La nouvelle revue de l'Inde N°6

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La Nouvelle Revue de l'Inde se devait de vous offrir ce Spécial : 100 ans de cinéma indien, car un nouveau cinéma indien est en train d'émerger, plus proche de la réalité indienne, plus artistique, plus ambitieux. Le cinéma indien a déjà conquis l'Afrique, le Moyen-Orient et une partie de l'Asie – et ce n'est qu'une question de temps avant qu'il ne perce sur la scène occidentale.
Publié le : lundi 1 octobre 2012
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EAN13 : 9782296985926
Nombre de pages : 185
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SE Rakesh Sood
Kanwal Sibal
François Lafargue
Vijay Singh
Christine Jordis
Kalki Koechlin
Ophélie Wiel
Sri Aurobindo
Philippe Pratx
EXPERT TRAVEL DESIGNER Selvaggia Velo
INDE - SRI LANKA - MALDIVES - BHOUTAN - NÉPAL - TIBET
TEL. : 09.70.40.76.17 / CONTACT@SHANTITRAVEL.COM - WWW.SHANTITRAVEL.COM
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NUMÉRO 6
LA NOUVELLE REVUE DE L’INDE
Numéro 006
LQGG ; 1 1289(//(5(98(,1'(SPÉCIAL: 100 ANS DE CINÉMA INDIEN 2
ÉDITORIAL
La Nouvelle Revue de l’Inde se devait de vous ofrir ce Spécial : 100 ans de cinéma indien, car
un nouveau cinéma indien est en train d’émerger, plus proche de la réalité indienne, plus artis-
tique, plus ambitieux. Le cinéma indien a déjà conquis l’Afrique, le Moyen-Orient et une partie
de l’Asie – et ce n’est qu’une question de temps avant qu’il ne perce sur la scène occidentale.
Comme pour nos précédents numéros spéciaux, que ce soit sur le Yoga, le Cachemire, le
Tourisme de haut niveau, Mahatma Gandhi, ou le Spécial Femmes, jamais sans doute n’a-t-on
réuni en langue française autant de spécialistes du cinéma indien, qui font de ce LNRI-006 un
numéro d’anthologie, qui ne vieillira pas et se gardera dans les rayons de votre bibliothèque
pendant des décennies.
Vous trouvez dans ce numéro une interview de Kalki Kœchlin, une Française, qui est deve-
nue une star à Bollywood ; un entretien avec son mari, Anurag Kashyap, l’étoile montante du
nouveau cinéma indien, qui cherche à se démarquer du style Bollywood tout en restant com-
mercial ; des articles de spécialistes français du cinéma indien, telle Ophélie Wiel, ou bien de
spécialistes indiens, comme Vijay Singh. Notre webmaster, Philippe Pratx, lui-même un féru du
cinéma indien, jette un regard éclairé sur le septième art du sous-continent.
Vous retrouverez également nos rubriques : Économie, qui démarre avec une interview de
SE Rakesh Sood, ambassadeur de l’Inde en France ; Culture, avec de nombreuses interviews ; ou
Politique, qui donne une place importante à la tentative d’hégémonie chinoise en Asie, avec des
papiers de Claude Arpi, notre spécialiste Chine-Tibet, une analyse très pertinente de Christine
Jordis sur la mainmise de la Chine en Birmanie, ou bien un article de François Lafargue sur les
menaces chinoises dans l’océan Indien.
ÉDITORIAL© Photo : Paresh Mokashi 3
La Nouvelle Revue de l’Inde, qui, rappelons-le, est le seul magazine totalement dédié à l’Inde
dans le monde francophone, continue son chemin, sans subventions et sans aide. Nous avons
donc besoin de votre soutien. Abonnez-vous et faites passer le message à vos amis : La Nouvelle
Revue de l’Inde, comme le magazine Planète il y a cinquante ans, joue un rôle pionnier, celui de
vous faire découvrir l’Inde, cette civilisation vieille de 5 000 ans, au savoir toujours vivant, avec
des yeux nouveaux.
Notre prochain numéro sera consacré à l’environnement, souvent négligé en Inde, mais qui
heureusement, peut compter avec un important mouvement civil – ce qui n’est pas le cas en
Chine. Le suivant traitera des enjeux géostratégiques de l’Inde en Asie et dans l’océan Indien,
numéro capital s’il en est un.
Bonne lecture !
Écrivain, journaliste et photographe,
François Gautier a été durant huit ans
le correspondant du Figaro en Inde et en Asie.
