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La réalité affrontée

De
112 pages
Une obsession et une conviction animent la conduite de ces réflexions : rendre compte d'un environnement de vie et de culture devenu parfaitement invivable. Sous le joug oppressant d'un régime stariste qui règne en maître, avec pour seule loi celle de ses histrions, la fureur assourdissante qui nous agresse toujours et partout, tel un vecteur vulgaire et ravageur, se double d'un modèle d'existence en totale faillite où le mode de vie est simplement devenu la mode de vie, imposée, dirigée, encadrée...
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Du même auteur

Dialogues avec l’Audible. La neige, la voix, présences sonores. Etude de Michel Guiomar. Paris, L’Harmattan, 2006 Entretiens avec Jean-Claude Risset. Paris, L’Harmattan, collection “Perspectives musicologiques contemporaines” (en préparation)

A la mémoire de Alain Etchegoyen († avril 2007), philosophe, penseur responsable et indépendant

« Nous prétendons transformer en folklore la plainte humaine de tous les temps, pour entrer, dit-on, dans l’ère du plaisir et du bon plaisir. » Pierre Legendre, La fabrique de l’homme occidental (Mille et une Nuits, 2000) « Car, la richesse de l’homme est dans son cœur. C’est dans son cœur qu’il est le roi du monde. Vivre n’exige pas la possession de tant de choses. » Jean Giono, Les vraies richesses (Grasset, 1937) « Tout ce que l’on écrit est un dialogue avec soi, c’est-à-dire avec les autres hommes. » Louis Lavelle, La conscience de soi (Grasset, 1933)

Avertissement (circonstances et conséquences)

Il y a eu pour nous une réelle urgence, ces dernières années jusqu’à aujourd’hui, à écrire les textes qui vont suivre. Un certain état des choses, une certaine situation en sont la cause, qui concernent rien moins que le fait d’exister à l’intérieur d’une communauté humaine, tout autant qu’une prise de conscience très aiguë des conditions mêmes de cette existence. Aussi, c’est sans joie ni gaieté de cœur que nous avons entrepris ce travail pour nous exprimer ici, et tâcher de répliquer, par la plume, aux secousses et aux tremblements que la vie nous inflige, à travers une société avec laquelle nous ne voyons strictement plus aucune affinité. Tel est le rôle que cet ouvrage se propose simplement d’assumer. Une obsession et une conviction le motivent donc : rendre compte d’un environnement de vie et de culture devenu parfaitement invivable, en soulevant des questions qui ne peuvent plus attendre. Le regard (désabusé ?) ici porté sur la société l’est tout autant par un musicologue – il concerne donc nécessairement des aspects qui le touchent de près, à savoir l’univers du son et l’environnement immédiat, collatéral, qui le jouxte – que par un observateur malgré lui (longtemps sans emploi – « en chômage », aurait dit Denis de Rougemont –, donc à l’écart, qui autorise ce recul et cette distance observatrice), un esprit libre et sans contraintes, hormis celle de quitter sa discipline d’origine, pour

