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JEU Revue de théâtre. No. 158, 2016.1

De
95 pages
Dirigé par Michelle Chanonat, le dossier de ce numéro propose de rêver d’un théâtre libre, riche et intelligent. Catherine Vidal, André Brassard, Lorraine Pintal, Pierre Robitaille, Normand Baillargeon et Martin Faucher font partie des créateurs qui ont accepté de mettre en mots leur rêve d'un théâtre libéré de toutes contraintes. Hors dossier, on trouve un coup de gueule signé par l'auteure Annick Lefebvre, une carte blanche à Olivier Morin, un artiste aux multiples talents, et une entrevue avec le grand metteur en scène italien Romeo Castellucci.


  • Éditorial

  • 1. Rêver Jeu Christian Saint-Pierre


  • Chroniques

  • 4. Prendre rendez-vous avec soi-même et les siens Christian Saint-Pierre

  • 7. Macbeth 1978 et 2015 Gilbert Turp


  • Coup de gueule

  • 11. GO à quoi ? Annick Lefebvre


  • Dossier : Théâtres de rêve

  • 12. Présentation Michelle Chanonat

  • 14. Le ravissement de Catherine V. Michelle Chanonat

  • 20. L’étoffe de nos rêves Gilbert Turp

  • 26. Le théâtre jeunes publics, une utopie nécessaire Louise Allaire

  • 31. Gretchen Gret : « Nous ne sommes pas des hochets! » Pierre Robitaille

  • 36. Un banquet Normand Baillargeon

  • 41. Le silence complet se fit Martin Faucher

  • 46. Le théâtre dont je rêve Philippe Couture

  • 50. Petit manifeste d’un rêve à haute voix Jean-François Casabonne


  • Carte blanche

  • 57. Une légende retrouvée Olivier Morin


  • Enjeux

  • 60. Pas un esprit, mais deux Olivier Sylvestre

  • 64. L’avenir du théâtre Olivier Choinière

  • 68. La diversité et ses limites Hélène Ducharme


  • Ailleurs

  • 72. Castellucci, la beauté du chaos Michelle Chanonat

  • 76. Julie Duclos sur les traces d’Eustache et de Garrel Manon Dumais


  • Profils

  • 80. Vingt ans, deux créations pour les Éternels Pigistes Raymond Bertin

  • 84. Sébastien Dodge et la télévision Josianne Desloges


  • Danse

  • 88. Fixer le mouvement Sara Thibault


  • Cirque

  • 90. Acrobaties intellectuelles Sara Dion


  • Mémoire

  • 93. Retrouvailles théâtrales au Gesù Raymond Bertin

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an4s0
2016.1 o n 158 16 $
REVUEDETHÉÂTRE1578
DossierTHÉÂTRES DE RÊVE Catherine Vidal André Brassard Lorraine Pintal Normand Baillargeon Martin Faucher
COUP DE GUEULE Annick Lefebvre
CARTE BLANCHE Olivier Morin
FTA Romeo Castellucci
Collaborateurs : MarieHélène Dufort, Sarah Lachance, Virginie T Urbain, Erwann Bernard, Ludovic Bonnier, Stéphane Guy, Mario Mercier, Maxime Bouchard, Ginette Ferland.
2016.1
Responsable du dossierMichelle Chanonat Directrice de productionPatricia Belzil Comité de lecturePatricia Belzil + Raymond Bertin + Michelle Chanonat Recherche iconographiquePatricia Belzil Correction d’épreuvesFrançoise Major Graphisme et mise en pagesfolio&garetti Rédacteur en chef et directeurChristian SaintPierre RédactionPatricia Belzil + Raymond Bertin + Michelle Chanonat + Marilou Craft (stagiaire) + Catherine Cyr + Sara Dion + Gilbert Turp + Michel Vaïs (rédacteur émérite) Conseil d’administrationMichelle Chanonat (présidente) + Patricia Belzil + Raymond Bertin + Sara Dion + Louise Lapointe (Casteliers) + Charles Pitre (Ssense) + Gilbert Turp + Michel Vaïs + Sophie Vanier (Banque Nationale) ÉdimestreMichelle Chanonat Responsable de l’administrationJosée Laplace Calibration des photosPhotosynthèse ImpressionMarquis Imprimeur ÉditionCahiers de théâtre Jeu inc. 4067, boul. SaintLaurent, bureau 200 Montréal (Québec) H2W 1Y7 5148752549 info@revuejeu.org / www.revuejeu.org
