L'industrie du livre en France et au Canada

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Face à une industrie du livre en crise, voici un questionnement pour tous ceux qui s'intéressent au domaine de l'édition. Comment répondre à la concentration de l'industrie du livre ? Quel avenir pour les petites maisons d'édition, les petites librairies ? Quel avenir pour le livre lui-même ? Quel rôle de médiateur et promoteur pour l'Etat ?
Publié le : dimanche 1 juin 2008
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EAN13 : 9782336274232
Nombre de pages : 251
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Christine Evain Frédéric Dorel

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Perspectives

L' Harmattan

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L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique;
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

75005 Paris

ISBN: 978-2-296-05699-2 EAN : 9782296056992

Nous souhaitons remercier toutes celles et ceux que nous avons interviewés pour le présent ouvrage et qui nous ont généreusement accordé un temps précieux. Sans leur apport riche en expérience et en analyse nous n'aurions sans aucun doute pas été à même de restituer la réalité des situations souvent critiques que nous abordons. En particulier, nous remercions Nic Diament de La Joie par les livres en France et Jim Douglas au Canada, qui nous ont spontanément ouvert leurs précieux carnets d'adresses, Fabrice Piault de Livres Hebdo, qui a consacré du temps et de l'énergie à la relecture de ce livre, et enfin Luc Pinhas de l'Université Paris XIII, qui en a écrit la préface. Puis, par ordre alphabétique: Pierre Astier (agent), Margaret Atwood (auteur), Marie-Hélène Baron (Bibliothèque de Centrale Nantes), Michelle Benjamin (Pole Star, Raincoast), Olivier Bessard-Banquy (Université Bordeaux III), Roberta Cinni (Bologna Book Fair), Louise Dennys (Random House Canada), Jim Douglas (Douglas & McIntyre's Canada), Colette Gagey (Bayard Jeunesse), Etienne Galliant (Alliance des Editeurs Indépendants), Douglas Gibson (McClelland & Stewart Canada), Scott Griffin (Prix Scott Griffin), Guillaume Husson (BIEF), Brian Lam (Arsenal Pulp Press Canada), Michelle Lapautre (agent) , Rowland Lorimer (Publishing Programme à SFU), Alberto Manguel (auteur), Jean-Yves Mollier (Université Saint Quentin en Yvelynes), Sylvain Neault (Librairie du Québec Paris), Stephen Osborne (Arsenal Pulp Press, GEIST), Hedwige Pasquet (Gallimard-Jeunesse), Margaret Reynolds (Association of Book Publishers of British Columbia), Christian Roblin (SOFIA), Rob Sanders (Greystone & McIntyre's Canada), Anne-Lise Schmitt (AILF), Marc Vanderhagen (FNAC Nantes), Josée Vincent (Université de Sherbrooke). Merci également à tous ceux que nous avons croisés trop rapidement au cours de cette étude, notamment au cours de salons ou d'autres manifestations autour du livre, que ce soit en France ou au Canada, et qui ont su nous orienter efficacement.

Préface Luc Pinhas Si la dimension comparatiste a commencé à se développer au cours des dernières années dans le domaine de l'histoire du livre et de l'éditionl, elle reste encore peu présente dans le champ de la socio-économie de l'édition contemporaine. Pourtant, malgré les avancées de la mondialisation, les différences restent souvent notables d'un modèle éditorial à l'autre, tout au long de la chaîne de production et de commercialisation du livre et engendrent parfois malentendus ou difficultés de compréhension entre acteurs ou analystes d'horizons dissemblables. L'ouvrage que proposent Christine Evain et Frédéric Dorel vient donc, de ce point de vue, contribuer à combler un manque et appelle à de nouvelles recherches qui prennent en considération d'autres aires culturelles. Le cas du Canada, sur lequel se penchent les deux auteurs pour le rapporter à la situation française, est particulièrement complexe puisque coexistent au sein du même ensemble fédéral deux industries culturelles distinctes, l'une tournée essentiellement vers le monde anglophone, l'autre fort logiquement sensible au tropisme francophone. Les deux ont toutefois en commun de ne s'être développées que fort tardivement tant les marchés du livre locaux ont été longtemps comme «colonisés» par les grandes puissances culturellement et linguistiquement proches, Grande-Bretagne, Etats-Unis et France, et en restent par bien des traits dépendants. L'on sait ainsi que, jusqu'aux années 1960, 85 à 90% des livres commercialisés dans la Belle Province provenaient encore de l'Hexagone et Josée Vincent a montré2 de manière détaillée toutes les difficultés de l'édition québécoise pour tenter au cours des dernières décennies de s'implanter sur le territoire français. Il n'en est guère allé autrement dans les provinces anglophones du Canada, ainsi que le signale Carole Gerson: « L'édition canadienne est toujours à défendre. Comme tous les petits pays de langue anglaise, le Canada anglophone a du mal à promouvoir une culture indépendante face au flux médiatique constant provenant des Etats-Unis3 [...] ».

1

Cf. notamment Michon Jacques et Mollier Jean-Yves, Les Mutations du livre et de

l'édition dans le monde du XVIIf siècle à l'an 2000, Sainte-Foy/Paris, Les Presses de l'Université Laval et L'Harmattan, 2001. 2 Josée Vincent, Les Tribulations du /ivre québécois en France, Québec, Nuit blanche éditeur, 1997. 3 Carole Gerson, « The Question of a National Publishing System in English-Speaking Canada: As Canadian as Possible, under the Circomstances », dans Michon Jacques et Mollier Jean-Yves, Les Mutations du /ivre et de l'édition dans le monde duXVIIJ: siècle à l'an 2000, p. 305.

