La nouvelle avant-garde

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La vision du monde postmorderne a beaucoup apporté en déconstruisant la modernité pour mettre en avant des valeurs postmatérialistes et une société plurielle. La nouvelle Avant-garde n'est pas seulement une pensée : c'est une culture, une communauté de valeurs et de quête, le fruit d'une intuition collective qui rassemble des personnes de tous horizons autour d'un respect profond pour le vivant, de la conscience que nous ne connaissons qu'une part infime de l'univers.
Publié le : samedi 1 juin 2013
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EAN13 : 9782336668260
Nombre de pages : 197
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LA NOUVELLE
AVANT-GARDE
Comment comprendre la nature de l’évolution que
nous vivons à l’heure actuelle ? Quelles sont les
dernières recherches en matière de changement de Sous la direction de
paradigme ? Quelle est la place de la co-évolution, en Carine Dartiguepeyrouparticulier, dans le domaine de la culture?
La vision du monde postmoderne a beaucoup
apporté en déconstruisant la modernité pour mettre
en avant des valeurs postmatérialistes et une société
plurielle. De nos jours, d’autres approches telles que LLAA NNOOUUVVEELLLLEE
la philosophie intégrale, l’approche post-postmoderne
ou le mouvement évolutionnaire mettent l’accent sur la AAVVAANNTT--GGAARRDDEEnécessité d’intégrer les strates de la complexité pour aller
plus loin en reliant les différentes visions du monde.
Vers un changement
L’idée n’est plus seulement de déconstruire une réalité de culture
dominante voire asphyxiante mais d’offrir une philosophie
constructive dans ce basculement paradigmatique.
Nous l’avons appelé, la « nouvelle Avant-garde ».
La nouvelle Avant-garde n’est pas seulement une
pensée. C’est une culture, une communauté de
valeurs et de quête, le fruit d’une intuition collective, qui
rassemble des personnes de tous horizons autour d’un Riane Eisler
respect profond pour le vivant, de la conscience que
Alain Gauthier
nous ne connaissons qu’une part infi me de l’univers.
Jennifer GidleyC’est, plus que tout, une vision poétique du monde et
un espoir dans la capacité humaine à évoluer. Ervin Laszlo
Steve McIntosh
Avec les contributions de Carine Dartiguepeyrou, Riane Eisler,
Michel Saloff-Coste Alain Gauthier, Jennifer Gidley, Ervin Laszlo, Steve McIntosh,
Michel Saloff-Coste et Gyorgyi Szabo. Certains de ces auteurs Gyorgyi Szabo
ont été traduits en langue française pour la première fois.
ISBN : 978-2-343-00822-6
19 €
Sous la direction de
LA NOUVELLE AVANT-GARDE
Carine Dartiguepeyrou



La nouvelle Avant-garde





Avant-garde
Collection dirigée par Carine Dartiguepeyrou



Fondée et dirigée par Carine Dartiguepeyrou, docteur en sciences
politiques et prospectiviste, Avant-garde est destinée à valoriser les
idées émergentes, les grandes mutations sociétales et tendances
socioculturelles de notre monde.
Les ouvrages collectifs seront mis à l’honneur pour favoriser la
confrontation des paradigmes et l’accès à différentes visions du
monde. La vocation de cette collection est de faire découvrir une
variété d’auteurs, français et étrangers, explorateurs et innovants dans
leur domaine. La collection Avant-garde s’adresse à toutes les
personnes qui sont en quête de sens et d’engagement.
Sous la direction de
Carine Dartiguepeyrou


La nouvelle Avant-garde
Vers un changement de culture




Avec la participation de
Riane Eisler, Alain Gauthier, Jennifer Gidley,
Ervin Laszlo, Steve McIntosh,
Michel Saloff-Coste, Gyorgyi Szabo












































© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00822-6
EAN : 9978-2-343008226 Remerciements
Ce livre cherche à éclairer le débat philosophique sur la
nature de la mutation que nous vivons. Dans les livres précé-
dents, Prospective d’un monde en mutation (2010), Au-delà de
la crise fnancière, nouvelles valeurs, nouvelles richesses (2011)
et Les voies de la résilience (2012), nous avions mis l’accent sur
la partie sociologique, ethnologique, économique et humaine des
sciences. Celui-ci fait appel à trois sources majeures d’inspira-
tion : l’épistémologie, qui creuse profondément le sens des mots
en remontant à l’essence des choses ; la philosophie, qui intègre
ici les visions à la fois occidentales et orientales et éclaire les
concepts évoqués ; le questionnement prospectif, qui tire chaque
contribution vers un même objectif : décrypter la nature du chan-
gement que nous vivons, en comprendre les évolutions et les
émergences, dégager les implications à venir.
