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JEU Revue de théâtre. No. 159, 2016.2

De
95 pages
Dirigé par Sara Dion, le dossier de ce numéro est consacré au sexe. Catherine Chabot, Nathalie Claude, Nicolas Berzi, Andréane Leclerc et Éric Noël font partie des créateurs qui ont accepté de dire à quel point le sexe dans le théâtre québécois contemporain est audacieux, pudique, libre, politique, créatif ou encore convenu. Hors dossier, on trouve notamment une Carte blanche signée Alexandre Goyette, qui nous entraîne dans les coulisses du tournage de King Dave, et des entrevues avec les metteurs en scène Gisèle Vienne et Florent Siaud.


  • Éditorial

  • 1. Jeu sexuel Christian Saint-Pierre


  • Chroniques

  • 4. La vie en négatif Michelle Chanonat

  • 7. Le corps en terre islamique Michel Vaïs


  • Coup de gueule

  • 11. Créer, dominer Dinaïg Stall


  • Dossier : Sexe

  • 12. Présentation Sara Dion

  • 14. Mises en bouche Michelle Chanonat, Alexandre Cadieux, Ariane Brien-Legault, Nathalie Claude

  • 20. (Dé)jouer les codes du désir Laïma Gérald

  • 26. Le sexe, c’est plate (mais j’adore faire l’amour) Gilbert Turp

  • 31. Le sexe à dire Sara Dion

  • 36. Comment mettre en scène ? Solène Paré

  • 41. « One hand show » Myriam Daguzan Bernier

  • 46. Topographie des fentes Catherine Chabot

  • 50. Entre hommes Christian Saint-Pierre


  • Carte blanche

  • 57. King Dave au cinéma Alexandre Goyette


  • Enjeux

  • 60. L’art du peuple Xavier Inchauspé

  • 64. Peau neuve Mélanie Demers, Catherine Gaudet, Caroline Laurin-Beaucage

  • 68. Performances et diasporas à Montréal Tarek Lakhrissi


  • Ailleurs

  • 72. La symphonie particulière de Gisèle Vienne Michelle Chanonat

  • 76. Les corps contre la peur Mathieu Chouinard


  • Profils

  • 80. Les Deux Mondes de Sébastien Harrisson Raymond Bertin

  • 84. Le Grand Tour de Florent Siaud Michelle Chanonat


  • Danse

  • 88. Contre moi-même Marilou Craft


  • Cirque

  • 90. En coulisses avec Flip FabriQue Josianne Desloges


  • Mémoire

  • 93. François Barbeau, un flamboyant homme de l’ombre Andrée Lemieux

Voir plus Voir moins

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ans
R E V U E D E T H É ÂT R E 1 5 7
40
ans
REVUE DE THÉÂT R E 1 59R E E D E T E 5 7
Dossier
SEXE
Catherine Chabot
Nathalie Claude
Nicolas Berzi
Andréane Leclerc
Éric Noël
CARTE BLANCHE
Alexandre Goyette
alias King Dave
FTA
Gisèle Vienne
PROFIL
Florent Siaud
2016.2
on 159
16 $
o
JEU n 159 • 2016.224 OCT > 5 NOV( )JEU 159 ÉDITORIAL | 1
2016.2
Responsable du dossier Sara Dion
Directrice de production Patricia Belzil
Comité de lecture Patricia Belzil +
Michelle Chanonat + Sara Dion
Recherche iconographique Patricia Belzil
Correction d’épreuves Françoise Major
Graphisme et mise en pages folio&garetti
Rédacteur en chef et directeur Christian Saint-Pierre
Rédaction Patricia Belzil + Raymond Bertin +
Michelle Chanonat + Marilou Craft (stagiaire) +
Catherine Cyr + Sara Dion + Gilbert Turp +
Michel Vaïs (rédacteur émérite)
Conseil d’administration Michelle Chanonat (présidente) +
Patricia Belzil + Raymond Bertin + Sara Dion + SEXUELLouise Lapointe (Casteliers) + Charles Pitre (Ssense) +
Gilbert Turp + Michel Vaïs + Sophie Vanier (Banque Nationale)
Édimestre Michelle Chanonat
Responsable de l’administration Josée Laplace
Calibration des photos Photosynthèse
Impression Marquis Imprimeur
Édition Cahiers de théâtre Jeu inc.
4067, boul. Saint-Laurent, bureau 200 sexe n’est pas un jeu. Il arrive préoccupant, le plus insoutenable, c’est ce
Montréal (Québec) H2W 1Y7
qu’il soit ludique ou mis en scène, décalage hypocrite entre nos vies et ce qui 514-875-2549
info@revuejeu.org / www.revuejeu.org Le bien entendu. Il est parfois même apparaît sur nos scènes. Qu’est-ce qui, de
Abonnements (versions papier et numérique) théâtral, voire spectaculaire, mais il n’est nos existences, individuelles et collectives, a
SODEP (JEU revue de théâtre) jamais anodin, jamais sans conséquence, droit à la représentation dans nos théâtres ?
C.P. 160, succ. Place d’Armes
jamais à prendre à la légère. Parfois, On se demande où est le sexe, mais on Montréal (Québec) H2Y 3E9
514-397-8670 / abonnement@sodep.qc.ca le sexe est une célébration. On en parle pourrait tout aussi bien se demander où
Paiement à l’ordre de SODEP (JEU revue de théâtre) comme de la plus belle et de la plus pure sont les femmes, où sont les transgenres,
Abonnez-vous en ligne : www.sodep.qc.ca
expression de l’humanité. Parfois aussi, où sont les personnes racisées, où sont les Prix avant taxes au Canada (4 numéros)
Canada : trop souvent malheureusement, le sexe est homosexuels, où sont les pauvres, où sont
42 $ (ind.), 35 $ (étud.), 60 $ (inst.), 41 $ (num.)
perverti par la violence, cruellement détourné les corps atypiques. | Ce numéro fait la Étranger :
74 $ (ind.), 66 $ (étud.), 92 $ (num.) de son sens. | À notre époque, impudique, part belle à un enjeu d’actualité, un sujet
ostentatoire, c’est-à-dire crucial qui est sur toutes Publiée quatre fois par année, en formats papier
et numérique, la revue est en vente en librairies et hypersexualisée, le sexe les lèvres par les temps qui On se demande où est dans les kiosques à journaux.
semble avoir investi toutes courent : la diversité. Il y est
Consultez les archives numériques le sexe, mais on pourrait les sphères de notre vie. Il question de la diversité des de la revue sur Érudit : www.erudit.org
Diffusion au Canada ne faudrait pas croire pour sexualités, cela va de soi, tout aussi bien se demander
Gallimard Ltée autant que tous les tabous mais aussi, hors dossier,
3700A, boul. Saint-Laurent, Montréal (Québec) H2X 2V4 où sont les femmes, sont tombés. Parler de sexe, de la diversité des identités, info@gallimard.qc.ca
c’est encore et toujours où sont les transgenres, des modes de vie, des Distribution au Canada
Socadis un geste audacieux. Pas cultures et des pratiques où sont les personnes racisées, 420, rue Stinson, Saint-Laurent (Québec) H4N 3L7
scandaleux, pas sulfureux, artistiques. De plus en plus socinfo@socadis.com
où sont les homosexuels, pas indécent, mais tout nombreux sont les gens qui Distribution en France
Distribution du Nouveau Monde de même subversif. Parce réclament une expression où sont les pauvres,
30, rue Gay-Lussac, F-75005 Paris qu’il s’agit de regarder le artistique de la diversité,
dnm@librairieduquebec.fr où sont les corps atypiques.corps en face. D’appeler une représentation, au
Dépôts légaux les choses par leur nom. théâtre, au cinéma, à la
Bibliothèque et Archives Canada
Mais aussi, et peut-être même surtout, télévision et ailleurs, de la multiplicité des Bibliothèque et Archives nationales du Québec
e2 trimestre 2016 parce que cela demande d’avancer sur un rapports au monde. | C’est précisément ce
© JEU Revue de théâtre
territoire miné, celui où s’entrelacent l’intime qu’on lit dans le plaidoyer de Dinaïg Stall,
ISSN : 0382-0335
et le politique. | À en croire les artistes et les metteure en scène et marionnettiste, dans ISBN PDF : 978-2-924356-14-2
