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La marche en héritage

276 pages
Fin 2013, nous avons commémoré, en France, le 30è anniversaire de la Marche pour l'égalité et contre le racisme. Tout en interrogeant l'écriture de l'histoire et les enjeux de mémoire de cet événement, ce numéro a choisi de questionner les dynamiques artistiques et culturelles de ceux, stigmatisés sous le vocable, "fils et filles d'immigrés" ou "jeunes issus de l'immigration" ou encore "jeunes de banlieue", pour qui le "nous sommes d'ici" résonne dans leurs oeuvres et leurs trajectoires.
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afric tures w w w . a f r i cult u r e s . c o m
LaMarcheenhéritage
L'héritage culturel de la Marche pour l'égalité et contre le racisme (1983-2013)
SOUS LA DIRECTION DEANNE BOCANDÉAvec la collaborationde Boniface Mongo-Mboussa, Sylvie ChalayeContributionsH. Abdallah, Karim Amellal, Olivier Mogniss Barlet, Anne Bocandé, Virginie Brinker, Nathalie Carré, Marie-Julie Chalu, Dagara Dakin, Pénélope Dechaufour, Constance Desloire, Carole Dieterich, Fred Ebami, Soeuf Elbadawi, Yvan Gastaut, Amadou Gaye, Kaddour Haddadi, Alec G. Hargreaves, Michel Kokoreff, Marc Alexandre Oho Bambe, Caroline Trouillet, Louisa Zanoun EntretiensPascal Blanchard, Olivier Cachin, Sylvie Chalaye, Rokhaya Diallo, Bouzid Kara, Médine, Gabin Nuissier, Alexis Peskine, Christiane Taubira, Cyril Trimaille, Kamel Zouaoui
numéro97
La Marche en héritage
L'héritage culturel de la Marche pour l'égalité et contre le racisme 19832013
avant-propos
Africultures : les mondes en relation
Le manifeste d'Africultures
Devenue depuis la création de la revue Africultures en 1997 une véritable ruche de projets et diversifiant sa présence sur la toile, les objectifs de l'association Africultures restent les mêmes. On trou vera ici ce qui réunit cette équipe soudée et engagée, une sorte de manifeste des enjeux à l'œuvre.
 … il est grande barbarie à exiger d'une communauté d'im-migrés qu'elle "s'intègre" à la communauté qui la reçoit. La créolisation n'est pas une fusion, elle requiert que chaque composante persiste, même alors qu'elle change déjà. L'in-tégration est un rêve centraliste et autocratique. … Un pays qui se créolise n'est pas un pays qui s'uniformise. … La beauté d'un pays grandit de sa multiplicité. » 1 Edouard Glissant
1 Traité du Tout-monde, poétique IV, Gallimard, 1997, p. 210.
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Éditant en France une revue mensuelle avant de devenir trimestrielle, ainsi qu'une galaxie de sites internet et depuis 2007 le bimestriel gratuit Afriscope, l'association Africultures est née en 1997 d'une volonté d'inscrire comme contemporaines les expressions culturelles africaines, non au sens où elles seraient seulement le miroir de notre temps, auquel cas elles n'apporteraient rien de très nouveau, mais au sens où elles éclairent notre époque et notre ave-nir. Africultures s'attache ainsi à documenter et analyser une création contem-poraine innovante et ouverte sur le monde contre les dérives universalistes qui ont fondé la hiérarchie raciale. Cela passe par la mise en valeur de l'apport de cette création dans la déconstruction des stéréotypes coloniaux qui nour-rissent encore aujourd'hui les discriminations. L'enjeu est de contribuer à un monde où chacun doit être à égalité réelle de droits et de dignité, dans une appartenance commune à l'humanité.
Ni dans l'idéologie, ni dans le politique, nous défendons avant tout l'art et la création comme réponse, comme espace de dépassement dans le contexte de la société française. Et défendre une approche critique de la création d'Afrique et des diasporas, c'est affirmer la place et le pouvoir d'innovation. C'est sortir du décor et du folklore pour revenir à l'humain. La revueAfriculturesn'a cessé de mettre en crise la notion d'africanité et d'étudier la créolisation à l'œuvre dans le monde pour sortir des xations identitaires. Complémentaire de cette démarche critique liée à la création artistique, le magazineAfriscopeà partir de 2007 rend compte des bonnes pratiques et initiatives des associations, et suit de plus près l'actualité des expressions culturelles diasporiques, sans pour autant les enfermer dans le seul prisme de l'immigration.