Abonnements (versions papier et numérique) SODEP (JEU revue de théâtre) C.P. 160, succ. Place d’Armes Montréal (Québec) H2Y 3E9 5143978670 / abonnement@sodep.qc.ca Paiement à l’ordre de SODEP (JEU revue de théâtre) Abonnezvous en ligne :www.sodep.qc.ca Prix avant taxes (4 numéros) Canada :42 $ (ind.), 35 $ (étud.), 60 $ (inst.), 41 $ (num.) Étranger : 74$ (ind.), 66 $ (étud.), 92 $ (inst.), 41 $ (num.) Publiée quatre fois par année, en formats papier et numérique, la revue est en vente en librairies et dans les kiosques à journaux. Consultez les archives numériques de la revue sur Érudit : www.erudit.org Diffusion au Canada Gallimard Ltée 3700A, boul. SaintLaurent, Montréal (Québec) H2X 2V4 info@gallimard.qc.ca Distribution au Canada SOCADIS 420, rue Stinson, SaintLaurent (Québec) H4N 3L7 socinfo@socadis.com Distribution en France Distribution du Nouveau Monde 30, rue GayLussac F75005 Paris dnm@librairieduquebec.fr
Dépôts légaux Bibliothèque et Archives Canada Bibliothèque et Archives nationales du Québec er 1 trimestre 2016 © JEU Revue de théâtre ISSN : 03820335 ISBN PDF : 9782924356135 Tous droits de reproduction et de traduction réservés. Jeuest une publication trimestrielle subventionnée :
Les textes publiés dans JEU sont assumés par les auteurs et n’engagent pas la responsabilité de la rédaction. JEU est membre de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP).
RÊVER
JEU 158ÉDITORIAL|1
1976, le rêve de Michel Beaulieu, plus novateurs, les plus au cœur de leur deGilbert David, de Claude pratique. Ici et maintenant, toutes générations En Des Landes, de Lorraine Hébert confondues, tous métiers confondus, quels et de Yolande Villemaire prenait sont les artistes qui nous donnent des forme. Le premier numéro deJeu, revue qué raisons d’être fiers, qui expriment toute la bécoise entièrement consacrée au théâtre, vitalité de notre théâtre ? Voilà la question à voyait le jour. Depuis, quatre décennies ont laquelle nous nous engageons à répondre passé ; 40 ans à prôner la réflexion, autrement avec rigueur, mais aussi, bien entendu, dit à prendre le temps nécessaire et l’espace avec une subjectivité assumée.| Dans adéquat pour traduire le plus fidèlement une mosaïque de 40 capsules vidéo, nous possible le dynamisme du milieu théâtral allons donner la parole aux artistes choisis. québécois, ses fulgurances aussi bien que Chaque capsule nous entraînera dans ses contradictions.|au fil des ans  Animée l’imaginaire d’un homme ou d’une femme par des rédacteurs passionnés – je pense de théâtre. Elle sera accompagnée d’un texte à Michel Vaïs, bien entendu, qui donnera des informations mais aussi à Pierre Lavoie, factuelles, mais qui traduira à Lorraine Camerlain, à Paul surtout notre engouement Pour les 40 ans Lefebvre, à Diane Pavlovic, à pour le créateur. L’identité des deJeu[...], nous Solange Lévesque et à Louise 40 artistes sera dévoilée à Vigeant, pour ne nommer que compter d’octobre, jusqu’en ceuxlà –, la revue n’a cesséavons décidé dedécembre. Les capsules ap d’être rêvée, d’être réinventée. paraîtront peu à peu sur le célébrer le présent Sur le fond comme sur la site deJeu et sur les réseaux forme, des orientations nou sociaux.| Notre projet, ambi et l'avenir. velles ont été adoptées, des tieux, est également coûteux. positions franches ont été Il ne pourra voir le jour sans défendues, des paroles fortes ont été l’appui de nos lecteurs. Une campagne de endossées. J’ose croire que c’est précisément sociofinancement sera donc mise en branle cette délicate conjugaison entre la conviction cet été. Ceux et celles qui nous appuieront et l’ouverture au changement qui a gardé la recevront des abonnements à la revue, des revue bien vivante et lui permet aujourd’hui billets et des abonnements au théâtre, mais de souffler 40 bougies. Vous n’imaginez pas aussi des livres et peutêtre même un repas comme je suis heureux de poser ma pierre au restaurant. Les plus généreux auront dans ce noble édifice.