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La nomination dans l'Art

De
288 pages
Si la nomination des objets du monde permet à l'être humain de se repérer, mais aussi de décrypter son biotope, il existe également d'autres manières de la décliner. Ainsi, dans l'art le nommeur devient créateur. Dans cet essai, il sera présenté une centaine d'œuvres de l'artiste roumain Mircea Bochis, peintre et sculpteur. Dans le cadre de cette étude sur la nomination artistique, vivre à la fois dans notre univers et dans celui de l'autre participe du paradigme de l'homme.
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LA NOMINATION DANS L’ART Nomino ergo sum
« Je nomme donc je suis »
Dirigée par Alain Coïaniz et Marcienne Martin

La collection « Nomino ergo sum » est dédiée aux études
lexico-sémantiques et onomastiques, sans exclure, de manière plus
large, celles qui prennent comme objet le fonctionnement et la
construction de la signification, aux plans discursif, interactionnel
et cognitif.
Tous les champs de l’humain sont concernés : histoire,
géographie, droit, économie, arts, psychologie, sociolinguistique,
mathématiques… pour autant que l’articulation épistémologique
se fasse autour des lignes de force de l’intelligibilisation
linguistique du monde.

Comité scientifique

Victor Allouche (Université de Montpellier) ; Gérard Bodé (Institut
français de l'éducation — École normale supérieure de Lyon) ; Georges
Botet (Président honoraire de l’Institut Psychanalyse et Management —
Membre de l’Association européenne de psychanalyse Nicolas Abraham
et Maria Torok) ; Kurt Brenner (Université de Heidelberg , Allemagne) ;
Vlad Cojocaru (Institut de Filologie Română, Iaşi, Roumanie) ; José Do
Nascimento (IUT Orsay — Université Paris Sud) ; Claude Féral
(Université de la Réunion) ; Laurent Gautier (Université de Bourgogne) ;
Sergey Gorajev ( Université Gorky – Ekaterinburg, Russie) ; Julia Kuhn Vienne, Autriche) ; Judith Patouma (Université Sainte
Anne, Canada) ; Jean-Marie Prieur (Université de Montpellier) ;
Dominique Tiana Razafindratsimba (Université d'Antananarivo,
Madagascar) ; Michel Tamine (Université de
Reims-ChampagneArdenne) ; Diane Vincent (Université Laval, Canada).
Marcienne Martin