Tous droits de reproduction et de traduction réservés. observateurs qui témoignent dans le dossier les réfl exions de Quincy Armorer, le directeur
Jeu est une publication trimestrielle subventionnée : de Sara Dion, le premier que dirige notre artistique du Black Theatre Workshop, avec
nouvelle membre de la rédaction, il n’est pas lequel s’est entretenu Xavier Inchauspé, et
si simple d’aborder au théâtre ce sujet qui est dans les propos des artistes queer montréalais
pourtant fondamental. En effet, comment se interrogés par Tarek Lakhrissi. | Il est temps
fait-il que, quelque 50 ans après la révolution de prendre parti, de dire notre besoin viscéral
sexuelle, la sexualité soit si peu présente sur d’un théâtre qui traduise la riche complexité Les textes publiés dans JEU sont assumés
par les auteurs et n’engagent pas la responsabilité les scènes de nos théâtres ? Serait-ce une du Québec d’aujourd’hui.
de la rédaction. JEU est membre de autre preuve du pernicieux retour de la droite la Société de développement des
périodiques culturels québécois (SODEP). conservatrice et bien-pensante ? | Le plus Christian Saint-Pierre
RÉDACTEUR EN CHEF2 | SOMMAIRE JEU 159
DOSSIER on SEXE
Les Érotisseries
(Carmagnole, 2014).
Sur la photo :
Jonathan Fortin
et Éliane Bonin.
© Olivier Bourget159
EN COUVERTURE
Catherine Chabot.
© Kelly Jacob
ÉDITORIAL
Jeu sexuel01Christian Saint-Pierre
En ce qui concerne la sexualité, mais aussi le genre,
le corps, la langue, la culture et la classe sociale,
il existe entre nos vies et ce qui apparaît sur nos scènes
un décalage troublant.
CHRONIQUES
La vie en négatif04 Michelle Chanonat
La pièce La Demoiselle en blanc de Dominick
ParenteauPRÉSENTATION LE SEXE, C’EST PLATE Lebeuf est devenue, sous les pinceaux d’Éléonore 12 Sara Dion 26 (MAIS J’ADORE FAIRE Goldberg, une magnifique
L’AMOUR)histoire peinte en noir et gris, Sous quelles formes le sexe se trouve-t-il
de celles que l’on devrait se Gilbert Turpsur nos scènes ? Quand brille-t-il par
raconter encore et encore. son absence ? Comment, aujourd’hui, Pour un acteur, jouer le sexe et jouer
au Québec, les artistes se dépêtrent-ils le désir sont deux choses distinctes,
Le corps en terre une chorégraphie et un état, tous deux avec le sujet, l’acte, le discours ?07 islamique périlleux, rigoureux et sensibles.
Michel Vaïs MISES EN BOUCHE
LE SEXE À DIRELa représentation du corps 14 Ariane Brien-Legault, 31Sara Diondans le théâtre des pays Alexandre Cadieux, Michelle
musulmans intrigue, fait Chanonat, Nathalie Claude Quand la parole prend le relais du jeu
parfois rire, mais soulève physique : des « nounes » aux amours Quatre courts textes servis en apéritif
aussi quelques questions brûlants, comment parle-t-on la langue pour ouvrir un dossier croustillant… Les
plutôt sérieuses. du sexe aujourd’hui ?marionnettes et les critiques bandent-ils ?
Où sont les femmes ? Les enfants ont-ils
un sexe ? COMMENT METTRE 36 EN SCÈNE ?
(DÉ)JOUER LES CODES Solène Paré20 DU DÉSIR Un acte sexuel est-il un acte théâtral riche ? COUP DE GUEULE
Laïma A. Gérald Avec Angela Konrad et Alice Ronfard,
Créer, dominer l’auteure, qui a mis en scène Quartett de Mise en scène par des performeurs, 11Dinaïg Stall Heiner Müller à l’École nationale, tente de la sexualité est à la fois un moteur de
La création au féminin : des paradoxes aux idées reçues, faire le tour de la question.création et un acte de résistance artistique
il y a encore du chemin à faire… intime et social.JEU 159 SOMMAIRE | 3
CARTE BLANCHE PROFILS
King Dave au cinéma Les Deux Mondes de 57 Alexandre Goyette 81Sébastien Harrisson
Raymond BertinLe passage de King Dave du
théâtre au cinéma, en un seul Rencontre avec l’auteur, directeur artistique
plan séquence : une prouesse des Deux Mondes, à propos de sa vision pour
technique et une expérience la compagnie et de l’évolution récente de sa
hors du commun racontée pratique artistique.
par son auteur et interprète.
ENJEUX
L’art du peuple60 Xavier Inchauspé
Le Grand Tour de Florent Siaud
Discussion à bâtons rompus 84 Michelle Chanonat
avec Quincy Armorer,
Créateur itinérant entre l’Europe et le Québec, directeur artistique du
l’opéra et le théâtre, Florent Siaud évoque ses Black Theatre Workshop,
années de formation et livre quelques réflexions au sujet de la représentation
stimulantes sur la mise en scène.de la diversité.
Peau neuve64 Mélanie Demers, Catherine Gaudet
et Caroline Laurin-Beaucage
Le comité artistique du Centre de Création DANSE
O Vertigo partage sa vision de ce nouvel espace Contre moi-même
de résidence et de création chorégraphiques. 88 Marilou Craft
Que regarde réellement la
Performances et diasporas spectatrice ? Retour poétique 68 à Montréal et subjectif sur le spectacle
Tarek Lakhrissi Juxtapose, de la chorégraphe
finlandaise Cecilia Moisio.Rencontre avec des artistes montréalais issus de
la diversité à la fois culturelle et d’identité de genre,
qui utilisent leur corps comme discours et outil de « ONE HAND SHOW »
performance.41Myriam Daguzan Bernier
Autoérotisme scénique et masturbation
artistique : que traduisent ces gestes CIRQUE
d’exhibition et d’autosatisfaction qui En coulisses avec
abondent sur nos scènes ? 90 Flip FabriQue
AILLEURS Josianne Desloges
TOPOGRAPHIE La symphonie particulière La compagnie travaille avec le metteur en 46 DES FENTES 73 de Gisèle Vienne scène Alexandre Fecteau sur la création qui
Catherine Chabot Michelle Chanonat sera présentée cet été en ouverture du festival
De l’inspiration autobiographique Montréal Complètement Cirque. Invitée au FTA, la metteure
à la tentation féministe, l’auteure de
en scène française
Dans le champ amoureux et de
présente The Ventriloquists
Table rase explore la sexualité des
Convention, spectacle pour
femmes de moins de 30 ans et
neuf marionnettistes et
l’importance de la mettre en scène.
ventriloques.
MÉMOIRE
ENTRE HOMMES François Barbeau, Les corps contre la peur50 Christian Saint-Pierre 93 un flamboyant homme 77 Mathieu Chouinard
Sept jeunes auteurs gais débattent de de l’ombre
Récit d’une rencontre créative entre le metteur en la représentation de l’homosexualité Andrée Lemieux
scène tchadien Taigue Ahmed et le codirecteur masculine dans leur théâtre et dans La fondatrice du Centre d’exposition de l’Université artistique de la compagnie Satellite Théâtre. celui de leurs contemporains. de Montréal rend hommage au concepteur de
costumes François Barbeau, récemment disparu.4 | CHRONIQUES JEU 159
Une pièce
de théâtre
devenue
bande LA VIE EN NÉGATIFdessinée…
La démarche
est rare mais
le résultat est là,
magnifique.
La Demoiselle
en blanc
de Dominick
Parenteau-Lebeuf
a pris sous
les pinceaux
d’Éléonore Goldberg
une envolée
en noir et gris.
Michelle Chanonat
CI-CONTRE ET EN MÉDAILLON :
Illustrations d’Éléonore Goldberg
pour La Demoiselle en blanc
de Dominick Parenteau-Lebeuf
(Mécanique générale, 2016).JEU 159 CHRONIQUES | 5
LA VIE EN NÉGATIF
Une maison à Berlin, sur la
Novemberstraße, promise à la
démolition, tombe en ruines.
Pauvre bicoque aux fenêtres
occultées par des planches,
elle abrite une chambre noire,
encore encombrée de négatifs, de bacs
