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La lumière Neutre

De
311 pages
Ce livre est une réflexion pour proposer un nouveau regard sur notre approche de la représentation du vivant en utilisant les connaissances disponibles actuellement en neurosciences, biologie et physique qui nous conduisent à une nouvelle compréhension de la perception artistique. Concept nouveau, la lumière Neutre propose une recherche de la représentation du vivant avec de nouveaux outils provenant d'horizons variés et présentés tout au long de cette étude.
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A l'ère du réseau, des sciences cognitives et des nanotechnologies, il est plus que jamais nécessaire de croiser les cultures scientifiques, philosophiques et artistiques pour renouveler notre perception du monde. C'est l'ambition de Xavier Bolot dans ce travail approfondi sur la lumière neutre, et je suis très heureux que l'Ecole Nationale Supérieure d'Art de Bourges ait pu accompagner une telle recherche. Apprendre à voir, et pas seulement avec les yeux, est en effet un enjeu central de la formation artistique. Paul Devautour. Directeur de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts de Bourges.

Après avoir traité des "Perspectives réelles", en s'appuyant sur une analyse fortement documentée, l'auteur aborde, dans le présent ouvrage, un problème autrement délicat : celui des perceptions multiples du vivant et des représentations possibles de ce dernier sur le papier. L'approche développée est nouvelle dans le sens où la perception est traitée dans sa globalité, multi sensorielle. L'auteur met à profit l'existence d'une somme immense de connaissances physiques, physico-chimiques, physiologiques, pour tenter d'unifier la perception dans un processus complexe. Cet ouvrage présente l'indéniable qualité d'assembler en un seul court volume les descriptions quantitatives de tous les modes de perception dont jouit l'être humain. Le cerveau n'est pas un instrument de mesure : tel est le message délivré ici. En conséquence, il donne un caractère relatif à toute perception et à fortiori a toute représentation. Message à ne jamais oublier ! Jean-Pierre Cohen Addad. Professeur émérite des Universités (Physique). Université J. Fourier des Sciences de la Technologie et de la Santé. Grenoble.

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J’ai été un peu long à vous donner mon avis sur votre travail, mais je tenais à prendre le temps de le lire soigneusement. Très bien d’avoir insisté sur les illusions d’optique qui permettent de comprendre le travail fait par le cerveau (il fait des hypothèses). La couleur existe-t-elle ? Pas sans un cerveau qui la décode. On connaît la question : un arbre tombe dans la forêt, y a-t-il du son ? Non, sauf s’il y a un homme, un loup, un oiseau… pour fabriquer le son à partir de variations de pression. C’est tout le problème des qualia. Bravo pour cet effort pour couvrir un champ aussi large, vous y avez réussi. François Michel. Directeur de Recherche au CNRS (Neuropsychologie).

Sous le titre " La Lumière Neutre", l'auteur arrive à combiner des thèmes scientifiques pour présenter leurs correspondances et leurs complémentarités. Philosophes, physiciens, mathématiciens, physiologistes, psychologues, neuropsychologues, sociologues, anthropologues et artistes s’y rejoignent. Il nous apporte les résultats d'une recherche approfondie, susceptible d'intéresser et de sensibiliser tous les professionnels de ces divers domaines. Alain Carlier. Professeur agrégé honoraire de pharmacie clinique de l’Université Paris V.

Ce livre est trop intéressant et foisonnant (dans sa clarté) pour en bâcler la lecture. Michèle Arnold. Psychanalyste.

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Plan du livre PREAMBULE

page 9

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1 Origine du livre - Avertissement - Présentation de la situation 19 1 Origine du livre 2 Avertissement 3 Présentation de la situation 2 Où est la Nature ?.............................................................................25 1 Physiciens et poètes : les trois mondes de la Réalité.................. 25 2 La perception visuelle d’une droite............................................ 28 3 Le monde de la perception multi sensorielle. ............................ 29 3 Objectif – Méthode – Lecteurs ........................................................ 33 1 Objectif 2 Méthode 3 Lecteurs 4 Qu’est-ce que la Lumière Neutre ?................................................. 37 1 Comment saisir le vivant ? Petit rappel des précurseurs………..37 2 Première approche du concept de Lumière Neutre…………… 41 3 Avantages décisifs du concept...………………………………..43 4 En quoi le concept de Lumière Neutre est-il innovant ?.............44