| Pour les 40 ans la possibilité d’assister à une partie du deJeutournage, après avoir signé un accord de, plutôt que de nous attarder au chemin parcouru, plutôt que d’opter pour une confidentalité, bien entendu !| C’est avec perspective historique, nous avons décidé de beaucoup d’enthousiasme que nous nous célébrer le présent et l’avenir. C’est ainsi que lançons dans la réalisation de ce projet. Nous le comité de rédaction de la revue, avec l’aide attendons vos suggestions avec impatience. de ses précieux collaborateurs, mais aussi Faitesvous entendre ! de ses fidèles lecteurs, va établir untop40, une liste des 40 artistes du théâtre québécois Christian SaintPierrequi nous paraissent les plus pertinents, lesRÉDACTEURENCHEF
2|SOMMAIREJEU 158 o n MMAaQIStUShITiAlNdTeEDesrochers158 EN COUVERTURE Catherine Vidal. © Adrienne Surprenant AS LLAGE MarieAnne Vlasseros
É D I T O R I A L RêverJeu 01Christian SaintPierre Pour fêter les 40 ans deJeu, le comité de rédaction va établir untop40, une liste de 40 artistes qui expriment toute la vitalité du théâtre québécois d’aujourd’hui.
C H R O N I Q U E S Prendre rendezvous avec 04 soimême et les siens Christian SaintPierre Une déclaration d’amour au théâtre de création, miroir et témoin de notre société.
Macbeth1978 et 2015 07 Gilbert Turp En 1978, Roger Blay montaitMacbethdans la « tradaptation » de Michel Garneau. Plus de 30 ans plus tard, Angela Konrad démontre que la langue de Garneau est toujours aussi pertinente.
C O U P D E G U E U L E GO à quoi ? 11 Annick Lefebvre Dans une lettre ouverte à Ginette Noiseux, Annick Lefebvre s’interroge sur l’actualité de la mission de l’Espace GO.
D O S S I E R THÉÂTRES DE RÊVE
JeanFrançois Casabonne dansLa Métamorphosede Kafka, adaptée et mise en scène par Oleg Kisseliov (Groupe de la Veillée, 2007). © Groupe de la Veillée
PRÉSENTATION 13 Michelle Chanonat À quoi rêvent les artistes et les praticiens? D’un théâtre qui aurait sa place dans la cité, accessible à tous et terriblement vivant. Des rêves somme toute très légitimes. LE RAVISSEMENT DE 14 CATHERINE V. Michelle Chanonat Rencontre avec la metteure en scène Catherine Vidal, qui évoque ses rêves de spectacles, passés et à venir. L’ÉTOFFE DE NOS RÊVES 20 Gilbert Turp Entretien avec André Brassard et Lorraine Pintal, qui reviennent sur leurs rêves inaboutis, mais pas abandonnés pour autant.
LE THÉÂTRE JEUNES 26 PUBLICS, UNE UTOPIE NÉCESSAIRE Louise Allaire La directrice du théâtre jeunesse les Gros Becs, à Québec, rêve du jour où tous les enfants de la province pourront avoir accès à l’art théâtral. GRETCHEN GRET : 31 « NOUS NE SOMMES PAS DES HOCHETS ! » Pierre Robitaille Dialogue entre un manipulateur et sa créature sur les aspirations et les revendications des marionnettes. UN BANQUET 36 Normand Baillargeon Quand les Grecs anciens s’en mêlent : Aristophane et Xénophon philosophent sur les bienfaits et les vertus du théâtre.
LE SILENCE COMPLET 41 SE FIT Martin Faucher Dans un savoureux texte de fiction, le metteur en scène nous entraîne dans les coulisses du Théâtre AndréBrassard, pendant une répétition d’une pièce inédite de Gauvreau. LE THÉÂTRE DONT 46 JE RÊVE Philippe Couture Aussi curieux et rebelle qu’engagé et fondamental, démocratique et ouvert sur le monde, voilà ce que devrait être le théâtre selon le critique Philippe Couture. PETIT MANIFESTE D’UN 50 RÊVE À HAUTE VOIX JeanFrançois Casabonne Entre réflexion poétique et rêve éveillé, l’auteur et comédien esquisse un portrait métaphorique de l’acteur absolu.
C A R T E B L A N C H E Une légende retrouvée 57 Olivier Morin Comment ? Vous ne connaissez pas Clément A. Robidoux ? Un génie méconnu et un acteur protéiforme à découvrir absolument !