En effet, l'enjeu de notre travail critique est bien de sortir de l'assignation identitaire de ces expressions artistiques à la notion d'étranger. C'est la racia-lisation qui fonde la subalternité des Noirs invisibilisés et des Arabes stigma-tisés, et c'est elle qui rend centrale la question culturelle. Les différences phy-siques et de couleur de peau, si variées qu'elles sont incatégorisables, dénotent la diversité culturelle de cet ensemble que l'on dénomme nation française. Si identité il y a, c'est bien dans la prise en compte de cette diversité, dans toutes ses dimensions et notamment historique, c'est-à-dire aussi dans le récit national français. Il n'y a ni intrusion, ni effraction, ni invasion : il y a uni-quement une Histoire commune. Pas d'uniformisation possible en matière d'humanité: la créolisation à l'œuvre dans toute société rend caduque toute
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ambition puriste et conservatiste de l'identité. Une identité vivante est tou-jours en devenir, en métamorphose.
Notre combat est bien là ! Que les imaginaires de cette diversité, et notam-ment ceux des expressions puisant dans les cultures africaines, soient suffisam-ment connus, reconnus et pris en compte pour participer de la richesse de la société qui se construit. Il n'y a pas d'étrangeté territoriale quand on s'inté-resse à ce qui est déjà présent. Si étrangeté il y a, c'est à nous-mêmes, dans la diversité de nos composantes. Les vécus socio-culturels, notamment de la jeunesse, déconstruisent chaque jour les inégalités. Mais le discours média-tique, les pratiques économiques et les replis politiques électoralistes tendent à les raviver. Ils construisent des peurs qui débouchent sur tous les degrés de violence. Cette lutte reste donc essentielle et d'une brûlante actualité. Car l'enjeu est tout simplement de poser les conditions du vivre ensemble. La prise en compte des imaginaires passe par l'observation des gestes et l'écoute des paroles des acteurs de la diversité. Nous nous attachons donc à éclairer ces expressions. Cet éclairage n'est pas un savoir en soi qui serait à gober mais une ouverture, une proposition, une contribution au débat que soulève toute prise de parole et tout geste artistique. Nous cherchons à éviter la supercialité et la banale promotion pour enrichir, autant que faire se peut, la relation qui se bâtit entre les acteurs culturels et leur public. Ce sont donc des mondes en relation que nous cherchons à vulgariser et à approfondir, non dans un rap-port d'étrangeté mais dans la solidarité du partage.
Au-delà du culturel, c'est ainsi toute la question de l'interculturel qui se pose dans un monde de diversité.« Le divers,écrit Edouard Glissant,ce n'est pas le melting-pot, c'est les différences qui se rencontrent, s'ajustent, s'opposent, 2 s'accordent et produisent de l'imprévisible. »Cette notion d'imprévisible nous est essentielle : ce n'est pas le moindre apport des expressions culturelles afri-caines qui puisent dans un vécu où, soumis aux vicissitudes, l'on n'a jamais su ce que sera le lendemain. Parce que les expressions culturelles africaines construisent l'espoir coûte que coûte, elles élaborent une positivité, voyant dans notre monde en crise, tant économique qu'écologique, non une angoisse à surmonter mais la nécessité d'élaborer de nouvelles manières de l'habiter en-semble. Et ce, en tissant davantage de collectif et de solidaire dans un nouvel
2 Introduction à une poétique du divers, Gallimard 1996, rééd. 2006, p. 98.
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humanisme qui fasse  des hiérarchies entre les hommes, dans une adaptation et une réinvention permanente de nos relations.