9

Sans doute la situation a-t-elle aujourd'hui évolué sous l'effet des politiques publiques menées depuis les années 1960-1970, tant par Ottawa que par Québec, et a-t-elle permis au champ éditorial canadien d'acquérir une certaine autonomie et de gagner des parts sur son marché intérieur. L'exportation du livre que produit ce dernier n'en reste pas moins malaisée, et d'autant plus en cas de méconnaissance des spécificités des marchés visés. Inversement, les éditeurs français ne sauraient penser pouvoir s'établir fermement sur le marché québécois, sous prétexte qu'il est francophone, sans en avoir pris en compte toutes les particularités. Le grand intérêt de l'étude menée par Christine Evain et Frédéric Dorel est précisément de présenter l'ensemble des trois marchés éditoriaux et de s'attacher à mettre en évidence leurs différences, dont la liste, d'amont en aval n'est pas négligeable. Ainsi, par exemple, de part et d'autre de l'Atlantique, les caractéristiques de la propriété intellectuelle divergent-elles, notamment en ce qui concerne la définition et la protection du droit moral. Il en résulte des relations distinctes entre auteurs et éditeurs, de même qu'un regard différent sur le rôle de l'agent littéraire. D'une manière similaire, les formes de l'intervention de l'État pour soutenir l'industrie nationale du livre et favoriser la bibliodiversité, comme les modalités de commercialisation, diffèrent d'un territoire à l'autre. Quant à la fixation d'un prix unique pour le livre, chère à la France et à d'autres pays européens, elle ne semble, dans le contexte nord-américain, en passe d'adoption ni par le niveau fédéral, ni par le gouvernement provincial du Québec, ce qui produit des effets sur les paysages de la vente respectifs. Enfin, de manière plus générale, les approches culturelles de chaque population induisent, il faut prendre garde à ne pas l'ignorer, à considérer le fait que le succès d'un ouvrage dans un contexte donné ne signifie aucunement, de manière automatique, sa réussite auprès d'un autre lectorat. Autant de sujets traités, parmi d'autres, dans cet ouvrage qui devrait permettre une meilleure compréhension entre les marchés du livre analysés. Luc Pinhas Université Paris XIII.

10

SOMMAIRE

INTRODUCTION: UN DIALOGUE TRANSATLANTIQUE I. L'INDUSTRIE DU LIVRE EN FRANCE 1.1.La répartition des coûts 1.2. L'évolution de la chaîne du livre 1. Les principaux acteurs 1.1. L' édition 1.1.1. Les grands groupes 1.1.2. Les petites maisons 1.1.3. Les packagers ou l'édition déléguée 1.2. La commercialisation 1.2.1. La diffusion et le système des offices 1.2.1.1. La diffusion 1.2.1.2. Le système des offices 1.2.2. La distribution 1.2.3. La gestion des flux informationnels
1 .2.3 . 1. Di I i co m

19 23 23 24 26 26 27 29 33 35 35 35 38 39 42 44 45 46 58 60

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 42

1.2.3.2. Cyber Scribe
1 .2.3 .3. EI ectre

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 44

1.2.4. La vente au détail 1.2.4.1. Les librairies indépendantes et autres circuits 1.3. Le soutien de l'Etat 1.3.1. La loi Lang

1.3.2.

La loi du 1er juillet 1992relativeau Code de la propriété

inteIlectueIle. 61 1.3.3. La loi du 18juin 2003 61 1.3.4. Le ministère chargé de la culture 62 1.3.4.1. La Direction du livre et de la lecture (DLL) 62 1.3.5. Le Centre national du livre (CNL) 63 1.3.5.1. Aides aux auteurs 64 1.3.5.2. Aides aux éditeurs 64 1.3.5.3. Aides à la vie littéraire 65 1.3.6. Les Directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et les Centres régionaux du livre (CRL) 65 1.3.7.La Fédération interrégionale du livre et de la lecture (FILL)... 65 1.3.8. Le ministère des Affaires Etrangères (MAE) 66 1.4. Les organisations professionnelles 67 1.4.1. Les groupements de distributeurs 67 Il

1.4.1.1. Le Syndicat de la librairie française (SLF) 67 1.4.2. Les groupements d'éditeurs 69 1.4.2.1. Le Syndicat national de l'Édition (SNE) 69 1.4.2.2. Le Bureau international de l'édition française (BIEF) 70 1.4.2.3. Le Centre d'exportation du livre français (CELF) 70 1.4.2.4. La Centrale de l'édition 70 1.4.3. Les groupements d'éditeurs au niveau européen 71 1.4.3.1. La Fédération des éditeurs européens (FEE/FEP) 71 1.4.3.2. L'Vnion Internationale des Editeurs (VIE/IPA) 71 1.4.3.3. L'Agence Internationale ISBN 71 1.4.4. Les groupements d'écrivains 71 1.4.4.1. La Maison des écrivains 71 1.4.4.2. La Société Française des Intérêts des Auteurs de l'Ecrit
( S 0 F lA ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 73

