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Journal intime de la Comédie-Française

De
579 pages

La Comédie-Française avait déjà célébré l’avénement du deuxième Empire, avant sa proclamation officielle ; elle avait donné, le 22 octobre 1852, à l’occasion de la rentrée à Paris du prince Louis-Napoléon, président de la République, après le triomphal voyage de Bordeaux, une représentation solennelle qui avait été honorée de la présence de Son Altesse Impériale, de celle des principaux personnages du gouvernement et de la République, et d’une société choisie parmi les plus illustres représentants des arts, des lettres et du grand monde parisien.

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À propos de Collection XIX

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Georges d' Heylli

Journal intime de la Comédie-Française

1852-1871

AVANT-PROPOS

Le véritable titre de ce livre devrait être : la Comédie-Française pendant le deuxième empire. C’est, en effet, le journal même de la Comédie, durant la dernière période impériale, que je publie aujourd’hui.

J’ai choisi cette époque, parce qu’elle est encore assez près de nous pour que j’aie la chance heureuse d’avoir pour lecteurs quelques-uns de ceux que le Théâtre-Français a eus alors pour spectateurs. La génération à laquelle j’appartiens a, en effet, assisté plus ou moins souvent aux représentations dont ce volume raconte l’histoire ; elle a ainsi pu voir grandir chaque jour les destinées de ce théâtre incomparable qui n’a pas de rival au monde. La période qui s’écoule de 1852 à 1870 a été particulièrement féconde pour la Comédie-Française dont elle a vu la rénovation et la haute fortune1. C’est pendant cette période que le talentdes maîtres actuels de la scène s’est le plus heureusement manifesté et épanoui : Ponsard, Feuillet, Doucet, Laya, Legouvé et surtout Augier, ont alors donné leurs œuvres les plus applaudies et les meilleures ; Émile Augier a même conquis dans l’estime publique, en faisant représenter coup sur coup ses études vigoureuses ou passionnées, une place tout à fait à part et qui, au théâtre, lui fait dominer de très-haut tous ses contemporains. A côté de ces maîtres éprouvés, se sont produits quelques écrivains nouveaux qui devenaient l’espérance de l’avenir en débutant par des succès éclatants : Mario Uchard, de Banville, Pailleron. Manuel, etc.. En même temps, la Comédie-Française transportait à la scène le proverbe le plus émouvant de Musset, et quelques années plus tard elle reprenait avec un succès triomphal le premier drame de Victor Hugo.

Toutes ces œuvres brillantes avaient aussi, pour les faire valoir, une réunion de comédiens sans pareille dans le monde entier. C’étaient, au début de la période qui nous occupe, Samson, Regnier, Geffroy, Provost, MmesBrohan, Plessy et surtout la grande Rachel, interprète admirable, et jamais remplacée, de la tragédie pour toujours morte avec elle. C’étaient encore, mais commençant seulement à arriver à la célébrité, ces comédiens aujourd’hui illustres quise nomment Got, Delaunay, Bressant, MlleFavart ; c’étaient enfin les nouvelles recrues de la jeune troupe d’où sont sortis Worms, Febvre, Thiron, MlleSarah-Bernhardt, surtout Coquelin et même MlleCroizette.

C’est à l’aide du journal qui garde aux archives du Théâtre-Français la trace du travail et des efforts constants de ces éminents écrivains et de ces grands artistes, que ce livre a été écrit. Toutes les pièces nouvelles, les reprises, les débuts, en un mot tous les événements petits et grands qui intéressent sérieusement l’histoire de la Comédie-Française, y ont été successivement par nous notés, commentés, passés en revue. Ce n’est point, par exemple, une étude complète ni approfondie : le cadre restreint de ce travail, qui renferme l’histoire de vingt années en un seul volume, ne nous la permettait pas. C’est seulement l’impression du moment que nous avons voulu nettement conserver, nous bornant à mettre en saillie le point faible qui avait nui à la pièce ou les brillantes qualités qui en avaient assuré le succès. De même pour ceux de ses interprètes qui, novices alors, sont parvenus depuis à une haute et légitime renommée, nous avons dû les prendre au moment même de leurs premiers essais, et noter surtout ici l’effet peut-être moins favorable qu’ils avaient alors produit. Enfin, nous avons cherché à renforcer, autant que nous l’avons pu, nos appréciations et nos dires de l’autorité d’écrivains spéciaux et compétents en citant, tour à tour, Janin, Gautier, Paul de Saint-Victor, Sarcey, Claretie, c’est-à-dire les maîtres de la critique contemporaine.

