiendraient autantd’un livre autobiographique d’attention que les recettes desautant d’attention que du photographe et cinéaste chefs !| Les OccidentauxRaymond Depardon. Ce les recettes des chefs ! e du XXI siècle entretiennentspectacle, je l’ai vu, pour avec la nourriture une relation ne pas dire vécu, en 1999, complexe, un rapport chargé d’affects et au Théâtre DenisePelletier, à l’occasion de symboles, animé par de si douloureux du Festival de théâtre des Amériques. Sur paradoxes qu’une armada de spécialistes la scène, où se trouvaient également les de toutes les disciplines, de la sociologie à spectateurs, attablés, se délectant des noix la psychanalyse en passant par la médecine mises à leur disposition, Claude Duneton, des troubles alimentaires, peut s’y vouer à comédien et conteur hors pair, évoquait, temps plein. En somme, si la tendance se au fil d’un diaporama des plus émouvants, maintient, on n’a pas fini d’entendre parler de les réminiscences d’une existence rurale nourriture sur tous les tons et sur toutes les révolue, tout cela en préparant une grande tribunes.| À marmite de vin chaud aux effluves d’épicescette vaste réflexion, Catherine Cyr et Katya Montaignac ont décidé d’ajouter et d’agrumes. De ce spectacle, porté par une leur grain de sel. En consacrant un dossier douce nostalgie, véritable ravissement pour à la nourriture, et plus précisément au sens les sens, j’ai conservé un vif souvenir, celui qu’il faut donner à sa présence, non pas d’une communion fraternelle où la nourriture dans nos vies quotidiennes, mais bien sur la jouait un rôle crucial. scène, dans l’arsenal d’un artiste de théâtre, Christian SaintPierrede danse ou de performance, elles ont vouluRÉDACTEURENCHEF
2|SOMMAIREJEU 154 o n AJSeSsISsTiAcNaTEBoucher Fortin154 EN COUVERTURE Mélanie Demers. © Nans Bortuzzo MAQUILLAGEClaudia Chan Tak
É D I T O R I A L Jeude table 01 Christian SaintPierre La nourriture constitue l’une des obsessions de notre temps. Audelà de l’engouement inflationniste pour l’alimentaire et le culinaire, des artistes explorent et interrogent la présence de la nourriture en scène. Un vaste territoire, mythique, pulsionnel, critique.
C H R O N I Q U E S Vraie Vénus et fausse fourrure 04Patricia Belzil Regards croisés sur le captivant huis closLaVénus à la fourrure, de la version filmique de Roman Polanski à celle présentée sur les planches du Centaur, dans une mise en scène de Jennifer Traver. Accompagner contes et conteurs 07 Michel Vaïs À l’automne 2014, huit conteurs se lancent dans la deuxième Grande Virée des Semeurs de contes. Cette haletante randonnée, où ils livrent un conte par soir, les mène de Québec à RivièreduLoup. Une réflexion de leur accompagnateur dans l’aventure.
C O U P D E G U E U L E Je déteste le théâtre 11OlivierChoinière L’auteur dramatique, récipiendaire en 2014 du prix Siminovitch de théâtre, partage ici le percutant discours prononcé lors de la cérémonie de remise de la récompense. Il s’en prend à la complaisance et au désengagement, et affirme la nécessité de bousculer le théâtre pour le réinventer.
D O S S I E R NOURRITUREEN SCÈNE Nadège Grebmeier Forget, Creuse, 2013. Soirée de performanceLa Récidive, Québec. Coordination : Cornet3Boules. © Emmanuelle Duret
PRÉSENTATION 13 Catherine Cyr et Katya Montaignac La nourriture connaît aujourd’hui une présence marquée dans les arts vivants. Envahissant le territoire du théâtre, de la danse et de la performance, elle bouscule l’expérience de la représentation et soulève d’importants enjeux éthiques et esthétiques.
LA NOURRITURE EN 14 ARTS PERFORMATIFS Mélanie Boucher L’auteure trace l’historique du recours à la nourriture en arts performatifs, des truculentes expérimentations des e futuristes au début du XX siècle, jusqu’aux pratiques actuelles.
DANSER LA BOUCHE 20PLEINE Aurore Krol Dans la pièce chorégraphique Manger, de Boris Charmatz, les danseurs s’empiffrent de feuilles de papier. Instrument de contrainte, voire de torture, la nourriture tend ici vers l’abstraction.