1.4.4.3. La Société des Gens de Lettres (SGDL) 1.5. Les agents 1.5.1. Michelle Lapautre 1.5.2. Pierre Astier 1.5.3. Les agents vus par les professionnels du livre 2. Les principaux secteurs 2.1. La littérature 2.2. Les sciences.. ... ...... ... ...... ... ... ...... 2.3. Livres pratiques et beaux livres 2.4. La bande dessinée et les mangas 2.5. Le livre scolaire et parascolaire 2.5.1. Les prescripteurs pour le livre parascolaire: l'exemple du ministère de l'Education nationale 2.6. Les éditions pour la jeunesse 2.6.1. Les prescripteurs pour l'édition jeunesse: l'exemple de «La Joie par les livres » 2.6.2. La littérature pour la jeunesse vue par la presse 2.6.3. La fiction dans la littérature de jeunesse 2.6.4. Le livre de poche en littérature de jeunesse 2.6.5. Le livre pour la petite enfance 2.6.6. Le livre documentaire 2.6.7. La diffusion de représentation 2.6.8. L'ouverture vers l'international 2.6.9. La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse 3. L'environnement 3.1. Les medias 12

74 75 77 78 79 79 80 81 83 83 85 86 86 87 89 89 89 90 90 90 90 91 91 92

3.1.1. Joumaux et magazines 93 3.1.2. Les émissions littéraires 97 3.1.2.1. Programmes télévisés 97 3.1.2.2. Programmes radiophoniques 99 3.2. La rentrée littéraire 99 3.3. Les prix et les concours littéraires 101 3.4. Les institutions 102 3.4.1. L'Académie française 102 3.4.2. Les bibliothèques 102 3.4.2.1. La Bibliothèque publique d'information (BPI) : la bibliothèque du Centre Pompidou. 103 3.4.2.2. La Bibliothèque Nationale de France 104 3.4.2.3. L'Association des bibliothécaires de France (ABF) 104 3.4.2.4. Initiatives de numérisation et projets de bibliothèques numériques européennes 105 4. Ce que disent les faits et les chiffres 109 4.1. Une situation préoccupante 109 4.2. Une maîtrise inégale de la production et une baisse des tirages... 110 4.3. La perte de vitalité des différents secteurs III 4.4. L'évolution des maisons d'édition III 4.5. Les éditeurs étrangers 112 4.6. Les auteurs étrangers et la traduction 112 4.7. Le repli de la distribution 114 4.8. Un développement limité de l'exportation 114 Conclusion: « des locomotives sans wagons» 115 II. L'INDUSTRIE DU LIVRE AU CANADA. DEUX MONDES: CANADA ANGLOPHONE ET QUEBEC 117 I. L'IMPULSION NATIONALE AU CANADA ANGLOPHONE: UN DYNAMISME LITTERAIRE ET EDITORIAL QUI REMONTE AUX
ANNEES 1970.. ... ...... ......... ... ... ... ... 119

I. Les principaux acteurs I. I. L' édition 1.1.I. Les petites et les grandes maisons: historique 1.1.1.1. Anansi Press 1.1.1.2. McClelland & Stewart 1.2. La commercialisation 1.2.1. La diffusion 1.2.2. La distribution 1.2.2.1. La gestion des flux informationnels 1.2.2.2. Les systèmes informatiques 13

121 122 124 125 126 129 130 130 131 131

1.2.3. La vente au détail 1.2.3.1. Les librairies indépendantes
1 .2.3.2. Les

132 133

we brai ri es. . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . .. . . . ... . . . . . . .. . ... .. . ... . . . . . . . .. 133

1.3. Le soutien de l'Etat 134 1.3.1. Les programmes d'aide 136 1.3.1.1. Le Conseil des arts du Canada (The Canadian Council) 136 1.3.1.2. Le ministère du Patrimoine canadien (Canadian Heritage) ... ... ............ ... ... 137 1.3.2. La loi 139 1.4. Les organisations professionnelles 139 1.4.1. L'Association of Canadian Publishers (ACP) 139 1.4.2. Le « Literary Press Group of Canada» (LPG) 140 1.4.3. Les groupements de libraires 141 1.4.4. Les groupements d'écrivains 141 1.4.5. Les groupements américains ouverts aux Canadiens 142
1 .4.6 . Les bib Ii 0 th èq u es. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143

1.5. Les agents 2. Les principaux secteurs 2.1. La littérature 2.2. Les sciences humaines, sociales et techniques 2.3. Arts, sports, beaux Iivres et livres pratiques
2 .4. La ban

143 146 146 147 147 148 149 150 150 152 154 155 sur 160 162 163 164 165 167 168 168

d e de s sin ée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14 7

2.5. Le livre scolaire et parascolaire 2.6. Les éditions pour la jeunesse 3. L'environnement 3.1. L' événementiel
3 .2. Les m éd i as

... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 152

3.2.1. Journaux et magazines 3.2.2. Les émissions littéraires 3.2.3. Les prix et les concours 3.2.4. L'impact des prix, des sélections et des listes de best-sellers les ventes 4. Comment conclure sur le Canada anglophone? 4.1. Exportation des auteurs et production nationale 4.2. L'implication des acteurs de la chaîne du livre 4.3. Pérégrinations depuis les années 1970
4.4. Le sou ti en del ' Etat.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . .. 166

II. L' ESSOR QUE BEC 0 IS. 1. Les principaux acteurs 1.1. L'édition 14

1.2. Les grands groupes 1.3. Les petites maisons 2. La commercialisation ... 2.1. La diffusion et la distribution 2.2. La vente au détail 2.2.1. Les librairies indépendantes
2.2. 1 .1 . Statut.

...