C’est à la courtoisie et à l’obligeance de M. Emile Perrin que nous avons dû de pouvoir compulser les précieux registres des archives de la Comédie, que notre regrettable et regretté ami Léon Guillard a été autorisé à nous communiquer. Ce pauvre et cher Guillard2, si prématurémentdisparu, avait été tout particulièrement favorable à notre travail que nous lui avions lu au fur et à mesure que nous était remise l’épreuve de chaque feuille et par la suite tout entier. Ce nous est donc un triste plaisir et un devoir bien doux à la fois de rappeler ici la mémoire de cet homme si parfaitement bon et aimable, et à l’érudition duquel tous les écrivains qui se sont occupés des choses du théâtre, pendant ces vingt dernières années, ont dû tant de précieux renseignements et d’utiles conseils.

Septembre 1878.

ÉTAT DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE

A LA FIN DE 1852

ADMINISTRATION :

MM. Arsène Houssaye, directeur, nommé en 1849.
Laurent, contrôleur général.
Verteuil, secrétaire général de l’administration et du comité.
Dubois-Davesne, régisseur général.
Laugier, archiviste1
Offenbach, chef d’orchestre.

SOCIÉTAIRES :

1827. — MM. SAMSON. — A débuté le II avril 1826 dans le Barbier de Séville (Figaro).

1831. — BEAUVALLET. — A débuté le 3 septembre 1830 dans Hanlet, de Ducis (Hamlet).

1835. — GEFFROY. — A débuté le 17 juin 1829 dans Andromaque (Oreste).

1835. — REGNIER. — A débuté le 6 novembre 1831 dans le Mariage de Figaro (Figaro).

1839. — PROVOST. — A débuté le 25 avril 1835 dans Tartufe (Orgon).

1843. — BRINDEAU. — A débuté le 21 mai 1842 dans les Femmes savantes (Clitandre), et le Jeune mari (Oscar).

1845. — LEROUX. — A débuté le 26 mai 1841 dans les Femmes savantes (Clitandre), et le Dépit amoureux (Éraste).

1847. — MAILLART. — Premiers débuts le 14 mars 1838 dans les Rivaux (Derval), et Isabelle (Albert), de Mme Ancelot. — Deuxième début le 18 avril 1843 dans Marie Stuart (Mortimer), et Valérie (Ernest).

1850. — GOT. — A débuté le 17 juillet 1844 dans les Héritiers (Alain), et les Précieuses ridicules (Mascarille).

1850. — DELAUNAY. — A débuté le 25 avril 1848 dans l’École des maris (Valère).

1852. — MAUBANT. — A débuté le 25 août 1842 dans Iphigénie en Auli le (Achiile).

1852. — MONROSE. — A débuté une première fois le 21 juin 1833 dans les Fausses confidences (Dubois), et le Dépit amoureux (Gros-René), et une seconde fois le 11 juin 1846 dans le Festin de Pierre (Sganarelle), et la Ciguë (Pâris).

 

1833. — Mmes NOBLET. — A débuté le 10 juin 1829 dans la Femme jalouse (Eugénie).

1839. — RACHEL. — A débuté le 12 juin 1838 dans Horace (Camille).

1842. — BROHAN (Augustine). — A débuté le 19 mai 1841 dans Tartufe (Dorine), et les Rivaux d’eux-mêmes (Lise).