Cet ouvrage mûrissait depuis plusieurs années en moi, mais
c’est l’intervention d’Ervin Laszlo, lors du Forum de l’Evolution
de la Conscience tenu à Paris le 13 octobre 2012, qui a accéléré
le processus. Cette conférence a accueilli nos chers Ervin Laszlo,
fondateur du Club de Budapest, et Edgar Morin, Membre d’hon-
neur du Club de Budapest, ainsi que d’autres intervenants comme
Andrew Cohen, Steve McIntosh et Carter Phipps. L’intervention
d’Ervin a déclenché de très longs applaudissements comme si les
gens qui se trouvaient dans l’amphithéâtre de la Sorbonne avaient
besoin de contribuer et de participer à leur tour. Ce n’était pas uni-
quement ce qu’il avait dit. C’était aussi ce que nous avions vécu.
Un message plus profond s’était dégagé de lui. Quelque chose
que l’on pourrait qualifer de sagesse, émanant de son humilité,
voire de sa fragilité, et surtout de son espoir dans des solutions
profondes malgré l’urgence qu’il ne cesse de rappeler. Dans ce
contexte, les 20 ans du Club de Budapest en 2013 ne sont qu’une
raison supplémentaire pour célébrer la sortie de ce livre.
Notre conviction est que tous les grands changements
planétaires, qu’ils soient écologiques, technologiques ou socio-
5économiques, relèvent avant tout de notre culture. Par culture,
nous entendons, nos aspirations, nos systèmes de valeurs et nos
comportements. Il peut s’agir de notre culture intrinsèque, celle
qui guide nos intimités, comme de la culture institutionnelle ou
nationale, celle qui guide nos collectifs.
Ce livre est consacré à la réfexion sur l’avenir de l’homme :
où en sommes-nous de notre évolution ? Sommes-nous toujours
à la « préhistoire de l’humanité », comme le formule Edgar
Morin ? Quel sens donner à la mutation systémique que nous
vivons ? Quels sont les leviers humains de mutation dont nous
disposons, et que devons-nous remettre radicalement en cause,
pour mener à bien cette métamorphose ?
C’est ce qui rassemble les contributeurs de ce livre qui par-
tagent les valeurs du « Manifeste pour la Conscience planétaire »
du Club de Budapest, à savoir l’empathie, le respect de la diver-
sité et du vivant, la tolérance et la paix. Chacun est très actif dans
ses propres domaines de recherche et d’action. Pour cet ouvrage,
nous avons sollicité des intellectuels érudits, des artistes et des
entrepreneurs dont certains n’ont jamais été publiés en langue
française. Et chacun a collaboré très généreusement à l’élabora-
tion de pensées pionnières. Je les en remercie du fond du cœur.
Je remercie également Caroline Guidetti, Michel Nguyen The,
Alain Gauthier, ainsi que Julia Galmiche et Anne Andrault, qui
ont traduit les textes d’anglais en français.
Carine Dartiguepeyrou
Présidente
Club de Budapest FranceSommaire
Introduction
Carine Dartiguepeyrou ...................................................................................... 9
Culture et changement de paradigme :
vers une nouvelle avant-garde ? ou .................................................................................. 15
L’émergence d’une vision du monde évolutionnaire
Steve McIntosh ................................................................................................... 35
Evolution de la conscience et changement de paradigme
Jennifer M. Gidley ............................................................................................ 55
Evolutions
Michel Saloff-Coste ......................................................................................... 69
Comment Ervin Laszlo fait basculer le monde
Gyorgyi Szabo ..................................................................................................... 93
Co-créer une société et une économie
de la compassion solidaires
Riane Eisler ....................................................................................................... 109
Leadership et co-évolution
Alain Gauthier ................................................................................................. 127
Conclusion. Un nouveau chapitre de l’histoire humaine ?