de révélateur et de vieux appareils photo.
Elle appartenait au peintre et photographe
Raoul Hausmann. Lui, il est parti depuis
longtemps. Et il n’est jamais revenu.
Fondateur et animateur du mouvement dada
à Berlin dans les années 30, déclaré « artiste
dégénéré » par les nazis, Hausmann se
réfugie en Espagne avec sa femme, Hedwig
Mankiewitz, et sa maîtresse, Vera Broïdo,
fille d’un révolutionnaire russe. Pendant six
ans, il voyage à travers l’Europe, de Zurich
à Prague, en passant par Ibiza. En 1939, il
est à Paris ; avec la montée du nazisme, les
origines juives de sa femme le contraignent
à fuir encore une fois. Il finit par s’installer
en zone libre à Limoges, en France, où il
demeurera jusqu’à sa mort, en 1971.
En 1932, alors qu’il était en vacances dans l’île
de Sylt, en Allemagne, Hausmann a réalisé
une série de photos de nus que Dominick
Parenteau-Lebeuf a découvert lors d’une
résidence d’écriture à Limoges. Inspirée par
cette rencontre avec la création artistique
d’Hausmann, l’auteure a écrit une pièce
1de théâtre, La Demoiselle en blanc , récit
surréaliste d’une photo prise à la sauvette, celle
d’une jeune fille en chemise de nuit courant
sur la plage. Une image banale, tellement
banale que le photographe l’a oubliée dans
sa chambre noire, et le négatif de la photo est
resté suspendu sur la corde de séchage.
1. Montréal, Mécanique générale, 2016, 304 p., ill.6 | CHRONIQUES JEU 159
l’écran pâle de leurs nuits interminables : les Peut-être en étant le négatif de soi, ou bien UNE PEINTURE DE L’HISTOIRE
camps de concentration, les bombardements en n’étant pas encore né ? « Vivre ou mourir, En 2009, 20 après la chute du mur, Berlin
sur Berlin (« Il faut ce qu’il faut pour mettre les deux demandent un courage que je n’ai veut faire peau neuve et raser les vestiges
la guerre K.O. »), le champignon atomique pas », avoue la jeune fille. On croirait lire un du passé. Mais, dans la chambre noire de
d’Hiroshima, le procès de Nuremberg, les aphorisme de Cioran.la vieille maison, la jeune fille en négatif
attentats des Jeux olympiques de 1972…attend encore d’être développée pour exister :
De ces images, de ces phrases à la graphie « Je suis un trésor invisible qui habite une
Des personnages visitent furtivement la enfantine se dégagent un spleen baudelairien, maison invisible. »
maison : un officier de la Wehrmacht, un un élégant désespoir mâtiné d’humour,
soldat d’Allemagne de l’Est qui décide de dans une atmosphère à la Tim Burton. La vie s’écoule en nuits, 28 000 entre 1933
franchir le mur, un étudiant québécois en Il est intéressant de constater que les et 2009, en petits bâtons griffés sur le mur,
voyage à Berlin… Des intrus qui arrivent, funestes idéologies que sont le fascisme comme le font les prisonniers : « Chaque
repartent, laissant derrière eux quelques et le nazisme sont de plus en plus citées nuit qui passe est le théâtre d’une nouvelle
traces. Dans cette histoire, qui se construit dans les œuvres contemporaines. Comme vie. » Parce que le négatif est une prison, et
dans l’imaginaire du lecteur, tout est dit s’il fallait convoquer le passé pour tenter la jeune demoiselle peste et colère pour se
dans le rien, dans l’économie de mots et de comprendre le présent, chercher dans sortir de là, sortir de cette chambre noire
d’images, ce qui les rend plus frappants, plus l’histoire la clé d’une porte qu’on n’a pas su mais, pour protéger ses contrastes, elle
bouleversants. ouvrir, ou l’issue d’un gouffre qu’on n’a pas su ne peut le faire que la nuit ; elle doit fuir
refermer. Devant la montée des intégrismes, le soleil. Telle une amoureuse transie, elle
Ce gros livre de 300 pages n’est pas à on peut légitimement éprouver le sentiment attend le retour du photographe. S’élève un
proprement parler une bande dessinée, que quelque chose nous a échappé. Puisque puissant chant d’amour, celui d’une femme
mais plutôt un roman graphique. De grands l’histoire se reproduit, c’est donc qu’on n’a qui espère l’homme aimé, qui dit l’attente se
aplats noirs, des traits de pinceau épais, rien compris au premier épisode ? On n’a pas dilatant et se délitant dans le temps de cette
nerveux, agencés dans un savant désordre, su lire le négatif de la photo ?non-vie, cette vie en négatif. Des passages
saisissent l’expression d’un soldat, un défilé sublimes, où les mots tracés en blanc courent
militaire dans Berlin. Floues, menaçantes, À l’heure des selfies et des photos aussitôt simplement sur une page noire.
des silhouettes à peine esquissées d’un seul publiées, aussitôt effacées, cette peinture de
trait d’encre de chine délavé semblent sorties l’histoire à travers un négatif a quelque chose Un chat dessiné lui tient compagnie. Le chat
de cauchemars. Ces dessins en camaïeu de de délicieusement suranné. Et, comme le dada, Chada, effronté et hâbleur. Chat de
gris disent la noirceur de l’Histoire, de ce disait Van Gogh, c’est « gravement beau ».papier, alter ego de la jeune fille en pellicule. •
siècle terriblement meurtrier. Ils illustrent Ensemble, ils se chamaillent, dansent,
la méditation de la demoiselle sur le sens de s’amusent et observent la marche du monde
la vie, devant tant de mort(s). Les guerres derrière un soupirail, une fenêtre ronde Illustrations d’Éléonore Goldberg
succèdent aux guerres, les tranchées aux comme l’objectif d’un photographe, une pour La Demoiselle en blanc
de Dominick Parenteau-Lebeuf charniers, les exterminations aux génocides. lucarne qu’ils appellent « les actualités du
(Mécanique générale, 2016).e Comment trouver un sens à cette barbarie ? soir ». Les images du XX siècle défilent sur JEU 159 CHRONIQUES | 7
LE CORPS
EN TERRE ISLAMIQUE
La vision du corps et
des cheveux sur scène
dans les pays
araboislamiques subit des
variantes qui, vues de
l’Occident, peuvent
parfois aller jusqu’au
loufoque ! Car la pudeur
connaît des définitions
que l’on peut trouver
étonnantes.
Michel Vaïs
Les Vénus du musée du Capitole, à Rome, pudiquement cachées pour la visite du président iranien en janvier 2016.
une stricte interprétation de noter quelques constantes et certaines parti- offerts aux regards en public. Soit ces corps
l’islam interdit toute repré- cularités parfois étonnantes, qui, on s’en y apparaissent toujours voilés, soit les dames
sentation du corps humain, doute, tranchent avec nos usages et nos ne sortent qu’accompagnées d’un homme Si il y a pourtant, dans tous les conventions théâtrales. ou d’une matrone. Car, comme l’a déjà
pays musulmans, une pratique théâtrale soutenu sans rire un ancien premier ministre
parfois forte et millénaire. Du wayang kulit Les médias ont longuement rapporté ré- iranien, Bani Sadr, à la télévision française,
javanais au karagueuz turc, jusqu’au Festival cemment les agressions, voire les viols que des « les chevelures des femmes rendent les
étudiant de Fès ou au gigantesque Festival femmes ont subis en Allemagne et en Suède, hommes fous » !
Fadjr de Téhéran aujourd’hui, en passant commis par des migrants nord-africains ou
par les nombreux festivals pour jeunes arabes d’autres régions du Proche-Orient. Il faut dire qu’en Iran, effectivement, toutes