1845. - DENAIN. — A débuté le 8 juin 1840 dans l’École des femmes (Agnès).

1850. — REBECCA. — A débuté le 1er juillet 1845 dans Mahomet (Palmyre).

1852. — JUDITH. — A débuté le 30 novembre 1846, dans la Fille d’honneur (Emma).

1852. — BONVAL. — A débuté une première fois le 6 avril 1843 dans Tartufe (Dorine), et les Rivaux d’eux-mêmes (Lise), et une seconde fois le 17 juillet 1847 dans Tartufe (Dorine).

1852. — NATHALIE. — A débuté le 15 novembre 1848 dans la Camaraderie (Césarine).

1852. — BROHAN (Madeleine). — A débuté le 15 octobre 1850 dans les Contes de la reine de Navarre (Marguerite).

PENSIONNAIRES :

MM. MIRECOUR, — A débuté le 8 septembre 1829 dans l’École des femmes (Horace).

FONTA. (Voir page 280.)

CHÉRY. — A débuté le 5 juin 1846 dans la Vestale (Marcellus).

BALLANDE. — A débuté le 2 juillet 1846 dans Hamlet (Hamlet), de Ducis.

MONTET. — A débuté le 17 juillet 1847 dans les Fourberies de Scapin (Géronte).

ANSELME (Bert). — A débuté le 2 juin 1851 dans l’École des maris (Sganarelle).

DIDIER (Édouard). — A débuté le 15 juin 1851 dans Gabrielle (Julien).

GUICHARD. — A débuté le 6 août 1851 dans Mithridate (Xipharès).

DELORIS. — A débuté le 12 juin 1852 dans Tartufe (Cléante).

 

Mmes THÉNARD. — A débuté le 18 septembre 1813 dans Tartufe (Dorine), et dans le Jeu de l’amour et du hasard (Lisette).

MOREAU-SAINTI. — A débuté le 30 août 1822 dans la Coquette corrigée (Julie), et Brueys et Palaprat (Mlle de Beauval).

RIMBLOT. — A débuté le 12 juillet 1845 dans Tancrède (Aménaïde).

ALLAN DESPRÉAUX. — A débuté le 27 novembre 1847 dans le Caprice (Mme de Léry).

FAVART. — A débuté le 19 mai 1848 dans Valérie (Valérie).

SARAH-FÉLIX. — A débuté le 24 mai 1849 dans le Misanthrope (Célimène).

FIX. — A débuté le 9 septembre 1849 dans le Verre d’eau (Abigaïl).

THÉRIC. — A débuté le 7 janvier 1851 dans l’École des femmes (Agnès).

BIRON. — A débuté le 24 juillet 1851 dans Tartufe (Dorine).

MARIE DUPONT. — A débuté le 19 août 1851 dans l’Épreuve (Angélique).

SAVARY. — A débuté le 20 août 1851 dans l’École des femmes (Agnès).

JOUASSAIN. — A débuté le 17 décembre 1851 dans Andromaque (Céphyse).

SAINT-HILAIRE. — A débuté le 16 avril 1852 dans Tartufe (Dorine), et les Folies amoureuses (Lisette).