1ère PARTIE Le trait en Lumière Neutre

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Résumé. - Quel trait pour représenter le vivant?...............................49 1 Le contraste………………………………………………………. 50 2 Le mouvement…………………………………………………… 52 3 L’échange…………………………………………………………. 54 Chapitre 1 L’espace – temps 1 Le gradient de texture de l’espace………………………………... 57 2 L’espace-temps…………………………………………………… 60 3 La perspective..…………………………………………………… 63 4 La forme diluée par le mouvement, de Zénon d’Elée à Heisenberg ou la vue de bottes de paille……… 65 5 Paradoxe de la décision préalable à la perception………………… 67 6 L’origine du phénomène de la dilution d’une forme……………... 69 9

Le contraste information, un produit du système – cerveau 1 Fonctions de l’œil…………………………………......................... 73 1 L’œil est un très mauvais appareil photographique. ........... 74 2 Le câblage en cascade et en parallèle de la rétine. .............. 75 3 Les autres capteurs de la vision. .......................................... 77 2 Approche des fonctions visuelles du cerveau. 1 La cognition. ........................................................................ 78 2 Les outils actuels d’observation du cerveau......................... 81 3 Cartographie générale du cerveau. ....................................... 82 4 Cartographie du cerveau visuel. ........................................... 85 L’évolution de l’œil, et de la cognition Chapitre 3 1 En partant de la coquille Saint-Jacques............................................ 89 2 L’arbre de la cognition. .................................................................... 91 Chapitre 4 Le mouvement information 1 L’évitement d’obstacles…………………………………………… 94 2 Les muscles……………………………………………………….. 97 3 L’oreille interne…………………………………………………… 98 4 Le traitement de l’information ou la perception du mouvement….100 5 La mémoire du mouvement……………………………………….102 1 L’expérience de Johansson……………………………..…102 2 L’observation d’un vol de canards…………………..……104 Chapitre 5 La reconnaissance d’une forme 1 Le calcul de la forme par Marr, une théorie critiquée.................... 105 2 Photométrie 1 L’éclairement en fonction de la distance........................... 112 2 Les liserés. .......................................................................... 113 3 La texture............................................................................ 117 3 Le centre d’intérêt : cadrage, mouvement. 1 Le centre d’intérêt dans le cadrage..................................... 119 2 Le centre d’intérêt dans le mouvement .............................. 120 4 La forme saillante........................................................................... 121 10

Chapitre 2

Chapitre 6 Les illusions d’optique, vues par l’artiste 1 Les décisions du cerveau………………………………………….123 2 Les illusions spatiales……………………………………………..124 3 Les illusions planes………………………………………………..128 4 Les illusions vibratoires…………………………………………...130 5.Les contours illusoires…………………………………………….131 6 Les reflets………………………………………………………….132 Chapitre 7 L’intention d’agir 1 La liberté et le trait virtuel……………………………………… 133 2 La nature des perceptions animales et humaines………………….134 3 L’attention à l’autre et la reconnaissance d’un visage 1 L’attention à l’autre……………………………………….136 2 La reconnaissance d’un visage……………………………137 4 La forme recherchée dans l’action………………………………. 139 Chapitre 8 L’échange 1 Comment dessine l’enfant avant d’être écrasé par sa culture. ....... 143 2 Qu’est-ce qu’un modèle vivant ? ................................................... 145 3 Qu’est-ce qu’un objet vivant ? ....................................................... 147 Chapitre 9 L’artiste et son sujet, point de vue psychologique 1 Delacroix. ....................................................................................... 151 2 La dimension spatiale d’une représentation. .................................. 152 3 Le contenu du tableau. ................................................................... 153 4 Le rêve............................................................................................ 153 5 Communiquer le vivant.................................................................. 154 6 L’ombre et la lumière, une notion culturelle.................................. 157 Conclusion de la 1ère partie 1 Les mondes étrangers. .................................................................... 161 2 Une source d’énergie multi sensorielle. ......................................... 161 3 Les décisions d’agir........................................................................ 162 4 L’intention et l’action..................................................................... 162