La nomination dans l’art



Étude des œuvres de Mircea Bochis,
peintre et sculpteur
























L’HARMATTAN










































© L’HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr/

ISBN : 978-2-343-10892-6
EAN : 9782343108926 À Mircea Bochis
On sent la courbure de la Terre.
On a désormais les cheveux qui ondulent
naturellement.
On ne trahit plus le sol, on ne trahit plus l’ablette,
on est sœur par l’eau et par la feuille.
On n’a plus le regard de son œil,
on n’a plus la main de son bras.
La ralentie
Henri Michaux
Plume précédé de Lointain intérieur
Gallimard, Paris, 1963, p. 43. LA NOMINATION DANS L’ART
SOMMAIRE
Préambule 11
Entretiens avec Mircea Bochis 17
Quand le fait saillant devient nomination 23
Analyse de la dénomination des œuvres de Mircea Bochis 47
Anthroponymie 53
Coiffure 61
Conversation 69
Cycle « L’été » — « Mon jardin » 77
91 Jardin
Cycle « Femme en guerre » 101 mme oubliée sur la plage » 111
Divers 123
Femme 143
Guerre 151
Idéologie communiste 157
Maison 171
En relation avec l’unité lexicale « maison » 189
Mur 203
Objet 213
On Forgeries 219
Paysage — Portrait — Temps de crise 229
Sans titre — Untitled 245
Subsistance 255
Conclusion 269
Balade artistique 275
Glossaire 277
Bibliographie 281
Liste des illustrations 285
9 LA NOMINATION DANS L’ART
PRÉAMBULE
Tout d’abord, je remercie vivement Mircea Bochis d’avoir accepté
de participer à ce projet d’écriture en m’ayant mise en relation
avec la nature de ses œuvres à travers leur nomination. Des
photographies de ses tableaux illustreront également cet ouvrage.
De la communication dans le monde du vivant
Le fait communicationnel est une des instances participant du
monde du vivant au même titre que la gestion des ressources
nutritionnelles, la reproduction et la protection du territoire et de
ses hôtes. Par ailleurs, dans un écosystème fermé comme celui de
la planète Terre, l’espace territorial ainsi que les ressources
alimentaires sont limités. Transmettre une information permet,
alors, une meilleure réévaluation de l’environnement et un apport
de réponses mieux appropriées. À ce propos, dans un ouvrage
traitant de botanique, Pelt (1996) donne de nombreux exemples
de végétaux transmettant ou recevant des informations comme le
lilas des Indes ou melia dont les « graines contiennent en effet une
substance chimique qui se révèle un très puissant dissuasif à
l’égard des insectes » ou encore ces plantes carnivores
dénommées : « myrmécophiles » (amies des fourmis) qui ont
conclu une manière de contrat avec les fourmis, lesquelles en
échange de l’abri que ces plantes leur offrent, leur apportent des
insectes qu’elles ont capturés (ibid., p. 194).
Force est de constater que la transmission de l’information fait
partie des moyens de repérage du monde du vivant. Avec
l’apparition du langage chez l’hominidé, primate, membre du
groupe des simiens, le repérage se fera alors à l’aide d’autres
1outils. La forme pronominale du syntagme verbal « repérer »
renvoie au sens de : « […] se situer dans l’espace ou le temps »
avec, dans sa réalisation d’ordre pragmatique, représentationnel
et symbolique le fait de : « Marquer des repères, signaler quelque
1 http://www.cnrtl.fr/definition/rep%C3%A9rer — Page consultée le 3 juillet
2014.
11 ÉTUDE DES ŒUVRES DE MIRCEA BOCHIS
PEINTRE ET SCULPTEUR
2chose à l’aide de repères ». La nomination des objets du monde
est une procédure cognitive complexe qui permet à l’humain
d’intégrer dans son paradigme tel objet perçu, mais encore
inconnu. Elle fait appel au substratum groupal transcrit par la
doxa, à son expérienciation en matière d’objets ayant quelques
similitudes avec l’objet inconnu ou encore à l’actualisation de sa
mémoire lexico-sémantique par le biais du langage.
Nous allons exemplifier ladite procédure avec un extrait d’un des
romans de Tournier : « Vendredi ou les limbes du Pacifique », dans
lequel il est décrit très exactement la démarche cognitive engagée.
Le héros, Robinson, découvre un objet et l’interprète en
actualisant sa mémoire tant expérientielle que lexico-sémantique :
« […] aussi songea-t-il à une souche à peine plus bizarre que
d’autres lorsqu’il distingua, à une centaine de pas, une silhouette
immobile qui ressemblait à celle d’un mouton ou d’un gros
chevreuil. Mais peu à peu, l’objet se transforma dans la pénombre
verte en une sorte de bouc sauvage, au poil très long » (1967,
p. 16).
Le processus itératif engagé montre que l’objet est perçu, dans un
premier temps, sous une forme globale ; d’un point de vue
3linguistique, il prend alors le statut d’hyperonyme avec les unités
lexicales suivantes : « souche » et « silhouette ». Voyant l’objet
s’animer, le héros actualisera des références faisant appel à des