La prise en compte et la valorisation de la diversité est une négociation permanente : elle est le résultat à la fois d'une volonté politique et des reven-dications des personnes discriminées. Mais être en relation, c'est aussi être humainement ensemble. C'est faire conance en l'intelligence et la maturité des personnes concernées pour se défendre et s'organiser si elles sont soumises à des contraintes issues de leur histoire culturelle. C'est un processus complexe et qui demande du temps. Nous ne pensons donc pas qu'il faille imposer une pratique unique dans une société de diversité. Chacun doit rester libre de porter les signes qui le démarquent culturellement dans l'espace public. Il est clair qu'il ne faut pas négliger la force protectrice de la loi face aux pratiques condamnables, mais sans en faire un outil de stigmatisation. C'est ainsi que nous nous situons dans les débats qui agitent la société française : dans la prise en compte des spécicités, le respect des diversités et l'attention aux nouveaux modes du vivre ensemble qui en découlent. La diversité n'est pas un problème mais une solution concrète, un ferment pour une société : c'est notamment elle qui la fait bouger ! C'est dans cette positivité que nous nous inscrivons.
Il est clair que cette positivité n'est pas toujours immédiate : la confrontation des différences peut être malaisée et dérangeante. Elle demande à chacune, à chacun de sacrier un petit bout de sa quiétude et d'accepter le trouble. L'Autre est un(e)alter ego, un(e) autre semblable : la reconnaissance de cette similitude ouvre à la solidarité. Mais il/elle est aussi un(e) Autre différent(e), avec une part irréductible que je ne comprendrai jamais, une opacité qui sera toujours une différence. Elle est un droit. Mais elle ne saurait déboucher sur des apartheids. C'est dans son acceptation et la valorisation de sa pertinence pour les personnes concernées que se situe aussi le travail de l'associationAfricultures.
Africulturess'est toujours attachée à ancrer son travail de réflexion dans les problématiques actuelles, tout en restant disponible à l'ouverture de perspec-tives nouvelles en phase avec l'évolution de notre société.
Africultures, c'est un projet de vie pour un avenir ensemble.
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SOUS LA DIRECTION DEANNE BOCANDÉ
Introduction9 Anne Bocandé QUAND LES  ÉTRANGERS DE MARCHE POUR L’ÉGALITÉ L'INTÉRIEUR » ENTRENT EN SCÈNE ET MARCHE DES BEURS : DES ENJEUX DE MÉMOIRE De l’immigré à  l’exilé des bords de Seine ,96la France d’ailleurs dans quelques oeuvres Instants de Marche Portfolio commenté africaines contemporaines du photographe Amadou Gaye16 Virginie Brinker L’imaginaire social de la Marche de 198328 Cinéma : le nouvel enjeu Michel Kokoreff de la représentation de l’immigration106 Olivier Barlet La Marche pour l’égalité et contre le racisme dansSans Frontière43Exposition : Les enfants de l'immigration »115Louisa Zanoun Claire Tomasella  Après la phase gentille de la Marche, Beur is not beautiful ?118 confronter la réalité sur le terrain… 52 Soeuf Elbadawi Entretien de Mogniss H. Abdallah Trente ans après, ou presque, avec Bouzid Kara relireLe Nègre Potemkine126 La Marche de 1983 a une histoire 60 Nathalie Carré Entretien croisé de Anne Bocandé Quand les étrangers avec Rokhaya Diallo et Pascal Blanchard de l’intérieur entrent en scène130 Entretien de Pénélope Dechaufour  Je le dis avec tristesse, avec Sylvie Chalaye nous avons raté ce rendezvous 74 Entretien du réseau Presse & Cité Les rappeurs voulaient avec Christiane Taubira être  des artistes comme les autres 138 Entretien de Anne Bocandé La Marche, de Nabil Ben Yedir `78 avec Olivier Cachin Olivier Barlet De la littérature  beur  à la littérature Les dérives sémantiques de l’immigration83 de  banlieue  : des écrivains en quête144 Caroline Trouillet de reconnaissance Alec G. Hargreaves De  l’ennoblissement  de l’objet d’étude  immigration  19452000150 Carole Dieterich
