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Jeunes créateurs africains

96 pages
Au sommaire de ce numéro : Les Jeunes créateurs africains, portraits de musiciens, d'écrivains et de plasticiens. Entretiens avec les cinéastes David Achkar et Rachida Krim, les écrivains Abdourahman Waberi, Alain Mabenckou et Achille Ngoye, I'éditeur Pierre Astier ainsi que les dramaturges Liazéré et Nocky Djedamoun. Un dossier sur le droit de Cité et sur la littérature beurre et toute l'actualité musicale, théatrale, littéraire et audiovisuelle.
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In memoriam David Achkar 8 Entretien avec David Achkar Les Algériennes ont retenu la leçon 12 Entretien avec Rachida Krim Musiciens originaux: Monique Seka, Sylvianne Cedia, Dindo Yogo 16 Luigi Elongui Errances au pays natal: nouvelles écritures nomades Waberi et Rahamirana: nouvelles fictions 22 Landry-Wilfrid Miampika Entretien avec Abdourahman Waberi 25 Entretien avec Alain Mabanckou 30 Achille Ngoye : un Noirdans la noire 33 Landry-Wilfrid Miampika Confessions: genèse d'un polar noir 34 Entretien avec Achille A. Ngoye Nouvelle création et édition 36 Entretien avec Pierre Astier Liazéré, un jeune dramaturge qui fait entendre les femmes africaines.. 39 Entretien avec Liazéré Matiéristes dans la peinture africaine .4 Jacques Binet André Sanou, matiériste burkinabè 43 Sophie Hoffelt Regards croisés: Pouvoir/Rompre 46 Soeuf Elbadawi

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Hexagone
Droit de Cité: cinq années au service des quartiers Entretien avec Jean-Pierre Masdoua Le Gone du Chaâba : Entretien avec Philippe Ruggia La littérature beure : un cri de haine bourré d'espoir! Patricia Toumi-Lippenoo 49 53 55

Actualité

Musique
Chronique humanitaire au deuxième degré: So Why? Soeuf Elbadawi Mama Sissoko, sa guitare, ses « Amours Jarabi » Sophie Hoffelt 58 60

Théâtre
Théâtre et conte à Ouagadougou Jacques Jouet Pour un théâtre actif Entretien avec Nocky Djedanoum 63 67

Arts plastiques
Modali, le sorcier des signes Soeuf Elbadawi 70

Littérature
lG. Bidima : la palabre, une juridiction de la parole Ibéa Julie Atondi 70

Cinéma
Bhaji à la plage Olivier Barlet 70

Agenda
Les événements des cultures africaines de février Le coin cyber

de février
80 86

Murmures
Les nouvelles des cultures africaines de par le monde 87

Annonces
Les petites annonces du mois 95 Photo de couverture: André Sanou à Bobo-Dioulasso (Ç) Olivier Barlet
Revue publiée avec le concours du Centre national du livre

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Africultures / février 1998

Editorial
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Peinture rupestre Afrique du Sud

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Se lever le matin Dire des mots simples Comme bonjour aux voisins Abdourahman Ali Waberi (L'Oeil nomade, L'Harmattan 1997)

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Si jeunesse il y a, c'est bien sûr dans la nouveauté! Comme nous le disait Abdourahman A. Waberi, «la jeunesse n'est pas liée à l'âge ». C'est donc avant tout de création que nous parle ce dossier «jeunes créateurs », de la nouveauté du regard, de son originalité, de sa recherche. Comme toujours, des coups de cœur, des explorations tous azimuts culturels, sans aucune prétention à l'exhaustivité: nous sommes conscients de nos oublis, de nos limites, dans notre attention aux découvertes, à ce qui émerge, à ce qui est méconnu mais porteur d'avenir... Comme le disait Manu Dibango, «toute création est un peu vampire»: les créateurs africains, par leur quête acharnée de leur origine, nous rappelAfricultures / février 1998

