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Préface

Le présent ouvrage développe et approfondit une réflexion amorcée dans La publicité dans l’art contemporain I : esthétique et postmodernisme, Paris, L’Harmattan, 2009. Le point de départ de ce dernier fut une interrogation sur l’appropriation artistique d’images et de stratégies publicitaires dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Articulée avec une approche critique de la photographie et du ready-made, cette interrogation débouchait sur les figures de l’allégorie et du miroir. Ici, nous reprenons la problématique de l’image spéculaire dans les arts visuels en essayant de la resituer au sein de l’esthétique occidentale et d’esquisser les grandes lignes d’une économie politique du regard. Or, ce qui est finalement visé à travers celle-ci, c’est la place du spectateur et plus particulièrement celle que la représentation lui attribue. Dans ce contexte, le miroir ne revêt pas simplement le rôle d’un objet iconographique ou d’un mode de production de signes ; plutôt, il est envisagé comme dispositif visuel particulier qui correspond au fonctionnement de l’allégorie et dont l’usage artistique pose un certain nombre de questions sur la réflexivité de l’œuvre d’art et son rapport au spectateur. Notre hypothèse est que dans les sociétés dites de communication, l’interférence de la sphère de l’art avec celle des médias de masse est régie par un mode de visualité particulier, qu’on appellera spécularité ou mode spéculaire. Si celui-ci n’est pas nouveau dans l’histoire de la perception esthétique, il prit néanmoins une telle importance les trente dernières années qu’il mérite d’être considéré en tant que principe désormais définitoire de notre rapport collectif à l’image, dont la publicité – au sens large du terme – constitue le domaine d’élaboration par excellence. La spécularité en tant que « trope » visuel, modalité inhérente au regard mais aussi code perceptuel culturellement produit, mode de visualité privilégié de l’esthétique de communication. Mais, de l’autre côté, la projection et l’identification ne peuvent pas être purement et simplement reléguées à la sphère de l’art du divertissement comme principes qui l’opposeraient à l’art authentique ; au contraire, elles font partie intégrante de l’expérience esthétique elle-même. D’où aussi la nécessité de déplacer la question de savoir si la publicité peut être susceptible de recevoir une caution

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artistique vers celle de comprendre la nature et l’étendue des mutations qu’elle provoque au sein du concept d’art lui-même. Telle qu’elle est entendue ici, la spécularité renvoie à un certain mode de visualité ou type de dispositif visuel qui implique l’introduction du spectateur dans un circuit fermé de perception, où les tensions créées à la rencontre du regardeur et du regardé ne sont résolues qu’au prix d’une remise en cause radicale de l’acte spectatorial lui-même. « Spectatorial », au sens d’un acte perceptif conscient de son propre caractère d’acte et de la place qu’il occupe dans l’ordre des signes. De la même manière, la notion de visualité renvoie à la constellation structurelle et phénoménologique spécifique (technique, conceptuelle, esthétique, idéologique, politique) au sein de laquelle s’effectue l’acte de voir. L’objet de cet acte, l’image, est considérée comme productrice de réel et non pas simplement comme sa représentation plus ou moins fidèle. Dans cette perspective, la problématique de la spécularité nous permet d’envisager la reproduction et l’aliénation non pas sur le simple mode d’un dédoublement qui viendrait, en aval de l’image autonome et du sujet unitaire, remettre en cause leur autorité, mais dans une perspective qui place la division au cœur du processus de représentation et pose le double comme condition requise de l’unique. Vue sous ce prisme, la représentation ne peut plus être perçue comme adéquation du signe à son référent, échange de signification sous la caution du sens. Plutôt, elle semble envelopper la contradiction qui existe entre l’être et son image, leur séparation et leur rivalité fondamentales.

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