E N J E U X Pas un esprit, mais deux 60 Olivier Sylvestre Dans la tradition ancestrale atikamekw, être homosexuel est un don, c’est avoir deux esprits : le masculin et le féminin.Agokwe, le solo de Waawaate Fobister, aborde le sujet de front.
L'avenir du théâtre 64 Olivier Choinière Dans cette lettre ouverte, l'auteur et metteur en scène, qui quitte les Écuries presque 10 ans après les avoir cofondées, se prête à l'exercice du bilan.
La diversité et ses limites 68 Hélène Ducharme C’est en théâtre jeunes publics que la diversité culturelle est la plus visible. Mais il reste encore bien des préjugés à démolir.
A I L L E U R S Castellucci, la beauté 73 du chaos Michelle Chanonat Entrevue avec un maître de la scène au sujet de Go Down, Moses, qui sera présenté au FTA 2016.
Julie Duclos sur les traces 76 d’Eustache et de Garrel Manon Dumais Entretien avec la metteure en scène française de Nos serments, inspiré du film culte de Jean Eustache La Maman et la Putain, qu’elle présentera au FTA 2016.
JEU 158SOMMAIRE|3
P R O F I L S Vingt ans, deux créations 80 pour les Éternels Pigistes Raymond Bertin Pour fêter ses 20 ans, le collectif annonce deux spectacles, l'un à la Licorne et l’autre au Théâtre du Nouveau Monde. C’est aussi l’occasion de parler du chemin parcouru et du plaisir de travailler ensemble.
Sébastien Dodge et la 84 télévision Josianne Desloges S’inspirant de l’exubérantetelevizioneitalienne, le metteur en scène explore l’invention de la télévision en dressant un portrait satirique du Québec.
D A N S E Fixer le mouvement 88 Sara Thibault Compte rendu de l’expositionCorps rebelles, présentée au Musée de la civilisation de Québec.
C I R Q U E Acrobaties intellectuelles 90 Sara Dion Au Québec, le cirque est non seulement une discipline célébrée, mais aussi un champ d’études en plein essor. On en discute avec le chercheur Louis Patrick Leroux.
M É M O I R E Retrouvailles théâtrales 93 au Gesù Raymond Bertin À l’occasion des 50 ans de la Nouvelle Compagnie Théâtrale, devenue le Théâtre DenisePelletier, un hommage a été rendu à l'une de ses fondatrices, Françoise Graton, lors d’une soirée réunissant des personnalités marquantes de l’histoire de ce théâtre.
4|CHRONIQUESJEU 158
PRENDRE RENDEZVOUS
Dans la grande majorité des théâtres québécois, on donne aujourd’hui une place prépondérante à ce qu’on appelle le théâtre de création, celui qui s’appuie sur un texte neuf, celui qui est créé de toutes pièces, celui provenant d’artistes qui, plutôt que de revisiter le répertoire, choisissent de l’enrichir d’une œuvre nouvelle. Christian SaintPierre
AVEC SOIMÊME ET LES SIENS ouvert à une création imparfaite, bancale ou maladroite qu’à une pièce du répertoire qu’on met en scène sans imagination, sans point de vue, sans conviction. Que ce soit comme chef de pupitre au journalVoir, comme chroniqueur àVoir Télémaintenant comme rédacteur en ou chef àJeu, je n’ai jamais cessé d’exprimer ce parti pris pour la création, en théâtre comme en danse ou en cirque. J’ai souvent choisi de parler d’une création prometteuse plutôt que de cette grande œuvre revisitée dans un grand théâtre. J’ai souvent choisi de publier des entrevues avec les auteurs et les metteurs en scène plutôt qu’avec des comédiens connus. Mon objectif : donner le goût aux amateurs de théâtre d’oser la création, d’oser une part d’inconnu, d’oser la découverte. Quand je vois qu’on ne cesse de diminer l’espace accordé au théâtre dans les médias généralistes, j’estime que ce parti pris pour la création est encore plus crucial. Écrire sur la création, l’analyser, la décortiquer, lui dire ses quatre vérités, à mon sens, c’est la défendre. Parce que la création, c’est la vie, le vivier, le lieu de tous les possibles, de toutes les libertés, de toutes les permissions. La création, c’est le renouveau, l’oxygène, la suite des choses. La création, c’est l’essence de la pratique théâtrale, les œuvres qui sont en prise directe sur le monde, celles qui traduisent le plus franchement notre époque, pour le meilleur et pour le pire, d’ailleurs.