termes spécifiques comme « mouton », « chevreuil » et « bouc »,
4s pris en qualité d’hyponymes . Cependant, l’objet perçu, s’il
ressemble à ces trois mammifères, n’appartient pas pour autant à
2 Ibid.
3 L’hyperonyme recouvre le sens de : « Terme dont le sens inclut celui d’un ou de
plusieurs autres »
erhttp://www.cnrtl.fr/definition/hyperonyme — Page consultée le 1 mars 2016.
Ainsi, une automobile est un terme générique renvoyant à un ensemble d’objets
possédant des caractéristiques communes : habitacle, roues, moteur.
4 L’hyponyme a pour signification : « (Mot) dont le signifié est hiérarchiquement
plus spécifique que celui d’un autre »
erhttp://www.cnrtl.fr/definition/hyponyme — page consultée le 1 mars 2016.
Dans le cadre d’une automobile, il pourrait référer à la 2 CV des années 1950, par
exemple.
12LA NOMINATION DANS L’ART
ces espèces, d’où l’utilisation du syntagme « sorte » : « [qui] est
restrictif puisqu’il met l’accent sur la catégorisation de l’objet et
non sur l’objet lui-même » (Martin dans Cahiers de la société
française d’onomastique, 2008, p. 209-210).
Tableau 1 — Procédure nominale
Hyperonymes Champ lexical des
mammifères
Hyponymes
5Souche : base du tronc d’un Mouton : mammifère ruminant
arbre. domestique de la famille des
ovinés.
Silhouette : forme dont les Chevreuil :
contours se détachent sans mammifère sauvage, ruminant,
qu’on puisse distinguer les ongulé, de la famille des
détails. cervidés.
Bouc : mammifère herbivore et
ruminant, appartenant à la
famille des bovidés,
sousfamille des caprins.
Quand l’imaginaire devient nomination…
Si la nomination des objets du monde permet à l’être humain de se
repérer, mais aussi de décrypter son biotope, il existe également
d’autres manières de la décliner. Ainsi, le nommeur devient
créateur ; il en est ainsi des pseudonymes, appelés également
autonymes, et pris par certains artistes (Molière pour
JeanBaptiste Poquelin, Vernon Sullivan pour Boris Vian). Par ailleurs,
le monde numérique, soit Internet, est un véritable vivier
pseudonymique au sein duquel la créativité est florissante.
L’artiste, qu’il soit écrivain, peintre, sculpteur, ou autre, nomme
ses œuvres afin de les distinguer de celles de ses confrères, mais
5 http://www.cnrtl.fr/etymologie/souche et la définition des unités lexicales
présentées dans le tableau 1, sauf pour le terme « bouc ». Page consultée le 4
juillet 2014.
13 ÉTUDE DES ŒUVRES DE MIRCEA BOCHIS
PEINTRE ET SCULPTEUR
aussi pour leur donner une âme. Communiquer à travers l’écriture
artistique est une manière d’ouvrir son monde intérieur et de le
faire découvrir aux participants de notre univers en trois
dimensions. Cependant, le monde du Réel est retranscrit à travers
le filtre subjectif de l’auteur. L’émotionnel est le champ à partir
duquel l’œuvre créée et visualisée prend source.
Qu’en est-il de la nomination dans ce cas de figure particulier où
6les qualia en forme la quadrature ? Je citerai deux exemples de
nomination d’œuvres poétiques dont je suis l’auteur. Le premier
7opuscule a été intitulé : « Voix ferrées par l’ombre ». Ce titre
singulier, où la locution : « voix ferrées » est un homophone de
« voies ferrées », n’est pas anodin. En effet, la nature même de
l’écriture poétique prend sa source dans le ressenti, une façon de
réécrire les objets du monde par le biais du filtre émotionnel qui
est en relation, bien souvent, avec l’inconscient de l’auteur. La
voix, support communicationnel est ici, prise au piège (ferrée) par
l’inconscient (l’ombre). Le deuxième ouvrage a été intitulé : « Le
8temps minéral ». La première partie ayant pour titre : « Conte de
vie » est composée de poèmes écrits durant l’adolescence de
l’auteur ; la deuxième partie nommée : « Dans l’athanor du temps »
est articulée autour de poèmes récents. Dans le titre : « Le temps
minéral », il a été pris en compte la possibilité de résilience de
l’être humain dans le cadre de traumatisme violent, résilience qui
fige un passé émotionnel avec lequel il est difficile de composer.
Ce figement devient alors mémoire. L’intitulé des sous-titres n’est
pas non plus anodin. En effet, dans « Conte de vie », l’écriture
poétique est une retranscription pure de la souffrance vécue, sans
référence directe à l’ogre cruel. Dans le deuxième sous-titre, le
terme « athanor » ayant pour sens : « Grand alambic utilisé par les
alchimistes pour leurs décoctions ; fourneau à combustion
6 « Au sens général, un quale est une qualité sensible présentée par une chose
dans un contexte d’observation déterminé » in Jérôme Dokic & Paul Égré,
« L’identité des qualia et le critère de Goodman »
http://j.dokic.free.fr/philo/pdfs/goodman_de1.pdf — page consultée le 2 mars
2016.
7 MARTIN (Marcienne), Voix ferrées par l’ombre, 2009.
8 MARTIN (enne), Le temps minéral, 2015.
14