170 173 175 175 176 176 177 178 179 179 179 180 181 183 183 184 184 185 185 185 188 188 189 191 191 192 192 193 193 193 193 195 195 195 196 du 196

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 76

2.3. Le soutien de l'Etat 2.3.1. La loi 2.3.1.1. Agrément des distributeurs 2.3.1.2. Agrément des éditeurs 2.3.1.3. Agrément des libraires 2.3.1.4. Droits d'auteur- Littérature et écriture dramatique 2.3.2. Le ministère québécois chargé de la culture 2.4. Les organisations professionnelles 2.4.1 Les groupements d'éditeurs 2.4.2. Les groupements de libraires 2.4.3. Les groupements d'écrivains 2.5. Les agents 3. Les principaux secteurs 3.1. La littérature 3.2. Le roman best-seller 3.3. Les sciences humaines et sociales 3.4. Arts, sports, beaux livres et livres pratiques
3.5.

La ban de dess in ée . . .. .. . .. . ... ... ... .. . . .. . .. .. . . .. . .. .. . . . . ... . . . . . . . .. ... ... ... ... ... ... 190

3.6. Le livre scolaire et parascolaire 3.6.1. Les manuels scolaires 3.6.2. Le domaine parascolaire et les usuels 3.7. Les éditions pour lajeunesse et pour la petite enfance 4. L'environnement 4.1. L'Académie des Lettres du Québec 4. 2. Les médias 4.2.1. Journaux et magazines 4.2.2. Les émissions littéraires 4.2.3. Les prix et les concours 4.2.3.1. Le Salon du livre de Montréal 4.2.3.2. Le prix Québec/Wallonie-Bruxelles de littérature de jeunesse 4.2.3.3. Le prix littéraire ville de Québec (Salon international Iivre de Québec) 15

4.2.3.4. Le Festival littéraire international de Montréal Metropolis
bleu. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197

4.2.3.5. Le Festival de Trois-Rivières 197 4.2.4. Les Bibliothèques 197 4.2.4.1. La Bibliothèque et Archives nationales du Québec 198 4.2.4.2. La Bibliothèque électronique du Québec 198 5. La difficile implantation du livre québécois en France 198 6. Conclure sur le Québec 205 III RE COMMAND ATI0 NS 207 1. Recommandations générales 207 1.1. Fichiers, annuaires et modèles porteurs 208 1.2. Les foires et autres événements d'envergure internationale 209 1.2.1. La Foire de Francfort 210 1.2.2. BookExpo America 211 1.2.3. La foire de Bologne 211 1.2.4. London Book Fair 213 1.2.5. World Book Fair de New DeIhL 214 1.2.6. Le Festival Suisse de Littérature pour l'Enfance et l'Adolescence de Genève 214 1.2.7. La Foire du livre de Bruxelles 214 1.2.8. La Foire du livre de Pékin 214 1.2.9. La Foire du livre du Caire 215 1.2.10. Les Foires de Sao Paulo et de Guadalajara 215 1.2.11. Autres foires en expansion 215 1.2.12. Pour conclure sur le sujet des salons internationaux 215 1.3. Les agents et services internationaux 216 2. Recommandations pour les professionnels canadiens (anglophones et francophones) 216 2.1. Contacts privilégiés, fichiers et annuaires 216 2.1.1. Le « European Book World» (EBW) 218 2.1.2. L'Alliance des Editeurs 219 2.2. Les foires et événements français d'envergure nationale ou intemati onale 220 2.2.1. Le Salon du livre de Paris 221 2.2.2. Les Belles Etrangères 222 2.2.3. Le Salon du livre de la jeunesse à Montreuil 222 2.2.4. Les autres salons 223 2.3. Les agents 225 3. Recommandations pour les professionnels français 225 3.1. Contacts privilégiés, fichiers et annuaires 225 16

3.2. Les foires et événements canadiens d'envergure nationale ou internationale 3.2.1. Le Salon du Livre de Montréal. 3.2.2. Harbourfront 3.2.3. The Word on the Street 3.3. Les agents CO NCL USI ON BIBLlOG RAP HIE... 1. Ouvrages Généraux 1.1. France 1.2. Pays anglophones 1.3. Québec
2. Art icI es Uni vers

227 227 228 228 228 229 235 235 236 237 239 239

ita ire s . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 239

2. 1. France
2 . 2 . Pay s an g lop h 0 n es.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 2 3 9

3. Articles de presse 241 3. 1. France 241 3.2. Pays anglophones 241 3.3. Québec 243 4. Sites Internet ......... ......... 244 4.1. Sites événementiels (salons du livre, etc.) : France, Québec et Canada anglophone (et Etats-Unis) 244 4.2. France 244 4.2.1. Professionnels du livre (éditeurs, libraires, distributeurs, agents, revues professionnelles, etc.) 244 4.2.2. Groupements professionnels (associations d'éditeurs, de libraires, d' écrivains, etc.) 245 4.2.3. Institutionnels ou instances gouvernementales 245 4.2.4. Autres sites (radios, encyclopédies, journaux, programmes de promotion du livre, etc.) 246 4.3. Canada anglophone (et Etats-Unis) 247 4.3.1. Professionnels du livre (éditeurs, libraires, revues professionnelles, etc.) ...... 247 4.3.2. Groupements professionnels (associations d'éditeurs, de libraires, d'écrivains, prix Iittéraires, etc.) 247 4.3.3. Institutionnels ou instances gouvernementales: 248 4.3.4. Autres sites (radios, encyclopédies, journaux, programmes de promotion du livre, etc.) ... ...... ...... ...... 248 4.4. Québec: 248

17

4.4.1. Professionnels du livre (éditeurs, libraires, distributeurs, revues professionnelles, etc.) ....... ...... ...... 248 4.4.2. Groupements professionnels (associations d'éditeurs, de libraires, d' écrivains, etc.) 249 4.4.3. Institutionnels ou instances gouvernementales 250 4.4.4. Autres sites (radios, encyclopédies, journaux, programmes de promotion du livre, etc.) 250 5. Rapports, conférences et colloques sur Internet 250 6. Entretiens 251 6.1. Canada : 251 6.2. France : 252

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INTRODUCTION:

UN DIALOGUE TRANSATLANTIQUE.