novembre dernier, à l’occasion e de la 19 édition des Fenêtres de En lacréation théâtrale, je prenais part, avec Annick Lefebvre, auteure, et Martin Faucher, metteur en scène et directeur artistique du Festival TransAmériques, à une discussion sur la création québécoise actuelle animée par AnneMarie Provencher, directrice artistique du Théâtre de la Ville, à Longueuil. Le texte qui suit est, en substance, celui que j’ai lu devant les diffuseurs, les artistes et les travailleurs culturels rassemblés ce jourlà. POURQUOI EN PARLER ? Je sais, en tant que critique de théâtre, que je ne suis pas censé avoir de parti pris. Mais bon, comme je suis aussi un être humain, je dois vous avouer que j’ai un penchant pour la création. Je ressens envers elle un appel, une empathie plus grande que pour le répertoire. Comprenezmoi bien: je ne vais certainement pas renier une relecture forte, un Marivaux ou e un Shakespeare qui regarde le XXI siècle dans le blanc des yeux, mais je trouve qu’on monte souvent le répertoire sans savoir pourquoi ; je veux dire sansvraimentsavoir pourquoi, sans aller plus loin que les lieux communs: «C’est tellement actuel, tellement contemporain, ça parle de nous, on dirait que ça a été écrit hier.» Vous aurez compris que je suis peu convaincu par l’apparition des téléphones cellulaires chez Molière ou encore par le recours aux réseaux sociaux chez Racine. En fait, j’irais jusqu’à affirmer que je suis plus
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Table rasede Catherine Chabot, mis en scène par Brigitte Poupart à l’Espace Libre (Transthéâtre/Collectif Chiennes, 2015). Photo promotionnelle. © ÉvaMaude TardifChampoux
6|CHRONIQUESJEU 158
La création, c’est l’identité, l’identitaire, l’ex pression par excellence du vivre ensemble. Quand je veux savoir comment se porte ma société, je regarde de quel bois se chauffe sa création. EntreLes BellesSœurs de Michel Tremblay etJ’accuseLefebvre, d’Annick entreWoof Woofd’Yves Sauvageau etTroisde Mani Soleymanlou, ce sont des pans en tiers de l’histoire du Québec que je vois défi ler, des phares qui brillent dans la mouvance des idées et des idéaux, le choc des croyances et des mentalités.
Dorénavant, la création voit le jour dans tous nos théâtres. Pas un seul ne lui résiste complètement. On pense tout de suite au Théâtre d’Aujourd’hui, bien entendu, mais aussi Aux Écuries, au Quat’Sous, à la Licorne, au Prospero, à l’Usine C et à la Chapelle, mais elle s’immisce aussi chez Duceppe, au TNM, au Rideau Vert et même dans certains théâtres d’été, comme le Petit Théâtre du Nord. La création se répand, vous diront certains. On chuchote qu’il y en a trop. Qu’on ne sait plus, audelà de quatre ou cinq grands auteurs, jouer et mettre en scène les classiques. Qu’on fait trop peu de place aux dramaturgies du monde. Qu’on fait trop de ces spectacles performatifs où le texte occupe une place secondaire. Oui, on dit tout cela dans les coulisses de notre milieu, et ce n’est probablement pas faux.
Néanmoins, à ceux qui disent que la création prend de la place, beaucoup de place, je dis qu’elle prend sa place, une place qui lui revient ; je dis qu’elle occupe le territoire, celui qui la sculpte et qui est sculpté par elle. Par conséquent, forcément, il arrive que la création dérange.
QUEL REGARD ? Je pose sur la création actuelle un regard exigeant. Je pense qu’elle le mérite, que les créateurs le méritent. Mais un regard que je qualifierais aussi de bienveillant, dans le sens où il est ouvert à la surprise, à l’étonnement, autrouble. Traitezmoi d’optimiste, mais j’es time avoir mille et une raisons de me réjouir.