publics ou amateurs, regroupés par l’Institut Rappelons qu’un imam de Cologne en a les femmes sont voilées, sur scène comme
1international du théâtre, il existe une intense imputé la cause aux jeunes Allemandes dans la salle et dans la ville . Ce n’est pas
activité théâtrale dans les pays arabes et elles-mêmes, qui s’habilleraient de façon pour rien qu’en Italie, à la fin de janvier 2016,
musulmans. J’ai passé 15 jours au Sultanat trop sexy, tandis que la mairesse de cette un musée romain a recouvert ses statues
d’Oman en décembre 2015, afin de signer ville, Henriette Reker, a conseillé aux jeunes de nus pour accueillir le président iranien
un protocole d’entente pour officialiser la femmes d’« adapter leur comportement » en Hassan Rouhani sans risquer l’incident
création d’une nouvelle section régionale se tenant désormais à distance des garçons diplomatique. Aux États-Unis, on a caché
arabe de l’Association internationale des étrangers... Suggestions qui, bien sûr, ont les statues antiques du Capitole sous des
critiques de théâtre. Cela m’a permis enflammé non seulement les groupes caissons de bois lors de la visite du même
d’assister à une série de spectacles et de féministes, en Allemagne comme ailleurs, personnage officiel pour éviter de le
côtoyer des collègues venant de divers pays mais la plupart des gens dotés de raison. choquer. Cependant, j’ai pu constater que la
arabophones : Oman, Égypte, Maroc, Irak, situation n’était pas identique dans tous les
Algérie, Jordanie. Ayant eu l’occasion à C’est que, explique-t-on, dans leur pays, ces pays islamiques.
quelques reprises de voir du théâtre dans jeunes hommes n’avaient pas l’habitude de
1. Voir mon article, « Téhéran : triomphe du théâtre textile »,
des pays islamiques, je puis aujourd’hui voir des corps féminins aussi ouvertement dans Jeu 140, 2011.3, p. 152-157.8 | CHRONIQUES JEU 159
[ ]Mais à Oman, ... ne voilà-t-il pas que dans Bagdad Hammam,
qui se passe dans un bain public irakien,
les deux acteurs masculins qui constituaient la distribution
ont dû porter des T-shirts couleur peau.
Aux Pays-Bas, on montre aux nouveaux Interrogés par la suite sur cette incongruité, L’ATTRAIT DES CHEVEUX ET DE LA PEAU
immigrants un film présentant des usages ils m’ont avoué avoir toujours joué torse nu Aux Émirats arabes unis, si le voile est
courants dans leur pays d’adoption, histoire en tournée, que ce soit au Liban, en Égypte, courant, j’ai aussi vu plusieurs chevelures
de les aider à mieux s’intégrer. On y voit au Maroc, en Europe, et même dans leur de femmes, sur scène comme dans la ville.
notamment des gens nus sur une plage et pays, l’Irak. Mais à Oman, on a exigé d’eux J’avais cependant été frappé, en voyant le
deux hommes qui s’embrassent. qu’ils dissimulent pudiquement la peau de solo d’une actrice lituanienne dans L’Amant
leur torse.de Marguerite Duras, de constater à quel
point les jeunes gens qui constituaient la
quasi-totalité du public étaient émoustillés
devant cette comédienne au jeu pourtant
2assez chaste selon nos critères .
Il en est de même au Sultanat d’Oman, où
les cheveux féminins sont admis en liberté,
même si la majorité des femmes portent
au moins un foulard, et si les vêtements
couvrent généralement bras, jambes et
poitrine jusqu’au cou. Ainsi privés d’accès
visuel au moindre bout de peau féminine
hormis mains et visage, les jeunes gens
en sont réduits à les fantasmer ! Voilà qui
expliquerait – sans l’excuser – leur attitude :
ayant abordé l’Europe des libertés, ils ont
du mal à retenir leurs pulsions à la vue de
toute cette chair offerte sans voile. Au point
où des pictogrammes ont maintenant fait
leur apparition dans des endroits publics
Pictogramme de bonne conduite dans une piscine allemande.
en Allemagne, intimant clairement aux
hommes de ne pas mettre la main aux fesses
des dames !
Ce message me rappelle les affichettes Autre chose qui m’a surpris au théâtre, Ainsi, on le constate une fois de plus, les
apparues dans les vestiaires pour hommes cette fois à Oman : le torse nu est aussi usages sur scène varient, reflétant la vie
de certaines piscines publiques de Montréal, mal vu pour les hommes. À Téhéran, courante dans chaque société. Par ailleurs,
interdisant aux usagers d’enlever leur maillot j’avais pourtant vu dans une pièce dite le choc de l’immigration, dans un nouveau
de bain pour se doucher ! Cela fait suite à expérimentale un travail corporel mettant pays aux mœurs plus libres, demande
des plaintes provenant de pères d’origine en scène des hommes ne portant qu’un une adaptation qui peut être parsemée
étrangère, venus avec leur jeune fils et ne slip. Bras, jambes et torses étaient nus, et d’embûches. Les internautes ont beau avoir
voulant pas l’exposer à la vue d’un sexe la chevelure se portait longue, à la hippie. accès à des images de chevelures féminines
adulte... Or, évidemment, priver un garçon Les comédiennes qui les accompagnaient et de peaux nues (encore que le Web soit
de la vue d’un corps nu, fût-il masculin, est étaient cependant soigneusement couvertes. souvent censuré dans les pays musulmans),
une bonne recette pour susciter l’obsession. Mais à Oman, lors du Festival de théâtre elles ne se comparent pas à la vision directe
arabe de décembre 2015, ne voilà-t-il pas de personnes en chair et en os, dont le corps
que dans Bagdad Hammam, qui se passe entier semble constituer pour certains une
dans un bain public irakien, les deux acteurs invitation au libertinage et au harcèlement. •
masculins qui constituaient la distribution
ont dû porter des T-shirts couleur peau.
2. Voir mon article « Paradoxes émiratis », dans Jeu 143, 2012.2, Bagdad Hammam, présenté au Festival du Et, chose extraordinaire, ils ont passé deux
p. 159-161. théâtre omanais à Nizwa (Sultanat d’Oman).
heures à discuter en se savonnant le T-shirt ! JEU 159 CHRONIQUES | 9COURS
DE JEU
NIVEAUX
débutant,
avancé,
professionnel
quatsous.com
é té
2016
Stage destiné aux
ENSEIGNANTS
PÉDAGOGIE | Transmettre les règles de l’art
er1 au 4 août
Stage
INTENSIF D’ÉTÉ
JEU corporel
HORAIRE, 6 au17 juin
DESCRIPTION DES COURS Grands partenaires
ET INSCRIPTION
mimeomnibus.qc.ca/ecole
RÉSIDENTE D’ Espace Libre | 1945, RUE FULLUM, MONTRÉAL QC H2K 3N3
ecole@mimeomnibus.qc.ca23299_Publicité JEU_HR.pdf 1 2016-01-13 10:34 AM
Nous parlons le même
langage que vous
Siège social
215, rue Saint-Jacques Ouest, Bureau 200
Montréal (Québec) H2Y 1M6
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CRÉER, DOMINER
écris de chez les moches, pour elle permet au milieu culturel (qui se veut
les moches, les vieilles, les progressiste) de reconduire, voire de valider la
camionneuses, les frigides, les norme, et d’attribuer les moyens de production «J’ mal baisées, les imbaisables, sans jamais se préoccuper d’équité.
les hystériques, les tarées, toutes les exclues du
grand marché à la bonne meuf. Et je commence Or, ce qui appauvrit l’imaginaire comme le
par là pour que les choses soient claires : je ne réel, ce n’est pas qu’une parole soit située
m’excuse de rien, je ne viens pas me plaindre. » socialement, mais bien de n’accéder qu’à un