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2ème PARTIE La couleur en Lumière Neutre
Résumé. - Quelles couleurs pour représenter le vivant ?............... 165 1 La couleur existe-t-elle ? ................................................................ 165 2 Qu’est-ce que la couleur ? Les trois mondes.................................. 166 3 La couleur est un fait psychique..................................................... 167 4 Quel est l’effet psychologique de la couleur ? ............................... 169 5 La lumière, la couleur et la culture................................................. 170 Chapitre 1 Couleurs physiques et couleurs perçues 1 Les données physiques des sources lumineuses : l’interaction de la matière et de la lumière………………………..171 2 Les données physiques des sources réfléchissantes………………173 3 La perception des radiations……………………………………... 175 4 Contrastes de luminance et contrastes de couleur……………… 176 5 Les premiers essais sur notre perception physiologique des couleurs : Goethe (1810) et Chevreul (1830)………………... 178 6 La constance des couleurs : Helmholtz…………………………...180 7 Itten : un exemple d’imagination riche mais non contrôlée………182 8 Les nuanciers : autant d’hommes, autant d’opinions, pour des passerelles sans issues………………………………….. 183 Chapitre 2 Les couleurs calculées 1 D’où vient le jaune ?....................................................................... 185 2 Le traitement de la lumière par l’œil cerveau. 1 La rétine ............................................................................. 186 2 Le champ visuel ................................................................. 189 3 Les cônes ............................................................................ 190 4 Les étages d’interconnexions ............................................ 193 5 Le traitement occipital........................................................ 196 6 Le cas de la pieuvre............................................................ 197 3 Le traitement des informations connexes par le cerveau………... 198 4 La synesthésie …………………………………………………… 200

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Chapitre 3 Les couleurs et l’émotion 1 La couleur et l’émotion .................................................................. 201 2 La couleur et la musique. ............................................................... 204 3 La mémoire. ................................................................................... 205 4 Le cerveau limbique. ...................................................................... 207 Chapitre 4 Les couleurs culturelles d’aujourd’hui 1 Le soleil n’est pas jaune. ................................................................ 209 2 La couleur des poètes. .................................................................... 210 3 La couleur et le vin......................................................................... 211 4 Le cerveau limbique et la mémorisation des couleurs…………… 212 Les couleurs et l’histoire Chapitre 5 1 Les couleurs du Paléolithique. ....................................................... 215 2 Les couleurs de l’Antiquité.. .......................................................... 216 3 Les couleurs du Moyen Age en France.......................................... 218 4 Les couleurs de la Renaissance. ..................................................... 220 5 Les goûts de l’Europe Moderne. .................................................... 221 Chapitre 6 Les couleurs et le langage 1 L’évolution des langages................................................................ 225 2 L’absence de mots pour expliquer la couleur................................. 226 3 Les couleurs et le langage en Nouvelle-Guinée. ............................ 227 4 Les couleurs et le langage en Bretagne et à Paris. ......................... 228 5 L’ordre d’apparition des couleurs dans le langage......................... 228 Chapitre 7 Les couleurs vues par les animaux 1 Les animaux ne voient pas qu’avec leurs yeux 1 Les autres capteurs. ............................................................ 231 2 Les autres systèmes oculaires............................................. 234 3 L’homme multi sensoriel. .................................................. 235 2 Les couleurs et l’évolution des espèces 1 L’évolution dans l’espace................................................... 236 2 La datation des pigments de l’œil humain. ........................ 237 3 La coïncidence cognition trichromie.................................. 238