ANNÉE 1852

La Comédie-Française avait déjà célébré l’avénement du deuxième Empire, avant sa proclamation officielle ; elle avait donné, le 22 octobre 1852, à l’occasion de la rentrée à Paris du prince Louis-Napoléon, président de la République, après le triomphal voyage de Bordeaux, une représentation solennelle qui avait été honorée de la présence de Son Altesse Impériale, de celle des principaux personnages du gouvernement et de la République, et d’une société choisie parmi les plus illustres représentants des arts, des lettres et du grand monde parisien. Les artistes du premier théâtre littéraire de l’Europe représentèrent devant cette merveilleuse assemblée, la tragédie de Cinna ; Mlle Rachel, après avoir rempli le personnage d’Emilie, vint dire, en l’honneur du prince, une ode spécialement composée pour la cérémonie par le directeur de la Comédie-Française, M. Arsène Houssaye, ode qui rappelait le voyage de Louis-Napoléon et les paroles si fréquemment répétées depuis, et empruntées à son mémorable discours de Bordeaux : l’Empire, c’est la paix !... Le rideau s’était relevé après la fin de la tragédie, et, sur la scène, tous les artistes de la Comédie portant les costumes des pièces les plus applaudies du répertoire étaient apparus groupés autour de Mlle Rachel, vêtue de blanc, ayant une guirlande de chêne, comme ceinture, et s’avançant lentement sur le devant du théâtre pendant que l’orchestre jouait l’air favori de la reine Hortense, Partant pour la Syrie, qui allait devenir le chant national du nouvel Empire. La grande tragédienne, « éloquente, inspirée, l’oeil en feu...1. » avait récité les strophes enthousiastes d’Arsène Houssaye et la noble assistance avait tout particulièrement acclamé les deux suivantes que Mlle Rachel avait aussi plus spécialement accentuées :

L’Empire c’est la paix !... la paix sera féconde.
Quand Dieu veut que du Nil les flots soient assoupis,
Où le Nil débordait jaillissent les épis,
L’Empire a débordé pour féconder le monde !...

 

L’aigle a repris son vol et plane sur nos champs ;
Sous un ciel radieux la France enfin respire
Et rêve, en souriant, un immortel empire
Qu’un peuple enthousiaste acclame de ses chants !...

Le souvenir de cette illustre soirée nous a été conservé et transmis dans un petit volume publié sous ce titre : Soirée historique de la Comédie-Française (22 octobre 1852) ; Représentation solennelle en présence deS.A. I. Louis-Napoléon2. On y trouve des détails fort curieux sur la représentation, et entre autres, la liste nominative des principaux personnages qui y assistaient. Citons au premier rang la future Impératrice, et sa mère, la comtesse de Montijo et Mlle de Montijo. Les places avaient été naturellement très-disputées, et la spéculation aidant, elles avaient été payées au poids de l’or. Un riche Anglais, lord Gray, n’avait pas payé son fauteuil d’orchestre moins de 450 francs.

Le lendemain, les journaux étaient remplis d’articles pompeux et de relations sans nombre sur cette grande soirée. Le Moniteur, alors journal officiel, constatait - c’était à la fois son devoir et son droit — que S.A.I. avait été accueillie à son arrivée et accompagnée sur son passage par les cris de : Vive l’Empereur !... L’Indépendance belge disait, par la plume de son courriériste Jules Lecomte, que « le voyage de Louis-Napoléon, entrepris par un président, avait été terminé par un empereur. » Quant au Pays, journal officieux et dévoué, il louait sans réserve l’ode de M. Arsène Houssaye qu’avait si bien déclamée Mlle Rachel. « Ces beaux vers, disait l’article, s’inspirent de l’esprit, souvent du texte même de cet admirable discours de Bordeaux dont toutes les phrases circulent par la France comme les mots d’ordre de son avenir. » A la Patrie c’était M. Jules de Prémaray, à la Presse, M. Théophile Gautier, aux Débats, M. Jules Janin, au Constitutionnel, M. Aug. Lireux, au Théâtre, son rédacteur en chef, M. Édouard Fournier qui célébraient à l’envi la haute fortune promise au naissant empire en même temps que les splendeurs de la soirée dramatique donnée en l’honneur du nouvel empereur. Le surlendemain, le prince envoyait, déjà comme impérial remercîment et à la manière des souverains les plus authentiques, son chiffre en diamants à l’auteur de l’ode déclamée devant lui, et un bracelet magnifique à son éminente interprète.

La troupe entière de la Comédie-Française — sociétaires et pensionnaires — avait pris part à cette représentation, et je retrouve avec plaisir, la liste des artistes qui figurèrent dans la cérémonie, et l’indication du costume que portait, ce soir-là, chacun d’eux. Cette nomenclature est bonne à conserver. Elle donnera, assez fidèlement, pour l’époque qui est le point de départ du présent travail, et bien mieux qu’une longue définition, l’emploi de chaque artiste et, en quelque sorte aussi, le rôle qui lui était, alors, le plus familier et le plus favorable.