petit nombre de récits : ceux dont un homme
C’est sur ces mots que s’ouvre King Kong Théorie blanc est le héros inconditionnel ou qui ont
de Virginie Despentes (Paris, Grasset, 2006). été créés par un homme blanc. Pourquoi donc
Sa coutumière frontalité reste provocatrice, tant il serait-il impossible de concevoir et surtout de
est peu habituel que soit ainsi nommé d’où une recevoir des récits autres ? Et d’où vient cette
autrice parle et à qui. Libératrice aussi, parce idée que nos œuvres, si nous accédions à
qu’elle dénoue les injonctions subies du seul fait l’égale possibilité de les créer et les diffuser,
d’être femme, et que Despentes fait sienne cette seraient moins nuancées et moins complexes ?
place inconfortable qu’elle n’a, à plus d’un titre, Le fait que, trop souvent, nous soyions des
pas choisie. clichés dans vos narrations ne veut en rien dire
que nos récits le seront.
Créer en étant femme, c’est se voir, encore,
Dinaïg Stall. © Yann Ontsa-Ontsa
réduite à une fi gure essentialisée de l’al- Créer en étant femme, c’est tenter d’ouvrir un
térité. Nous serions toujours déjà l’Autre, espace de rencontre malgré les assignations
par essence. Notre parole, quand on nous un homme était mieux placé pour parler de notre contradictoires qui informent déjà la réception
expérience, et sa distance, la garantie d’un geste la laisse, est en butte à ce constant para- de notre œuvre. Toujours entre colère et
doxe : celle d’être toujours trop spécifi ée esthétique véritable, sans pathos ou colère – ou découragement, j’aspire moi aussi à ce que
toute autre émotion dont il semble acquis qu’elle – comme si nous étions incapables d’accéder Despentes semble avoir atteint : la fi n du
à l’universalité, idéal d’ailleurs questionnable – est, artistiquement et politiquement, sans intérêt. tremblement – et je pense ici à Virginia Woolf :
Comme s’il était possible, aussi, de représenter « Le jour viendra-t-il où je supporterai de lire mes tout en étant assimilée à une identité générique –
comme si nous n’étions pas non plus capables sans interpréter. propres écrits imprimés sans rougir – trembler et
avoir envie de disparaître ? » Loin de moi l’idée d’avoir une voix unique. Les univers artistiques
que nous déployons seraient trop étriqués et pas Comment s’étonner, dès lors, qu’il soit encore que les hommes artistes ne sont jamais inquiets
rare qu’une artiste se revendique féministe ou traversés par la crainte de l’imposture. Mais assez personnels à la fois.
quand son seul genre suffi t à ce que son ils ne le sont pas parce que hommes.
Face à ce constat, il est tentant de gommer notre œuvre soit dépréciée ? L’inquiétude est grande
genre, de s’essayer à ne parler que d’humanité de subir une invisibilisation accrue, de voir Il nous faut, de toute urgence, nommer avec
honnêteté l’endroit d’où nous parlons et travailler partagée. Mais que l’on ne s’y trompe pas : autres son travail relégué au rang de « niche » ne
nous sommes et resterons. Toute créatrice pouvant intéresser que quelques convaincues. à ce que toutes les voix soient entendues.
voyant son œuvre qualifi ée de pièce (fi lm, etc.) Force est de constater qu’au sein même du Plusieurs s’élèvent en ce moment, ne les
« de femme » le sait. En somme, être gender- combat pour une égale visibilité, la voix d’un « silencions » pas. Et qu’il me soit permis
d’emblind – ou color-blind, car il y a aussi fort à seul homme est plus écoutée et valorisée que prunter à l’autrice nigériane Chimamanda Ngozi
dire sur l’invisibilisation constante des artistes celles de ses consœurs luttant pour leur propre Adichie ces mots essentiels : « Stories matter.
racisé(e)s – est un privilège d’homme blanc. Many stories matter. » (« Les histoires comptent. reconnaissance. Il paraît plus légitime et son
geste, plus noble parce que « désintéressé ». Beaucoup d’histoires [différentes] comptent. ») •
Ce doute sur la validité de notre parole touche
jusqu’au récit de nos propres histoires, dont Mais cette idée est fallacieuse et occulte le Dinaïg Stall
nous peinons à rester les sujets. Bien que la fait que, pour paraphraser Christine Delphy
lutte pour se voir représentées porte ses fruits (Classer, dominer : qui sont les « autres » ?,
Metteure en scène et marionnettiste, et qu’un nombre croissant de personnages Paris, Éditions La Fabrique, 2008), la place
Dinaïg Stall dirige le DESS en théâtre féminins intéressants et complexes voient le jour du dominant n’est pas une non-place. La
de marionnettes contemporain à confi scation de nos paroles est structurelle, au théâtre comme ailleurs, mieux vaut, pour
l’École supérieure de théâtre de être mises en lumière, que ces femmes fi ctives elle a des effets symboliques et matériels : elle
l’Université du Québec à Montréal.refl ète et maintient une asymétrie de pouvoir ; sortent d’une imagination masculine. Comme si 12 | DOSSIER: SEXE JEU 159
Puisqu’il est partout, et donc sur nos scènes,
puisqu’il nous occupe et nous obsède, pourquoi
ne pas y réfléchir un peu ? Le sexe dans le
théâtre québécois contemporain est-il audacieux,
pudique, libre, politique, créatif, convenu ?
État des lieux de ce que nous lui faisons dire
et de ce qu’il dit de nous.
SEXE
Sara Dion
Ah ben, c’est le festival de la flot de bruits, de mots, d’images érotiques
fellation, cette année. » Voilà et pornographiques ? Qu’apprenons-nous,
comment ce dossier est né. C’était individuellement et collectivement, en
en 2015, je lisais les textes soumis examinant nos pudeurs et nos obsessions, ce «pour un concours d’écriture dramatique, que nous révélons et ce que nous taisons ?
et la moitié avait un bon fond de sexualité.
Pas « un peu d’érotisme » : un parcours
initiatique de parties de fesses ; des fellations SUJET PIÉGÉ
en nombre assez élevé pour y voir un Parler de sexe, c’est susciter à la fois de la
nouveau signe de ponctuation ; des dialogues gêne, des blagues et du contenu riche, mais
lubrifiés, haletants, à se demander comment c’est aussi se piéger. Parce que le sexe est
les comédiens allaient bien pouvoir dire leur un sujet bien étrange, d’une complexité En faisant ce dossier, nous avons dû établir
texte s’ils avaient sans cesse une langue ou admirable. Thème vieux comme le monde et réitérer qu’il était inintéressant de nous
un sein dans la bouche. Le soir même, le dont nous n’arrivons manifestement pas positionner moralement sur la quantité et
hasard faisait bien les choses, et je sortais à faire le tour, il nous occupe de manière la nature du sexe sur nos scènes. Que nous
d’un théâtre en me demandant pourquoi les prodigieuse, de nos conversations privées devions nous prémunir contre la tentation
scènes de sexe sont souvent peu crédibles, aux gadgets, vêtements et médicaments du racolage et de la trivialité, sans pourtant
drôles malgré elles ou insipides. Le contraste, consommés, des contenus consultés aux bouder notre plaisir. Qu’il nous fallait éviter
voire l’incompatibilité, entre ces deux pôles études produites, des thérapies suivies aux les glissements chastes vers, par exemple, la