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3 La couleur, l’objet, la forme et le mouvement 1 La couleur et la forme ....................................................... 243 2 La couleur et l’objet. .......................................................... 244 3 Les couleurs illusoires et la forme...................................... 244 4 Les couleurs illusoires et le mouvement ............................ 245 5 L’ordre de prise de conscience de la couleur et de la forme...................................................................... 247 6 La perception consciente.................................................... 249 Chapitre 8 Les couleurs et la profondeur de l’espace 1 Observation d’images avec des lunettes à prismes. ....................... 251 2 Est-ce que certaines couleurs peuvent rapprocher ?....................... 256 Les couleurs vues par chaque individu à un instant donné. 1 Culture animale, couleur, tabou. .................................................... 259 2 La diversité des hommes. ............................................................... 261 3 L’instant. ........................................................................................ 263 4 Essais en Lumière Neutre, feutres, acrylique, sur kraft flottant, 100 x 80 à 160 x 200 cm, édité en noir et blanc............................. 265 Conclusions de la 2ème partie 1 A chacun sa couleur. ...................................................................... 269 2 La tache et la forme. ....................................................................... 270 3 Le système visuel colorie le monde à sa façon. ............................. 271 4 La couleur est une nécessité de savoir. .......................................... 271 5 La couleur facilite-t-elle la communication? ................................. 272 ************** Conclusions générales 1.Nous ne voyons pas qu’avec les yeux……………………............ 275 2 Définition de la Lumière Neutre. ................................................... 276 3 Une évolution culturelle. ................................................................ 277 ************** 14 Chapitre 9

ANNEXES
1 L’énergie en Physique expliquée à mes enfants 1. Une drôle d’histoire : celle du démon de Maxwell. .......... 281 2. L’énergie, l’information, la lumière et la matière ne font qu’un. .................................................................... 283 1 La transformation de l’énergie ..................................... 283 2 L’information structure l’énergie ................................. 284 2 Qu’est-ce que la cognition ?......................................................... 287 3 Vocabulaire. 1. Vocabulaire de photométrie. ............................................ 289 2. Vocabulaire d’électricité, les ondes électromagnétiques.. 290 4 Les repères d’un aveugle.. ........................................................... 291 5 Cartes du cerveau…..................................................................... 293 **************

Pour aller plus loin… ...................................................................... 297 Table des illustrations.. ................................................................... 307 **************

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Remerciements
Je remercie chaleureusement tous ceux qui m’ont aidé dans cette recherche en me relisant et en m’apportant leurs remarques et leurs commentaires. Ces lecteurs amicaux peuvent être répartis en deux groupes. Le premier groupe était constitué d’experts cités par ordre alphabétique : Jean-Chrysostome Bolot, Ph.D. en informatique de l’Université de Maryland, Maine, Ingénieur systèmes chez Sprint, Mountain Wiew, Californie, Jean-Eudes Bolot, Ancien Chef de Clinique Assistant des Hôpitaux de Lyon, Alain Carlier, Professeur agrégé honoraire de pharmacie clinique de l’Université Paris V, Odile Maguet, médecin psychiatre, Bourges Michèle Arnold, psychanalyste, Bourges. François Michel, Directeur de Recherche au CNRS, Professeur de neuropsychologie, Université Lyon I, Jean Renault, PhD, Université de Berkeley, Californie, Professeur de mathématiques, Université d’Orléans. Jean-Pierre Cohen Addad, Professeur émérite de physique des Universités, J Fourier. Grenoble. Le second groupe testait la facilité de lecture du livre : Aurelie Constant, International Wine Academy di Roma, Directrice, Archimedes Garcia, ingénieur électronicien à l’EADS, Douglas Kinsinger, traducteur chez SAP, Frankfurt, Eric Mengual, Directeur de la Faculté de Droit à Bourges, Yves de La Martinière, Ingénieur informaticien chez IBM, Christine Perrin, Conseillère à la Cour d’Appel de Versailles. Ma reconnaissance va à Monsieur Paul Devautour, Directeur de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts de Bourges, pour l’accueil qu’il m’a réservé et la logistique qu’il a mise à ma disposition sous forme de bibliothèque, locaux et matériels, ainsi qu’à Rebekah Start qui traduit à Chicago mon travail en américain.