Je me réjouis de voir Philippe Ducros, Olivier Choinière, Annabel Soutar, JeanPhilippe BarilGuérard et Annick Lefebvre dénoncer les injustices avec autant de souffle, autant de verve.
Je me réjouis de voir Fanny Britt, Rébecca Déraspe, MarieÈve Milot, Véronique Côté, AnneMarie Olivier et Evelyne de la Chene lière conjuguer leur féminisme au présent.
Je me réjouis de voir Steve Gagnon, Marcelle Dubois, Marianne Dansereau et Fabien Cloutier traduire le territoire, de la forêt à la banlieue, repousser les frontières, réinventer le monde.
Je me réjouis de voir Robert Lepage, Wajdi Mouawad, Mani Soleymanlou, Olivier Kemeid et JeanPhilippe Lehoux jeter des ponts entre le Québec et l’ailleurs, entre le Québécois et l’autre.
Je me réjouis que FélixAntoine Boutin, Christian Lapointe et Philippe Cyr m’entraî nent chaque fois dans un univers nouveau, et toujours diablement singulier.
Je me réjouis qu’Anne Sophie Rouleau, Michelle Parent et Mathieu Arsenault s’inté ressent aux jeunes dans toute leur splendeur avecAlbum de finissants, et que Benjamin
Album de finissantsde Mathieu Arsenault, adapté et mis en scène par Anne Sophie Rouleau. Spectacle de Pirata Théâtre et de Matériaux Composites, créé à la salle FredBarry en mars 2014. © François Gélinas
Pradet s’intéresse aux vieux dans toute leur démesure avec80 000 âmes vers Albany.
Je me réjouis du retour de la création collec tive. Je pense auiShowdes Petites cellules chaudes, à la joyeuse bande duNoShow ou encore à laTable rasedu galvanisant Collectif Chiennes.
Je me réjouis qu’on m’aide à comprendre les nouveaux rapports induits par le numérique, les enjeux éthiques de l’exploitation minière, les causes et les effets de la xénophobie, les retombées du profilage racial, les risques de la privatisation de l’eau et les étapes du deuil. En fréquentant la création théâtrale québécoise, je deviens, j’en suis persuadé, un meilleur être humain, un meilleur citoyen.
Quelle est la faille, me direzvous? Que manquetil à la création québécoise actuelle ? Je dirais qu’il lui manque le courage de s’émanciper. S’émanciper des lieux et des conventions. S’émanciper des coûts et des contextes. S’émanciper des régimes, des directorats, des partis et des programmes. S’émanciper surtout des barrières intangibles, celles qu’on érige dans les têtes, les autocen sures, les hésitations, les retenues, les peurs de choquer, de décevoir, de repousser, de décourager.
Ce dont la création québécoise a besoin plus que tout, à mon avis, c’est d’un public, de spectateurs fidèles et exigeants, de gens qui, d’un bout à l’autre du pays, et même audelà, s’arrachent aux écrans, au travail et à la consommation. Fréquenter la création québécoise, vous allez peutêtre me dire que c’est naïf, mais je crois profondément que c’est prendre rendezvous avec soi et les siens.
MACBETH1978 ET 2015
La traduction duMacbethde Shakespeare par Michel Garneau a été créée en 1978, dans une mise en scène de Roger Blay. Trentesept ans plus tard, endossée par la metteure en scène Angela Konrad et sa solide distribution, la « tradaptation » est, sembletil, toujours aussi pertinente.
Gilbert Turp
Macbethde Shakespeare, dans une traduction de Michel Garneau et une mise en scène d’Angela Konrad (La Fabrik), présenté à l’Usine C à l’automne 2015. Sur la photo: Dominique Quesnel et Olivier Turcotte. © Vivien Gaumand
JEU 158CHRONIQUES|7
lacréation duMacbeth traduit par Michel Garneau, j’avais tout À de suite senti que j’assistais à un moment de théâtre qui faisait l’histoire. Dans l’étroit espace briqué de l’ancien Cinéma Parallèle, lieu hétérodoxe du spectacle, la force irrésistible de la traduction m’avait frappé de plein fouet. La poésie de Shakespeare s’incarnait enfin, se mettait en bouche et trouvait son souffle. À la fois baroque, néomédiévale, postmoderne et irréprochablement proche de l’original, la traduction transcrivait presque physiquement l’esprit de la nuit, le cri des âmes qui sombrent, le vent qui égare les esprits. Garneau ouvrait la dramaturgie québécoise au cercle plus large de son appartenance au répertoire universel. Shakespeare était devenu nôtre, ce jourlà.