LA NOMINATION DANS L’ART

9lente », il est montré que le temps, en fonction du contexte
émotionnel et des modifications évènementielles peut être réécrit,
parfois, de manière singulière. Le murmure poétique en est son
expression.

***

Dans ce petit essai, il sera présenté une centaine d’œuvres de
l’artiste roumain Mircea Bochis. Cette approche nominale est
articulée autour du nom de l’œuvre elle-même ainsi que de
l’histoire de sa naissance, quand histoire il y a. En effet, dans la
visualisation d’un projet chez cet artiste, le nom et l’œuvre sont
synchrones, phénomène que j’ai souligné dans la réalisation de
mes opuscules poétiques et de leurs titres.

La synchronie n’est pas un mode créatif commun à l’ensemble des
artistes ; il semblerait naître de l’inconscient où l’œuvre est déjà
représentée, mais pas encore réalisée.

Comme le mentionne Mircea Bochis lors de ses entretiens, la
structure environnementale (lieu, période historique et politique,
etc.) a un impact important quant à sa création artistique. Je
citerai, notamment, la période communiste, avec Nicolae
Ceaușescu, qui devint président de la République socialiste de
Roumanie en 1974 et qui fut à l’origine de violences inouïes,
comme dans tout régime dictatorial.

***









9 http://www.cnrtl.fr/definition/athanor — Page consultée le 2 mars 2015.
15
ÉTUDE DES ŒUVRES DE MIRCEA BOCHIS
PEINTRE ET SCULPTEUR
Quand la pensée individuelle est prise au piège d’une idéologie
gommant tout ce qui fait la spécificité de l’être humain :
originalité, créativité, sensibilité, nous voyons apparaître des êtres
déshumanisés et robotisés, ce que Mircea Bochis illustre
merveilleusement avec ce triptyque d’œuvres intitulées : « Le
tourneur Stelian Furtuna, le responsable de la section spéciale de
l’outillage lourd », « Le stakhanoviste Seminschi en visite à l’usine
des tracteurs drapeau rouge Brasov » et « Être vigilant ! Les
ennemis de la classe ne dorment jamais ».
Que cet univers poétique, à défaut d’être virtuel ou réel, fasse
résonance chez le lecteur !
16LA NOMINATION DANS L’ART
ENTRETIENS AVEC MIRCEA BOCHIS
17





LA NOMINATION DANS L’ART

Dans ce chapitre, il sera présenté les différents entretiens que j’ai
eus avec Mircea Bochis, peintre et sculpteur. Ils sont articulés
autour de huit questions qui permettront au lecteur d’avoir une
approche du monde de l’art retranscrit à travers le regard de cet
artiste.

1. Avant de présenter vos œuvres au lectorat, et la manière
dont vous les avez nommées, pourriez-vous me présenter votre
parcours en qualité d’artiste ?

J’ai commencé mes études artistiques à l’âge de quatorze ans et
tout dans mon adolescence et dans mes rêves a été dirigé vers les
courants artistiques qui se sont développés à Paris ; au
commencement, avec l’Impressionnisme. Bien sûr, j’étais
complètement convaincu que mon futur devait être seulement
artistique et, pour cette raison, mes rêves d’adolescence étaient
d’arriver à Paris le plus vite possible, mais parce que mon
adolescence s’est déroulée sous le communisme, cette chose
n’était pas possible. Aucune personne n’a eu une influence directe
dans ma carrière artistique... bien sûr, il existe beaucoup d’artistes
au monde pour lesquels j’ai une grande admiration, mais je suis
toujours convaincu que chaque artiste a sa propre histoire, et sa
création représente la société dans laquelle il vit [Roumanie en
2016 qui se trouve en Europe 2016, etc.].

2. Certains évènements ou êtres ont-ils eu un impact sur
votre orientation artistique ?

Il y a toujours des éléments qui ont un impact sérieux sur mon
travail artistique ; mon travail artistique représente l’idée que
j’habite en Europe, en Roumanie, à Baia Sprie en 2016, ou 2014,
ou 1998, etc. et que tous les évènements d’ordre social, politique,
éducatif, et aussi dans le cadre des relations humaines de ce lieu
vont avoir une influence considérable sur mon travail.