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PREAMBULE Une nouvelle approche de la perception du monde

1 Origine du livre - Avertissement Présentation de la situation
11 Origine du livre
Je suis à la recherche de la traduction du vivant sur une feuille de papier. Je n’ai jamais cessé de dessiner et peindre et je constate aujourd’hui un retour du dessin et de la forme en avant-scène, au gré des modes de l’art. Je trouve le modèle vivant et le portrait irremplaçables comme école du dessin : les possibilités sont infinies et la moindre erreur est immédiatement décelable. Mais au-delà des écoles, une évolution profonde des mentalités s’opère sous la pression du développement des techniques dans tous les domaines. Devant les découvertes des secteurs de la physiologie, biologie, neurosciences, psychologie, astronomie, anthropologie, physique, mathématiques et informatique, avec leur cortège exponentiel d’interrogations nouvelles, nous sommes à la veille d’une nouvelle renaissance de notre vision de l’esprit de l’homme, comparable à celle vécue au XVIe siècle en Europe, lorsqu’il fallut admettre que c’est la Terre qui tourne autour du Soleil. Nous connaîtrons plus tard d’autres renaissances, par exemple lorsque nous comprendrons la gravitation. Les tabous tombent un à un, on ne met plus au bûcher Giordano Bruno qui annonçait l’existence d’autres planètes bleues dont nous avons aujourd’hui les éléments pour penser qu’il peut en exister parmi les millions d’autres planètes de notre galaxie. Dans ce contexte, j’ai été frappé par un phénomène récurrent en animant des groupes de dessin de modèles vivants. Il m’est arrivé souvent de constater que lorsqu’un modèle, même vu de dos, s’ennuie, l’intérêt tombe immédiatement et les crayons des dessinateurs s’arrêtent. 19

Nous étions entrés dans le trait, dans la grâce d’une courbe, dans l’expression d’un psychisme et l’enchantement s’arrêtait brutalement. Ce phénomène était d’autant plus remarquable que chacun de mes collègues avait un trait très personnel, témoignant de leurs sensibilités diverses. Il existait, sans aucun doute, d’autres vecteurs de communication que ceux de l’optique. Au-delà de la forme, un esprit venait du modèle vers l’artiste et inversement. Que signifie du reste le mot esprit ? Quelle était donc l’énergie communiquée qui pouvait avoir une telle puissance ? De quelle nature était-elle et par quels canaux se propageait-elle ? Je n’avais pas l’intention de sombrer dans l’ésotérisme mais le fait était là, et il fallait l’approcher méthodiquement pour discerner ce nouveau chemin. A la réflexion, la liste des expériences apparemment étranges mais courantes est inépuisable. Ces expériences peuvent être de natures très différentes. L’hypnose existe, les souffrances psychosomatiques aussi et non des moindres, la connaissance du fonctionnement de notre cerveau nous permet d’intervenir dans le traitement des crises d’épilepsie. J’ai moimême trouvé des canalisations cachées dans le sol avec des baguettes de fer à béton pliées à angle droit et fait répéter cette expérience réussie à qui voulait la vivre. Mon chien berger me prévenait de l’arrivée imminente de quelqu’un. De même, comment rattrapons-nous une balle de tennis dont nous ne distinguons ni la couleur ni la forme ? Comment suis-je arrivé à la boulangerie en pensant à autre chose ? Nous sommes habitués à considérer dans notre culture occidentale que nous avons cinq sens bien distincts : la vue, l’ouie, l’odorat, le toucher et le goût. Nous savons aujourd’hui en neurosciences que les organes de ces sens ne sont pas indépendants mais donnent souvent lieu à des perceptions multi sensorielles. Certains transferts d’informations sont lents, d’autres rapides. 20

De plus, l’acupuncture nous indiquait déjà la complexité de nos réseaux nerveux et le yoga l’importance des flux et des transferts d’énergie. L’éthologie, la physiologie animale et la paléontologie ont signalé d’étranges transformations des espèces. L’inventaire de nos capteurs n’est ni achevé, ni reconnu. La nature et le vivant ne cessent de nous surprendre. Or il est remarquable de constater que, dans notre monde de la spécialisation, les différentes disciplines convergent autour des mêmes phénomènes. C’est le cas de la philosophie et de la physique au sujet du mouvement, ou bien de la biologie, de la physique et des neurosciences à propos de la couleur, mais aussi celui de la philosophie et de l’informatique à propos de la perception de la forme, etc. Les notions que nous évoquerons ne sont pas compliquées, ni mystérieuses, ni inconnues, ni nouvelles; nous les ignorons souvent simplement parce qu’elles sont taboues. La loi du moindre effort n’en fait pas la promotion. Le but de mon enquête est de tenter de rassembler autant de faits aujourd’hui familiers, d’horizons différents, qui puissent nous aider à mieux comprendre les multiples aspects de notre perception dans nos actions quotidiennes, nos efforts de communication et nos représentations artistiques à la recherche du vivant.