d’un même art soulevait des questions, qui lieux fréquentés. Il est source de jouissances, nudité artistique ou le sentiment amoureux.
n’ont fait que se multiplier depuis. de rires et de vie, mais aussi d’angoisse, de Qu’il ne serait pas question d’agressions, de
manque et de cruauté. Nous assimilons la chantage sexuel ou de la représentation du
Sous quelles formes le sexe se trouve-t-il sexualité à ce que nous avons de plus intime viol, qui n’appartiennent pas au domaine
sur nos scènes ? Quand brille-t-il par et hormonal, mais aussi à notre construction de la sexualité, mais à celui de la violence.
son absence ? Comment, aujourd’hui, au comme être social et public. Elle est à la fois Qu’il fallait assumer une part de subjectivité
Québec, les artistes se dépêtrent-ils avec le décomplexée et taboue, célébrée et censurée, révélatrice et compromettante. J’oserais dire
sujet, l’acte, le discours ? Les arts vivants selon des règles mouvantes qui défient que nous avons partiellement réussi. Si le
peuvent-ils ajouter quelque chose de fertile, parfois la logique. tout a effectivement été fait avec rigueur,
artistiquement et socialement, à l’incessant plaisir et authenticité, vous croiserez des JEU 159 DOSSIER: SEXE | 13
traces de violence latente ou manifeste, tant avec des artistes au sujet des libertés et des
Catherine Chabot. © Kelly Jacob
elle est parfois inextricablement mêlée à la limites du sexe dans les théâtres d’objets et
sexualité, des sous-entendus où s’invitent de marionnettes ; Nathalie Claude profite de
des jugements de valeur, ainsi que des jeux l’absence de sexualité entre femmes sur scène de l’acte sexuel, mais surtout aux façons
de mots discutables. pour se livrer sur l’invisibilité généralisée des d’en faire un acte théâtral riche. Myriam
lesbiennes au théâtre. Daguzan Bernier s’intéresse aux nombreuses
occurrences de la masturbation, littérale et
UNE BELLE BROCHETTE Dans son article, Laïma A. Gérald fait métaphorique. Catherine Chabot expose sa
(PUISQU’ON EN PARLE) dialoguer les pratiques et discours artistiques pratique d’auteure, détaillant la vision de la
En ouverture de dossier, quatre courts textes de Nicolas Berzi, d’Andréane Leclerc et de sexualité ayant nourri, entre autres, Table
ont été réunis pour lancer des réflexions sur la compagnie Carmagnole, qui se jouent des rase, un spectacle qui a pris le public et la
des sujets singuliers : Michelle Chanonat conventions. Gilbert Turp réfléchit à ce que critique par surprise en 2015. Finalement,
fait état de la disparition de la sexualité dans « jouer le sexe » signifie pour un comédien, Christian Saint-Pierre signe un compte
les spectacles jeunes publics ; Alexandre alors que je me penche sur le « sexe à dire », rendu réflexif d’une rencontre orchestrée
Cadieux tente de cerner la compromettante cette langue colorée et sexuée qui remplace entre sept jeunes auteurs gais : perçoivent-ils
position du critique professionnel lorsque le parfois le geste. Solène Paré réfléchit en la mise en scène de la sexualité entre hommes
théâtre lui fait vivre des émotions dans le bas- compagnie d’Alice Ronfard et d’Angela comme un besoin, un motif à éviter, un
ventre ; Ariane Brien-Legault s’est entretenue Konrad aux défis que pose la mise en scène thème inintéressant, une revendication ? •14 | DOSSIER: SEXE JEU 159
MISES EN BOUCHE
Ariane Brien-Legault, Alexandre Cadieux, Michelle Chanonat et Nathalie Claude
Petits mets, parfois Comme les anges, les délicats, composés
d’ingrédients fins, enfants n’ont pas de sexe
inhabituels ou rares.
Michelle Chanonat
Se prennent avec
est un fait de notoriété publique : les la pose d’un condom à l’aide d’un cornichon !
l’apéro, avant que C’garçons naissent dans les choux et les Jean-François Guilbault, de Samsara Théâtre,
filles, dans les roses. Et quand ce n’est pas raconte qu’un diffuseur lui a demandé de les convives se
le cas, c’est un coup de la cigogne. Sexualité rhabiller ses interprètes qui évoluaient dans
et jeune public sont antinomiques. Pas une scène en sous-vêtements. Il est vrai que lancent dans le
question d’expliquer à nos tendres chérubins parler de sexe à 350 jeunes spectateurs qui se
vif d’un repas qui pourquoi et comment ils sont venus au répandent en « beurk » et en « ouache » quand
monde. Craignant de choquer, on élimine. deux comédiens esquissent un geste de s’annonce cochon. On balaie sous le tapis. On se tait. tendresse relève de l’abnégation (ces mêmes
jeunes qui visionnent sur leurs écrans des Se présentent sur le
Pourtant, dans des temps reculés, il y eut images autrement plus crues, mais c’est un
quelques tentatives audacieuses, à compter autre débat).mode de la variété,
sur les doigts d’une main. En 1979, le Théâtre
dans un souci de de Carton présentait Les enfants n’ont pas Le sexe, finalement, c’est comme l’amour :
de sexe ?, une pièce traduite de l’allemand et plus on en parle, moins on le fait. Dans une créer un assemblage
dont le titre original était De ça, on ne parle société où les enfants sont hypersexualisés
pas, qui a tourné pendant 10 ans totalisant dès leur plus jeune âge, soumis à toutes inusité de textures
plus de 1 000 représentations au Canada, aux sortes d’images et de propos pas toujours
et de goûts. Les États-Unis et en Europe. Dans ce spectacle, romantiques, ni l’école ni le théâtre ne se
la sexualité était abordée explicitement, avec permettent d’ouvrir le débat. Si les artistes mises en bouche tendresse, douceur et humour. Malgré cela, étaient tentés de le faire, ils savent très bien
« certains directeurs d’école ont eu peur de que leur spectacle resterait gentiment rangé mêlent le sucré,
perdre leur poste ! », se souvient Jacinthe dans l’entrepôt, au lieu de sillonner les routes
Potvin. Écrit en 1982, le premier texte de du Québec. Il serait facile d’en remettre une le salé, parfois
Jasmine Dubé, Bouches décousues, abordait couche sur le dos frileux des diffuseurs, l’amertume. Elles l’inceste et les abus sexuels. Ce spectacle qui restent soumis à l’approbation des
didactique a demandé beaucoup de prudence enseignants et des parents. Ce qui refroidit sont croustillantes
et a suscité une grande méfiance : les parents une quelconque audace de programmation,
et les enseignants voulaient voir la pièce avant on en convient.ou humides, plus
de la montrer aux enfants. « Le spectacle a
rarement gluantes. fait beaucoup de bruit et la première page La censure (et l’autocensure, encore plus
des journaux, dit Jasmine Dubé, et nous vicieuse) touche la nudité, la sexualité, le Elles ne sont pas
avons même reçu des menaces. » langage, la religion, la race, le corps et la mort.
Que reste-t-il comme sujets présentables ? une fin en soi : elles
Chez les ados, le Youtheatre s’est risqué, Le jardinage, la vie des abeilles (dans sa
titillent, mettent en avec Bang Boy Bang, à parler du viol. Du version expurgée) et les contes de fées ?
Théâtre le Clou, Tu peux toujours danser, Quoique, depuis leur psychanalyse par appétit, lancent la première création de la compagnie, en Bruno Bettelheim, on sache qu’ils peuvent,