Carine Dartiguepeyrou ............................................................................... 147
Postface
Ervin Laszlo ...................................................................................................... 151
La Déclaration d’unité
Ervin Laszlo avec la collaboration de Gyorgyi Szabo .............. 161
Annexes
Le Club de Budapest France .................................................................. 173
Les journées de l’Université intégrale (2008-2012)
Michel Nguyen The .................................................................................... 177
Les quatre quadrants de Ken Wilber ................................................... 188
Sélection bibliographie ............................................................................... 189
7Introduction
Carine Dartiguepeyrou*
En 1972, le rapport du Club de Rome, Limits to growth (Les
Limites de la croissance), lance un cri d’alarme en proposant des
scénarios du futur qui montrent les excès et les impacts néga-
tifs que le développement économique peut à terme entraîner sur
l’environnement. Ervin Laszlo, qui travailla sur l’impact humain
de ces scénarios, fut l’un des premiers philosophes des sciences
à montrer l’importance de la promotion des diversités culturelles
dans l’évolution humaine comme de sa nécessaire interdépen-
dance avec la nature (espèces végétales et animales) et avec le
cosmos (biosphère et géosphère). L’expression de « conscience
planétaire », qu’il choisit pour caractériser cette triple interdé-
pendance, a été retenue comme pilier du Manifeste de la création
du Club de Budapest en 1993.
En cette vingtième année de la fondation du Club de Buda-
pest, nous sommes encore loin de mettre en œuvre les solutions
d’urgence qui s’imposent à nous. Et pourtant, nos prises de
conscience, que cela soit de la reconnaissance de notre richesse
culturelle (arts, langues, etc.), de la fragilité de notre biodiversité
et du vivant sur la planète, mais aussi de notre dépendance au
pétrole, du changement climatique, avancent à grand pas. Les
sciences rejoignent les spiritualités, dont certaines, bien avant
l’heure, avaient eu l’intuition des lois du vivant. La société civile
s’empare de ces sujets pour agir au quotidien malgré l’incertitude
sur l’avenir. Les entreprises et les institutions internationales
contribuent à cet élan de manière très inégale ; il existe un fossé
entre les plus pionnières et les plus traditionalistes.
9La nouvelle Avant-garde
Nous sommes invités à changer
de paradigme sociétal
Dans ce contexte, il paraît urgent de revoir notre rapport à
nous-mêmes, aux autres et à l’ensemble de la planète. Voici,
résumées, quelques convictions partagées par les contributeurs
à ce livre :
• Nous devons, pour prendre « les voies de la résilience »,
nous engager dans une métamorphose pour changer de para-
digme civilisationnel. Nous vivons une période de mutation
profonde qui n’est pas une simple crise, mais une « polycrise » –
l’expression est d’Edgar Morin.
• C’est en prenant conscience de ces enjeux que nous
pourrons agir à la fois individuellement et collectivement. Notre
action s’inscrit dans une mondialisation qu’il faut vivre autre-
ment, en développant notre interdépendance avec l’ensemble du
vivant au sein de la planète.
• Les changements à la fois écologiques, technologiques,
économiques, sociaux nécessitent un changement de paradigme.
Nous sommes amenés à faire évoluer nos représentations. Nos
principaux leviers d’action sont d’ordre culturel et représentés
par nos valeurs et nos comportements.
• Nous ne pouvons plus dissocier, comme nous l’avons fait à
l’âge moderne, l’homme de la nature. L’homme dépend du reste
du vivant. C’est dans la diversité, à la fois biologique et cultu-
relle, que la richesse de notre vie peut s’épanouir. Nous sommes
« poussières d’étoile » – selon Albert Jacquard – et notre co-
évolution fait également partie d’un plus grand Tout, chacun le
concevant comme il l’entend.
Si « la conscience est le fruit de l’évolution », comme le
souligne Edgar Morin, comment faire en sorte que son développe-
ment s’accélère et touche un plus grand nombre d’humains pour
atteindre une masse critique ? Avoir une conscience plus large des
enjeux planétaires requiert un changement de posture, c’est-à-
dire de valeurs et de comportements. Cela nécessite de prendre le
« virage global » et de changer de paradigme (Ervin Laszlo).
10Introduction
Mais que signife réellement « changer de paradigme » ? Edgar
Morin nous invite à passer de la complexité à la pensée complexe
en « luttant contre le probable » pour faire advenir l’improbable.
Pour Ervin Laszlo, nous devons élargir notre conscience, en
agissant de manière cohérente, à notre niveau, pour transformer
collectivement le monde. D’autres comme Brian Hall (Values
shift), Don Beck et Chris Cowan (Spiral Dynamics), Richard
Barret (The New Leadership Paradigm), proposent des grilles
de lecture pour décrypter les niveaux de conscience. L’œuvre de
Ken Wilber propose une nouvelle théorie dite « intégrale » inté-
grant toutes ces dimensions.