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12 Avertissement
121 Ce livre n’est pas
• • • • Un traité de dessin ou de peinture, car chaque artiste est libre, Un traité d’histoire de l’art ou de philosophie, Une encyclopédie des neurosciences, Un traité d’optique quantique ou classique, expliquant dans leur détail les phénomènes d’interactions de la lumière et de la matière générant les couleurs : diffraction, réfraction, diffusion, interférence, émission, etc. Un traité de chimie minérale ou organique traitant des pigments ou des colorants synthétiques.



Ce livre est une réflexion pour proposer un nouveau regard sur notre approche de la représentation du vivant en utilisant les connaissances disponibles actuellement en neurosciences, biologie et physique qui nous conduisent à une nouvelle compréhension de la perception artistique. Nous avons fixé un objectif clair : représenter le vivant. Seul un objectif peut en effet nous permettre d’aboutir à des conclusions simples qui nous semblent découler de notre perception naturelle, mais qui n’ont pour autant aucune force de vérité universelle, ce qui serait oublier la non communicabilité inhérente à l’expérience sensible.

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La Lumière Neutre, que nous allons définir au cours de cet ouvrage, n’est pas la seule approche qui permette d’aboutir à la représentation du vivant. Ainsi, mettre en place le trait juste, qui est l’objet de la perspective, permet la capture des volumes du vivant, avant de savoir quel type de trait et quelles couleurs utiliser pour traduire le vivant.

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13 Présentation de la situation
Au sujet du trait, du rapport lumière ombre, ou de la couleur, nous vivons sur des idées reçues qui ne tiennent pas compte des connaissances acquises au XXe siècle, dans de multiples domaines et qui constituent le substrat de notre culture en devenir.
Certains artistes ont eu la tentation de vivre dans un superbe isolement, convaincus de montrer la voie au monde. Voulaient-ils faire part de leur ressenti, comme l’artiste Wassily Kandinski (1866-1944), professeur au Bauhaus, ils ne considéraient pas que tous les cerveaux sont différents et ne peuvent ressentir les mêmes choses. Voulaient-ils tenir des discours conceptuels, ils oubliaient dans leurs propos que nos concepts reposent sur des images mécaniques simples, comme ceux de Max Planck (1858-1947) ou d’Albert Einstein (1879-1955), et parce que nos décisions exprimables sont dichotomiques. Voulaient-ils conquérir un monde abstrait, ils semblaient ignorer que le premier travail du cerveau est celui de détecter des formes et les émotions qui en découlent, comme à la vue des planches de taches d’encre écrasées, présentées par Hermann Rorschach (1884-1922) pour réaliser ses tests projectifs en hôpital psychiatrique.

Quelle est donc notre perception réelle des choses ? Autrement dit, comment les percevons-nous, lorsque nous faisons abstraction de notre culture classique, moderne ou contemporaine ? Comment représenter cette perception ? Quelles réponses apporte l’approche de la Lumière Neutre ? Nous utiliserons de nombreux exemples pour tenter de répondre à ces questions : une culture proche de la nature, différente de celle d’aujourd’hui, peut nous aider à voir, en nous laissant guider par notre perception physiologique. Elle nous ouvre les portes du vivant par une approche intuitive. Elle permet à l’artiste une mise en œuvre décrispée de ses dessins et de ses peintures, sans être prisonnier de ses techniques. Qu’appelle-t-on Lumière ? Où se situe la Nature ? 23

2 Où est la Nature ?
Physiciens et poètes : les trois mondes de la Réalité – La perception visuelle d’une droite – Le monde de la perception multi sensorielle.