Il est l’auteur de plusieurs livres sur l’Inde :
Un autre regard sur l’Inde (Le Tricorne, 1999)
Swami, PDG et moine hindou (J. P. Delville, 2003)
La caravane intérieure (Les Belles Lettres, 2005)
Des Français en Inde (France Loisirs, 2008)
ÉDITORIALSOMMAIRE
POLITIQUE 74
Lettre ouverte au Président chinois : CLAUDE ARPI 8
Menaces chinoises sur l’océan Indien ? : FRANÇOIS LAFARGUE 11
La mainmise de la Chine sur la Birmanie : CHRISTINE JORDIS 14
Désamorcer la crise iranienne : VINOD SAIGHAL 16
L’arc du partenariat Inde-États-Unis : KANWAL SIBAL 19
ÉCONOMIE 25
SE Rakesh Sood, ambassadeur de l’Inde en France : FRANÇOIS GAUTIER 26
Pourquoi l’Inde a choisi le Rafale : K. P. NAYAR 29
Chine : une bombe à retardement de 22 000 milliards de dollars : S. SHARMA, D. MEHRA 32
Luxe et investissement en Inde – Xavier Bertrand, interview : FRANÇOIS GAUTIER 35
Voitures de luxe en Inde : FRANÇOIS GAUTIER 39
L’Inde a-t-elle vraiment besoin du patronage britannique ? : SWAPAN DASGUPTA 40
CENT ANS DE CINÉMA INDIEN 42
Introduction : PHILIPPE PRATX 44
THÉORIE DU CINÉMA INDIEN 45
Bollywood – un cinéma typique et universel : YVES LEMARIÉ 46
BollyKollyTolly.fr PHILIPPE PRATX 49
Bollywood ou le plagiat d’œuvres cinématographiques : FRANÇOIS GAUTIER 53
Les cinémas indiens ont-ils une âme ? : HUBERT LAO 56
Le mythe dans le cinéma indien : PHILIPPE PARRAIN 60
SOMMAIRE© Photo : Sven Ulsa
65 CODES, FILMS D’AUTEUR ET TECHNIQUES
5
66 OPHÉLIE WIEL : L’autre cinéma indien – entre art élitiste et culture de masse
70 WENDY CUTLER : Amitabh Bachchan dans les flms indiens des années 70-80
74 WIEL : Pather Panchali – ou La complainte du sentier de Satyajit Ray
76 AMANDINE D’AZEVEDO : Le cinéma d’action
79 OPHÉLIE WIEL : Ritwik Ghatak, des flms du Bengale – critique du livre
81 PHILIPPE PRATX : I Am – un certain regard sur l’Inde moderne
83 AMANDINE D’AZEVEDO : Cinéma et virilité
87 MARIE PRUVOST-DELASPRE : Gitanjali Rao
91 LA MACHINE BOLLYWOOD : ACTION, RÉALISATION, PRODUCTION
92 VIJAY SINGH : Les rêves de Bollywood
94 OPHÉLIE AYOUAZ : Vijay Singh, un Indien dans la ville – interview
97 OPHÉLIE AYOUAZ : Agilane Pajaniradja – interview
101 D. RABOTTEAU, F. SOLTAN : Hommage à Bombay – Subhash Ghai, témoignage
103 FRANÇOIS GAUTIER : Une Frenchie à Bollywood, Kalki Kœchlin – interview
107 FRANÇOIS GAUTIER : Anurag Kashyap – interview
109 RÉCEPTION DES FILMS : FESTIVALS, FANS...
110 SELVAGGIA VELO : Le festival du flm indien de Florence – témoignage
112 MARTINE QUENTRIC : Films indiens en Afrique
115 ÉLISA BOULARD : Des flles et des paillettes – les fans de Bollywood
117 JEAN-YVES LUNG : Hommage à 15 Park Avenue, le flm d’Aparna Sen
SOMMAIRE© Photo : Sven Ulsa
INSPIRATION : DE ET VERS LE CINÉMA INDIEN 119
6
Poétique du regard au cinéma : COLETTE POGGI 120
La poésie future – extrait : SRI AUROBINDO 123
L’aventure de Cinemaya : RASHMI DORAISWAMY 126
B comme Bharata Natyam, ou presque : MAYA 130’empreinte Dhvani, la résonance : COLETTE POGGI 132
CULTURE 137
L’Inde dans la bande dessinée : EDDY SIMON 138
La Chine et l’Inde, l’une se projette, l’autre pas : MARIA WYRTH 142
La légende de Dhruva : NICOLE ELFI 145
Les contes du roi Vikram – interview de l’auteur : PHILIPPE PRATX 148
Le yoga à la vitesse de la lumière : LINDA JOHNSEN 151
Vers une société éveillée : CHRISTOPH EBERHARD 153
Poésie et éveil – les voyages du cygne : FRANÇOIS-MARIE PÉRIER 156
e Prince Dara Shukoh – un grand saint souf du xvii siècle: PROF. BHATNAGAR 159
TÉMOIGNAGES 163
Un mois de mai à Pondichéry : OPHÉLIE AYOUAZ 164
Dentistes de rue en Inde – une espèce en voie d’extinction ? : STÉPHANE GUILLERME 166
Visions indiennes : FERRANTE FERRANTI 169
Histoire et vie quotidienne d’un ashram : PHILIPPE RIVAULT 172
Livres et publications récentes sur l’Inde 175
Table des illustrations 177
SOMMAIRE7
© Photo : Sven Ulsa
Politique
POLITIQUELETTRE OUVERTE
AU PRÉSIDENT
CHINOIS
par Claude Arpi
8
Claude Arpi, spécialiste du Tibet et des rela- Beaucoup ont dû se dire : si la situation
tions sino-indiennes, écrit régulièrement pour La part à la dérive, la Chine pourrait suivre
Nouvelle Revue de l’Inde. Voici sa lettre ouverte l’Union soviétique sur le chemin de la désin-
au Président chinois. tégration. Il fallait faire quelque chose.
C’est pourquoi vous, jeune cadre promet-
teur, avez été envoyé à Lhassa comme chef
Cher Président Hu Jintao, du Parti. Vous aviez un énorme déf à relever,
vous deviez produire des résultats très rapide-Je me demande si vous croyez en la loi
ment, pour revaloir au Politburo la confance du karma. Vous n’utilisez sans doute pas ce
qu’il avait placée en vous. terme dans votre vocabulaire marxiste, mais
vous reconnaîtrez que depuis que vous avez
Vous êtes arrivé dans la province rebelle accédé aux trois postes les plus élevés de la
le 12 janvier 1989. Peu après, le 23 janvier,
République populaire de Chine, vous avez été
vous êtes allé au monastère de Tashilhunpo, en « lien » étroit avec le Tibet. eà Shigatsé. Le vénéré X Panchen Lama, le
plus haut lama tibétain après le Dalaï Lama, Cela a commencé le dernier jour de la vi-
vous a accompagné ; la raison ofcielle était la site mémorable du Premier ministre Rajiv
consécration d’un stupa renfermant les restes Gandhi en Chine (le 23 décembre 1989) ; ce
d’une précédente incarnation des Panchen jour-là, vous avez été nommé chef du Parti
Lamas. À la surprise générale, dans l’exercice pour la Région autonome du Tibet. Ce fut le
de ses fonctions, le Panchen Lama a dénoncé début de votre longue association avec le Pays
le rôle du Parti communiste au Tibet : « Bien des Neiges.