lent mieux que quiconque que toute création n'est que la branche d'un arbre, un petit apport au tronc de la connaissance. Pourtant, s'ils puisent dans le passé les repères du présent, ils restent, voix nomades ouvertes et syncrétiques, déchirés par les enjeux de la modernité. Ce n'est pas sans émotion que nous ouvrons ce dossier en laissant parler David Achkar une dernière fois. « Jeune créateur » s'il en est, David s'est battu de tout son être pour ce premier long métrage qu'il allait commencer à tourner quand la mort l'a emporté. Il restera, après tant d'autres, symbole de l'âpreté de toute création mais aussi de l'extraordinaire difficulté de créer en terre d'Afrique en l' absence d'un réel marché de la 3

culture et du soutien vital des fonds publics. Qu'on me permette enfin, puisqu'Africultures est aussi une création nouvelle s' appuyant sur l'expérience d'une revue plus ancienne, de remer-

cier tous ceux qui font de ce démarrage un succès. Merci de continuer à nous aider à en faire véritablement un outil au service des cultures africaines. Olivier Barlet

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Rédaction décentralisée: Les Pilles F - 26110 Nyons Tel: ++33 (0)475277480 Fax: ++33 (0)4 75 27 75 75 E-mail: barlet@hol.fr Communication: Nathalie Mingedi tél : 01 4793 1845 et Hammouda Chaïb Directeur de la publication: Fayçal Chehat Responsable de la rédaction: Olivier Barlet Responsables éditoriaux: Arts plastiques: Jacques Binet Théâtre: Sylvie Chalaye Cinéma: Olivier Barlet Hexagone: Soeuf Elbadawi Musique/danse: Luigi Elongui Rédaction littérature/édition: Fayçal Chehat et Boniface Mongo-Mboussa 1, rue Lucien Sampaix 75011 Paris tel/fax: 01 4201 38 16 4 Ont collaboré à ce numéro: Sophie Hoffelt, Taina Tervonen, Patricia Toumi-Lippenoo, Jacques Jouet. Rédacteurs associés: Abidjan: Jean-Servais Bakyono Dakar: Baba Diop Alger: Fadela Mezani Madrid: Landry-Wilfrid Miampika New-York: Luc Deschamps Diffusion: Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique F -75005 Paris Amériques : L'Harmattan inc., 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y 1K9 Abonnements: voir dernière page. Vente au numéro: en librairies ou à L'Harmattan.
Tous droits de reproduction réservés, sauf autorisation préalable. n05 - ISBN: 2-7384-6204-9

Africultures / février 1998

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En lisant le numéro d'Africultures

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géants de l' agro-alimentaire français, elle a vu 200 tonnes de feuilles de manioc (commandées et payées) partir en fumée dans les entrepôts de l'aéroport de Roissy. La raison donnée par les agents de douane: les agriculteurs français craignent la présence d'un virus dans les feuilles de manioc. Après la fermeture de leur unité de production, les feuilles de manioc passèrent la frontière et ne constituèrent plus un danger pour les agriculteurs français. Au fait, ces « cultures minoritaires» ne doivent agir que comme des consommatrices passives d'une production culturelle dans laquelle elles sont absentes. Ni le théâtre, ni le cinéma, ni la télévision, bastions de la culture officielle, ne leur sont ouverts. Bien sûr, la culture dominante jette de temps en temps du lest sous forme d'un roman, d'un Bankolé ou d'un Papa Wemba. Mais ces tentatives ne suffisent guère à effacer la négativité de l'image affublée aux Noirs de et en France. L'on peut évoquer deux situations éminemment curieuses: I) Il paie une redevance audiovisuelle pour financer le Service Pu5

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Ce numéro sur « l'image de l'Autre» constitue un remarquable travail de concision. Tous les sujets abordés sont d'un grand intérêt, surtout « Tarentelle noire... » Les difficultés que vous signalez et les erreurs d'analyse montrent bien une volonté, non avouée, d'une « culture dominante» qui refuse, avec une obstination presque maladive, d'accorder aux « cultures minoritaires» des espaces de liberté. Ce n'est pas la manifestation de leur incapacité de s'affirmer et de faire valoir leur image: elles ne possèdent ni ne contrôlent les moyens modernes de communication de masse et des loisirs, ni les circuits de financement. A ce propos, une entreprise française d' agro-alimentaire, entièrement financée par des Arncains, pour le traitement et la commercialisation des feuilles de manioc, vient de fermer ses portes et de s'installer au Cameroun. Après avoir passé avec succès tous les tests, les analyses et les contrôles de tous les services de l'Etat français concernés, cette entreprise n'a tenu qu'une année. Pour avoir refusé l'offre d'absorption par un des