21 Physiciens et poètes : les trois mondes de la réalité
Lorsque nous présentons un nouveau concept ou que nous explorons un terrain vierge, nous manquons de vocabulaire pour décrire les nouvelles terres découvertes. L’explorateur doit alors créer un néologisme qu’il lui faudra expliquer ou bien utiliser des mots anciens avec un contenu nouveau qu’il lui faudra décrire. J’ai choisi un vocabulaire le moins rébarbatif possible et donc pris l’option d’utiliser des mots anciens. Si ces deux termes, Lumière et Neutre sont anciens, leur juxtaposition est iconoclaste et c’est heureux car sa naissance brandit une interrogation nouvelle. L’innovation réclame un nouveau concept et un titre pour le nommer. Pour reprendre l’image utilisée par l’astrophysicien Hubert Reeves, né à Montréal en 1932, un titre accompagne le chercheur tout au long de son parcours en découvrant ses nouvelles facettes. C’est ce que nous ferons avec la Lumière Neutre dont nous approcherons le concept dans quelques pages et définirons à la fin de l’ouvrage. Où se situe la Nature ? Une réponse n’est pas chose facile car nos moyens d’appréhension des phénomènes sont limités. Qu’appelle-t-on le réel lorsqu’il y a plusieurs réalités, en particulier celle du monde physique, celle du monde perçu et celle du monde représenté ? 25

Prenons l’exemple du soleil : 1. physiquement c’est une étoile, 2. nous le percevons comme une source de lumière et de chaleur, 3. les Egyptiens le représentaient comme un dieu à tête de faucon portant sur sa tête le disque solaire. Remarquons que ces trois mondes sont autonomes, chacun ayant une existence éphémère. Ainsi l’étoile soleil se réduit progressivement et deviendra un trou noir. Notre perception de la chaleur dépend des individus et des circonstances. Moïse a été représenté pour la dernière fois à la Renaissance par MichelAnge avec des cornes, ce qui ne signifiait pas qu’il fut le diable. Le Dieu de Moïse n’a pas été identifié par les physiciens, mais il a été perçu par les mystiques jusque dans leurs stigmates et représenté sous la forme d’un vieillard à grande barbe blanche. Qu’en est-il de la musique ? Il s’agit de vibrations pour le physicien Helmholtz et les médecins, elle est perçue comme une source d’émotions par les musiciens, elle est représentée par une partition par les compositeurs. Qu’est-ce qu’une pièce de monnaie ? Physiquement une rondelle d’alliage de cuivre, perçue comme le pouvoir d’acheter chez le boulanger, représentée en dessin par une ellipse, et plus rarement un segment de droite lorsqu’elle est vue de profil ou un cercle lorsqu’elle est vue de face. Qu’est-ce que la lumière ? Elle est pour le physicien, suivant les expériences à expliquer, soit de l’énergie solaire propagée en ligne droite, soit une onde périodique, soit une pluie de grains d’énergie. Elle est perçue, lorsqu’elle est projetée à travers des trous faits dans un carton, soit comme des points, soit comme des anneaux, soit comme des taches aux contours flous. Elle est représentée par les peintres à l’aide de zones de couleurs claires. 26

Remarquons que l’imagination poétique du physicien n’a rien à envier à celle de l’artiste et que toutes les représentations théoriques reposent sur des images enfantines. Le théorème de Pythagore n’a qu’une démonstration visuelle faite de carrés. Une onde périodique lumineuse ou électrique est représentée par une aiguille d’horloge. L’artiste conscient est également confronté à ces trois mondes : physique, perçu et représenté. Dans cette étude nous nous intéresserons à la réalité du monde perçu qui est celui à partir duquel nous nous faisons une idée de notre environnement. Où est la nature ? En ce qui va nous concerner, les physiologistes ont autant de difficultés que les physiciens à la décrire, qu’il s’agisse du cerveau ou des trous noirs de l’espace cosmique. Il nous faudra, entre ces trois mondes, nous faire une idée de la condition de l’artiste qui - perçoit son environnement à l’aide de multiples capteurs dont nous n’avons pas encore arrêté l’inventaire, - de façon consciente ou inconsciente, - à la poursuite du vivant.

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22 La perception visuelle d’une droite
La vision optique d’une droite mérite de s’y arrêter car elle est exemplaire dans la révélation des trois réalités physique, perçue et représentée. Dans le monde physique, la droite fut un concept inventé par l’homme qui traça des rues droites pour les villes aujourd’hui abandonnées des rives de l’Indus, il y a maintenant près de 5000 ans.