CUISINER L’INCONFORT : 26correspondances avec Nadège Grebmeier Forget Katya Montaignac Un entretien épistolaire où la performeuse révèle la « recette » de son univers inquiétant, un monde rose bonbon où, peu à peu, l’innocence cède à la perversion.
DANS LA BOUCHE DES 31PERFORMEUSES AMÉRINDIENNES Jonathan Lamy Renversant les rapports de domination coloniaux et sexuels, cinq performeuses amérindiennes font de la bouche et de l’acte de dévoration les instruments d’une résistance.
TRIO GOURMAND 36 Cyrielle Dodet, Gilbert Turp et Michel Vaïs Suite de réflexions – de « petites bouchées » – qui nous emmènent du côté de la sensorialité de l’expérience spectatrice. Quand un poulet ou un suave gâteau au chocolat éveillent les souvenirs et les fantasmes.
CONSOMMER 41LE SPECTATEUR Pénélope Cormier et Nicole Nolette « Mange ou sois mangé », nous dit, en substance, la pièceBouffe, une coproduction de Satellite Théâtre, du Théâtre Populaire d’Acadie et de Houppz ! Théâtre présentée aux Coups de théâtre l’automne dernier.
LA GOURMANDISE 47ET LA FAIM CHEZ JOËL DA SILVA Patricia Belzil Une savoureuse promenade dans le monde de l’auteur du Temps des muffins, là où coexistent appétit insatiable et terreur d’être dévoré tout rond.
LA GRANDE BOUFFE 50Mélanie Demers Que disent, en scène, unecannede tomates ou des matières qui tachent, dégoulinent et se répandent ? L’artiste multidisciplinaire Mélanie Demers se penche, crûment, sur la question.
C A R T E B L A N C H E Inquiétants festins 57Claudie Gagnon Un parcours photographique dans l’œuvre de cette artiste inclassable, composée d’installations et de tableaux vivants nimbés d’une étrangeté attirante. La nourriture – lancée, écrasée, avalée, laissée à pourrir – y occupe une place remarquable.
E N J E U X Refuser, combattre, affirmer 60et fêter Fabien Cloutier L’auteur et comédien offre ici une version augmentée de l’ardent message qu’il a rédigé à l’invitation du Conseil québécois du théâtre, pour la Journée mondiale du théâtre. Emportés par la foule 64Michelle Chanonat Olivier Choinière, Mani Soleymanlou et Luce Pelletier témoignent des défis rencontrés lorsqu’ils ont pris le pari, fou, démesuré, de réunir une foule en scène. Un acte de résistance. La succession, bis et rebis 68Raymond Bertin L’auteur épluche un récent rapport de HEC Montréal sur les questions de succession aux postes de direction des organismes culturels. Un sujet qui, notamment en théâtre, soulève bien des inquiétudes.
A I L L E U R S Le Théâtre du Radeau, 72entre les voix du passé et les formes de vie Éric Vautrin Le Théâtre du Radeau est de passage au Québec à l’occasion du FTA 2015, où il présentera la piècePassim. Regard sensible sur la démarche singulière du metteur en scène français François Tanguy. Alain Platel : donner lieu 76aux rencontres Cyrielle Dodet Un entretien avec le metteur en scène belge Alain Platel, directeur des Ballets C de la B, qui donneratauberbachau Carrefour et au FTA 2015 : une incursion dans le monde de l’errance, de la marginalité et des rencontres improbables.
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P R O F I L S Quatre décennies que tourne 80le Carrousel Raymond Bertin La cofondatrice et codirectrice du Carrousel, Suzanne Lebeau, revisite sur son blogue le parcours trépidant de cette compagnie de théâtre jeunes publics qui fête, cette année, ses 40 ans. Le Clou : l’ado dans l’ADN 84Michelle Chanonat Une rencontre avec Sylvain Scott du Théâtre le Clou. On fait la lumière sur la démarche et les projets à venir de cette compagnie de théâtre pour adolescents qui, en 2014, a célébré ses 25 années de création.
D A N S E La gigue narrative : le mot 88et le geste Lucie Renaud Comment la gigue peutelle transmettre, hors les mots, un univers dramatique ? C’est ce que nous révèlent les chorégraphes et metteurs en scène Lük Fleury et Menka Nagrani, ainsi que les interprètes Dominic StLaurent et Arnaud Gloutnez.
C I R Q U E L’Impro Cirque: le public, 90ultime arbitre Marion Gerbier Quand l’improvisation et le cirque se marient, cela donne lieu à une pratique hybride des plus insolites. Si tous les participants s’y engagent pleinement et courageusement, c’est le public, toutefois, qui a le dernier mot.