8|CHRONIQUESJEU 158
Gilles Renaud et Christiane Raymond dansMacbeth, la «tradaptation» de Michel Garneau mise en scène par Roger Blay (Théâtre de la Manufacture, 1978). © Anne de Guise
La représentation était à la hauteur de cette traduction qui créait l’événement. Le caractère rocailleux de la poésie de Garneau 1 se reflétait dans la gravelle qui couvrait le sol, faisant grincer les bottes des acteurs – grincements qui accentuaient le sentiment prémonitoire du rouage infernal où s’en tortillent Macbeth et sa Lady. L’éclairage couvrait la scène d’un ton de rouille et, quand un personnage se faisait tuer, l’acteur puisait à pleines mains dans un grand baril rempli d’hémoglobine et déversait le sang sur son corps. Même l’odeur ferreuse, rouillée aussi, devenait imaginable.
1. Fin gravier, ou garnotte en québécois. Garneau, garnotte...
Sous la direction de Roger Blay, les acteurs me paraissaient hantés. La part hallucinatoire culminait au banquet avec l’apparition du spectre de Banco : moment saisissant, joué sans trucage mais avec un investissement sans faille. L’âpreté, la hantise, les souffles angoissés, la fusion charnelle sous l’emprise des forces de la nuit, ainsi que les terreurs fantomatiques, tout cela témoignait de la nécessité des sorcières, du poignard qui vole, des cris d’oiseaux de mauvais augure, de la mort du sommeil, du sang dont on ne peut se laver et du cauchemar éveillé des époux Macbeth.
Il est maintenant courant que des auteurs québécois traduisent le répertoire universel. Cet heureux usage dramaturgique a pris son envol dans les années 80, et leMacbeth de Garneau a été sa bougie d’allumage, le coup 2 de maître qui établit l’instance . En allant revoir l’œuvre en 2015, je me demandais si je recevrais la traduction de la même façon. Eh bien, oui. Elle n’a rien perdu de sa vitalité, de sa pertinence et de sa poésie si adéquate.
AUDACE ET LIBERTÉ La production actuelle est à la hauteur de la précédente, mais très différente d’approche et éclairant d’autres couches de sens. L’audace et la liberté de la traduction nourrissent à nouveau l’audace et la liberté de la mise en scène. Angela Konrad s'y lance, et pas à moitié, pas sans une solide amarre de liens réflexifs et affectifs au texte et au jeu. Sa direction d’acteurs s’appuie sur la pulsation et la rugosité de la langue pour aller chercher une énergie de jeu qui dispose les cinq acteurs à faire vibrer ce texte dans tout leur corps. Leur jeu se déchaîne et revêt une dimension carnavalesque tour à tour lugubre et grimaçante.
Si le cauchemar angoissant et plein de sombres prémonitions de 1978 prend une teinte grotesque en 2015, c’est que les jeux de coulisses des puissances actuelles sont si monstrueux qu’on ne peut plus se les représenter autrement. La scène du banquet et du fantôme de Banco atteint le point culminant du grotesque : Banco apparaît sur la table, son corps rond et ruisselant couché sur le dos, une pomme dans la bouche comme un cochon rôti. Notre époque festoie en épuisant les ressources naturelles, animales et humaines. Tout aussi grotesques sont les kilts dont sont affublées les trois sorcières, sortes de feuxfollets maléfiques qui président à ce cérémonial sauvage. Ces kilts sont la seule référence au peuple écossais, qui vit les lendemains incertains de son référendum.
2. J’ai abordé cette histoire dans « La voix de l’autre », paru dans Jeu133, 2009.4, p. 6772.
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