Dans le monde perçu, les Grecs constataient que deux droites parallèles convergent à l’horizon. Ceci n’empêchait pas leurs écoles de mathématiques d’utiliser le concept de droites parallèles, lesquelles par définition, ne se rejoignent jamais. De plus, les Grecs savaient déjà que notre perception des droites est faite de courbes.

Dans le monde de la représentation, deux droites parallèles, par exemple deux colonnes verticales, étaient construites convergentes pour donner l’impression de leur verticalité. Ceci veut dire que les Grecs donnaient un angle à leurs colonnes pour corriger la perception physiologique de l’œil qui fait diverger les colonnes vers le ciel. Autrement dit la matérialisation d’un temple dépendait de l’objectif de l’architecte qui voulait en l’occurrence donner une impression de solidité à ses temples.

Pour passer d’un monde à l’autre, existe à chaque fois une transformation, c’est-à-dire une explication accompagnée d’un outil servant de passerelle. Du fait de la présence frontale de nos deux yeux, notre espace visuel est cylindrique. Il en résulte qu’une droite dans l’espace physique sera perçue comme une ellipse et représentée sur une feuille par un arc trigonométrique. Ceci est illustré par l’opération simple qui consiste à décalquer un paysage sur une plaque de verre, à la façon pratiquée par Léonard de Vinci.
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Nous sommes donc bien, tout comme l’artiste, confrontés à trois mondes : • Le monde physique, que nous cherchons à comprendre, qui est le monde poétique des physiciens, • Le monde perçu, que nous cherchons à comprendre, qui est celui des neurosciences en phase de recherche, • Le monde de la représentation, que nous cherchons à comprendre, qui est celui de nos projections analysées par les psychiatres. Mais nous aborderons dans cet ouvrage différents modes de perception, c’est-à-dire de compréhension de notre environnement, tout en gardant le souci de la vision optique qui est l’un de nos outils quotidiens. Nous resterons attachés à la perception physiologique, optique ou non, qui est notre perception naturelle. C’est cette perception qui nous permettra de sortir des sentiers battus dans nos efforts de représentation du vivant.

23 Le monde de la perception multi sensorielle
Nous resterons dans cet ouvrage centrés sur la vision. Mais notre vision s’alimente auprès de nombreux capteurs.
Autoportrait les yeux fermés. Constance Le Goaer. Crayon. Collection privée.

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Un joueur de football peut intercepter une balle sans la regarder. Une cavalière peut courir à côté de son cheval en le regardant. Un aveugle peut dessiner. Les non voyants de l’établissement Jean Isoard de Montgeron jouent au basket et marquent des buts. C’est la volonté d’agir qui permet à ces hommes de mobiliser les ressources non visuelles nécessaires à la pratique d’un sport. Le cerveau d’un aveugle par accident se réorganise pour affecter certaines zones visuelles inutilisées à d’autres fonctions, en particulier celle de l’audition. On observe un phénomène analogue chez les sourds pour lesquels certains espaces du traitement sonore sont libérés pour traiter les signaux visuels.

Partie de football entre équipes non voyantes. Fédération Française de Sport Handisport.© Photo Baheux.

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Photo© Anne Savaris. Carine Paul (Bourges n°10) et Noémie Lemaire (Clermont-Ferrand n°13)

L’équipe de Bourges, championne de France et d’Europe, suit, comme celle de Clermont-Ferrand, un entraînement intensif avec des techniques de pointe. Aucune des deux joueuses ne regarde le ballon, ni la joueuse adverse. La balle est contrôlée par le sens tactile de la joueuse n° 10. De plus leurs yeux montrent qu’elles ne regardent pas dans la même direction : le n°10 regarde peut-être une partenaire, le n°13 observe les mouvements d’autres joueuses avec sa vision périphérique. Les deux athlètes en plein effort semblent penser à autre chose qui ne se déroule pas dans l’instant saisi par la photo. Elles « écoutent » leurs efforts musculaires et le déplacement des formes. Elles semblent songeuses et pourtant l’objectif mobile sera intercepté. En réalité elles tentent de prévoir la suite pour orienter leur action. Leurs cerveaux sont de formidables machines à anticiper.

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