Les artistes de la Comédie-Française qui entouraient Mlle Rachel, pendant qu’elle déclamait l’ode : L’Empire c’est la paix ! dans la soirée du 22 octobre 1852, portaient les costumes des personnages et des pièces dont le détail suit ;

MM.
Samson. — Mascarille (L’Étowodi).
Beauvallet. — Auguste (Cinna).
Geffroy. — Alceste (Le Misanthrope).
Provost. — Van Buck (Il ne faut jurer de rien).
Brindeau. — Valentin id.
Régnier. — Scapin (Les fourberies de Scapin).
Leroux. — Le marquis de Moncade (L’École des Bourgeois).
Maillart. — Didier (Marion de l’Orme).
Got. — Laflèche (L’Avare).
Delaunay. — Valère (L’École des Maris).
Maubant ; — Cinna (Cinna).,
Monrose. — Cliton (Le Menteur).
Mirecour. — Oronte (Le Misanthrope).
Fonta. — Euphorbe (Cinna).
Chéry. — Maxime (Cinna),
Ballande. — Sextus (Cinna).
Anselme. — Chrysale (Les Femmes savantes).
Quichard. — Xipharès (Mithridate).
Didier. — Glocester (Les Enfants d’Edouard.).
Deloris. — Cléante (Tartufe).
Mmes,
Noblet. — Philaminte (Les Femmes savantes).
Brohan (Aug.). — Mme de Prie (Mllede Belle-Isle).
Denain. — Philaminte (Les Femmes savantes).
Rebecca. — Dona Florinde (Don Juan d’Autriche).
Nathalie. — Arsinoé (Le Misanthrope).
Brohan (Madeleine). — Célimène (Le Misanthrope).
Thénard. — Mme Abraham (L’École des Bourgeois).
Mirecour. — Fulvie (Cinna).
Rimblot. — Andromaque (Andromaque).
Bon val. — Mari nette (Le Dépit amoureux).
Allan. — Mme de Léry (Le Caprice).
Fix. — Abigail (Le Verre d’eau).
Moreau-Sainti. — Hermia (Les Caprices de Marianne).
Théric. — Isabelle (Les Contes de la Reine de Navarre).
Marquet. — Lucile (Le Bourgeois gentilhomme).
Biron. — Lisette (Légataire universel).
Savary. — Cécile (Les Trois époques).
Marie Dupont. — Angélîque (L’Épreuve).
Favart. — Éléonore (Les Contes de la Reine de Navarre).
Jouassain. — Bélise (Les Femmes savantes).

Le répertoire courant se compose alors, comme pièces nouvelles, de Mademoiselle de la Seiglière3 toujours en possession de son grand succès de vogue, de Sullivan, jolie comédie de Mélesville4, des Droits de l’Homme5, œuvre piquante de M. Jules de Prémaray, que Mlle Sarah Félix, l’une des sœurs de Rachel, apporte de l’Odéon à la Comédie-Française pour son deuxième début6. Mlle Rachel, elle-même, se montre avec assez de suite dans ses principaux rôles : Marie-Stuart (7 et II décembre) ; Adrienne Lecouvreur (14, 17 et 28 décembre) ; Phèdre (23 décembre) ; Athalie (26 décembre)... etc.

24 décembre. — Première représentation : Le Cœur et la Dot, comédie en cinq actes, en prose, de M. Félicien Mallefille7.