qu’il y ait eu des progrès au Tibet depuis sa
Durant les mois précédents, le Parti avait libération, ce développement a coûté plus
été tendu au sujet de la situation au Tibet : cher qu’il n’a été bénéfque. » Cela a dû être
des moines et des nonnes avaient commencé un tel choc pour vous ! Quatre jours plus tard,
à se révolter contre la « mère patrie ». le Lama décédait dans des circonstances mys-
térieuses.
Le 10 décembre 1988, des émeutes ont
éclaté à Lhassa (selon des sources ofcielles, Lorsqu’une manifestation a éclaté à Lhas-
une personne est morte ; des sources non sa, le 5 mars 1989, vous avez demandé à la Po-
autorisées parlent de douze morts). lice Armée du Peuple de prendre la situation
POLITIQUEen main. Des témoins oculaires ont déclaré Pire, en mars-avril 2008, une agitation a de
plus tard que ce jour-là des centaines de Tibé- nouveau éclaté dans tout le Tibet. Cela a dû
tains avaient été tués autour du temple du Jo- envoyer une onde de choc dans la colonne
khang au centre de Lhassa. Cela n’a jamais pu vertébrale de tous vos collègues du Politburo
être vérifé par des sources indépendantes. qui n’avaient pas votre connaissance de la si-
tuation sur le terrain, au Tibet.
Trois jours plus tard, avec la bénédiction
de la direction centrale, vous avez décidé de Il est regrettable que malgré neuf tentati-
déclarer la loi martiale au Tibet ; cela allait du- ves de dialogue depuis 2002 entre les ofciels
rer une année entière. C’était comme une ré- de votre ministère du Front Uni du Travail
pétition d’un autre événement considérable : et les envoyés du Dalaï Lama, aucune percée
la révolte des étudiants sur la place Tianan- n’ait pu être réalisée et aucune proposition
men, d’avril à juin 1989. acceptable n’ait pu être trouvée pour l’avenir
du Tibet.
Vos actions au Tibet ont peut-être été
Pendant que vous étiez en poste, vous source d’inspiration pour les aînés qui avaient
avez toujours insisté sur trois points : l’émer-décidé de sauver la Chine du « chaos » dans
gence pacifque de la Chine, le développement lequel le pays se trouvait plongé.
9scientifque et la stabilité intérieure. L’impor-
En novembre 2002, vous avez fnale- tance de la stabilité a été réitérée lors du ré-
ment été nommé secrétaire général du Parti. cent Congrès national du peuple.
Beaucoup d’observateurs pensent que votre
Lorsque vous avez convoqué le Cinquième « connexion karmique » avec le Tibet vous a
Forum sur le Travail au Tibet, en janvier 2010 aidé à devenir le « dirigeant en chef de la Qua-
(auquel ont participé 300 cadres seniors du trième Génération ». Depuis lors, vous êtes
Parti, des généraux de l’Armée de Libération resté l’expert du Parti communiste chinois
Populaire et vos collègues du Comité Perma-sur le Tibet.
nent du politburo), vous avez déclaré : « Nous
Quelques semaines avant de prendre le devons aussi comprendre, en toute humilité,
gouvernail de l’Empire du Milieu, des agences que le développement et la stabilité au Tibet
de presse ont annoncé qu’une délégation tibé- se heurtent encore à de grosses difcultés, à
taine conduite par Lodi Gyari, émissaire spé- de véritables défs et que nous nous confron-
cial du Dalaï Lama, était partie à Pékin pour tons à beaucoup de situations et de problè-
« dialoguer » avec votre gouvernement. Bien mes nouveaux. »
que considérée comme une visite privée et
Bien que vous ayez fait de la stabilité le « une opportunité pour les leaders tibétains
cœur de votre politique au Tibet, vous n’avez en exil d’assister à des progrès dans leur pays
obtenu aucun résultat signifcatif dans les ré-d’origine », cela a soulevé de grands espoirs en
gions peuplées de nationalités minoritaires. Chine, et en Inde où plus de cent mille Tibé-
Ces derniers mois, la contestation a pris une tains vivent en exil.
forme inédite : l’auto-immolation de moines
Une année plus tôt, une politique avait été et de nonnes (une trentaine en moins d’un an
mise en place au Tibet pendant le Quatrième et des manifestations à grande échelle).
Forum sur le Travail au Tibet, sous la prési-
Le Tibet Daily a rapporté que lorsqu’une dence de Jiang Zemin. Il avait été question
délégation tibétaine vous avait interpellé pen-de donner un grand élan au développement
dant le Congrès national du Peuple, vous les économique et social, tout en préservant la
avez encouragés à promouvoir « le vieil esprit « stabilité » de la région.
tibétain ». Vous avez expliqué : « Il conviendrait
Bien qu’un certain progrès ait été appor- de se montrer ferme contre toute sécession. »
té au Tibet (en particulier avec l’ouverture Vous avez dit que le Parti au sein des autorités
de la ligne de chemin de fer jusqu’à Lhassa, du Tibet doit « se concentrer sur le maintien
en 2006), la stabilité n’a jamais été acquise. des “moines et des religieuses migrants” dans
POLITIQUE© Photo : Marine Petry
la ligne [du Parti], de nettoyer et réglementer mettre à plat la situation avec lui. N’oubliez
les activités religieuses, de renforcer le déve- pas qu’il demeure la clé de toute solution à la
loppement des instituts bouddhistes du Tibet, question tibétaine.