19
ÉTUDE DES ŒUVRES DE MIRCEA BOCHIS
PEINTRE ET SCULPTEUR
3. Auriez-vous quelques anecdotes particulières à raconter
et qui ont marqué votre chemin d’artiste : remises de prix,
rencontres…
Les prix sont intéressants dans le fait qu’ils donnent seulement
une sorte de certitude relative au fait que ton travail peut être
intéressant et qu’il n’est pas inutile... Si les prix sont accompagnés
avec de l’argent, alors ils deviennent intéressants... Concernant
des anecdotes, je me souviens que lors d’une exposition d’œuvres
collectives à Paris, mon œuvre de petite dimension a été volée par
une femme très distinguée et qui l’a sortie de l’exposition ; l’œuvre
a été récupérée par les agents de sécurité... Un petit scandale
amusant pour moi, parce que j’aime beaucoup l’idée qu’il existe
des hommes pouvant voler mes œuvres...
4. Comment pourriez-vous analyser votre ressenti au
moment où une œuvre commence à prendre forme ?
Aucun sentiment parce que l’œuvre se trouve finie dans ma tête ;
la transposition sur toile n’est pas un motif pour me donner des
émotions, mais seulement un travail... Les problèmes commencent
quand une image se trouve dans ma tête et qu’une autre peut
prendre vie ; ce qui se trouve sur la toile n’est pas toujours bien...
C’est pour cette raison qu’il y a toujours des continuités.
5. L’inspiration qui préside à la création de l’œuvre ainsi que
le nom qui lui est donné apparaissent-ils au même moment ?
Chaque fois. Premièrement dès qu’apparaît l’idée d’une nouvelle
œuvre, automatiquement le nom de l’œuvre fait une sorte de
translation à partir de l’idée, pour les hommes qui regarderont
l’œuvre, mais, bien sûr, chaque personne peut avoir son
interprétation au sujet de l’image.
6. Existe-t-il un décalage temporel entre inspiration,
création et nomination de l’œuvre ?
Non.
20





LA NOMINATION DANS L’ART

7. Pourriez-vous nous présenter quelques exemples relatifs à
la procédure de nomination ?

J’ai un cycle de peinture qui s’appelle : « Objets trouvés sur la
plage ».

8. Par ailleurs, vous invitez différents artistes à participer à
la réécriture des objets du monde à partir d’œuvres existantes telles
celles du poète hongrois Pavel Susară, du peintre Piet Mondrian, de
l’écrivain Marian Ilea ou, encore, du poète d’avant-garde Tristan
Tzara, fondateur du mouvement appelé « dadaïsme », pourriez-vous
nous expliquer ce que représente pour vous ces croisements de
regards d’artistes à partir d’un projet artistique dont vous êtes le
créateur ?

Aujourd’hui, l’art contemporain est devenu très complexe en ce
qui concerne l’opinion que j’en ai. Il n’est pas possible de
cataloguer les artistes comme sculpteur ou graveur, ou vidéaste,
etc. Je pense que, maintenant, l’art contemporain doit être un
mélange complexe entre tous les genres artistiques, ce qui fait
qu’alors, dans mes grands projets artistiques, j’invite aussi
d’autres artistes comme participants. Je pars toujours d’une
œuvre existante, un livre, une pièce de théâtre, une idée qui peut
être philosophique, avec, toujours, comme départ, par exemple, le
texte d’une pièce de théâtre qui va seulement être un prétexte
pour ce qui va suivre. Nombre de fois, mes œuvres prennent vie et
sens, seulement parce qu’en amont, une autre œuvre a été le
déclencheur de l’apparition de mon œuvre, ou de celle d’une
avalanche d’autres évènements artistiques.