M É M O I R E Voyage au pays 93d’André Brassard Brigitte Purkhardt Présentée jusqu’au 25 octobre 2015 à la BAnQ, l’exposition Échos. André Brassardimmerge le visiteur dans l’univers du metteur en scène, un artiste qui a bouleversé le théâtre québécois et y a laissé une marque importante, indélébile.
4|CHRONIQUESJEU 154
VraieVénusET FAUSSE FOURRURE En 2014,La Vénus à la fourrure, faceàface haletant signé David Ives, était présenté sur nos écrans dans une adaptation de Roman Polanski, puis au Centaur Mathieu Amalric etla production du Canadian Stage de Toronto.dans Emmanuelle Seigner dans Quand fiction et réel se télescopent. La Vénus à la fourrure, film de Roman Polanski, d’après la pièce de David Ives (2013).Patricia Belzil
Venus in Furde David Ives, une mise en scène de Jennifer Traver (Canadian Stage) présentée au Centaur à l’automne 2014. Sur la photo : Rick Miller et Carly Street. © David Hou
crite pour le théâtre,Venus in Fur(2010) constituait un matériau É de choix pour Roman Polanski, friand de tels pas de deux sulfureux (pensons àLunes de fiel, adaptation du roman de Pascal Bruckner, dont le sujet est aussi le sadomasochisme). Les cinéphiles lèvent souvent le nez sur les adaptations de textes dramatiques, surtout lorsque, comme ici, il n’y a aucune tentative de briser le huis clos. Or, qu’ils soient rassurés : le cinéma n’étouffe pas dans ce film. Au contraire, il gagne un rythme et un suspense endiablés, et des personnages faisant corpsavec l’univers du réalisateur. Mathieu Amalricressemble d’ailleurs étrangement au jeunePolanski, par sa petite taille, sa coupe decheveux... Avec Emmanuelle Seigner– madame Polanski – pour lui donner la réplique, l’effet est troublant.
DES RÔLES DANS LES RÔLES L’œuvre de David Ives présente une pièce dans la pièce. Thomas veut monterLa Vénus à la fourrure, sa pièce, inspirée du roman érotique de Leopold von SacherMasoch (1870 ; d’où le terme « masochisme »), dans laquelle un écrivain du nom de Severine von Kusiemski est séduit par une femme fatale et visité par Vénus en personne. Kouchemski confie à cette femme, Vanda, ses tendances masochistes, legs d’une enfance sous le joug d’une tante dominatrice qui portait une cape en renard de Russie. Devinant la nature dominatrice de l’inconnue, il la supplie de le prendre comme esclave. Alors que, dans le théâtre vide après les auditions, Thomas désespère de trouver la comédienne qui jouera Vanda,apparaîtjeune femme une qui dit qu’elle a été convoquée. Son nom – nul autre que Vanda Jourdain – n’est pas sur la liste, mais elle se fait si insistante que Thomas accepte de lui donner la réplique – sans conviction, car, avec sa gomme à mâcher, sa dégaine de racoleuse et sa gouaille populaire, elle semble tout droit sortie d’un mauvais boulevard.
Mais la voici qui endosse le rôle avec une grâce et une justesse désarmantes. Elle sait le texte par cœur, règle les éclairages à la perfection et interrompt le jeu avec des remarques pertinentes. Elle extirpe même de son sac une veste griffée «Vienne, 1869» (achetée aux puces, lancetelle noncha lamment), telle qu’aurait portée Kusiemski. Certains de ses commentaires, acérés, dénoncent le machisme de la pièce, qu’elle juge «pornographique». Plus la nuit avance, plus elle devine chez Thomas la même déviance sexuelle que chez son personnage ; elle le séduit et, finalement, lui demande d’échanger leurs rôles : de jouer luimême Vanda, tandis qu’elle ferait Kouchemski... ou plutôt Thomas, puisqu’elle a aussi changé au préalable le prénom de l’«esclave». La fiction est peu à peu contaminée par le réel et, au final, c’est Vanda Jourdain, et non plus la Vanda de la pièce, qui soumet le metteur en scène à sa volonté, lui confisquant même son portable et son passeport. Ainsi, sous la réplique de Kouchemski, «Je suis devenu votre esclave dès que vous êtes entrée dans cette pièce», c’est l’aveu même du metteur en scène que l’on entend. Or, au moment où Vanda propose l’échange de rôles, les rapports de force, dans la pièce, s’inversent, et c’est Vanda qui est censée se retrouver attachée par Kouchemski. Par un tour de passepasse, Vanda Jourdain venge ainsi l’actrice (et toutes les femmes) qui aurait été placée en position dégradante, laissant sur scène un Thomas ligoté, travesti, humilié. Si chacun joue donc les deux rôles, en plus de son propre personnage de comédienne ou de metteur en scène, Vanda en jouait un autre, celui de
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l’actrice désinvolte. N’estelle pas en fait la déesse ellemême, Vénus en personne, venue imposer sa justice ? Comment expliquer sinon tout ce qu’elle sait du texte, qu’elle prétend ne pas avoir lu, de la fiancée de Thomas et des détails de leur vie conjugale ?