de renforcer la gestion de la réincarnation des
Ensemble, vous pourriez certainement “Bouddhas vivants”, construire un système
trouver une solution à la question épineuse de gestion à long terme pour les monastères,
de « l’autonomie » dans les régions tibétaines. faire avancer la réglementation et la légalisa-
Ce point ne fgure-t-il pas dans votre consti-tion de la gestion des monastères, d’unir les
tution ?moines et nonnes patriotiques, et de réduire
les facteurs de discorde dans la société. »
Comme premier pas, vous pourriez de-
mander ensemble aux jeunes Tibétains d’ar-Vous leur avez aussi dit que vous souhai-
rêter de s’immoler.tiez recruter et former des cadres du Parti qui
soient « politiquement fables, capables de
J’espère sincèrement que vous allez coura-maintenir l’unité nationale, fermement op-
geusement faire un pas en avant ; cela pour-posés à la sécession, et prêts à se battre contre
rait sauver votre présidence et redorer l’avenir la “clique” du Dalaï Lama. »
de la République populaire de Chine.
10 Lorsque vous parlez de « stabilité », il me
En Inde, on croit qu’on peut changer le semble que toute votre politique consiste à
karma.dénigrer le Dalaï Lama.
Votre site, China Tibet Online, a publié un Salutations distinguées,
certain nombre de commentaires prétendu-
ment attribués à des internautes chinois : « Si Claude Arpi
le Dalaï Lama est capable de faire appel aux
autres pour s’immoler par le feu, pourquoi ne le
fait-il pas lui-même ? En quoi cela aide-t-il ? »
Déjà en 2008, Zhang Qingly, alors chef du
Parti à Lhassa, avait traité le chef tibétain de
« loup dans une robe de moine » ; plus récem-
ment, il a été qualifé de nazi dans des publi-
cations ofcielles.
Est-ce que cette horrible propagande aide-
ra à dissiper le ressentiment des Tibétains à
l’égard des mesures répressives ? À mon avis,
la réponse est non. Mais lorsque viendra
l’heu re du bilan, en tant que dirigeant princi-
pal de la Chine, vous serez personnellement
tenu pour responsable de l’échec de cette poli-
tique, vous, l’expert du Parti sur le Tibet.
Si vous n’arrivez pas à inverser rapide-
ment la vapeur, votre gouvernance restera
dans l’histoire comme la plus sombre dans
son traitement des « minorités ethniques ».
Cela restera dans les annales de la République
populaire de Chine.
Il vous reste six mois pour changer cela.
Une façon de vous en sortir serait de ren-
contrer personnellement le Dalaï Lama et de
POLITIQUEMENA CES
CHINOISES SUR
L’OCÉAN INDIEN ?
par François Lafargue
11
François Lafargue, qui collabore à La Nouvel- dans l’océan Indien poursuit trois objectifs :
le Revue de l’Inde depuis ses débuts, est profes- faire face à la multiplication des actes de pira-
seur de géopolitique à l’ESG Management School, terie maritime et à leur extension au-delà du
et enseigne aussi à l’École Centrale de Paris. Dans détroit de Malacca, assurer une surveillance
cet article, il analyse la tentation d’hégé monie de ses bâtiments, et en cas de crise interna-
chinoise sur l’océan Indien. tionale, être en mesure de pouvoir défendre
ses intérêts.
De plus, en cas de confit avec le Pakistan, e contrôle de l’océan Indien est désor-
la marine indienne pourrait-elle imposer un mais l’une des priorités de la diplomatie
blocus au port de Karachi comme lors de la Lchinoise. Ce vaste espace maritime (d’une
2 guerre de 1971, avec une présence navale superfcie de 75 millions de km ) est un axe
chinoise dissuasive ? Et une intervention amé-essentiel pour le commerce de la République
ricaine contre l’Iran serait-elle envisageable populaire de Chine, par lequel transitent 25 %
avec des bâtiments chinois en mer d’Oman, de ses exportations et 15 % de ses importa-
susceptibles de renseigner Téhéran ?tions. Un autre chifre souligne davantage la
dépendance de la Chine à l’égard de cette ré- La dernière inquiétude pour la Chine,
gion : près des deux tiers de ses importations d’une autre nature, est la forte infuence des
en hydrocarbures traversent l’océan Indien. États-Unis dans la région, avec notamment
des militaires déployés à Diego Garcia et à Pour mieux saisir encore le rôle stratégique
Singapour, et les manœuvres régulières de que présente cette région, il faut avoir à l’es-
ela V fotte. La capacité d’action des États-prit que la croissance économique de la RPC
Unis s’est encore accrue depuis leur engage-est fortement tributaire de la progression de
ment en Afghanistan en 2001. En cas de crise ses échanges extérieurs. Or ces produits ex-
entre Washington et Pékin, les États-Unis portés ne peuvent être fabriqués qu’à partir
n’auraient guère de difculté à paralyser le de matières premières fréquemment achetées
commerce de la Chine, soit à travers le goulet à l’étranger, comme le minerai de fer, le cuivre
d’étranglement que représente Malacca, soit ou encore le bois.
en procédant à des arraisonnements en haute
La préoccupation de Pékin est donc de mer. Une force navale de la RPC croisant dans
disposer de bases navales et de facilités dans l’océan Indien serait à même de déjouer ou de
cet espace maritime. La politique de la Chine rendre plus difciles de telles représailles.