C’est la première œuvre donnée à la Comédie-Française par cet écrivain distingué, lequel a, cette fois, rompu avec les traditions du vieux drame qui lui ont valu ses meilleurs succès au boulevard8 ; il est passé soudain du noir au blanc, et jamais dramaturge, aussi enraciné et authentique, n’aurait pu être soupçonné d’avoir à son service tant de ressources de gaieté et de si bon et excellent aloi9. Le Cœur et la Dot, c’est l’éternelle histoire de la chasse au mariage, la lutte entre l’amour et les écus. Deux couples sont ici en présence : d’une part, Mme Despériers et sa petite-fille, chaste enfant qui rêve l’amour le plus pur, et sans arrière-pensée, et que les questions de dot et d’argent ne préoccupent guère ; d’autre part, le capitaine Baudrille, vieux loup de mer, matamore fanfaron, pourfendeur pour rire qui cherche à caser, quand même, envers et contre tous, sa nièce Athénaïs, vieille fille dont personne n’a jamais voulu, et dont ne voudra jamais personne. Ces deux groupes intriguent, se démènent et se remuent à qui mieux mieux, pour arriver à leurs fins ; tous les moyens leur sont bons, rien ne les effraye ni ne les arrête, mais leurs finesses les plus rusées échouent et l’amour triomphe sans s’être mis à ce point en frais !

Deux types fort curieux ressortent au premier plan dans cette amusante comédie : l’un est celui de ce capitaine Baudrille, hâbleur émérite, qui, après s’être vanté d’avoir tué tant de monde, est obligé, en fin de compte, de reconnaître qu’il n’a jamais tué personne. Mais ce caractère, vrai d’abord, et d’une grande gaieté, est malheureusement poussé à l’exagération ; l’auteur a fait à la longue, de ce Baudrille, un homme trop misérable et trop coquin. On s’était beaucoup amusé de lui, mais la dégradation progressive de son personnage finit par inspirer plus de répugnance et de dégoût que de véritable gaieté. L’autre type est celui de la servante Nanon, qui n’a des soubrettes de l’ancien répertoire que la verve et l’esprit. C’est un caractère tout particulier que celui de cette « chercheuse, » ainsi qu’on l’a surnommée, qui est bien la plus fine mouche du monde, se mêle de tout sans en avoir l’air, furette partout, et débrouille les écheveaux les mieux embrouillés. La pièce lui doit son dénoûment, Baudrille ses déconvenues, et Mlle Despériers son bonheur.

Je me suis étendu un peu longuement sur cette comédie si plaisante et dont le mérite littéraire n’est point non plus à dédaigner. Le style en est brillant et incisif, le dialogue plein de vivacité, les caractères fortement tranchés, les détails charmants, surtout pendant les trois premiers actes. La situation se prolonge, en effet, trop longtemps10, car l’action ne progresse plus à partir du quatrième acte. Mais, le jeu des artistes aidant, le Coeur et la Dot a obtenu un très-sérieux succès. M. Got a fait du matamore Baudrille l’une de ses créations les plus originales et les plus amusantes, et Mlle Augustine Brohan a encore ajouté à l’esprit et à la finesse de Manon, la chercheuse.

ANNÉE 1853

1er JANVIER. — Rentrée de Mlle Judith dans les Femmes savantes (Henriette) ; Mlle Sarah Félix continue ses débuts par le rôle d’Armande. Mlle Judith avait été tenue assez longtemps éloignée du théâtre par une grave indisposition.

8 JANVIER. — L’Empereur assiste1 à la représentation de Louise de Lignerolles2. Le personnage de Louise, qu’a créé Mlle Mars, est l’un des rôles du répertoire moderne qui conviennent le mieux à Mlle Rachel, et aussi l’un de ceux qu’elle préfère. Elle l’a joué pour la première fois, le 6 mai 1852, et elle y a toujours produit un grand effet3. Ce drame, qui n’est pas excellent4 mais qui, toutefois, a de l’intérêt et de l’émotion, donne de fortes recettes ; cependant Mlle Rachel ne l’a joué que treize fois à la Comédie-Française. M. Geffroy a repris, a côté d’elle, le rôle du colonel de Givry qu’il a créé. Il est d’ailleurs, dans cette reprise, le seul artiste qui date de la création de la pièce.