1989, abordait sans détour les maladies eux aussi, contenir des sous-entendus le bal et les
sexuellement transmissibles et le sida, se sexuellement explicites. Bon, de quoi on
permettant une audacieuse démonstration de parle ? Du temps qu’il fait ? •conversations.JEU 159 DOSSIER: SEXE | 15
Tu peux toujours danser de Louis-Dominique Lavigne,
mis en scène par Claude Poissant (Théâtre le Clou, 1990).
Sur la photo : Robert Brouillette et Monique Gosselin.
© Sylvain Lafleur16 | DOSSIER : SEXE JEU 159
L’eunuque rattrapé par
la queue
Alexandre Cadieux
devrait à Sacha Guitry cet apho- facile, le critique à la bandaison paresseuse On risme avec lequel bien des artistes s’y abandonnera et se contentera de parler
se plaisent à se gargariser : « Les critiques d’une œuvre « diablement sensuelle ». Le
sont comme les eunuques : ils savent mais ne vrai travail consisterait pourtant à remonter
peuvent pas. » On aime se fi gurer le gardien de son infl ux sanguin à sa cause pour en
du harem de l’art qui, parce que privé de refaire intellectuellement le parcours. La
couilles – Dieu sait s’il en faut pour monter tâche demeure diffi cile, confrontante, et je
sur scène –, se contentera de regarder et de reste positivement marqué par la hardiesse
commenter. Il n’est pourtant pas privé de d’un collègue qui, prenant la mesure de la
désir : « la concupiscence, loin de s’apaiser, performativité de sexes féminins pleinement
devient plus exigeante » chez l’eunuque, exposés dans un spectacle, osa postuler
remarque saint Jean Chrysostome au l’existence d’une « poétique de la fente ».
eIV siècle. Face à un maître de sérail « à qui
on a tout coupé », Voltaire constate pour sa Plus pervers demeure le cas de ces interprètes
part qu’« on lui a laissé ses yeux et ses mains, qui, par leurs traits, corps, postures, voix
et [que] la nature n’a point perdu ses droits ou énergie, suscitent en nous des émois
dans son cœur. Les autres eunuques, à qui on particuliers de nature érogène, peu importe
n’a coupé que les deux accompagnements de le contexte. On lira dans certains articles des
l’organe de la génération, emploient encore odes amoureuses d’un fl agrant sans-gêne, où
souvent cet organe. » Suivant cette logique, l’on sentira peu l’effort de juger un travail.
même castré dans son fauteuil, le critique Être pleinement conscient de nos attirances
disposerait encore de ses facultés à éprouver particulières pourra par ailleurs s’avérer
du plaisir, mais aussi à en donner : sa langue paralysant : devrais-je me taire sur son cas,
demeure l’appendice privilégié pour exprimer de peur que la faiblesse de mon jugement ne
son exigence et faire jouir son propre public, trahisse l’ardeur de mon fantasme ?
amateur des délices fi ns de l’esprit.
Il y a fi nalement ces frémissements diffi ciles
La molle comparaison de Guitry est égale- à défi nir, provoqués par une image, un
ment mise à mal par une réalité biologique mouvement, l’effet d’un éclairage ou la
indéniable : le critique bande, ou alors cadence d’une réplique, qui ne portent pas
mouille. J’exposerai vitement trois cas de de charge sexuelle en eux, mais qui, pourtant,
fi gure où l’analyste, encombré du poids de exciteront le spectateur. Suis-je le seul à Alexandre Cadieux
son enfi èvrement, doit peser la répercussion l’avoir ressenti ? Quelle prédisposition, quel est journaliste
de celui-ci sur son travail. fétichisme ce tremblement révèle-t-il de théâtral au Devoir
moi ? Impossible de l’inscrire dans une et chargé de cours à
Il y a d’abord le traitement des œuvres ayant analyse raisonnée de la représentation, l’École supérieure de
volontairement recours à la sexualité en scène, même s’il s’agit parfois de la secousse la plus théâtre de l’UQAM.
à des degrés divers d’ostentation et selon un forte vécue au contact de l’objet. Il restera
spectre d’usages allant du plus racoleur au une retaille, un reste du discours critique ; ne
plus politique. S’il ne réprime pas rapidement l’ayant pas inscrit ou transmis, on l’oubliera
cet étalage comme relevant du gratuit ou du soi-même. •JEU 159 DOSSIER : SEXE | 17
Vie et mort du Petit Chaperon rouge en 8 minutes ralenties,
mis en scène par Dany Lefrançois (la Tortue Noire, 2005).
© Sara Moisan
les signifi cations possibles de cette action.
Le tout devant un public, averti ou non.
En matière de sexualité et de théâtre, c’est
presque la panacée, non ?
Dans Les Enrobantes, « cabaret décolleté
pour psychanalyste plongeant », la pulpeuse
Lola avait beau être faite de papier mâché,
« elle tenait tous les hommes dans la salle
en haleine », se rappelle Pierre Robitaille,
directeur artistique de Pupulus Mordicus.
Lola, objet du désir de Freud dans la pièce,
permettait de faire advenir des fantasmes,
de les matérialiser, aidant à déboulonner le
mythe du grand homme qui croyait avoir
tout compris. Parce qu’elle imposait des
allers-retours entre le fantasme, la réalité
et la fi ction, l’aguichante marionnette
avait sur le spectateur une emprise encore
plus complexe et polysémique, voire
plus déconcertante, qu’une comédienne
en chair et en courbes. Citant en exemple
l’adaptation de Jacques et son maître de
Milan Kundera, Robitaille ajoute que « la
marionnette permet d’aller plus loin que le
comédien dans l’irrévérence, notamment en cocréateur et manipulateur de la Pire Espèce,
offrant des possibilités que l’on n’aurait pas Olivier Ducas.Avec doigté
avec le corps humain. » Dans cette œuvre,
le duo hybride composé d’un comédien et Pour sa part, le théâtre de la Tortue Noire Ariane Brien-Legault
d’une marionnette permet de représenter la explore avec humour la cruauté et la
démesure du fantasme du protagoniste, qui perversité d’un conte classique dans Vie et tête de Mère Ubu fait un mouvement
se retrouve à pratiquer le Kamasutra avec mort du Petit Chaperon rouge en 8 minutes La de va-et-vient sur le corps de Père
une partenaire possédant des jambes de ralenties. Dans cette courte forme sans Ubu, qui pousse des grognements de plaisir.
12 pieds de long. « Malheureusement, estime paroles, le potentiel charnel des fruits est « C’est bon, garde le rythme ! » ordonne
Robitaille, les spectacles pour adultes qui juxtaposé à celui des objets (corps de poupée Père Ubu à sa femme, qui reprend la cadence
misent sur cette force d’évocation et cette Barbie, dentier, fourrure, drapé rouge). La de plus belle. L’image est explicite, mais le
richesse sont encore marginaux au Québec. mâchoire virile et velue croquera la pomme public s’esclaffe devant le spectacle intime
Je ne crois pas qu’il faille y voir un manque rouge, fraîche et nue : tout le monde aura tout d’une fellation... entre une lavette et une
d’intérêt, mais bien une diffi culté à fi nancer compris et tout ressenti, sans devoir couvrir bouteille. Avec leur adaptation iconoclaste
des projets qui sortent des sentiers battus. »les yeux des enfants ou un sein aventureux. •d’Ubu roi, créée il y a plus de 15 ans, Olivier
En évacuant le corps, le théâtre d’objets Ducas et Francis Monty ont démontré
offre visiblement une représentation du que l’objet ne peut être réduit à son usage