POLITIQUECe sentiment de vulnérabilité est d’autant de l’Afrique du Sud, et constitue depuis sa dé-
eplus accentué que la Chine ne dispose d’aucu- couverte par les navigateurs portugais au xv
ne base navale véritablement opérationnelle siècle, un axe de circulation de premier plan.
dans l’océan Indien, ni de forces permettant
Cette ambition de Pékin en dehors de la d’efectuer des missions de surveillance du-
mer de Chine éveille la méfance de l’Inde. rant plusieurs semaines. Jusqu’aux années
L’Inde, qui s’est toujours considérée comme la 1990, la marine chinoise exerçait essentiel-
puissance principale de la région, craint la me-lement une mission de surveillance des eaux
nace que peut faire peser la Chine en contrô-territoriales du pays. Et en dépit d’un vigou-
lant cet espace maritime. Au demeurant, la reux efort budgétaire et technologique, son
presse indienne publie régulièrement des cri-retard demeure fagrant au regard des États-
tiques sur la présence navale de la Chine et ses Unis, du Japon et de la Russie.
projets supposés.
Dans cette logique de projection de puis-
Le contrôle de l’océan Indien demeure sance maritime, la Chine se doit de disposer
l’une des principales préoccupations de l’Inde d’infrastructures dans l’océan Indien. L’auto-
dont le littoral s’étend sur plus de 7 000 km. nomie d’un sous-marin nucléaire d’attaque
Riche en ressources halieutiques et en hydro-(SNA) est seulement limitée par l’endurance de
carbures, la vaste zone économique exclusive 12 l’équipage et les réserves de vivres à bord. Elle
(ZEE) de l’Inde exige une étroite surveillance. est de l’ordre de 60 à 70 jours. Pour rejoindre
Surtout, l’Inde s’est fxé comme objectif de se la mer d’Oman, en partant du sud de la Chine,
poser en gendarme de l’océan Indien. une dizaine de jours sont nécessaires à un
SNA (la distance approximative est de 9 000 Cette ambition avait déjà été contrariée
km parcourue à la vitesse moyenne en plongée par le renforcement de la présence aéronavale
de 20 nœuds par heure). En tenant compte du américaine depuis la guerre du Golfe en 1990.
temps nécessaire au retour, la durée de la pré- L’intrusion de la Chine assombrit davantage
sence efective sur zone est alors limitée à une les ambitions et les perspectives de l’Inde. En
trentaine de jours. Disposer de facilités d’es- faisant accéder leur pays au statut de puissan-
cales permet de faire face aux urgences sani- ce atomique, les dirigeants indiens pensaient
taires, et d’assurer un ravitaillement éventuel être parvenus au rééquilibrage des rapports
afn de prolonger une mission. de force en Asie. Mais aujourd’hui, New Delhi
ne peut que constater et déplorer la présence
La stratégie navale de la Chine fait l’objet de la Chine dans l’océan Indien.
de plusieurs supputations, mais d’ores et déjà
est perçue comme une menace par Washing- À l’image de la Chine, l’Inde a entrepris
ton. En 2004, le rapport rédigé pour le minis- un efort soutenu afn de moderniser ses for-
tère de la Défense américain, Energy Futures in ces navales avec la construction d’un premier
Asia, évoque la notion de « collier de perle », porte-avions (de classe Vikrant, dans la classi-
pour qualifer la politique d’aménagement fcation indienne) et dispose déjà d’une force
d’escales dans l’océan Indien. Cette expression sous-marine imposante régulièrement moder-
de « string of pearls » n’a jamais été explicitée nisée et supérieure à celle de Pékin (en 2005,
ofciellement par le gouvernement chinois. un contrat a été signé avec la France pour la
livraison de Scorpènes, sous-marins à propul-
Après le Myanmar, les Maldives et Gwadar sion classique). Cependant le programme a
[NDLR : ville et port aménagés au Pakistan en pris du retard, et les premiers bâtiments ne
grande partie grâce à l’aide de la Chine], Pékin devraient être livrés qu’en 2015. Par ailleurs,
entend consolider sa présence dans la partie au début de l’année 2012, l’Inde a commencé
occidentale de l’océan Indien. L’île Maurice la mise en service de son premier SNLE (sous-
et les Seychelles sont pressenties pour louer marin nucléaire lanceur d’engins, de classe
des infrastructures à la RPC. L’île Maurice Arihant dans la classifcation indienne).
est idéalement située sur la route du cap de
Bonne-Espérance. Charnière entre l’Europe L’Inde comme la Chine se doit de sécuriser
et l’Asie, cette route maritime longe les côtes ses routes commerciales. La marine indienne
POLITIQUEcherche à disposer de facilités d’escales ou de avec les forces navales occidentales présen-
bases permanentes dans l’océan Indien. Com- tes dans la région. Les États-Unis disposent
me Pékin, New Delhi s’intéresse aussi à l’île de plusieurs bases dans l’océan Indien ou à
Maurice et aux Seychelles. L’Inde, qui entre- proximité de ses voies d’accès (Diego Garcia,
tient de manière traditionnelle des relations Perth en Australie, et Singapour).