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Africultures / février 1998

blic de l'audiovisuel (radios et télévisions), mais il n'est ni journaliste, ni reporter, ni même animateur. 2) Cependant, il peut travailler à R.F.a. avec l'expresse interdiction d'être vu en Métropole sauf sous forme de morceaux choisis le di-

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manche sur France 3. Ce constat m'emmène à m'interroger sur l'absence dans ce numéro d'Africultures d'une analyse sur l'image du Noir dans les moyens modernes de communication de masse, dans le cinéma, la publicité en France. Le livre de Régis Dubois, Images du Noir dans le cinéma américain blanc, ne peut occulter les efforts réalisés aux EtatsUnis par les Noirs et les Blancs et 6

l'émergence d'un cinéma noir. Que l'image du Noir ait subi une évolution et qu'elle soit profondément marquée par les différentes phases de l'évolution des Noirs dans la société américaine ne sont que des évidences. Au moins, elle, existe, cette image, négative, ou positive... mais elle existe. En France, par contre, le Noir est, mais n'existe pas, dans le sens sartrien de l'existentialisme. Ce n'est qu'un substitut du Blanc. Il agit, vote, décide par l'entremise du Blanc. Le Blanc parle pour lui, pense pour lui et vit pour lui. Il n'a guère besoin d'exprimer ses sentiments par les arts, de se référer à un système singulier de représentations, d'affirmer sa participation au destin national: le Blanc le fait pour lui: son art, sa musique, sa son histoire, son système de représentations, sa technologie, sa morale, ses religions et mêmes ses ancêtres gaulois, tous classés monuments universels, appartiennent aussi aux Noirs. N'y a-t-il là un mensonge. fondamental entre l'affIrmation des droits de l'homme et du citoyen et une pratique politique et raciale cyniquement ségrégationniste? Dans ces conditions, la musique africaine n'apparaît qu'au travers d'un filtre anthropologique qui la marginalise. L'effort tend à préserver la « société française» contre tout « virus» qui peut la rendre « malade», c'est-à-dire la rendre disponible, à l'écoute, d'autres musiques, d'autres cultures. Je suis perplexe en lisant la cri-

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Africultures / février 1998

tique de notre « ami» Ray Lema, sur les « secrets» des Africains. La comparaison qu'il établit n'est pas évidente. Que compare-t-il au juste? La facilité de communication ou la faculté de transmettre un savoir? Toutes proportions gardées, je ne suis pas sûr que l'on communique plus facilement dans les familles européennes que dans les familles africaines. Quant à la faculté de transmettre, un savoir, l'existence et l'organisation des institutions détentrices du savoir, dont l'entrée passe obligatoirement par des initiations, ne favorisent guère la connaissance empirique de l'histoire, de la littérature, de la technologie, de la philosophie ou même de la musique et de la danse. Combien d'enfants européens. puisqu'ils parlent à table avec leurs parents, connaissent vraiment I'histoire de la Seconde Guerre Mondiale ou simplement la musique de Verdi, de Brassens ou les pas de la danse des canards ou de la valse? Ne faut-il pas demander à Ray Lema: combien de fois, muni d'un

magnétophone et d'une caméra, estil parti rencontrer les Anciens dans son village Kongo? Il devra pour cela se dépouiller de toutes ses connaissances extraverties, de tous ses fatras superficiel pour commuID nier avec ces femmes et ces 'i::
hommes qui, au-delà de l'apparence, privilégient l'être... L'Histoire nous apprend que si les

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Africains avaient subi un total « lavage des cerveaux », sans histoire ni référence, ils n'existeraient plus comme peuples. La conservation de ces « secrets », même pour leurs propres enfants considérés comme des transfuges culturels ou des traîtres, s'est avérée indispensable. Pour connaître ces « secrets », nous devons aller, en toute humilité, à la rencontre des Anciens et démontrer notre capacité de garder, à notre tour, le secret. C'est le sens même d'une véritable régénération culturelle.
Kawata Ashentem, Paris