La vision du monde postmoderne a beaucoup apporté en
déconstruisant la modernité et en mettant en avant des valeurs
post-matérialistes et une société plurielle. De nos jours, d’autres
approches telles que la philosophie intégrale, l’approche post-
postmoderne ou le mouvement évolutionnaire mettent l’accent
sur la nécessité d’intégrer les différentes strates de la complexité
pour aller plus loin en reliant les différentes visions du monde.
Mais que veulent dire ces concepts ? Quelles sont les différences
en termes d’épistémologie et de paradigme ?
Des paradigmes différents mais convergeant
vers un même questionnement
Ces visions du monde tentent d’offrir une philosophie
constructive au basculement paradigmatique. Nous ne sommes
pas uniquement dans une volonté de déconstruire la réalité domi-
nante, voire asphyxiante. Cette quête est portée par une diversité
de penseurs dont nous avons souhaité donner ici une représen-
tation, certes non exhaustive, mais très pertinente. Tous sont
engagés dans leur domaine depuis de nombreuses années. Ils
cherchent à sortir de la recherche universitaire conventionnelle
pour aller plus loin explorer de nouveaux champs.
Ervin Laszlo, philosophe des sciences hongrois, fondateur du
Club de Budapest, est un pionnier dans le domaine. Il a porté
très haut des notions telles que la « conscience planétaire »,
11La nouvelle Avant-garde
la « co-évolution » et le « changement de paradigme ». Il est
actuellement aidé de Gyorgyi Szabo, hongroise d’origine, qui
œuvre à ses côtés, approfondit et prolonge certaines recherches,
elle-même philosophe de formation. Nous lui avons proposé de
mettre ici en perspective la recherche d’Ervin Laszlo.
Steve McIntosh, Américain, juriste de formation, est
probablement le penseur le plus symbiotique de la philosophie
intégrale, proche de Ken Wilber aux Etats-Unis. Il défend l’idée
selon laquelle l’évolution a un sens et conceptualise la notion de
« vision évolutionnaire du monde ».
Riane Eisler, Américaine, a développé toute sa vie l’impor-
tance de la conscience des autres et de soi. Elle a en particulier
abouti au concept « d’économie et de société humanistes » et à
la nécessité d’envisager de manière bien plus large la richesse de
notre humanité.
Jennifer Gildey, docteur en sciences de l’éducation et
prospectiviste australienne, met l’accent sur la nécessité toujours
plus grande de relier les disciplines et de sortir des contingences
de rivalité entre les sciences. Elle plaide pour une prospective qui
s’ouvre à la pleine étendue de la connaissance en prenant en compte
notamment les dernières avancées, dont la pensée intégrale.
Michel Saloff-Coste nous brosse quant à lui un formidable
panorama rétrospectif et prospectif à la fois, qui s’appuie sur une
longue étude de l’évolution des civilisations humaines et ce qu’il
a défni comme la « grille de l’évolution ». Il pointe les dernières
avancées en matière scientifque et montre à quel point elles
remettent en cause nos anciens paradigmes.
Alain Gauthier a consacré sa vie aux organisations
apprenantes en y aidant les collaborateurs et les dirigeants à
développer leur excellence professionnelle, mais aussi leurs qua-
lités humaines. Il met l’accent sur la dimension de co-évolution
et propose de parler de « co-leadership évolutionnaire ».
12Introduction
Je me concentre sur la dimension prospective socioculturelle,
à savoir l’évolution de nos systèmes de valeur et de nos com-
portements, et discute la nature même de l’évolution que nous
vivons actuellement. Ceci aussi dans le but de sortir des visions
sceptiques, pessimistes, décourageantes et stériles de penseurs
qui ne s’autorisent plus à imaginer ni à rêver, ou qui n’ont plus
le courage de se remettre en cause. C’est enfn l’envie de réinter -
roger les bases épistémologiques de nos schémas traditionnels,
modernes et postmodernes en vue de construire de nouveaux
modèles de développement économiques et sociétaux.
Pourquoi parler de « nouvelle avant-garde » ?
De tout temps, on a parlé d’avant-garde pour décrire des
penseurs, des inventeurs et des personnes engagées qui ont tracé
un sillon et rompu avec le traditionalisme et le réductionnisme de
leurs époques. Ces personnes, souvent au risque de leur vie, ont
exploré de nouveaux contours d’une réalité en devenir.
La nouvelle avant-garde n’est pas seulement une pensée.
C’est une culture, une communauté de valeurs et de quête, une
intuition collective qui rassemble des personnes de tous horizons.