étroites avec ces deux archipels, redouble
d’eforts afn de contenir l’infuence chinoise La diplomatie de la Chine semble se ré-
(accords commerciaux, investissements et li- sumer à un souci légitime, le contrôle de son
vraison de matériel). commerce, et ne s’inscrit pas dans le projet
d’une confrontation avec les Américains. Pé-
Pour le moment, consciente des limites kin ne recherche pas, au moins pour le mo-
de son armement naval, l’Inde recherche un ment, à disposer de points d’appui lui permet-
modus vivendi avec Pékin, tout en se rappro- tant de bloquer la circulation des bâtiments
chant des États-Unis. À plusieurs reprises, occidentaux.
les armées indienne et chinoise ont mené
ensemble des exercices, comme en décembre Le Yémen, qui entretient des relations
2007 à Kunming. Mais ces entraînements étroites avec Pékin, n’a jamais été sollicité
restent plutôt symboliques et n’impliquent pour ofrir des facilités navales dans l’île de 13nullement le partage d’information. Socotra, pourtant située à un emplacement
stratégique dans le golfe d’Aden à quelques La marine indienne participe également
kilomètres de l’entrée de Bab el Mandeb. L’île et régulièrement à des manœuvres conjoin-
de Socotra qui a été utilisée par la marine so-tes avec les forces américaines, comme l’exer-
viétique du milieu des années 1970 à 1990, cice Malabar au printemps 2011. Vue de New
permet de contrôler les fux commerciaux en-Delhi, la présence de la Chine dans l’océan In-
tre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie. dien est directement une menace. Les missiles
nucléaires embarqués à bord de sous-marins
L’Afrique du Sud, la seule véritable puis-chinois naviguant dans cet espace, ne peuvent
sance navale de l’Afrique qui assure la sur-pas atteindre le territoire américain mais seu-
veillance de la route du Cap et dont les lement celui de ses alliés européens. Les forces
moyens d’observation (grâce notamment à la navales chinoises dans l’océan Indien seraient
base de Simonstown près du Cap) sont sans donc principalement destinées à être enga-
équivalent en Afrique subsaharienne, n’a pas gées contre l’Inde, afn de rendre certaine une
non plus été sollicitée par Pékin pour ofrir riposte à une attaque nucléaire et partant, ac-
des facilités navales.croître la capacité de dissuasion de la Chine.
À l’heure actuelle, l’Inde, en cas de confit En outre, l’hostilité des États archipélagi-
avec la Chine, peut menacer de déclencher en ques envers toute présence étrangère ne doit
premier le feu nucléaire et anéantir les capaci- pas être sous-estimée. Dans les années 1970,
tés terrestres et aériennes de son ennemi, ne les pays de l’océan Indien avaient décrété le
lui laissant alors que peu de moyens de ripos- principe de « zone de paix », visant à réduire
te. Une force nucléaire sous-marine chinoise les manœuvres militaires navales dans la ré-
rendrait au contraire inéluctable des mesures gion. Par sa résolution 2832 de 1971, l’assem-
de représailles. blée générale avait « demandé à tous les États
de considérer et de respecter l’océan Indien La politique de la Chine dans l’océan In-
comme zone de paix d’où seraient exclues les dien suscite de nombreuses inquiétudes,
rivalités et la compétition entre grandes puis-principalement en Inde et aux États-Unis.
sances », et déclaré que « la région devait être Mais celles-ci semblent excessives, car il n’est
une zone exempte d’armes nucléaires ». Enfn pas certain que la RPC puisse parvenir à y
les États de l’océan Indien, conscients de leurs étendre durablement son infuence.
intérêts, devront se montrer prudents avant
Il faudra plusieurs décennies avant que de s’engager dans une coopération étroite
la marine chinoise puisse prétendre rivaliser avec la Chine.
POLITIQUELA MAINMISE DE
LA CHINE SUR
LA BIRMANIE
par Christine Jordis
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Christine Jordis, directrice de collection chez du gouvernement chinois, en 2001, de met-
Gallimard et auteur de plusieurs livres, dont tre fn à l’exploitation illégale). Déforestation
une biographie du Mahatma Gandhi, nous livre massive, inondations, glissements de terrain
un très important témoignage sur les visées de et autres désastres naturels sans précédent se
la Chine en Birmanie, premier pont d’une main- succèdent… « Ils achètent tout, des petits ar-
mise en Asie du Sud. bres, des grands arbres, même les racines » se
lamente un Birman. Hier la Birmanie, aujour-
d’hui la France dont les forêts sont convoi-
tées et achetées : le bois est exporté puis re-n octobre 2005, un article publié dans
tourné sous forme de produits bon marché Info-Birmanie, titrait : « Pillage des forêts
qui concurrencent et ruinent les entreprises Een Birmanie », « Destination la Chine »,
françaises.ou encore « Le bois du scandale ».
Un tel scandale, un tel pillage n’atteint pas Mais les ambitions de la Chine ne s’arrê-
seulement les forêts, loin s’en faut. C’est l’en- tent pas là. En septembre 2011, un rapport
semble des ressources naturelles, très abon- révélait ses avancées inquiétantes dans la
dantes, de la Birmanie qu’exploite la Chine : construction d’un gazoduc et d’un oléoduc
minerais, gaz, pétrole, bois, nickel, cuivre, qui traverseraient le pays, en dépit de violents
énergie hydroélectrique (par le biais de la confits (avec les groupes ethniques armés) et
cons truction de centrales hydrauliques)… Elle d’atteintes incessantes aux droits de l’hom-
va chercher dans ce pays les matières premiè- me. Huit cents kilomètres de canalisations ;
res qui lui manquent, trouvant là, en outre, le gazoduc doit pomper les réserves de gaz
un marché largement ouvert où déverser ses birman, l’oléoduc permettre de faire passer
produits fabriqués à bas coût. les réserves pétrolières du Moyen-Orient et
d’Afrique par la Birmanie – cela à la seule fn
Depuis plus de deux décennies, les socié- de mieux satisfaire les besoins énergétiques
tés chinoises ont pillé les ressources du nord- de la Chine.