L'industrie du livre connaît aujourd'hui une crise majeure4. Au cours de ces trente dernières années, les techniques semblent avoir mis à l'ordre du jour la fin des métiers que le livre a portés pendant plusieurs centaines d'années. L'heure est marquée par l'inquiétude et un questionnement angoissé sur un avenir qui, soudain, est déjà là: le monde est en mutation, le monde a déjà changé. On croyait les usages anciens seulement menacés, ils ont aujourd'hui presque disparu. Comment préserver son identité devant les changements brutaux d'échelle et de régime? Comment répondre à la concentration rapide de l'industrie du livre? Quel avenir pour les petites maisons d'éditions, pour les petites librairies, pour les bibliothèques, et pour la critique? Quel avenir pour le livre lui-même, naguère principal vecteur de liberté, d'imaginaire et d'émancipation? Comment admettre et intégrer la crise de la lecture, les problèmes de la médiation, de la nécessité croissante pour chaque structure de justifier son développement, voire son existence? Comment redonner à l'Etat le rôle de médiateur et de promoteur que beaucoup réclament dans un environnement où l'individualisation croissante de l'ensemble des pratiques sociales remet en question les structures collectives? Internet en est sans doute l'image emblématique, système industriel dans lequel le lecteur, devenu à la fois auteur et consommateur par l'effet inattendu d'une démocratisation de l'accès à la culture, hors médiation, se passe d'éditeurs, de distributeurs, de libraires, de bibliothèques.
Ce guide pratique se veut une simple contribution à l'analyse comparée des paysages éditoriaux français et canadiens. Il s'adresse aux professionnels et aux chercheurs, comme aux curieux. Il n'est pas question ici d'exhaustivité: les panoramas se renouvellent sans cesse et les tendances fugitives n'y figurent pas nécessairement. Notre préoccupation en revanche est de restituer les vastes perspectives, les larges à-plats de couleurs qui caractérisent les cultures éditoriales des deux pays, afin de dégager une forme de réflexion sur leurs points communs et leurs particularités, et par voie de conséquence de produire les recommandations pratiques que nous souhaitons apporter à nos lecteurs. Il nous paraît utile également de faire entendre alternativement les voix de certains acteurs et de constater leurs connivences et leurs désaccords, à la manière d'un dialogue
4 «

La crise du livre est dans l'air du temps, car nous sommesen un temps de crise. »

Renaud Donnedieu de Vabres, Ministre de la Culture et de la Communication, Colloque « L'avenir du livre », Direction du livre et de la Lecture, Centre National du Livre, Paris, le 22 février 2007, p. 10. http://www.centrenationaldulivre.fr/spip.php?articlel001. 19

transatlantique favorisant, nous le souhaitons, une meilleure et fructueuse compréhension mutuelle. Il s'agit en outre de situer les paysages éditoriaux du Canada et de la France et leurs éventuels points d'articulation dans un contexte global et international. Dans ces conditions, pourquoi le choix particulier d'une étude comparative entre ces deux pays? La relation entre la Grande-Bretagne et la France eût été un sujet fécond, tout autant que la fidèle inimitié entre la France et les Etats-Unis, ou encore les rapports complexes entre le Canada et la Grande-Bretagne, etc. En fait ce qui nous a attachés à ce choix est qu'à l'instar des relations entre le Canada et la France, les rapports éditoriaux entre ces deux nations constituent une histoire complexe, sans doute auréolée de plusieurs succès, mais majoritairement troublée par un nombre considérable de malentendus et d'échecs. Si l'industrie du livre au Canada anglophone parvient à s'affirmer, malgré la difficulté, face aux industries du livre des Etats-Unis et de la GrandeBretagne, le Québec connaît aujourd'hui un cheminement similaire dans ses relations avec la France. En effet, jusqu'à très récemment, autant les éditeurs et les auteurs français ne semblent pas éprouver davantage de difficultés sur le marché canadien que dans d'autres environnements éditoriaux, notamment au Québec, autant la situation inverse, celle des éditeurs canadiens qui se tournent vers la France, paraît nettement moins confortable. Invariablement, des confusions nous paraissent trouver leur origine à la fois dans une trompeuse proximité historique entre les deux pays et dans une méconnaissance profonde des cultures et des structures de l'autre. Ces malentendus nous ont semblé, pour une large part, explicables, et donc évitables. Ainsi cet ouvrage devrait, nous l'espérons, faciliter les démarches des auteurs, éditeurs et distributeurs canadiens et français - anglophones comme francophones - qui souhaitent trouver leur place de l'autre côté de l'Atlantique. Cette démarche est indissociable de la prise en compte d'un contexte plus large dans lequel figurent évidemment les leaders mondiaux de l'édition que sont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. En dressant ce panorama des éditions française et canadienne dans le contexte mondial, nous avons souhaité ouvrir des pistes pour le commerce et la réflexion à l'usage de ceux qui ambitionnent d'entreprendre ou de renforcer une collaboration dans le domaine de l'édition. Il ne sera pas question ici seulement de littérature classique, mais aussi d'autres littératures: littératures grises, de jeunesse, etc., ainsi que des livres en général, représentant autant de domaines pour lesquels la forme papier et la forme numérique, tout en répondant à des attentes différentes, ne sont plus, comme nous le constatons désormais, systématiquement en concurrence, mais plutôt en position de complémentarité et d'hybridation dans un monde de connaissance distribuée.