C’est une vision presque poétique du monde, un espoir dans la
capacité humaine à évoluer, mais aussi un respect profond pour
le reste du vivant. C’est la conscience que nous ne connaissons
qu’une part infme de l’univers et que, de ce fait, nous sommes
invités à croire dans l’improbable.
* Carine Dartiguepeyrou est présidente du Club de Budapest France, prospec-
tiviste et consultante en stratégie. Elle est docteur en sciences politiques (Uni-
versité de la Sorbonne) et diplômée en Master d’économie politique internatio-
nale à la London School of Economics. Elle a dirigé Les Voies de la résilience
(L’Harmattan, Coll. Prospective, 2012), Au-delà de la crise fnancière, nouvelles
valeurs, nouvelles richesses (L’Harmattan, Coll. Prospective, 2011), Prospective
d’un monde en mutation (LColl. 2010) et est co-auteur
de plusieurs livres en prospective et management dont Regards de femmes DRH
èmesur un monde mutation (Pearson, 2011), Le DRH du 3 millénaire (Pearson,
ème2009), Le dirigeant du 3 millénaire (Editions d’Organisation, 2006).
13Culture et changement
de paradigme :
vers une nouvelle avant-garde ?
Carine Dartiguepeyrou
« Le problème avec l’Homme, c’est qu’il comprend l’environnement
au travers de ses représentations. C’est une magnifque caractéristique
humaine, capable d’enchanter le monde comme de le tromper.
Ces représentations peuvent aussi bien l’amener à changer,
à s’adapter, ou le rendre aveugle. »
1Pascal Picq
Comprendre le monde dans lequel nous vivons, décrypter et
appréhender ses évolutions, est devenu un élément indispensable
à plusieurs titres. La planète vue du ciel est à présent ancrée dans
notre mémoire collective et n’est plus le luxe de seuls quelques
astronautes. Grâce aux images satellites, nous avons développé
notre vision du Tout : la Terre est devenue « village planétaire ».
Même si nous n’en comprenons pas tous les aboutissements,
nous sommes de plus en plus nombreux à ressentir notre interdé-
pendance avec le reste du vivant. Nous ne sommes qu’une partie
d’un Tout plus grand. Edouard Glissant, l’écrivain martiniquais,
invente le « Tout-monde » et célèbre la « Relation ».
Quelles sont les grandes évolutions sociétales de notre
monde ? Dans quels domaines se tissent les tensions et les émer-
gences ? Quel est l’avenir de l’Homme et quelle histoire humaine
sommes-nous en train de construire ?
1. Pascal Picq, Un paléoanthropologue dans l’entreprise. S’adapter et inno-
ver pour survivre, Groupe Eyrolles, 2011.
15La nouvelle Avant-garde
Cristallisation des tensions et émergences
Avec les nouvelles technologies de l’information et de la
communication, notre monde connaît une nouvelle phase de sa
mondialisation. Après avoir été réservés au domaine militaire,
ces modes de communication se démocratisent. Les usages se
développent avec les jeunes générations et les « digital natives »
nés avec le numérique. L’information circule mondialement
grâce à Internet, ce qui permet à l’ensemble de la société civile
de s’informer et de communiquer par ses propres moyens. Le
téléphone portable devient un outil de plus en plus utilisé dans
tous les pays du monde. L’équipement technologique n’est pas
encore donné à tous, mais l’accès à Internet, lui, se généralise à
grande vitesse. La nouvelle vague de mondialisation porte en elle
de multiples potentiels, à la fois démocratiques, économiques et
sociaux. Les technologies de l’information et de la communica-
tion ont la capacité de bénéfcier à tous les citoyens du monde,
même si leur valeur sociale et publique reste encore sous-déve-
loppée de nos jours. Les secteurs comme la santé, l’éducation,
l’industrie ont la capacité d’être révolutionnés par eux.
A l’opposé d’une démocratisation des usages, un autre scéna-
rio plus noir existe : celui du contrôle par quelques acteurs d’une
offre qui deviendrait totalement globalisante et uniforme. On
pense bien sûr aux flms de science-fction comme 1984 ou Time
Out qui montrent la montée d’un oligopole politico-économique.
Les flms Les nouveaux chiens de garde et Goldman Sachs, la
banque qui dirige le monde montrent la face sombre des mass
medias et de la fnance internationale. La diversité est capitale,
elle seule peut nourrir l’innovation.
Dans cette mondialisation où tout est possible pour le pire et
pour le meilleur, quelles sont les grandes évolutions et les forces
de changement ?