est de la Birmanie, en bois notamment (ainsi,
en 2004, plus d’un million de mètres cube de Le proft pour la population locale ? Les
bois, soit environ 95 % du total des exporta- terres sont confsquées en masse : il s’agit de
tions de bois de la Birmanie, ont été exportés faire place au pipeline. Les paysans se retrou-
par des entreprises d’exploitation forestière vent sans emploi, et les réserves de pêche de-
basées en Chine, cela malgré les engagements viennent inaccessibles. Il faut donc partir, ou
POLITIQUEtravailler sur le chantier, ce qui n’ofre, selon colonisation de territoires jusqu’alors indé-
les informations locales, que « des emplois pendants passe par une immigration massi-
risqués, précaires et faiblement rétribués ». ve : il s’agit de noyer la population locale sous
Revendications interdites sous peine de re- le nombre de Hans.
présailles ou de licenciement. La China Pe-
À Mandalay, repoussés par l’occupant, les troleum Corporation veille à la bonne marche
Birmans n’ont plus aucune participation pos-des opérations.
sible à la croissance ; chassés par la hausse des
Les opposants à une telle réalisation – qui prix, ils se sont d’ailleurs réfugiés loin du cen-
a pour but unique l’exportation – font valoir tre, dans les cités satellites de la périphérie.
que l’utilisation domestique du gaz natu- « Il est à peu près certain que les Chinois, in-
rel transformerait l’économie moribonde de fatigables et pesants, vont prendre le contrôle
la Birmanie et, en particulier, mettrait fn du pays » avait prédit Sir George Scott qui fut,
à la hausse du prix du carburant, qui, entre pendant l’occupation anglaise, gouverneur
autres, a conduit aux soulèvements populai- des États Shan.
res de 2007. « Au lieu de cela, le régime vend
Un espoir cependant, un coup d’arrêt por-notre avenir économique à la Chine », déclare
té à cette mainmise inexorable : la Birmanie un contestataire.
15a récemment établi des liens importants avec
Cependant, un autre drame, provoqué par l’Indonésie et le Vietnam, et amélioré ses re-
les ambitions de la Chine, s’est déroulé dans le lations avec les États-Unis, un adversaire de
nord-est de la Birmanie (encore une fois), près longue date, prouvant ainsi que le nouveau
de la ville de Myitkyina, là où se rejoignent régime désire assurer son indépendance vis-
les eaux de la Maykha et de la Malikha pour à-vis de la Chine. La relative libéralisation,
former l’Irrawady. Un projet pharaonique : le qui a pour but le retour des investissements
plus grand des barrage prévus devrait y être occidentaux dans le pays, soustrairait la Bir-
construit. Tel fut l’objet de l’accord signé le 16 manie à l’emprise de son puissant voisin, le-
juin 2009 par Tei Lwin et le président de la quel l’a jusqu’alors assurée de son indéfectible
China Power Investment Corporation, Lu Qi- soutien au Conseil de sécurité de l’ONU face
zhou. Coût : 3,6 milliards de dollars. Environ aux sanctions de l’Occident : massacres et ty-
huit cents kilomètres de forêts inondées, les rannie étant cautionnés par la Chine (il n’est
populations déplacées. Et 90 % de l’électricité qu’à considérer sa propre action au Tibet)
générée par le barrage exportés vers la Chine. en échange d’une « relation proftable » et
d’avantages – déterminants il est vrai – pour
Des bombes sont lancées contre le site, on la prospérité du grand pays et le renforcement
soupçonne un Kachin, mais c’est tout le peuple de son pouvoir dans la région.
birman qui est outragé par ces derniers excès.
erLe 30 septembre 2011, le président Tein Sein Le 1 juin 2012 Aung San Suu Kyi appelait
annonce que le projet, entièrement opéré par les États-Unis et la Chine à ne pas utiliser la
les Chinois, serait suspendu parce qu’il « allait Birmanie comme « champ de bataille ». De-
à l’encontre des souhaits de la population. » vant la nouvelle sollicitude américaine, Pékin
Les Chinois sont stupéfaits – et réprobateurs. de son côté prévenait : il ne faut pas que nos
C’est sans doute qu’ils ont oublié les émeutes intérêts en soufrent.
anti-chinoises de Rangoon en 1967 et sous-
estimé la lassitude des Birmans devant l’afux
énorme des travailleurs migrants (mais aussi
de spécialistes du marché noir et de joueurs en
tous genres venus de Chine).
D’après Global Witness, 30 à 40 % de la
population de Mandalay, l’ancienne capitale
du royaume birman, est maintenant chinoise.
Là (comme au Tibet) la stratégie chinoise de
POLITIQUEDÉSAMORCER LA
CRISE IRANIENNE
par Vinod Saighal
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Vinod Saighal, ancien attaché militaire in- des Droits de l’Homme de l’ONU contre le Sri
dien à Paris, est l’auteur de trois ouvrages : Tird Lanka.
Millenium Equipoise, Dealing with Global
Ces deux votes malvenus ont jeté de l’eau Terrorism : Te Way Forward , ainsi que Global
froide sur les relations avec ces deux pays. Plus Security Paradoxes : 2000-2020. Il fait ici, du
grave, la stature de l’Inde sur la scène interna-point de vue indien, une analyse très pertinente
tionale en a pâti, et nombre de pays, spéciale-de l’imbroglio iranien.
ment dans la région, ont pensé qu’un pays de
la taille de l’Inde, avec son poids économique
grandissant, n’était pas capable de mainte-
nir avec fermeté ses intérêts géopolitiques et l ne fait de doute pour personne que sur
géostratégiques. Le fait qu’elle soit membre la scène internationale l’Inde a joué en
de plusieurs forums internationaux tels que Idessous de sa catégorie, surtout au cours
le BRIC et l’IBSA, entre autres, ne sufra sans des dernières années. Que ce soit dû à une in-
doute pas à réparer les dégâts rapidement, à capacité à résister aux pressions américaines
moins qu’elle ne se saisisse de l’opportunité ou à des considérations électorales comme la
1 qui se présente aujourd’hui de résoudre une politique des vote bank , il y a eu des fautes
question insoluble. Il s’agit de l’Iran et de sa politiques majeures à l’égard des deux voisins
recherche d’une capacité nucléaire, civile ou avec lesquels le pays devrait entretenir des re-
militaire. lations étroites.