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Pierre Bourdieu nous a montré que le livre circule immanquablement sur deux marchés: le marché symbolique et le marché économique5. Par voie de conséquence, en France comme dans les pays anglo-saxons, l'éditeur assume une fonction double, à la fois intellectuelle et financière, conciliant « l'art et l'argent, l'amour de la littérature et la recherche du profit, dans des stratégies qui se situent quelque part entre les deux extrêmes, la soumission réaliste ou cynique aux considérations commerciales et l'indifférence héroïque ou insensée aux nécessités de l'économie »6. Plongé dans «l'économie anti-économique de l'art pur» 7, l'éditeur est celui qui autorise le texte, l'authentifie et le juge. Il sélectionne, et se tournant vers les auteurs, il propose modifications et adaptations. Lorsque l'éditeur souhaite investir un nouveau marché, il lui arrive de passer commande à un auteur. L'éditeur et sa maison acceptent la plus large part du risque financier (mise en page, traduction si nécessaire, impression et mise en marché, etc.) et en partagent les bénéfices entre les différents maillons de la chaîne du livre. Si le processus est similaire de part et d'autre de l'Atlantique, l'équilibre entre les différents acteurs de la chaîne, ainsi que leurs droits, ne sont pas identiques dans les systèmes français et anglo-saxon, malgré les effets comparables de la mondialisation. Le système français se différencie du système nord-américain, entre autres exemples, par les relations entre l'auteur et l'éditeur. En France, si le premier cède les droits d'exploitation de son texte au second afin que celui-ci travaille avec le diffuseur et distributeur à sa promotion et à sa commercialisation, il ne s'agit en aucun cas des droits intellectuels, qui pour leur part demeurent inaliénables. En revanche dans le système anglo-saxon, l'auteur peut céder par contrat l'œuvre elle-même, qui devient alors la propriété de l'éditeur. Par ailleurs les agents ont bien davantage de pouvoir au Canada. Si l'agent en France prend en charge des fonctions que l'éditeur ne cède pas volontiers, l'éditeur anglo-saxon empiète sur le pouvoir de l'auteur en contrôlant de près le processus de création. Cependant, il faut noter que, dans le système français comme dans le système anglo-saxon, les structures de pouvoir dans les grosses maisons sont extrêmement formalisées contrairement à celles des petites maisons. Dans les deux pays, une fois le livre réalisé, celui-ci est commercialisé par le diffuseur, le distributeur et le point de vente. Mais le système de vente est radicalement différent en France - où la commercialisation du livre est régie par la loi Lang - et dans les pays qui n'ont pas de législation en matière de prix
5 Bourdieu, Pierre, «Une Révolution conservatrice dans l'édition », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 126-127, mars 1999, Seuil, Édition, Éditeurs, Paris, p. 3-28. 6 Bourdieu, op. cit., p. 16. 7 Ibid. 21

unique. Ainsi, au Canada, ce sont les grandes chaînes qui ont le quasi monopole de la vente, et suite à une série de rachats, celles-ci se réduisent maintenant à deux enseignes: Chapters-Indigo pour le Canada anglophone et ArchambaultRenaud-Bray pour le Québec, comme nous le verrons. Parallèlement à la vente, la promotion du livre est assurée auprès des divers médias concernés. Chacun des deux pays présente des spécificités en matière d'opérations publicitaires et promotionnelles. Ces dernières s'inscrivent également dans un cadre promotionnel international (lancements, salons, etc.) que les professionnels intègrent dans leurs stratégies marketing. Nous proposons donc une description des paysages de l'édition en France et au Canada (anglophone puis francophone). Après ces deux parties descriptives mais également analytiques sur des modes de fonctionnement parfois similaires et souvent distincts, nous présenterons, dans une troisième partie, nos recommandations à destination des professionnels français, canadiens et autres, souhaitant élargir leur ouverture à l'international.

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I. L'INDUSTRIE DU LIVRE EN FRANCE

Restée fortement familiale, voire artisanale, jusqu'au début des années 1980, l'édition française s'est depuis professionnalisée à marche forcée, avec la création du Groupe de la Cité, devenu Vivendi Universal Publishing, puis Editis, alors que dans les décennies précédentes la maison Hachette était le seul poids lourd de ce secteur. La concentration rapide des structures éditoriales et des outils de commercialisation ainsi que les méthodes de gestion mises aux normes des grands marchés, ont donc provoqué nombre de bouleversements, en particulier l'émergence nouvelle d'un vaste marketing éditorial. 1.1. La répartition des coûts Voici une représentation synthétique des diverses étapes de la chaîne du livre, indiquant la part de rémunération de chacun des intervenants.
Fonction Pourcentage moyen du coût Il 108

Auteur (textes, illustrations, traduction)