signifier sa pleine appartenance à ce monde. Hors du cloisonnement des disciplines qui ne doit pas nous museler, ce n’est donc pas en sociologue, que nous ne sommes pas, que nous appréhendons ces aspects (au double sens d’ailleurs : que nous saisissons afin de les observer, et que nous craignons dans une certaine mesure). Ecrire en musicologue, c’est aussi savoir s’éloigner de sa spécialité. Rester attaché à elle, c’est aussi montrer l’éloignement qu’elle est capable de prendre vis-à-vis de sa base historique. Et qu’on ne vienne pas nous reprocher de nous aventurer hors de notre cercle habituel : nous revendiquons tout naturellement notre droit d’ingérence quand d’autres entendent nous imposer leurs vues, et si nous sortons parfois de nos gonds, la responsabilité en est à chercher bien ailleurs. A sa manière, ce petit ouvrage voudrait aussi contribuer à ce que les nombreuses voix qui, elles aussi, s’élèvent et s’élancent ici ou là, dans une course contre la montre, ne clament plus dans le désert, mais soient clairement perçues et atteignent enfin leurs cibles. Nous ne sommes pourtant plus en mesure de pouvoir rêver… Mais, sur le mode d’un Paul Valéry achevant une conférence en 1939, nous pourrions aussi lancer pareillement, sans rien y changer – ni hélas, pensons-nous, sans tomber dans l’anachronisme : « Peut-être les circonstances sont-elles trop difficiles, les circonstances économiques, politiques, matérielles, l’état des nations, des intérêts, des nerfs, et l’orageuse atmosphère qui nous fait respirer l’inquiétude. Mais enfin, après tout, j’aurai fait mon devoir si je l’ai dit ! »1 Ce volume se compose principalement de deux textes, écrits à l’origine indépendamment l’un de l’autre, mais à peu de distance temporelle. Ils ont été ici revus et retravaillés afin de pouvoir être publiés ensemble en toute logique. Le second fait en quelque sorte écho au premier, et en un certain sens, en est l’aboutissement assez inévitable. Les motifs de leurs inquiétudes respectives, s’ils apparaissent nettement, ne doivent pas faire oublier les causes profondes et réelles qui les animent.
1 P. Valéry, “La liberté de l’esprit”, in Regards sur le monde actuel & autres essais, Paris, Gallimard, 1945, p. 251.

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Pour le premier chapitre, nous avons délibérément choisi de ne jamais nommer les vedettes de l’univers médiatico-commercialomusical, tant celles-ci sont déjà connues au point d’être forcément reconnues. Ce serait leur faire trop d’honneur, alors qu’elles ne méritent bien sûr aucun égard. Seules quelques initiales aideront parfois le lecteur à s’y retrouver parmi la masse étendue des célébrités. Quant aux types de “musiques” (terme devenu bien problématique) dont il est question, nul n’est besoin non plus de rentrer dans les détails : chacun sait trop bien de quoi il retourne. Intelligenti pauca… Le texte est issu d’un travail antérieur demeuré inédit, rédigé en 2003-2004, qui aura essuyé le refus de plusieurs revues. Il poursuit et développe également une réflexion engagée dans notre ultime article musicologique, “Pourquoi écrire, musicologue ? Dialogue de l’écoute et de l’esprit”, publié dans la revue Filigrane (éditions Delatour), n° 2, second semestre 2005, dirigé par Joëlle Caullier. Nous lui savons gré d’avoir été à l’initiative de notre article, qui a bénéficié de son regard critique. Le second chapitre repose sur un texte achevé au printemps 2005, puis augmenté l’année suivante pour être prêt à l’automne 2006. Le lecteur pourra ainsi juger si la situation qui y est décrite a (favorablement ?) évolué dans ce laps de temps de dix-huit mois environ. Enfin, l’ensemble est complété par un autre texte, qui à nos yeux s’y insérait logiquement, rédigé par Brice Leboucq2 en 2001 pour un tout autre projet, abandonné depuis – délai qui n’altère en rien ses analyses, mais bien au contraire les renforce. Nous le remercions très cordialement d’avoir accepté que son texte figure à la suite de nos pages, dont il prolonge et amplifie certains sujets qui y sont abordés.

2 Conseiller de la revue Etudes, professeur à l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs (ENSAD), enseignant à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts (ENSBA) de Paris, et compositeur-designer sonore.

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INTRODUCTION

« L’homme qui se satisfait de la quotidienneté ne saurait s’empêcher de déchoir au rang de simple chose. » Ignace Lepp, L’Existence authentique (Ed. La Colombe, 1951)

« Evidemment, vivre n’est au fond qu’être en commerce avec le monde. L’aspect général que celui-ci nous présente sera l’aspect général de notre vie. » José Ortega y Gasset, La Révolte des masses [1930] (Stock, 1961)