sexe dépouillée de certains risques et pièges : et qu’il permet de véhiculer toutes sortes
fi nis les parties génitales et les problèmes de d’images et de messages, des plus grivois Ariane Brien-Legault est
nudité, la pudeur et la censure, fi ni également au plus symboliques, ou les deux à la fois. fi nissante en communication
le souci d’une mimesis crédible. Peut-on « Il nous est arrivé de présenter un spectacle (journalisme) à l’UQAM, actrice,
même se risquer à dire qu’il reste l’essentiel ? osé où des enfants étaient présents, mais scénariste, journaliste-pigiste chez
Le mouvement, plus ou moins suggestif, la ils ne comprenaient pas les doubles sens Newad et chroniqueuse à CIBL.
charge – érotique, comique, romantique – et que saisissaient les adultes », remarque le 18 | DOSSIER : SEXE JEU 159
Mon fantasme lesbien
Nathalie Claude
suis une entité lesbienne invisible, mais renvoyait mon identité sexuelle, et tout ce que Je ô combien théâtrale. Dommage que cela comporte, j’ai inventé ma propre voix,
vous m’oubliez à sécher dans ma garde- pour exister un peu. C’est principalement
robe. Je ne suis pas banale, j’ébranle depuis dans d’autres milieux artistiques que j’y
mon premier french-kiss l’ordre établi des suis arrivée : la performance, le cabaret, les
choses. Ces dernières années au cinéma, festivals multidisciplinaires m’ont ouvert
à la télévision, sur Internet, nous sommes leurs bras. J’ai créé et joué mes performances
soudainement devenues cool. Intéressantes, solos dans des festivals féministes, queer
voire fascinantes. Rafraîchissant, après et alternatifs à Montréal, à New York, à
notre passé de suicidées, de dépressives, de Toronto, à Ljubljana, à Berlin. J’ai écrit
perverses narcissiques. Ouf, un peu d’air frais. des vaudevilles saphiques pour le cabaret
Mais dans l’univers du théâtre québécois, Le Boudoir (1994-2006). Quand j’ai existé
c’est au compte-gouttes qu’on nous voit comme « lesbienne » sur les planches, c’est
apparaître, même en 2016. Pourquoi ? Alors bien souvent en jouant des hommes : je me
que les autres médias se régalent de nous, suis amusée comme partenaire
fémininles artistes de théâtre font la fi ne bouche. masculin d’autres femmes dans Le Cycle des
Peut-être qu’encore nous dérangeons, nous rois d’Omnibus, où je jouais le prince Hal ;
irritons, nous faisons fuir. Triste constat. Des en étant Alejandro dans le Don Quichotte de
lesbiennes, dans notre société patriarcale et Dominic Champagne au TNM ; au Cirque
misogyne, c’est encore dur à digérer. Peut- du Soleil où je fus le clown Jeeves dans
être que de nous imaginer en chair et en os, Amaluna ces trois dernières années.
sur une scène, est plus cru qu’avec le recul
d’un écran ou d’une feuille de papier ? Je me Je rêve de voir apparaître, sans tambour
demande pourquoi les metteures en scène ni fanfare, plus de mes sœurs sur nos
et auteures lesbiennes n’osent pas parler scènes. Portées par des histoires crédibles
de notre réalité plus souvent. Ont-elles et complexes qui nous montrent sous un
l’impression que les années 70 et 80 ont vidé éclairage nouveau. Car si j’affi rme que c’est
la question ? Ou qu’elles l’ont tuée ? Ou résolument théâtral d’être une femme qui
alors ces artistes ont-elles peur d’être mises aime une femme, c’est, au fond, résolument
au rancart à cause de leur prise de parole ? humain. Le théâtre, n’est-ce pas le refl et
Ne froncez pas le nez, ça existe toujours, artistique d’une humanité, aussi variée
soitmême en 2016. Croyez-moi. elle ? J’ai hâte. J’ai hâte que vous en sachiez
plus sur nous. On en vaut la peine. Un
Il y a longtemps que je me régale d’un théâtre rideau s’ouvre, un personnage lesbien entre
où je ne me reconnais pas souvent. J’ai appris en scène… Frisson… •
à faire avec. Ça m’a nourri, et ça m’a aiguisé
l’imagination. J’ai développé un réfl exe Comédienne, performeuse
naturel qui transpose vos histoires, et qui et metteure en scène,
les remet avec ludisme dans ma perspective. Nathalie Claude navigue
Entre vos lignes, je me suis tricoté ma propre depuis 30 ans entre
réalité. Je vogue comme artiste dans le milieu le théâtre, les scènes
théâtral québécois depuis plus de 30 ans. alternatives, la télévision
Comme je n’y voyais presque rien qui me et le cirque.COURS DE JEU
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JEU 159 MÉMOIRE | 93
FRANÇOIS BARBEAU,
UN FLAMBOYANT HOMME DE L’OMBRE
est en 2011, à l’occasion de la vitrine qu’ils étaient beaux, somptueux, sans pousser Par sa longévité, organisée par l’Association des plus loin l’analyse :C’professionnels des arts de la scène sa vitalité créatrice, « Dans les 20 premières secondes, le costume
du Québec (APASQ) à la Quadriennale de
existe, après, il ne devrait plus exister. sa vision, Prague pour le spectacle vivant, puis en 2014,
Ensuite, c’est au spectateur de s’approprier le
alors que j’étais commissaire de l’exposition
personnage. Pour moi le costume n’a rien à son érudition, François Barbeau, créateur de costumes
voir avec la mode. Je veux faire des costumes
au Centre d’exposition de l’Université son enseignement, justes psychologiquement sur les corps 1de Montréal , que j’ai rencontré François
imparfaits des comédiens. C’est très vivant et François Barbeau Barbeau. J’ai continué de le fréquenter 2pas glamour du tout . »
régulièrement en vue d’une publication dont (1935-2016) la rédaction est presque terminée. Je dois
Son bilan est colossal : 665 productions,
dire que j’étirais le temps pour prolonger a marqué incluant le théâtre, la danse, l’opéra, la
le plaisir de converser avec lui. Sa mémoire
comédie musicale, les variétés et le cinéma. profondément le métier et son érudition étaient fabuleuses : il se
Si Kamouraska, Casse-Noisette, Les
Bellessouvenait de toutes ses productions, des
Sœurs, Léolo, Christine, la reine-garçon, de concepteur de dates, des lieux, des acteurs, du texte, le
Les Liaisons dangereuses, nous reviennent
tout agrémenté d’anecdotes croustillantes et costumes au Québec. plus facilement en mémoire, il ne faut
drôles. Sa voix forte résonnait dans l’atelier,
pas oublier toutes les autres productions
incitant les personnes présentes à commenter Andrée Lemieux sur lesquelles il a travaillé avec toujours
ou à compléter ce qu’il racontait.
la même rigueur. À cela, il faut ajouter
35 mises en scène et l’enseignement, qu’il a
Toute sa carrière, François Barbeau a pesté
2. Toutes les citations sont tirées des entretiens que j’ai eus avec contre ceux qui disaient de ses costumes
François Barbeau au cours des deux dernières années. La Fondation
1. François Barbeau nous a activement accompagnées, la Jean-Paul Mousseau publiera le texte que je prépare, qui sera axé sur
scénographe Louise Campeau et moi, tout au long du processus. sa démarche artistique et son apport fondamental à la profession de
François Barbeau. © Hugues Poirier/Centre Pour voir des images de l’exposition, rendez-vous sur le site de concepteur de costumes au Québec. Un documentaire est également
d’exposition de l’Université de Montréal, 2014 l’APASQ. en cours.

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