Editeur (lecture, correction, maquette)

Impression (impression, façonnage)

16

Editeur (promotion)

8

Diffusion

8

Distribution (stockage, manutention, livraison, facturation)

Il

Points de vente (vente aux particuliers)

36

8

45% avant la mise en marché. 23

Une évidence: la marge du détaillant est nettement supérieure à celle du distributeur. Dans les pays anglo-saxons, la fonction logistique n'est pas aussi largement rémunérée, même si également la marge du détaillant est plus importante, tout comme celle de l'éditeur. En France comme au Canada, on retiendra de cette répartition le grand nombre d'intervenants pour un produit qui, traditionnellement, ne représente pas un coût très élevé. En France, pour un livre qui coûtera approximativement 20 €, 6 intervenants sont à rémunérer (en regroupant les 2 fonctions éditoriales). Si on considère l'ensemble des efforts de chacun des acteurs afin de produire et de vendre un livre, la rémunération paraît bien faible. L'éditeur canadien Scott Griffin, alors qu'il s'apprête à racheter la maison d'édition canadienne Anansi, fait ce même constat9. L'industrie du livre est confrontée à une difficulté structurelle qui ne peut se résoudre qu'en éliminant plusieurs des maillons de la chaîne. Cette stratégie est rendue possible par la vente directe sur Internet, mais celle-ci ne permet pas de satisfaire l'attente de l'ensemble des clients, ni d'assurer la pérennité du conseil du libraire auprès du lecteur.

1.2. L'évolution de la chaîne du livre Les métiers de libraire et d'éditeur se sont développés avec l'invention de l'imprimerie qui a fait du livre un produit industriel, nécessitant des structures de production et de commercialisation de plus en plus élaborées. Si la chaîne du

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Scott Griffin: « Je dois dire que l'industriedu livre est l'industriela plus folle quej'ai

jamais rencontrée. Elle est structurellement problématique. Si vous avez un livre qui se vend à 25 ou 30 dollars, cette somme doit aller de l'auteur à l'agent, à l'éditeur, au distributeur à la librairie, au lecteur. Et tous se battent pour 25 dollars. Ça devrait être le montant de la marge sur ce produit! C'est impossible! Et ensuite personne ne paie ses factures. Et ensuite les éditeurs peuvent renvoyer des livres. Personne ne procède de manière responsable pour les commandes: Commandez ce dont avez besoin, ou ce que vous pensez vendre! C'est totalement fou. Ça n'a aucun sens! Ainsi, le commerce en ligne commence à prendre de la valeur. Vos marges vont de 20% à 80%, vous êtes payés avant que de livrer le livre, vous éliminez beaucoup d'étapes intermédiaires et il n'y a pratiquement aucun retour de livres. Maintenant, la clef, ici, est comment inciter les gens à aller sur le site d'Anansi et acheter un livre. Et tout d'abord, comment peuvent-ils savoir que c'est un livre d'Anansi? Deuxièmement, qui les amène sur le site et qui les incite à acheter? Donc nous avons travaillé sur ces questions et nos ventes ont plus que doublé, mais elles n'étaient pas très importantes lorsqu'on a commencé. Donc je crois toujours que la vente en ligne est une des réponses à l'industrie du livre». Entretien de Christine Evain avec Scott Griffin, Toronto, mai 2005. 24

livre n'a guère varié depuis le XVIIIe siècle, elle n'a pas toujours existé sous sa forme actuelle. Une rupture considérable s'est produite à la fin du XXe siècle avec la généralisation du codage numérique des textes, des images fixes et animées, ainsi que des sons. L'hypertexte a encore amélioré l'accès à l'information. Enfin, Internet, en faisant presque disparaître les coûts de production et de mise en marché, provoque aujourd'hui une circulation et une démocratisation de l'information dont les effets sont comparables à ceux occasionnés en Europe par l'invention de l'imprimerie. Une part importante de l'information de référence, destinée à un accès direct et non à une lecture séquentielle, comme celle prodiguée par les encyclopédies, n'existe aujourd'hui pratiquement plus sous une forme imprimée et chaque jour davantage sous forme virtuelle (DVD, sites web). Le texte se sépare brutalement de son support. Ainsi les livres électroniques, ou e-books, apparus dans les années 1990, et qui se sont maladroitement situés à michemin entre les deux régimes, n'ont pas connu le succès escompté. La vente du livre sous sa forme codexIO assurée par les sociétés de distribution et par les libraires (points de vente ultimes) se trouve donc en concurrence avec la voie électronique: Internet devient un mode privilégié d'achat et de vente de livres. Ceux-ci sont directement proposés aux clients, et certaines compagnies d'envergure, comme Amazon ou Google, qui ont choisi une stratégie particulière pour diffuser leurs titres, viennent proposer aujourd'hui des ouvrages immédiatement consultables ou téléchargeables, bousculant le système classique de vente. Il semble certain néanmoins que la forme codex a encore un avenir pour tout ce qui nécessite une lecture séquentielle, comme les romans, les essais, les livres d'art ou les bandes dessinées, en se présentant autant comme un objet à toucher, à manipuler à sa guise, que comme support d'information. Dans un premier temps, nous proposons d'étudier successivement les principaux acteurs de cette situation en France, ses principaux secteurs, son environnement et enfin ce que révèlent les chiffres actuels.