21
LA NOMINATION DANS L’ART
QUAND LE FAIT SAILLANT DEVIENT
NOMINATION
23 LA NOMINATION DANS L’ART
L’art est une manière de communiquer ses ressentis à travers leur
réécriture. Évènements, histoires greffées dans l’inconscient
personnel ou collectif, émotions diverses en forment, bien
souvent, le terreau… Dans la préface, nous avions évoqué la
communication dans le monde du vivant comme un moyen de
transférer le repérage de telle donnée par le biais de la
transmission informationnelle.
10L’analyse de l’unité lexicale « repérage » renvoie à la
signification suivante : « Action de repérer, de détecter dans
l'espace ou le temps, un lieu, un élément précis ». Ce terme fait
également écho à la notion de « fait saillant » développée par
Dessalles et qui s’applique à la pertinence en tant que processus
de validité narrative : « Par exemple, certaines anecdotes peuvent
être rapportées, d’autres non. Je ne peux pas raconter simplement
que je me suis levé ce matin, que j’ai déjeuné, que j’ai écouté la
radio, que j’ai fait ma toilette, que je me suis habillé et que je suis
sorti de chez moi ». Cet auteur précise : « Celui qui écoute une telle
narration sait qu’il manque quelque chose. Ce quelque chose
d’essentiel, commun à toutes les narrations de ce genre, est la
mention d’un fait saillant. » Et il ajoute : « […] Si un locuteur
parvient à faire partager par ses vis-à-vis le sentiment que le fait
rapporté présente un intérêt, par exemple parce qu’il sort de
l’ordinaire, ce locuteur est pertinent. La pertinence, dans ce cas, se
mesure au caractère saillant du fait rapporté » (2000, p. 261).
Ainsi, quels que soient les évènements auxquels nous participons
(univers de la réalité, de sa représentation, du symbolisme, du
monde virtuel ou onirique, etc.), il en émergera toujours quelque
chose qui nous est spécifique, car cela entre en résonance avec le
substratum sociétal auquel nous appartenons et à partir duquel
notre identité personnelle s’est forgée : structure familiale,
religieuse ou athéiste, culture, orientation(s) politique(s)… sans
compter des phénomènes aléatoires comme les tremblements de
terre, les accidents routiers, domestiques… et, bien entendu, en
10 http://www.cnrtl.fr/definition/rep%C3%A9rage — Page consultée le 30
juillet 2016.
25 ÉTUDE DES ŒUVRES DE MIRCEA BOCHIS
PEINTRE ET SCULPTEUR
amont, la structure génétique à partir de laquelle notre unité du
vivant s’est enracinée et de laquelle est née l’image que nous
avons de ce que nous sommes, image réécrite en fonction de notre
propre histoire et de nos qualia, ce qui renvoie à une
retranscription des objets du monde par le biais de notre filtre
subjectif.
Qu’en est-il de l'autopoïèse présidant à la nomination d’une œuvre
artistique ? À l’image d’un titre figurant sur des documents tels
qu’un journal, une revue, ou un livre, celui donné à une œuvre
renvoie également au sens de : « Inscription au début d'un
ouvrage pour indiquer son sujet ; nom donné par son auteur à une
œuvre littéraire ou artistique et qui évoque plus ou moins son
11contenu, sa signification ». Dans le tableau 2 ci-dessous, il est
présenté la liste des œuvres que Mircea Bochis m’a transmise.
Leur total recouvre 115 noms. Dans chacune des cellules figurent
le numéro du tableau, sa désignation, la structure sur laquelle il a
été réalisé, ainsi que sa dimension.
Tableau 2 — Présentation des noms donnés aux œuvres de
Mircea Bochis (115)
Tableau 0069 du cycle « Femme Tableau 0071
en guerre » Diptyque
« Jeune illégaliste se « La conversation »
regardant dans un miroir » Huile sur toile 145 cm x 150 cm
Huile sur toile 145 cm x 150 cm
Tableau 0073 Tableau 0081
Diptyque « Alice »
« La conversation » Huile sur toile 150 cm x 145 cm
Huile sur toile 145 cm x 150 cm
Tableau 0083 Tableau 0085
« Lili » « Jeune femme anglaise
Huile sur toile 145 cm x 150 cm vomissant au bord de la
Seine »
Huile sur toile 125 cm x 130
cm.
11 http://www.cnrtl.fr/definition/titre — Page consultée le 30 juillet 2016.
26





LA NOMINATION DANS L’ART

Tableau 0087 Tableau 0088
« La maison du Président » « Le tourneur Stelian
Huile sur toile 130 cm x 125 cm Furtuna, le responsable de la
section spéciale de l'outillage
lourd »
Huile sur toile 150 cm x 145 cm
Tableau 0091 Tableau 0092
« Le stakhanoviste Seminschi « Être vigilant ! Les ennemis
en visite à l'usine des de la classe ouvrière ne
tracteurs ‘drapeau rouge dorment jamais »
Brasov’ » Huile sur toile 150 cm x 145 cm
Huile sur toile 145 cm x 150 cm
Tableau 094 du cycle Tableau 0097 du cycle « L’été »
« Femme en guerre » « Mon jardin »
« La pente de la désillusion » Huile sur toile 145 cm x 150 cm
Acrylique sur toile 150 cm
x 145 cm
Tableau 0099 du cycle « L’été » Tableau 0101 du cycle « L’été »
« Mon jardin » « Mon jardin »
Huile sur toile 150 cm x 145 cm Huile sur toile 145 cm x 150cm
Tableau 0103 Tableau 0104
« Paysage avec l'oiseau de la « Autoportrait »
mort » [Landscape with Bird Acrylique sur toile 145 cm x
of Death] 150 cm
Huile sur toile 150 cm x 145 cm
Le tableau peut avoir aussi un
autre nom « Les jours du parc
‘Princesse Marie’ »
Tableau 0106 Tableau 0109
« Objets oubliés sur la « Objets oubliés sur la
plage » plage »
Acrylique sur toile 150 cm x Acrylique sur toile 150 cm x
145 cm 145 cm
Tableau 0111 du cycle « L'été » Tableau 0113 du cycle « L’été »
« Mon jardin » « Mon jardin »
Huile sur toile 145 cm x 150 cm Huile sur toile 150 cm x 145 cm


27