La comédie hollywoodienne classique

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Le triangle amoureux fait partie intégrante de la définition structurelle et de la syntaxe de la comédie hollywoodienne classique des années 1930-1940. A partir de cette hypothèse, sont abordées les sources théâtrales puis l'importance de cette convention dramatique et de ses déclinaisons narratives dans la construction du récit, la mise en scène et la promotion des comédies hollywoodiennes, d'Ernst Lubitsch à Preston Sturges en passant par George Cukor, Howard Hawks ou Leo McCarey. La théorie du désir mimétique de René Girard éclaire aussi la fiction romantique hollywoodienne.
Publié le : mercredi 1 juin 2016
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EAN13 : 9782140011092
Nombre de pages : 244
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LA COMÉDIE HOLLYWOODIENNE CLASSIQUE (19291945)
Structure triadique et médiations du désir
Toufic ELKHOURY
La comédie hollywoodienne classique (1929-1945)
Champs visuels Collection dirigée par Pierre-Jean Benghozi, Raphaëlle Moine, Bruno Péquignot et Guillaume Soulez  Une collection d'ouvrages qui traitent de façon interdisciplinaire des images, peinture, photographie, B.D., télévision, cinéma (acteurs, auteurs, marché, metteurs en scène, thèmes, techniques, publics etc.). Cette collection est ouverte à toutes les démarches théoriques et méthodologiques appliquées aux questions spécifiques des usages esthétiques et sociaux des techniques de l'image fixe ou animée, sans craindre la confrontation des idées, mais aussi sans dogmatisme. Dernières parutions Paul OBADIA,FBI : portés disparus, Une infinie tristesse, 2016. Mélanie BOISSONNEAU, Bérénice BONHOMME, Adrienne BOUTANG (Dir),Tim Burton, horreurs enfantines, 2016 Marion POIRSON-DECHONNE,Entre spiritualité et laïcité, La tentation iconoclaste du cinéma, 2016. Alain DELIGNE,Charger, L’idée de poids dans la caricature, 2015. Laurent JULLIER (dir.),Les films à voir cette semaine, stratégies de la critique de cinéma, 2015. LIN Chih-Wei,Les images qui se suivent, 2015. Christophe TRIOLLET,Le contrôle cinématographique en France. Quand le sexe, la violence, et la religion font débat,2015. Philippe DE VITA,Jean Renoir Épistolier, Fragments autobiographiques d’un honnête homme,2015. Karl DERISSON,Blanche Neige et les sept nains, la création du chef-d’œuvre de Walt Disney,2014. Florent BARRERE,Une espèce animale à l’épreuve de l’image. Essai sur le calmar géant. Seconde édition revue et augmentée, 2014. Pierre Kast Ecrits 1945-1983. Suivi de Amende honorable par Noël Burch, 2014. Anne GILLAIN,François Truffaut. Le secret perdu, 2014. Daniel WEYL,Robert Bresson : procès de Jeanne d’Arc. De la plume médiévale au cinématographe, 2014. Giusy PISANO (dir.),Créations, Mémoire,L’archive-forme : Histoire, 2014. Isabelle PRAT-STEFFEN,Le cinéma d’Isabel Coixet : figures du vide et du silence, 2013.
Toufic EL-KHOURYLa comédie hollywoodienne classique (1929-1945) Structure triadique et médiations du désir
Du même auteur EL-KHOURYToufic, BRENASAlain (dir.),La ville méditerranéenne au cinéma, Paris, Orizons, « Cinématographies », 2015.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08964-5 EAN : 9782343089645
A Aida, Ishaya, Rana A Isabelle A Souraya Je voudrais remercier Jacqueline Nacache et Clotilde de Fouchécour, pour leur aide, leur patience et leur attention aux détails. Je voudrais également remercier, pour leur soutien inconditionnel et leurs conseils, Ziad Bou Akl, Christophe Bertossi, Paul et Michèle Alphonse, Daniel Cohen, Daniel Friedlaender et Mathieu Doynel-Maljean.
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Introduction générale We three could be very happy together. (We’re not Dressing, Taurog, 1934) Le désir emprunte, pour se propager de l’un à l’autre, les chemins les plus inattendus : il s’appuie sur les obstacles qu’on cherche à lui opposer, sur l’indignation qu’il suscite, sur le ridicule dont on veut le couvrir. (René Girard,Mensonge romantique et vérité romanesque)
1. La comédie hollywoodienne classique : héritages et exégèses La comédie hollywoodienne classique possède, malgré le passage du temps et le renouvellement du public, un pouvoir évident de séduc-tion. La ressortie de titres des années 1930-1940, ou leur projection régulière dans les ciné-clubs, provoque toujours, même chez les spec-tateurs les moins fervents, un enthousiasme durable. Le choix de ce genre comme objet d’étude relève ainsi autant d’un choix cinéphilique que d’un intérêt académique. Si le genre comique, peut-être toujours en déficit de légitimité, ne semble pas avoir inspiré une exégèse critique proportionnelle à l’engouement populaire qu’il suscite, les travaux consacrés à la comé-die hollywoodienne des années 1930-1940 ne manquent pas, aussi bien dans le pays d’origine du genre que dans ses terres d’adoption, 1 notamment en France . Les critiques français ont longtemps préféré
1 Les hommages cinéphiliques en France sont rendus possibles grâce aux diffusions des comédies hollywoodiennes classiques en ciné-club dès les années 1960. Au-delà des cinéastes confirmés, le public découvre les œuvres moins connues de W. S. Van Dyke, Mitchell Leisen ou George Cukor. Notons qu’une rétrospective est consacrée à Leisen à la cinémathèque française en novembre 2008, avant celle consacrée à Lubitsch en septembre 2010.