À l’évidence, le problème à suppuré long-Il s’agit du vote contre l’Iran à l’Agence In-
temps et ne semble pas s’approcher d’une ternationale pour l’Énergie Atomique (AIEA)
quelconque solution. L’Iran doit faire face à de Vienne il y a plusieurs années de cela, et
une formidable opposition. Outre les États-le vote plus récent au Haut Commissariat
Unis, Israël et l’Union européenne, plusieurs
des régimes arabes sunnites seraient heureux
1 Le gouvernment a annoncé son intention de de voir le potentiel nucléaire de l’Iran neutra-
voter en faveur de la résolution soutenue par les lisé, au besoin par des frappes militaires.
États-Unis contre le Sri Lanka après que le DMK,
parti dominant au Tamil Nadu et allié de la coali- Le premier partisan de cette option est
tion gouvernementale de l’UPA, ait menacé de se évidemment Israël, dont le gouvernement a
retirer. peu d’égards pour les possibles conséquences
POLITIQUErégionales ou l’économie mondiale, et qui est des retombées de particules radioactives, les
convaincu qu’en année électorale, les États- autres devraient faire preuve de prudence.
Unis n’auraient d’autre choix que de soutenir
La Russie et la Chine s’opposent aux États-à fond leur pays s’il choisissait de frapper les
Unis sur une option militaire et ne lui recon-installations nucléaires iraniennes en 2012.
naîtraient aucune justifcation. Cependant il La dévastation potentielle et les remous qui
est peu probable qu’ils aillent au-delà d’une en découleraient dans le Golfe et toute la
condamnation de l’action israélo-américaine. région ont été abondamment soulignés par
Le sous-continent indien, largement ignoré les commentateurs dans le monde.
par les pouvoirs en place, ne compte pas, sauf
à recevoir de temps en temps une petite tape La plupart d’entre eux mettent l’accent sur
sur le dos pour sa servilité.la rupture d’approvisionnement en pétrole et
la hausse des prix qui s’ensuivrait. En revan-
Cela n’est pas seulement surprenant, c’est che ils ont souvent négligé les conséquences
inexplicable. L’Iran et Israël sont deux pays à long terme de ces frappes militaires sur la
d’une importance majeure pour l’Inde sur les quasi totalité des pays qui entourent l’Iran,
plans économique, militaire, géopolitique et qu’ils soient amis ou ennemis.
géostratégique. C’est une évidence qui va sans
17dire. L’Inde, de même, est très importante Rappelons d’abord que les Iraniens se sont
au bien-être de l’Iran et d’Israël. L’Union in-préparés à l’éventualité d’être attaqués par les
dienne est un acteur négligeable sur la scène systèmes d’armes israéliens et américains les
internationale du fait du manque de clarté de plus sophistiqués. La plupart de leurs instal-
ses objectifs et de l’absence d’un leadership lations ont été enfouies si profondément que
compétent et ferme, capable de propulser le les experts militaires des pays prêts à frap-
pays au premier rang. per concèdent que si le programme nucléaire
iranien pouvait être retardé de dix ans, il ne Mais même dans son état semi comateux,
pourrait néanmoins être mis défnitivement si l’Inde décidait de prendre clairement posi-
hors-jeu. tion, aucun des deux pays ne pourrait ignorer
ses eforts en vue d’une réconciliation, alors
Pour arriver à ce résultat, Israël et les que la situation constitue une menace pour
États-Unis devront utiliser les bombes mas- l’avenir des deux pays et de la région. Qu’est-ce
sives anti-bunker, qui sont en fait de mini que l’Inde pourrait être en mesure d’apporter
bombes nucléaires contenant sufsamment pour sortir de l’impasse, qui se distinguerait
d’éléments radioactifs pour contaminer les
des initiatives soutenues par les pays occiden-
sites pour longtemps. Cette contamination taux ?
s’étendrait sur un rayon de plusieurs centai-
nes de kilomètres dans toutes les directions, Le principal atout dont elle dispose, en plus
touchant la plupart des pays arabes, Israël, la de son potentiel d’acteur international doté
Turquie, les républiques d’Asie centrale, le Pa- d’une puissance économique grandissante,
kistan et le nord-ouest de l’Inde. est la relation mutuellement avantageuse avec
l’Iran et Israël qui pourrait mener vers une plus
Cela devrait alarmer les pays exposés à des grande prospérité dans ces deux pays.
degrés variés aux radiations qui en résulte-
raient. Cela s’ajouterait aux dégâts économi- Loin d’être un poids léger sur le plan mi-
ques induits par une très forte hausse du prix litaire, l’Inde pourrait contribuer de manière
du pétrole, qui pourrait durer de quelques mois signifcative à la sécurité de la région. Les
à plusieurs années. Le nuage de poussières relations anciennes et profondes entre l’Iran
contaminées circulerait au long des latitudes et l’Inde et celles, concernant Israël, entre les
pendant un temps indéterminé, contribuant juifs et les populations de l’Inde, jouent en sa
au réchaufement climatique, touchant ainsi le faveur pour amener sinon une réconciliation,
monde dans son ensemble. Si les États-Unis, se du moins un relâchement des tensions et le
trouvant aux antipodes, n’ont pas à se soucier rejet des solutions militaires.
POLITIQUE

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