10Succédant à l'antique et encombrant volumen, rouleau de papyrus, le codex apparaît au début de notre ère. C'est une feuille de parchemin puis de papier pliée et repliée afin de produire un carnet de maniement confortable, de transport et de rangement aisés, et permettant l'écriture sur les deux cotés de chaque page. Il s'agit de l'ancêtre direct de notre livre papier actuel. Voir Blasselle, Bruno, A pleines pages, Histoire du livre. Paris, Gallimard, 1997, vol. 1, p. 16. 25

1. Les principaux acteurs
Quatre catégories majeures: l'édition, la diffusion, la distribution et la vente au détail. Si au demeurant cette articulation en quatre maillons de la chaîne du livre rejoint d'autres modèles nationaux et internationaux, ce sont évidemment sur les particularités françaises que nous souhaitons nous arrêter.

1.1. L'édition

Comme Bourdieu nous l'indique, l'éditeur «fait accéder un texte et un auteur à l'existence publique par le principe de la consécration» Il. Le « dispositif institutionnel (comités de lecture, lecteurs, directeurs de collection, spécialisés ou non, etc.) »12 chargé de la sélection opère dans le cadre d'un champ éditorial. Celui-ci peut être vu comme national, notamment dans le cadre de notre analyse, et c'est dans ce champ que se positionnent les maisons d'édition et les opérateurs qui la constituent et l'entourent, depuis l'auteur jusqu'au lecteur, dans une dialectique propre aux «croyances », au «capital symbolique» de chaque maison d'édition dans chaque culture. Le capital économique est absolument incontournable: tout comme les entreprises industrielles et commerciales, les maisons d'édition sont constituées par des réseaux complexes de relations financières, commerciales et familiales, et sont donc sujettes à de multiples forces économiques qui les dépassent. C'est ce qu'Olivier Cohen, directeur des éditions de l'Olivier, appelle la « financiarisation de l'édition» 13.La tâche est donc de préserver ce qui est au cœur même de toute politique éditoriale autonome: la liberté et la capacité de décision. C'est à partir de cet espace étroit que semble se jouer, au début du XXle siècle, le destin de l'édition dans le monde global. Les chiffres publiés par le ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie à la fin du mois de mai 2007 montrent qu'en 2005 en France on observe un grand nombre de petites entreprises pour un chiffre d'affaires porté

11 Pierre Bourdieu, Une Révolution conservatrice dans l'édition, op. cît., p. 3: «un transfert de capital symbolique (analogue à celui qu'opère une préface) qui est d'autant plus important que celui qui l'accomplit est lui-même plus consacré, à travers notamment son "catalogue", ensemble des auteurs, eux-mêmes plus ou moins consacrés, qu'il a publiés dans le passé». 12Ibid., p. 3. 13 Colloque « L'avenir du livre », Direction du livre et de la Lecture, Centre National du Livre, Paris, le 22 février 2007, op. cit., p. 57. http://www.centrenationaldulivre.fr/spip. php?article 1001.

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par les grandes unités. Le chiffre d'affaires total du secteur reste stable à environ 5 milliards d'euros avec une légère baisse de 0,7% par rapport à 2004. Le volume d'emploi continue de régresser (-3,5%) et le nombre d'entreprises également: 1549 unités de 20 salariés et plus sont recensées, une majorité étant de petite dimension.
Alors que plusieurs groupes comme Québécor, groupe canadien, ou Hachette livres, dominent le paysage, seules 270 entreprises disposent d'un effectif égal ou supérieur à 100 salariés. Ces dernières réalisent près des 2/3 du chiffre d'affaires global. Classé dans l'ensemble «biens de consommation », le pôle édition, reproduction, imprimerie, représente environ 36% des entreprises. Il emploie 25% des effectifs et génère 20% du chiffre d'affaires. Ce secteur dépend essentiellement du marché national, son taux d'exportation reste faible avec 7 % du chiffre d'affaires total.

L'édition et la presse réalisent un chiffre d'affaires de 150 milliards d'euros, stable par rapport à 2004. La presse écrite, composée de l'édition de journaux, de revues et de périodiques y contribue pour l'essentiel avec 110 milliards d'euros, dont presque la moitié repose sur la publicité et les annonces. La presse écrite payante doit faire face à l'explosion de la presse gratuite d'information; selon la DDM (Direction du développement des médiasl4) cette famille de presse affiche une évolution de son chiffre d'affaires, proche de 40% par rapport à 2004. L'édition de livres propose un catalogue général de 68 000 titres pour 558 millions d'exemplaires imprimés (y compris les réimpressions). Cette activité est largement représentée par les maisons d'édition de petite dimension souvent positionnées sur des niches à caractère culturel. Les PME réalisent plus de la moitié du chiffre d'affaires. Selon le SNE (Syndicat national de l'édition), le secteur jeunesse soutient cette évolution avec des succès tels que Harry Potter ou les mangasl5.

1.1.1. Les grands groupes A la fin de l'année 2002, après la débâcle de Vivendi Universal Publishing, le groupe Hachette, filiale de l'industrie d'armement et d'aéronautique MatraLagardère, tenta de racheter les lambeaux de l'ex n° 2 mondial de la communication. Cette fusion aurait donné naissance à un immense conglomérat,
14 Organisme qui dépend http://www.ddm.gouv.fr/ du ministère chargé de la Culture en France.

15 Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie 29/05/2007. Statistiques et études industrielles (Sessi) Panorama de l'industrie en France, édition 2007. http://www.industrie.gouv.fr/observat/chiffres/panorama/ifc20.htm

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