//img.uscri.be/pth/706f479aa6ef426ae07c8077db7eecf4edc089fc
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La puissance de la beauté

De
108 pages
La thèse centrale défendue par l'ouvrage est que les éthiques et les politiques de notre civilisation sont fondées sur les esthétiques : la beauté demeure la plus puissante construction sociale des stratégies de gouvernement de l'imaginaire et des sens. L'auteur analyse donc les formes sous lesquelles elle stimule, dévie et viole nos désirs.
Voir plus Voir moins

La puissance de la beauté

2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-04013-7 EAN : 9782296040137

Alberto Abruzzese

La puissance de la beauté
Traduit de l'italien par Annie Oliver et révisé par Isabelle Mansuy

Préface de Michel Maffesoli

L' Harm.attan

Préface

À l'encontre des esprits chagrins qui le considèrent comme un genre mineur, l'essai est une œuvre de choix qui nécessite beaucoup de talent. De Montaigne à Weber, en passant par Freud, des esprits avertis ne s'y sont pas trompés en considérant qu'il s'agissait là d'une démarche suivant au plus près la labilité de l'existence sociale. Souvenons-nous, ici, de la remarque du Faust de Goethe: «grise est la connaissance, vert l'arbre d'or de la vie ». Quand il se fonde sur une culture de bon aloi, l'essai met sa vivacité au service de la viridité de la vie. C'est bien ce dont témoigne le livre d'Alberto Abruzzese. Il peut paraître bien frivole en s'intéressant à la beauté. Et pourtant, comme une coupe histologique permettant de lire le corps en son entier, son analyse nous apprend comment on peut comprendre, en profondeur, le corps social. En des termes presque identiques, Nietzsche d'abord, puis Simmel, mais aussi P. Valéry ont rappelé qu'à certaines époques « la profondeur se cachait à la surface des choses ». Voilà qui traduit bien l' oxymore caractéristique essentielle de la postmodemité naissante. Dès lors est frivole celui qui ne s'intéresse pas à ce qui est considéré comme frivole. Mais de quoi nous parle Abruzzese au travers de cette « Beauté pour toi et pour moi» ? Que nous dit-il sinon que le lien social ne peut plus se réduire au simple contrat rationnel et prévisible, mais qu'il comporte une bonne part d'affects. Audelà de l'individualisme épistémologique, qui reste l'alpha et

l'oméga de nombres d'analyses sociologiques, ce en quoi, d'ailleurs, elles sont datées, il rappelle le retour du «primum relationis ». Principe de relation, échange symbolique, importance de ce qui est réputé « irréel », peu importent les expressions, seul prévaut le partage des sentiments, celui des émotions et des passions. Ce qu'à sa manière Max Scheler avait nommé un « ordo amoris ». En bref, tout un chacun n'existe que par et sous le regard de l'autre. Il s'agit là d'une vraie révolution: la morale du politique cédant la place à ce que j'ai appelé l'éthique de l'esthétique. Abruzzese, quant à lui, revient à plusieurs reprises sur le terme de «cosmétologie ». Ce qui, judicieusement, rappelle l'intime liaison unissant le microcosme personnel au macrocosme social par le biais de mésocosme imaginaI. En rappelant, d'une manière lucide, que même la masturbation est rien moins que solitaire, mais qu'elle a besoin de visualiser l'altérité; ou en soulignant ce que le « plaisir des yeux », et des autres sens apportent à la construction du monde social, le lent travail de pensée d'Alberto Abruzzese rend attentif à un «holisme» qui n'est plus, simplement, durkheimien, mais bien en phase avec ces pratiques contemporaines reposant, essentiellement sur la conjonction de la raison et des sens. C'est une telle raison sensible qui, loin d'un monde affairé, permet de saisir ce souci du qualitatif qui, en profondeur, meut la vraie vie sociale. Certes le simulacre est là. Et, comme l'indique, bellement, l'auteur: « la beauté est un truc. Elle est fiction, décoration, masque ». Mais, dès lors, elle devient levier méthodologique pour comprendre, fut-ce d'une manière provisoire, un lien social reposant sur une «personne» plurielle. Voilà bien longtemps que j'ai rendu attentif au glissement de l'identité une aux identifications multiples. C'est bien une telle mutation que l'on retrouve dans la prévalence, pour .le meilleur et pour le pire, d'un sentiment d'appartenance véritable ciment du corps social. Et l'on n'est plus, ici, dans la simple métaphore. Il s'agit bien d'une perte de soi dans l'autre. Société de 10

consumation en gestation, où comme l'indique, en ouverture finale Abruzzese, « nous pouvons seulement écouter les langues oubliées de ton corps et du mien ».

Michel Maffesoli Professeur en Sorbonne Directeur du Ceaq (Paris 5) Administrateur du CNRS

Il