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aborder le genre à partir des cinéastes qui lui ont donné ses lettres de noblesse et qui, presque à eux seuls, offrent au genre comique forme, sens et caractère : Ernst Lubitsch, Howard Hawks, George Cukor, Frank Capra ou Preston Sturges. C’est la « théorie des auteurs », do-minante dans la critique française dans les années 1960 et popularisée aux États-Unis grâce à Andrew Sarris ou Peter Wollen, qui permet la redécouverte de la comédie hollywoodienne à travers ses pionniers. Si, parmi ces cinéastes, Hawks ou Capra ont leurs défenseurs incondi-tionnels, Lubitsch possède en France un crédit particulier : il suscite très tôt l’admiration des « Cahiers du cinéma », et plusieurs monogra-phies lui sont consacrées dès les années 1980. Les comédies de Lu-bitsch, Sturges ou Cukor s’avèrent être des synthèses cohérentes de tout ce qui, dans le genre, peut se prêter à une lecture critique. Mais une approche générique et structurelle de la comédie holly-woodienne classique se substitue à l’analyse « auteuriale » dans le champ académique français dès les années 1990, comme en témoi-gnent les ouvrages collectifs récents consacrés au classicisme holly-2 woodien et à ses genres majeurs . Cette approche s’inspire des travaux de Rick Altman qui propose une méthode sémantico-syntaxique pour définir les genres hollywoodiens mais aussi pour en souligner le dy-3 namisme, la perméabilité et l’interpénétration . À sa suite, Raphaëlle Moine synthétise une méthode pertinente pour les études génériques, une approche « sémantique-syntaxique-pragmatique » qui englobe aussi bien les éléments typologiques, la structure narrative et le sys-tème de sens d’un genre que le contexte socio-historique et les critères de sa réception. C’est dans ce contexte que le genre comique commence à susciter l’intérêt académique de par ses spécificités esthétiques, sa teneur idéo-logique et la diversité de ses traditions narratives, sa manière de puiser dans le théâtre et la chronique new-yorkaise, dans le répertoire euro-2  Cf. NACACHE Jacqueline, BOURGET Jean-Loup (dir.),Le Classicisme hollywoo-dien, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, « Le spectaculaire », 2009. 3 L’approche sémantique examine les éléments identifiables d’un genre, ses thèmes, ses personnages-types, ses cadres et ses intrigues conventionnelles. Si elle explique peu, elle offre en revanche l’avantage d’être applicable à un grand nombre d’œuvres. L’approche syntaxique de son côté cherche à isoler les structures thématiques d’un genre. Cette approche privilégie la compréhension structurelle d’un genre aux dé-pens de ses éléments les plus familiers. Altman affirme que ces deux approches doivent être complémentaires, le vocabulaire d’un genre étant généré par sa structure syntaxique (Cf. ALTMANRick,Film/Genre, London, BFI Publishing, 1999. p. 220).
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péen aussi bien qu’américain. Jean-Loup Bourget entre autres sou-ligne l’importance de la question des sources et de la diversité de celles-ci dans la définition de la comédie hollywoodienne classique. Le burlesque, dont le cinéma des années 1930 a hérité des gagmen, a une influence évidente sur le comique visuel de la comédie hollywoo-dienne. Le vaudeville américain et anglais, dont Hollywood a récupéré les auteurs, contribue également à l’essor du genre. Les traditions théâtrales de la Mitteleuropa en font autant : Katalin Por décrit les transferts observés dès la fin des années 1920 entre Budapest et Hol-lywood via Broadway, et le processus d’assimilation-hybridation par lequel passent les pièces populaires du théâtre hongrois avant 4 d’aboutir sur les plateaux d’Hollywood . L’approche génétique de Por permet de situer la comédie hollywoodienne dans une perspective plus large qui souligne la « continentalité » du genre, nuançant ainsi son « américanité » devenue un sujet de ralliement pour plusieurs critiques anglo-saxons (Stanley Cavell, James Harvey). Aux États-Unis, l’intérêt critique pour le genre apparaît bien plus tôt, dès les années 1970, et s’étend rapidement aux milieux acadé-miques. En tant qu’objets d’étude, les comédies hollywoodiennes composent ainsi un genre qui exprime la richesse culturelle et stylis-tique du cinéma classique. Dans son ouvrage sur Lubitsch, William Paul affirme que le vrai génie du cinéma américain est à trouver dans les comédies romantiques et les westerns, deux genres longtemps 5 stigmatisés par la critique . Une telle suggestion devait paraître auda-cieuse, mais au regard de la littérature qui a suivi, et qui entame à peine, malgré sa densité, la réflexion que peuvent générer ces films, on peut se demander dans quelle mesure cette idée est totalement ad-mise aujourd’hui. Par son appel à la réhabilitation du genre, Paul cherche à compenser une longue condescendance critique, et la comé-die classique devient à ses yeux, à l’instar du western, le miroir des idéaux et de la conscience collective américains. La comédie hollywoodienne apparaît comme le produit d’une époque traversée par des bouleversements socioculturels et esthétiques profonds. Le genre est régulièrement situé dans un contexte de pro-4 Cf. PORKatalin,De Budapest à Hollywood, le théâtre hongrois et le cinéma hol-lywoodien (1930-1943), Rennes, Presses Universitaires de Rennes, « Le Spectacu-laire », 2011. 5  Cf. PAUL William,Ernst Lubitsch’s American Comedy, New York, Columbia University Press, 1983, p. 7.
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