CINÉMA VÉRITÉ Au Centaur, la dynamique entre les deux 1 acteurs était tout à fait réussie . Toutefois, dans l’« habillage » scénique, on restait dans la lumière crue, la gravité en surface ; on n’était jamais sur la corde raide du danger. Il faut dire qu’Emmanuelle Seigner est éblouissante lorsqu’il s’agit de plonger dans le dédale psychique de l’obsession. Ses yeux de chat, délavés, son air naturellement diabolique, si je puis dire, confèrent d’emblée à son personnage une aura inquiétante. Le charme aguicheur de Carly Street, au Centaur, avait quant à lui quelque chose de familier, de rassurant. Cela dit, l’actrice, qui a remporté un Dora et un prix de la critique torontoise pour cette pièce, combinait souplesse et aplomb, et elle brillait dans les changements de registre. Quant au Thomas de Rick Miller, un peu dans l’ombre de sa partenaire, il souffre de la comparaison avec la magistrale composition de Mathieu Amalric, au regard fiévreux, capté par les gros plans, où passent tour à tour le scepticisme, le désir, puis la naïveté et le trouble grandissants de son personnage à mesure qu’il tombe, victime consentante, sous la coupe de Vanda.
1. Chez JeanDuceppe, en 2013, on avait également salué le jeu d’Hélène Bourgeois Leclerc et de Patrice Robitaille dansLa Vénus au vison, mise en scène par Michel Poirier.
6|CHRONIQUESJEU 154
N’estelle pas en fait la déesse ellemême, Vénus en personne, venue imposer sa justice ?
Sur les planches et à l’écran, même décor de théâtre sauf que, dans le film, les personnages jouent aussi dans la salle, tandis qu’au Centaur, celleci est, bien sûr, occupée par le public. Chez Polanski, Vanda fait son entrée par les portes de la salle, tandis que dans la mise en scène de Jennifer Traver, elle arrivait par une porte en fond de scène, de la coulisse, donc. Alors que les spectateurs au Centaur violaient l’intimité des protagonistes, car ils étaient en quelque sorte inclus dans l’espace dramatique, le huis clos est plus vrai au cinéma, et l’atmosphère, plus feutrée, plus tendue aussi. Polanski installe une ambiance hors du monde, un temps suspendu. Il prend aussi plaisir à filmer les conventions théâtrales : une simple écharpe de laine évoquant la sensualité de la fourrure ; un faux feu dans l’âtre distillant sa chaleur et Vanda faisant semblant de boire son café, avec délicatesse, si bien que l’onvoitla fine porcelaine entre ses doigts.
Ainsi, lorsque Vanda, dans la scène finale, exécute devant un Thomas vaincu une danse des bacchantes, réellement nue alors que la nudité était simplement suggérée pendant qu’ils répétaient, et avec une vraie fourrure, elle signale clairement qu’on n’est plus au théâtre. Et la caméra lui emboîte le pas : alors que le générique du début se déroule en extérieur avant que la caméra s’engouffre dans le théâtre, à la fin, celleci suit le chemin inverse et sort du théâtre. Éloquente façon de laisser l’œuvre dramatique dans son écrin d’origine. Tout de velours, de colonnade et de poussière, cet écrin dénote certes une vision passéiste du lieu théâtral, qui pourrait donner à penser que l’art qui y loge est aussi vieillot. Mais, au contraire, le film de Polanski affirme sans équivoque quelle matière inspirante cet art peut offrir au cinéma.