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Rédacteurs associés Africultures cherche dans chaque pays d'Afrique une personne contact à même d'informer la revue des événements et débats culturels du pays et d'assurer des correspondances.
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dossier: Jeunes créateurs africains
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In memoriam

David Achkar
1960-1998

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De ces quelques heures de discussion à bâtons rompus, en juillet 1997 dans un café de la Place de la République, que David Achkar m'avait une nouvelle fois autorisé à enregistrer, j'ai extrait ces questionsréponses où il tente de se définir, lui et sa vision du cinéma. Je retiens de David son accueil et son esprit sans cesse en éveil, les livres qu'il m'a fait découvrir, des classiques grecs à Marc Augé, travailleur exigeant cherchant à comprendre, ouvert à toutes les réflexions, profitant du temps « perdu» pour peaufiner son œuvre. Sa mort frustre car la suite manque: j'attendais ce film qu'il préparait depuis six ans, voir en images ce que ses mots tentaient de dire. Eux seuls nous restent à présent. « Comme c'est dommage... »
Olivier Barlet

Pourquoi faut-il six ans pour arriver à tourner Un Fleuve comme fracture? Le film a été bloqué pour des raisons financières, notamment le retard administratif qu'a pris la Communauté européenne pour réaliser le contrat de production. Le Fond

Sud, l'ACCT, la Coopération, des fonds personnels sont mobilisés mais tant que la Commission européenne ne débloque pas l'argent, on ne peut commencer le tournage: ce serait mettre en péril le film et la production. Ces fonds sont en effet importants pour que l'esthétique du

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Africultures

/ février

1998

film atteigne un niveau acceptable pour les télévisions ne se déterminent qu'après avoir visionné les premiers rushs. En attendant, j' essaye de ne pas perdre mon temps en peaufinant l'écriture du film... Ton équipe de tournage est-elle prête? Oui! On devait déjà tourner l'année dernière... Le problème est de conserver l'énergie pour que tout le monde y croie encore! Casting et repérages sont terminés. On a monté l'équipe avec des techniciens français, sénégalais et guinéens. Tout le film a été écrit et pensé en fonction du déplacement de deux personnages dans une voiture de Paris à Conakry. Je suis frappé à quel point les films africains mettent en scène le déplacement. Je pense qu'il s'impose pour certains et va de soi car on est entre Paris et l' Aftique, toujours en mouvement puisqu'il faut même assurer le service après-vente, et parce qu'on est entre deux cultures, avec un chemin à parcourir que beaucoup de réalisateurs font par leur cinéma comme Clando de JeanMarie Teno. Je suis moi-même issu de ce voyage, d'un mélange de sangs et de cultures; j'ai vécu dans quatre pays différents... J'ai envie de raconter ce métissage! Pour moi, le déplacement signifie que rien n'est fixe, que tout reste à construire. Je l'emploie comme moyen d'expression pour signifier

notre recherche de repères.

L'expérience du métissage constitue-t-elle la logique interne de ton film? Oui, absolument. Le mouvement 10..... sera d'aller chercher dans son passé. ID ce qui va servir au présent mais ~ aussi de prendre quelque chose 0 dans son présent pour résoudre son l:J passé. Le déplacement géographique dans ce film signifie le be' " soin de voir autre chose, de com- "." pléter les images à disposition. En b,.: somme, un road movie doublé d'un film sur l'imaginaire et d'une histoire d'amour.

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De quel imaginaire s'agit-il ? Le cinéma africain a pêché en croyant créer le mouvement en opposant tradition et modernité alors que les deux se confondent. Restaurer l'imaginaire permet de sortir de cette logique. Un jeune Afticain métis vit à Paris et découvre que le monde dépasse les limites de sa banlieue. Il lui faudra faire le tri dans la réalité africaine d'aujourd'hui entre violence et fantasmes pour se retrouver lui-même. Comment vis-tu le métissage? Je ne m'en gargarise pas comme certains: c'est complexe à vivre. On peut y mettre tout et n'importe quoi, comme en musique. Et le danger est aussi grand que pour ceux qui veulent conserver les choses pures! On rejette facilement une partie de soi-même...

Africultures / février 1998

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