Rédaction rhônalpine26110 Les Pilles +33 4 75 27 74 80Rédaction parisienne23 rue Bisson 75020 Paris +33 1 40 40 14 65E-mailredac@africultures.comDirecteur de la publicationOlivier BarletRédacteurs en chefBoniface MongoMboussa, Sylvie ChalayeOnt participé à ce numéroMogniss H. Abdallah, Anglade Amédée, Karim Amellal, Olivier Barlet, Anne Bocandé, Virginie Brinker, Nathalie Carré, MarieJulie Chalu, Mélanie Cournot, Dagara Dakin, Pénélope Dechaufour, Constance Desloire, Carole Dieterich, Fred Ebami, Soeuf E badawi, Yvan Gastaut, Amadou Gaye, Kaddour Haddadi, Alec G. Hargreaves, Michel Kokoreff, MarcAlexandre Oho Bambe,Anaïs Pachabézian, Caroline Trouillet, Louisa ZanounDesign graphiqueAmandine BigotSite internetwww.africultures.com Samuel Brozzu, Raphaël Chassigneux Maxime NicolasAfriphotoAnaïs Pachabézian, anais@africultures.comÉdition et diffusionÉditions L’Harmattan 57 rue de l’École Polytechnique 75005 ParisAbonnementsvoir dernière pageVente au numéroen librairies ou à L’Harmattan et sur www.harmattan.fr
sommaire
ENTRE HÉRITAGE ET AUTONOMIE, L'ART DES IDENTITÉS PLURIELLES
Un écho de la Marche pour l’égalité : Les Minorités dans les séries de TV : la victoire  blackblancbeur  de 1998 une évolution par àcoups162ou le football comme avantgarde Alec G. Hargreaves du débat sur la France plurielle224 L’héritage littéraire de la MarcheYvan Gastaut pour l’Égalité168 Le regard sur les langues Karim Amellal cristallise les préjugés234 Rengaine: génération guérilla180Entretien de Caroline Trouillet Marie-Julie Chaluavec Cyril Trimaille Être des guerriers du quotidien184Le hiphop se veut multiethnique  243 Entretien d’Olivier BarletEntretien de Anne Bocandé avec Kamel Zouaouiavec Gabin Nuissier Jeux de regards et identités plurielles190 S'il y a une marche à refaire,  des fauxsemblants à la lucidité,ce serait une Marche des peurs 248 chez Disiz, rappeur et romancierEntretien de Anne Bocandé avec Médine Virginie Brinker  J’ai beaucoup eu à affirmer ma francité 254 L’arabité de l’humoriste Jamel DebbouzeEntretien de Dagara Dakin 19932013 : le cliché réapproprié200avec Alexis Peskine Constance Desloire Dieudonné : quand l’antiracisme PAROLES LIBRES vire à l’antisémitisme211Carole DieterichNous, anticolonialistes262 Kaddour Haddadi Ahmed Madani : comprendre l’Histoire par le théâtre216et rêve Marche268Pénélope DechaufourMarc Alexandre Oho Bambe
Tous droits de reproduction réservés, sauf autorisation préalable. Numéro 97 ISBN : 9782336299440 ISSN : 12762458 Commission paritaire africultures.com : 0918 W 91080
Revue publiée avec le concours de la Région RhôneAlpes.
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introduction
Anne Bocandé
© Anglade Amédée
« Oui, les beurs n’étaient que de fausses idoles auxquelles on a cessé de croire dans une France retournée au fatalisme néo-libéral. Les acteurs sociaux d’hier[les militants beurs et "blacks" de la première heure]redeviennent ce qu’après tout ils n’ont cessé d’être dans l’imaginaire français : 1 des immigrés ».
« Tu es de quelle origine? Il y a les Français et les Français d’origine. »En 2013, Christelle Evita met ainsi en scène, dans le spectacleMais je ne 2 suis pas noirela stigmatisation de la différence, en France, à partir de la couleur de peau. Née à Villiers-le-Bel en Seine-Saint-Denis, cette artiste refuse l’étiquette « Française d’origine antillaise », qu’on lui renvoie parfois, et c’est bien toute cette question qu’elle traite dans sa dernière pièce. 30 ans plus tôt, en 1983, une trentaine de jeunes hommes et de jeunes femmes issus notamment des barres HLM de Vénissieux dans la banlieue de Lyon prenaient la route, pour manifester paciquement de Marseille à Paris. Leur revendication ?
1  Nicolas Beau et Ahmed Boubeker. Chroniques métissées, Paris, Alain Moreau, 1986. 2 Mais je ne suis pas noire !Texte : Christelle Evita. Mise en scène Hélène Poitevin. Cie Petits Formats. Jouée à Confluences Paris e 20  les 5 et 6 décembre2013.
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