Mondialisation vs globalisation
D’un côté, il existe une homogénéisation factuelle du monde, à
travers l’image, les satellites, Internet etc. Celle-ci est directement
16Culture et changement de paradigme
liée à notre modèle de développement qui a marqué l’apogée
de l’économie de marché tout en entraînant une suprématie du
capitalisme ces vingt ou trente dernières années. L’expression de
Marshall McLuhan, « village global », met l’emphase sur le côté
globalisant et homogénéisant de la mondialisation.
L’enjeu est pourtant de valoriser notre diversité culturelle.
On parle sur terre des milliers de langues, mais nombre d’entre
elles sont en train de disparaître au proft de quelques-unes. 90 %
des 7 000 langues parlées dans le monde vont disparaître dans le
siècle prochain. Les douze premières langues ont été adoptées
par la moitié de la population mondiale. L’enjeu est de faire en
sorte que la mondialisation nous ouvre justement à cette richesse
avant qu’elle disparaisse.
Anthony Giddens, sociologue britannique, a beaucoup
contribué au développement de la notion de mondialisation. Il
en a même été un promoteur. Il note cependant qu’à l’origine,
le concept de mondialisation visait une société mondiale plus
consciente de ses richesses culturelles. Or il reconnaît que celle-
ci n’a pas satisfait à cet idéal, d’où la nécessité aujourd’hui de
rendre la mondialisation plus humaine. On le note également
dans le domaine écologique puisque l’environnement et la nature
sont trop souvent absents du registre de la mondialisation. Le
concept de conscience planétaire est là pour nous rappeler que
notre interdépendance se tisse entre humains, mais aussi avec le
reste du vivant, la planète toute entière.
Modernité, postmodernité ou post-postmodernité ?
Plusieurs analyses convergent sur le fait que nos systèmes
de valeurs évoluent et que les valeurs postmatéralistes sont de
plus en plus importantes. Ronald Inglehart montre que même si
nous n’évoluons pas de manière linéaire et que nous connais-
sons des régressions matérialistes, nos sociétés évoluent et
2progressent vers le postmatérialisme . D’autre part, selon
2. Ronald Inglehart, The Silent Revolution: Changing Values and Political
Styles among Western Publics, Princeton University Press, 1977.
17La nouvelle Avant-garde
les enquêtes sociologiques conduites par Paul Ray et Ruth
Anderson, une nouvelle catégorie socioculturelle, les « créatifs
culturels », connaîtrait un plus fort développement que les mo-
3dernes et les traditionnels . Les « créatifs culturels » représente-
raient environ 35 % des populations américaines et européennes
et se caractériseraient par un goût prononcé pour les cultures
du monde, un soutien aux minorités ou aux causes engagées,
une attention particulière pour l’écologie et l’environnement,
une pratique spirituelle ou de développement personnel, etc.
Nous ne développerons pas plus longuement ces dimensions
puisqu’elles ont été largement analysées dans « Prospective
socioculturelle » (in Prospective d’un monde en mutation) et
edans « Regard prospectif sur les valeurs et les richesses au XXI
siècle » (in Au-delà de la crise fnancière, nouvelles valeurs,
nouvelles richesses). Steve McIntosh aborde également cette
dimension dans son chapitre.
Le « questionnement prospectif » tel que nous le développons
en pratique, permet d’élaborer des visions de futurs souhaitables
à dix ans tout en laissant la place à la dimension rationnelle
(faits, tendances lourdes, besoins), à la émotionnelle
(artistique, désirs, aspirations) ainsi qu’à la dimension spirituelle
(inspiration, transcendance). Si le Club de Rome a su tirer la
sonnette d’alarme dans les années 1970 avec son rapport Limits
to growth, son succès a été certain dans les milieux scientifques,
mais n’a pas su dépasser ce cadre. Ceci s’explique en partie par
le fait qu’il n’a pas suffsamment abordé les facteurs humains
ni les dimensions irrationnelles. C’est d’ailleurs, en partie, pour
pallier à ce défcit qu’Ervin Laszlo a eu l’idée de créer le Club
de Budapest.
La postmodernité a été inspirée par bon nombre de penseurs
français comme Jacques Derrida, Michel Foucault, Gilles Deleuze
ou Jean-François Lyotard. Aujourd’hui, Michel Maffesoli en
est un des acteurs les plus éminents. François Cusset, dans son
3. Paul Ray, Ruth Anderson, The Cultural Creatives, How 50 Million People
are Changing the World, Harmony Books, New York, 2000.
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