Venus in Furde David Ives, une mise en scène de Jennifer Traver (Canadian Stage) présentée au Centaur à l’automne 2014. Sur la photo : Carly Street. © David Hou
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Cette réflexion a été rendue possible par l’accompagnement, à l’automne 2014, de huit conteurs ET dans une randonnée qui les a menés de Québec à RivièreduLoup, donnant un (nouveau) CONTEURS spectacle chaque soir. Quatre hommes, quatre femmes, quatre « jeunes », quatre « vieux ». Et des publics de toutes sortes.
Michel Vaïs
Les Semeurs de contes, Yves Robitaille, Françoise Crête, Jérôme Bérubé, JeanSébastien Dubé, Shakti Ortéga StAmant, Geneviève Falaise, Carine Kasparian et André Morin, sur le traversier de Québec à Lévis. © Michel Vaïs
du matin, troisième jour. 5 h30Ce n’est pas tant le bruit du gros échangeur d’air qui m’a réveillé, dans ce gymnase de SaintMicheldeBellechasse où j’ai passé ma deuxième nuit de la tournée, que le désir de faire écho à ce que j’ai vécu. C’est que j’ai accepté d’accompagner pendant 10 jours le long du fleuve la deuxième Grande Virée des Semeurs de contes (quel nom extraordinaire !). Déjà en 2013, huit conteurs (dont quatre sont encore du groupe cette année) avaient marché de Montréal à Québec en 15 jours, s’arrêtant dans les villages chaque soir pour manger et dormir comme des pèlerins, mais surtout pour y donner des spectacles composés en partie de contes recueillis en cours de route auprès de personnes rencontrées au hasard du chemin. Chaque fois, cette année encore, les étapes ont été préparées, des personnes clés contactées et les médias alertés.
Mon rôle consistait essentiellement à conduire la voiture qui transportait les bagages du groupe. Comme les conditions de l’accueil, toujours chaleureux, variaient tout de même, il fallait prévoir sacs de couchage et matelas gonflables, en plus des tenues – et des chaussures – de marche autant que de scène. Sans oublier protecteurs solaires, boules Quies, gourdes et magnétophones pour la collecte d’histoires en chemin. Seul nonconteur de l’équipe, j’ai dû voir à l’intendance : arriver tôt à chaque étape pour décharger l’auto, revenir sur la route pour approvisionner les marcheurs en eau et en nourriture, aller chercher dans les magasins les objets nécessaires à la suite favorable de l’aventure. Piles, brosse à dent, un oreiller ferme, sans oublier un gâteau d’anniversaire pour une des jeunes du groupe qui fête ses 33 ans. Bref : nourrir, rassurer, encourager les conteurs dans leur démarche pédestre
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« Il faut faire voyager le conte pour le faire reconnaître comme discipline autonome et universelle, susciter des rencontres avec des publics de toutes les régions, enrichir le répertoire, régénérer la pratique du conte. »
Les Semeurs de contes entre RivièreOuelle et Kamouraska. © Françoise Crête
– André Morin
accompagnant la verbale. Il y a aussi les détails : une ampoule à trouver pour éclairer l’espace du conte, une autre ampoule à soigner pour qu’un pied puisse poursuivre sa marche.
ET LA CRITIQUE ? Me voilà donc accomplissant un rôle inédit d’intendant, ou de gestionnaire de tournée. On m’appelle le «semeur motorisé» ou l’«accompagnateur», sans se douter que j’ai déjà publié un livre me réclamant de cette posture (L’Accompagnateur. Parcours d’un critique de théâtre, Varia, 2005). Si j’assiste avec plaisir aux prestations collectives chaque soir, le critique en moi ne prend cependant pas congé. Non pas que je tienne à l’inscrire dans la tournée, mais quand on me demande mon avis, je ne me fais pas prier pour fournir quelques commentaires généraux.
In petto, je note cependant qu’une telle gagnerait à soigner sa diction, ou qu’une autre a livré un de ses contes mieux que jamais malgré – ou grâce à – l’oubli de tous ses accessoires chez elle. Les jours se suivent sans se ressembler. Le premier soir, à Lévis, les Semeurs de contes inaugurent la maison patrimoniale de Louis Fréchette ; la salle est comble : plus de 40 personnes. Certains se sont même installés dehors pour assister au spectacle derrière les fenêtres ouvertes. Et le chapeau a rapporté une somme suffisante pour payer les repas du lendemain. Ledeuxième soir, à SaintMicheldeBellechasse, devant 25 spectateurs dont 5 enfants biensages, le groupe sent le besoin de s’auto critiquer aprèscoup… et de me demander mon avis sur un point.
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